‹ Peintres et sculpteurs contemporainsChapitre 71 sur 151 · Élève de Duret et de M. Jouffroy · texte numérisé non relu

Élève de Duret et de M. Jouffroy

6. Élève de J.-B. Delestre. Médailles de 3* classe, en 1852 et 1855,

colossal de saint Vincent de Paul et |le buste de Golbert. On se croirait, un moment, en les regardant, transporté, comme Gulliver, dans le pays de Brobdingnae. La sculpture gigantesque a besoin de perspective pour n*ètre point déplaisante.

Le buste de M. Laurent-Pichat, par M. Elias Robert S est un portrait excellent. G*est bien là rhomme iui-méme. Il vit, respire, et c'est quelque chose. C'est quelquefois tout en matière d'art.

Je vis, l'autre jour, aux Tuileries, sur la terrasse du bord de l'eau, un singulier et cliarmant spectacle. Deux tout petits enfants, suivis de leur mère, étaient arrêtés devant le lion de Barye, qui rugit en menaçant de ses dents un énorme serpent python qu'il veut écraser de sa lourde patte, et qui darde sur lui son regard et aiguise ses crocs. C'est une merveille de puissance que ce bronze, et sur le dos superbe du lion le poil semble se hérisser de fureur : les deux férocités sont face à face, celle qui bondit et celle qui rampe. Quel homme que Barye I Or, chose curieuse, la pluie fait, dans les creux formés par les anneaux du serpent de petites cuvettes d'eau claire où viennent boire les oiseaux, et les deux enfants que je regardais, jouant, riant, avides de curiosité, n'eurent point de repos qu'ils n'eussent obtenu de leur mère que, les soulevant l'un après l'autre, elle mtt leur tète blonde dans la gueule ouverte du lion de bronze. — A moi! à moi ! disaient-ils sans cesse. Et ils s'accrochaient, de leurs petites mains, aux longues dents du lion de Barye. C'était bizarre et charmant. L'œuvre d'art rassurait les petits et leur donnait cependant la sensation de quelque grand danger bravé.

rappels en 1857 et 1859, 2* médaille en 1861, rappel en 1863. Décoré en 1867.

1. Élève de David d'Angers et de Pradier. Médaille de 3* cUflae en 1847. Décoré en 1858.

Ils eusSent peut être demandé aussi qu'on les haussât jusqu'à cette tête de tigre, d'une énergie si puissante, qu'expose M. Auguste Gain^ M. Gain est le gendre de M. Mène, et, à eux deux, ils ont composé une ménagerie artistique d'une valeur et d'un intérêt considérables. G'est une spécialité que les deux animaliers ont exploitée avec un vif succès. Le tigre et les paons de H. Gain figurent aujourd'hui non loin du Veneur et de la Chasse au lièvre de M. Mène^. M. Gain avait déjà plus d'une fois agrandi la taille des charmants petits bronzes de P.-J. Mène, et ce tigre, féroce et superbe» est une de ses études les plus mâles.

J'aurais voulu qu'on exposât au moins, en quelque endroit de ce Salon de 1872, un des jockeys ou des chevaux que Guvelier, qui fut tué à la Malmaison, sculptait avec tant de finesse. C'eût été un dernier hommage, bien dû, à cpup sûr, à un artiste de talent, mort pour la patrie et déjà à demi oublié.

M. Ernest Barrias^ l'auteur de ce buste de Regnault, énergique quoique peu ressemblant, que nous avons vu à l'Exposition des œuvres du jeune maître, figure au Salon de 1872 avec un morceau d'une importance égale. G' est ce groupe superbe, et d'une inspiration si haute qui s'appelle le Serment de Spartacus. Le futur chef de la guerre servile est debout au pied de l'arbre où son père a été cloué. Le vieil esclave, moribond.

1« £iève de Rude et de Guionnet. Médaille de 3* classe en 1851 , rappel en 1863) médaille en 1864, médaille de 3* classe à TËxposi» tioD universelle de 1867. Décoré en 1869.

2. Élève de René Compère. A débuté au Salon de 1838. 11 a exposé : la Chasse au cerf, Chasse à la perdrix, Chasse au sanglier ^ Combat de cerfs, HaUali sur pied, la Prise du Renard, Jument normande et son poulain, etc., etc.

Il a obtenu une 2* médaille en 1848, une !'• en 1852, une 3* en 1855, un rappel de 1^ médaille en 1861 et la croix en 1861.

3. Élève de MM. Cavelier et Jouffroy. Prix de Rome en 1865. Médaille en 1870. 1" médaille eu 1872.

essaie encore d'embrasser son fils. La mam gauche de l'enfant rencontre la main pendante du vieillard. Spartacus serre déjà dans ses doigts le poignard à qui il demandera un jour la vengeance. Énergique, farouchcy Tenfant redresse vaillamment son torse robuste. C*cst lui que je préfère dans ce groupe : le corps du vieil esclave est un peu torturé et ressemble vaguement à un écorché. Il y a pourtant bien de la douleur et de l'amour paternel dans ce visage crispé par la douleur. Quant au jeune Spartacus, encore un coup, il est superbe.

Ce groupe témoigne d'ailleurs d'un sentiment altier et puissant de la sculpture. Gela est mâle, sobre, solide et sûr. L'auteur du Serment de Spartacus est le fils du peintre des ExiUs de Tibère. Il semble qu'on le devinerait.

Le jury a hésité, pour la grande médaille, entre M. Barrias et M. Chapu^ L'exposition de M. Ghapu est peut-être plus parfaite, certes, mais celle de M. Barrins témoigne d'une foi et d'un tempérament artistiques vraiment forts et pleins d'espoir.

J'en ai fini avec la sculpture, et je m'aperçois que. moi aussi, fai été couru J'ai essayé de tout dire, et n'ai point perdu mon temps à railler les bizarreries du Salon, comme l'étrange Sapho de M. Doriat. A quoi bon? « Qu'un morceau de toile soit barbouillé, ou qu'un cube de marbre soit gâté, disait encore l'auteur du Salonde 1763, qu'est-ce que celte perte en comparaison du soupir amer qui s'échappe du cœur de l'homme affligé? »

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