ËLève de H. Pils
2. Ëlève de M. Léon Cogniet. Médailles de 3* classe ea 1846 et 1853, médanie en 1865. Décoré en 1870.
8. Jalabert (Charles-François), est né à Nîmes, en 1819; élève de Paul Delarocbe. Il a exposé : Virgile lisant ses Géorgiques (ISkl) \ saint Lue (1852); Annonciation {lSb3); le Christ aux Oliviers {iSbb); la Villanellay les Nymphes écoutant Orphée, Roméo et Juliette, Raphaël, une Veuve, le Christ marchant sur la mer, Maria Ahruxaey un grand nombre de portraits, etc.
M. Jalabert a obtenu une 3* médaille en 1847, une ft« en 1860, deux 1****, Tune en 1853, Tautre en (855, et une 2* à rEzpositioQ uni- ▼erselle de 1867. Ghe?alier de la Légion d'honneur depuis 1855, il a été promu officier le 29 juin 1867.
L'ART FRAWÇ4I§ EN 1872. 259
tout aussi élégant, est du moins vivant et d'une grâce parfaite dan^î ce portrait de Mrne la maréchal Canrobert, représentée priegqu9 de profil, grand9, élancée, d'une gracilité élégante, et coiffée d'une aigrette avec «n ruban bleu. Mf Jalaberi a signé \k une qsuyrfs que npus appellerons tout à fait « distinguée »,poi[ir la qualifier d*un mot un peu bourgeois qui ne lui cpuyieut pas
exactement-
M. JSlia DeiaunayS qui expose, à quelques pa§ de là, une Diane majestueuse etcbar^Bante, a ^ait un çbcfd'œuyre absolu avec uue tête déjeune fiUe, |p portrait de MlULn,, Le modèle est ici fort ordinaire, et n'emprunte point sa séduction à la coiffure ou hn\ vêtemenls. C'est une jeune fille tout simplement vêtue d'une robe de tafTet^s noir sur laquelle eIl^ a rabattu un col plat d'une blancheur éblouissante. Une fleur et un nœud bleu relèvent seuls sa toilette, qui n'est point coquette. Le r^egard droit devant elle, ses cheveux bruns s'emmêlant gentiment sur son front, d'un dessin charmant, Mlle L... fixe ses prunelles sur vous qui la regardez ; et ils vivent, en vérité, ces yeux, ils pensent» ils vous étudient en même temps que vous les étudiez.
C'est une merveille de vie quQ ce petit cadre, et voilà qui se rapproche be^^ucoup plus d'Holbein, quoi qu'on ait dit, et de son naturalisme si puissant, que le Portrait de M. A|)out par Paijl Baudry, La bouche grande, presque incorrecte du portrait de M. -Elie Delaunay est une chose achevée. Encore un coup, c'est la vie mênie. K^ette têtie songe, ces narines respirent, ces lèvres vont s'entrouvrir. Le fond du tableau est rempli par Içs barrea^ax verts d'une tonnelle où courent des feuillages. Tout cela est coloré
1. Élève d'H. Flandrin et de Lamothe. Prix de Rome en 1856, médaille de 3* classe en 1859, de 2** classe en 1863, médaille de 2* classe à l'Exposition universelle de 1867. Décoré en 1867.
et puissant, d'une intensité de vérité et d'une poésie spéciale, celle de la nature. Hippolyte Flandrin n'eût pas donné un tel accent à cette figure, et, cette fois,le maître n'eût point dépassé Télève.
Il y a bien des artistes d'un rare talent parmi les faiseurs de portraits. Je me suis longuement arrêté devant le portrait de M. 5..., par un artiste belge, M. Liévin de Winne ^. C'est là une œuvre d'une tournure tout à fait remarquable, une œuvre de mattre ; sur un fond indistinct d'une tonalité grise, se détache, vêtu de noir, la main sur la hanche, un homme blond, droit, l'air robuste et sympathique^ et regardant droit devant lui à travers les verres d'un lorgnon qui est un prodige d'art, car il donne à la physionomie sa vraie caractéristique et ne projette aucune ombre désagréable sur le tableau. Jai reconnu dans ce portrait un diplomate aimable et d'une intelligence éminente, M. Sanford, ministre des États-Unis d'Amérique à Bruxelles. Certes, c'est bien là son élégance m&le et point affectée, son air hautain en apparence, cordial et charmant en réalité. M, Liévin de Winné a su faire une œuvre d'art vraie en conservant la vérité même du visage, du geste d'habitude et du port de tête de l'ambassadeur. Je ne saurais trop louer ce portrait, où le noir de l'habit, le blanc du plastron de chemise, toutes ces couleurs sans éclat s'harmonisent avec le fond même du tableao pour former une toile d'un gris argenté, et d'une séduction çans fracas qui fait songer à certaines œuvres où Yelazquez prend son ton de perle et sa couleur de crépuscule de printemps.
Ce n'est point à Yelazquez qu'on comparera M. Fantin-la-Tour * lorsqu'il exposera un Coin de table comme
1. Médaille de 3* dasse en 1861, de 2* classe en 1863. Décoré eo 3. Élève de son père et de Lecoqde Boisbaudran, Médaille en 1870
celui qui figure au Salon de cette année, mais il est évident que l'artiste a été fort préoccupé des Franz Hais, qu'on voit à Haarlem, et des Yan der Helst du musée d'Amsterdam. Il a voulu, comme eux, réunir, à la fin du banquet, un certain nombre de personnages et les représenter autour de la nappe encombrée de mets, dans leur attitude personnelle et habituelle. Malheureusement notre sot vêtement noir ne s^arrange point dans une telle composition comme les écbarpes» les feutres, les étendards et les collerettes des drapiers ou des svndics de Hollande. Il faut du courage à l'artiste contemporain pour peindre un contemporain avec son chapeau sur la tête. Il se vengera aussitôt en coiffant le voisin d'un béret, mais le chapeau de forme haute n'en subsistera pas moins. Il faut cependant louer ceux qui entreprennent ainsi de représenter la vie même, la vie moderne, dans ses manifestations journalières.
Je dirai, pour expliquer ce Coin de table de M. Fantin-la-Tour et pour l'édification des Saumaises futurs, qu'il s'était fondé, dans les derniers temps de l'empire, dans un restaurant du Palais-Royal, un dtner mensuel où se coudoyaient les poètes, lespeintrês, les journalistes, et même les hommes politiques. Ce dtner s'appelait le Dîner des Vilains Bonshommes. On y dépensait beaucoup de verve, de gaité, d'esprit, et même de cordialité ! C'est un coin de table de ce dîner des Vilains Bonshommes que M. Fantin-la-Tour a représenté. Je ne dirai pas que le public l'eût deviné, ce n'est certes pas vrai, et je vois ici plus d'une physionomie avenante. Un des convives habituels de ce repas décrit ainsi le tableau dans une Petite Anthologie du Salon :
On a pris le café... C'est l'heure de paresse où, feignant d'écouter Tun d'eux qui dit des vers, Les fumeurs accoudés, qu'un brouillard bleu caresse^ Regardent tournoyer leurs rêves au travers.
M. Fantin-la-Tour a bien groupé les personnages du Coin de table ; les visages sont peints avec une énergie remarquable et un grand bonheur de ressemblance. La lumière se joue dans les accessoires, dans ce verre à demi plein, sur celte carafe de cristal, sur les fruits» sur les fleurs, sur tout ces détritus du combat à la fourchette qui jonchent la nappe blanche — champ de bataille des dtneurs.
J'aperçois justement, en un coin du Salon, un trèsvivant portrait de l'éditeur de la plupart de ces poètes, M. Alphonse Lemerre^ dont M. Philippe a fort bien rendu le profil robuste. J'aurais voulu trouver aussi là un bon portrait de Henri Regnault. Quelque ami devait bien cet hommage à ce mort. M. Alexis Pérignon ^ a peint, debout, dans son élégance mâle, le brave FrantheUi revêtu du costume décommandant des éclaireurs à cheval. Nous l'avons vu tomber, là bas, le S décembre 1S70. Ce portrait, qui prétend à le faire revivre, est certes ressemblant, mais quelle couleur désagréable, quel manque absolu de composition, d'invention ! H. Pérignon a peint cet homme mort en héros comme il eût représenté un bellâtre de salon, un ofOcier d'antichambre. Nulle eipression saisissante, aucune flamme. J'en dirai autant du portrait de Mine Alboni, Gela est aimable, cela doit être flatté, mais k coup sûr cela n'est ni vivant ni bon.
Il faut bien croire que certains portraits sont fort difficiles à réussir, car M. Giacomotti * a échoué dans
1. PéRiGNON (Alexis), né à Paris le 15 mars 1806, élève de Gros. li a «xposé : Portraif du roi des Belges (\Hikk); la Mort de Memtaigne (1836) ; la Femme adultère (1838) ; le Christ à la colonne, le Christ portant sa croix, Paysannes bretonnes {IH^Tj ; Paysans des Abrusfes (1855) ; la Sainte Famille (1859) et un grand nombre de portraits.
Il a obtenu une médaille de 3* classe en 1836, une de 2* classe en 1838, une de !'• classe en 1844. Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1856. il a été promu officier en 1870.
2. Élève de Picot. Prix de Rome en 1854; médailles en 1844, 1865 et 1866. Décoré en 1867.
L'âBT FAàNÇÀIS en 1872. 263
ce grand tableau où il groupei en les détachant sur un fond de tapisserlei Mme Harnby et Mme Hood* Ces deux figures, l'une assise, l'autre debout, nous laissent absolument froid» On prendrait ce tableau pour une œuvre ofûcielle, tant les personnages sont présentés avec une affectation de pose. Où est le temps où M. Giacomotti peignait cette Romaim endormie^ si noble, si belle» si vivante^ avec la moiteur même de la peau? M. Giacomotti, d'ailleurs, est toujours maître dans son art, et le Portrait de Mme M. B.^ plus petit et moins prétentieux que celui des deux dames, le prouve bien assez« Il est spirituel et fiUi ce portrait. Mme B., assise, vêtue d'un manteau noir à ornements de jais, regarde, avec un joli sourire et le geste coquet du regard en dessous. La figure est étrange, piquante^ avec son menton fendu par une fossette ; le teint est vif, et M. Giacomotti a fait passer une intelligence, un véritable éclair de vie dans cette physionomie qui attire et qui retient.
Mlle Ëva Gomsalès ^, la fille de notre sympathique confrère, a exposé un portrait de jeune fille auquel elle donne ce titre : {^Indolence. C'est Une figure assise, une jeune fille vêtue d'une robe d'un rose tendre, avec un fichu de gaze autour de la taille. Elle regarde devant elle, les prunelles rêveuses. Sa main laisse tombet paresseusement un délicieux bouquet de violettes, et rien n'est gracieux cotnnie le dessin de ce bras lassé. Mlle Gonzalès est élève de M* Chaplin* Ou la prendrait plutôticipourunélèvedeGoya.Ily a, dansl'œuvre de ce maître, des tableaux ainsi gracieux» doucement estompés, poétiquement fondus, comme celui-ci^ dans une sorte de lumière d'un ton lilas. Cette charmante Indolence est l'œuvre d'un artiste d'un talent rare, qui prend le pinceau après avoir manié le pastel comme
1. Élève de M. Chaplin. MM. Eva Gonzalès a exposé un Ènfani de troupe, plusieurs pastels, etc.
Rosalba. La sœur de Mlle Eva Gonzalès expose justement un pastel fort joli, la Plante favorite. C'est «ne jeune fille arrosant une fleur. On reconnaîtra facilement dans le pastel la même figure que celle du tableau.
Un remarquable portrait de femme, d'une finesse et d'une élégance tout à fait séduisantes, c'est le portrail qu'expose H. Amand Laroche S sous le numéro 935. La couleur en est excellente et la pose point cherchée. C'est une jeune femme debout, vêtue de velours noir, et tenant à la main une branche de lilas. Avec cet agencement très-simple, M. Laroche a su faire un portrait charmant et qui mérite d'être loué.
A quoi a pensé M. Ricard *, — un maître, — en nous peignant, sous cette coloration verdâtre, M, Paul de Musset? M. Ricard est un artiste d'un talent rare, mais cette fois il a vu faux, il a vu lioide. Ce n'est point M. Paul de Musset, c'est le spectre de M, Paul de Musset qu'il expose là. Cette physionomie du romancier,qui rappelle si fort celle du poêle, semble atteinte de décomposition. M. Ricard a gardé les lignes fort belles du modèle, mais il les a noyées dans ce ton verdâtre qui fait involontairenlent penser — et plus encore que le visage de Gavarni — à la pièce fameuse de l'auteur des Nuits :
Quand auprès de moi vint s'asseoir
Un étranger yêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère 1
Je préfère de beaucoup à cette peinture le modeste» mais fort bon portrait de M. Edouard Plouvier par Mlle Gomier ", un vrai portrait du moins, très-vivant