LES ESPAGNOLS
Après les asiatiquss^ voici les espagnols. L'inspiration qu'ils demandent à l'étranger, ceux-ci du moins vont la chercher moins loin. Un des meilleurs tableaux du Salon, le meilleur en ce genre, c'est celui de M. Jules Worms *, les Tondeurs à Grenade. La touche en
1. Né à Paris, élève de M. Lafosse. Médailles en 1867, 1868 et
^ est fine et spirituelle ; cette vieille femme qui tond un caniche, cet homme armé de ciseaux, et qui fait la toilette du mulet, cet autre encore qui assure avec son pied la selle de sparterie d'une autre monture , ce fond de ville espagnole* ces vieilles aux jupons jaunes, aux chàles verts/qui causent là-bas au coin de la me, ces types d'Andalous aux culottes de velours, bien plantés et fumant leur papelito, tout cela est rendu avec une vérité, une vivacité et un esprit du diable. Ce qui manque c'est la lumière crue, l'incendie aveuglant du ciel de Grenade, ces blancs et ces bleus qu'on retrouve, audacieux et vrais, dans les tableaux de Porluny.
Portuny d'ailleurs fera école et peut- être une médiocre école, et, en attendant, Zamacols, ce jeune peintre qu'une phthisie laryngée a emporté si tôt, nous a laissé de nombreux imitateurs.
Les deux petits tableaux de M. Hermengildo Daunas^ sont vrais au point de vue du costume, mais ils manquent de la lumière crue de l'Espagne. L'un d'eux représente des grisettes et des toreros causant ensemble avant la course de taureaux. Le cirque étale au fond ses gradins encore vides. Cela est curieux, mais
sans grand accent, et il faut à M. Daunas un rayon de soleil.
Ce rayon, je le retrouve dans une toile de M. R. de Los Rios ^, représentant un torero et une manola en visite chez un peintre. Les couleurs sont crues, le mur est blanc, une jupe de soie jaune, un reflet d'armures, un paysage posé sur le chevalet sont rendus avec un relief superbe. J'aime beaucoup encore, quoique un peu poussé à la charge, le tableau de M. Enrique Melida, une Messe de relevaUles en Espagne. £n-