‹ Peintres et sculpteurs contemporainsChapitre 88 sur 151 · Élève de Picot et de Brascassat · texte numérisé non relu

Élève de Picot et de Brascassat

cette toile. Et pourtant, quelle poésie demeure encore dans ces œuvres 1 Nul n'a rendu comme Corot l'indécision du crépuscule ou de l'aurore. On raconte que Napoléon III, aussi peu artiste que son oncle, se fit montrer un jour un des plus beaux tableaux de Corot.

C'était justement une aurore. Le souverain s'arrêta devant cette toile, devant ces blancheurs, ces frissons de feuillage éveillé dans Tair frais de la première heure, puis, hochant la tète, prononça ce jugement: '^ Je ne me suis jamais levé assez matin pon/r comprendre M. Corot. C'est précisément ce je ne sais quoi de matinal, d'indistinct, d'encore invisible en quelque sorte que rend M. Corot avec une palette admirable. Il fit un jour, en Limousin, dans une propriété qui appartient aujourd'hui au dévoué fondateur du musée céramique de Limoges, M. A. Dubouché, des peintures pareilles sur les portes d'une maison située près de Verthamonl. C'était de ces paysages de laube : Tartiste les avait jetés là comme en se jouant. Lorsque la maison fût achetée, grande affaire. Il s'agissait de savoir si les portes ill'ustrées par Corot en faisaient partie; le vendeur les voulait emporter, l'acheteur entendait les garder. Napoléon III, à ce qu'il parait, ne se Tût point opposé à les laisser partir.

Faut-il ranger, parmi les paysages ou les tableaui de genre, la Visite de noces ^ de M. Pleury Chenu*? C'est un des succès de curiosité (et aussi de vente) du Salon. M. Chenu affectionne la neige et les effets de neige. Il en a peint de très-réussis. Cette fois, encore, sa neige forme un épais tapis et se confond avec le brouillard d'une teinte malsaine qui borne l'horizon. Elle se blottit aux arêtes des maisons, aux tuyaux de conduite, à l'appui des fenêtres, et met sa bordure blanche à toutes ces choses. C'est parfait. Mais quelle

Page 1