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duisait comme en poussière chez le littérateur, devenu producteur hâtif, et chez le journaliste, transformé en reporter.
Aussi bien, en 1873, M.Guizot aurait-il plus raison cent fois qu'en 1810. Il serait d'ailleurs bien surpris s'il lui fallait écrire le compte rendu d'une Exposition actuelle, et il demanderait sans doute, non pas comme Berchoux, qu'on le délivrât des Grecs et des Romains, mais au contraire, qu'on le ramenât aux anciens et au grand David. M. Guizot, au surplus, n'est-il point une nouvelle preuve de ce que je disais tout à l'heure, en affirmant que l'art est une qualité, mieux que cela, une préoccupation française? Voilà un homme qui devait plus tard tenir dans sa main un royaume, et dont un des premiers travaux fut quoi? un Salon. G*est que l'art attire en France toutes les intelligences.
Nous sommes en cela plus Florentins encore qu'Athéniens. Diderot, qui remuait tout ce monde de V Encyclopédie, eût volontiers donné une partie de sa philosophie pour un tableau de Greuze. Sans doute il lui plaisait de secouer de sa main robuste le vieil arbre féodal et d'en faire tomber les chenilles, mais il prenait peut-être un plus vif plaisir à écrire des Lettres mr le Salon de 1765 ou 1767 à son ami Grimm et à causer avec lui de Vanloo ou de Loutherbourg. Il ne prenait pas alors le ton dogmatique d'un Winckelmann; )1 bavardait et s'amusait, ce grand et bouillant Denis, et s'égayait avec esprit des tons jaunes de la gorge de Mme Greuze. Diderot d'ailleurs ne fut point, par ordre de date, comme il l'est par
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ordre de mérite, le premier des saUmniers. Nous avons vu tout à l'heure Florent le bomte publier une sorte de compte rendu de TExposition de 1699.
Un autre critique peu connu, mais que je tiens à signaler à Tattention, de la Font de Saint Yenne, qui avait été dessinateur pour les nâanufactures de Tours et de Lyon, a précédé Diderot dans sa critique des expositions de peintures. En 1747, il publia des Lettres sur l'état de la peinture en France et des réflexions critiques sur l'Exposition de 1746.
Ces réflexions motivées et qui paraissent fort justes blessèrent les peintres de cette époque. Boucher, Pierre Natoire et tout ce qui faisait partie de l'Académie de Peinture et Sculpture qui prétendait juger souverainement du mérite des productions des artistes et n'admettait pas la possibilité d'une critique sérieuse et éclairée de la part des personnes étrangères à la Corporation. Aussi Ton se vengea de de la Font par une caricature qui le représentait en aveugle des Quinze-Vingts, avec le costume, la fleur de USi une plume et un papier à la main portant : Lettres sur ks tablecmx du Salon; un chien en laisse complétait la caricature, qui fut gravée par Watelet.
VOmbre du grand Colbert , du même auteur, fit alors beaucoup de bruit et donna lieu à quelques réparations et réformes utiles qui ont été complétées depuis. « C'est donc lui, dit un contemporain, qui a commencé les comptes rendus des Salons qui en excitant l^émulation des artistes ont formé le goût du public, lequel juge et apprécie aujourd'hui leurs productions comme celles de la presse. »
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Diderot est-il d'ailleurs le seul philosophe et M. Guizot le seul homiiie d'État qui ait écrit un 5aton*? Non, certes. En 1822, M. A. Thiers débutait à son tour, au Constitutionnel, par des articles qui," fort remarqués, furent aussitôt réunis en un volume orné de cinq lithographies et aujourd'hui extrêmement rare. Le peintre Belloc passe pour avoir inspiré ce Salon de M. Thiers ^. Ce qui est certain, c'est que le futur président de la République française eut, comme journaliste, Thonneur de deviner Eugène Delacroix et de le louer'dès son début, « Je ne sais quel souve. nir des grands artistes me saisit à l'aspect de ce tableau, dit-il en parlant de Dante et Virgile aux enfers; j'y retrouve cette puissance sauvage, ardente, mais naturelle , qui cède sans effort à son propre entraînement. » C'est un titre que d'avoir salué ainsi, le premier, un tel novateur.
M. de Kératry avait fait aussi un Salon, V Annuaire de V école de peinture, ou Lettres sur le Salon de 1819. (Chez Maradan, In-18, avec cinq estampes en taillédouce, Pygmalion et Galathée^ de Girodet; un Paysage^ de Watelet; le Gustave Vasa^ d'Hersent; le Ch&val du trompette^ d'Horace Vernet; V Amour et Psyché^ de Picot.) M. de Kératry est, dans ses jugements,
1. Le livre de H. Guizot a pour titre : De Vëtat des arts en France et du Salon de 1810, par Fr. Guizot (Paris, chez Maradan, 1 vol. in-8,1810).
2. Salon de mil huit cent vingt-deux, par M. A. Thiers (Paris, chez Maradan, in-8, 1822). Les lithographies représentent: la Vue du cours de Vlndre, paysage par Watelet, Corinne au cap Misène, par Gérard, le Soldat laboureur, par Vigneron, la Signature d^un acte de mariage dans une sa^istie, par Duval le Camus (sujet si brillamment repris par le peintre Fortuny), et le Cénobite, de M. de
Forbin.
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beaucoup plus classique et ami de la tradition que M. Thiers.
Parmi les auteurs de Salons, figure encore M. A. Jal, qui publia en 1828 un volume d'Esquisses^ croquis^ pochades au tout ce qu'on voudra sur le Salon de 1827. Des lithographies, entre autres le Christ au jardin des Olioiers, dePoterlet, et le Saint Etienne, de Léon Cogniety accompagnaient cette publication. Ici la critique est plus leste déjà, plus aisée et moins gourmée que dans V Annuaire de M. de Kératry.
Un futur membre du gouvernement provisoire de 1848, Ferdinand Flocon, avait déjà publié chez l'éditeur Leroux, Galerie de Bois, au Palais-Royal, un Salon de 1824 par livraisons. Flocon avait ici pour collaborateur un écrivain qui se fit une réputation dans un genre particulier, celui des nouvelles en un feuilleton, c'était Marie Aycard. Les auteurs de ce Salon ont évidemment beaucoup lu Diderot, et on retrouve presque le ton des Lettres à Grimm dans certaines pages, par exemple dans la critique de l'Atelier de PrudAon, par Trezel, où le critique refait le tableau éf reconstitue à ce propos la mélancolique physionomie de Prudhon lui-même.
Les artistes estiment comme une curiosité remarquable deux Salons composés avec une verve étonnante par Gabriel Lavirpn. Esprit ardent et inquiet, Laviron, dont on voit le portrait, peint par J. Gigoux, au Musée de Besançon, fut tué en combattant^ au siège de Rome, contre les soldats de Baraguey d'Hilliers^
1. Je n'ai pu rencontrer jusqu'ici que le Salon de 1834 (Paris, Louis Janet, in-8 (2 livraisons in-8). Douze lithographies : un Corps
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Ce sont là les Salons que les bibliophiles ont classés à l'état de raretés. Mais sUl fallait citer tous ceux des écrivains contemporains qui ont écrit sur les Beaux -Arts, on aurait bien vite une liste composée de Télite des poètes et des conteurs. Gela est si attirant, si tentant de rendre par la plume ce que le peintre a voulu exprimer par le pinceau 1 La critique artistique est si loin maintenant de ce qu'elle était au temps du docte Ëmeric David ou de Térudit vieillard qui s'appelait Etienne Delécluze et parlait de David le peintre ou de Topino*Lebrun comme de ses contemporains I La critique fut vraiment renouvelée, rajeunie, revivifiée, lorsque de véritables peintres — coloristes àia plume — comme Théophile Gautier ou Paul de Saint-Victor s'attachèrent à prendre une palette pour encrier et à jeter de véritables tableaux à travers leurs feuilletons. Déjà Alfred de Musset avait commencé et, parlant de Léopold Robert dans ^n Salon de 1836 S il s'efforçait de rendre, apràs l'artiste lui-même, l'angoisse et la tristesse qui enveloppent cette peinture qui sent le suicide, Us Pécheurs de VAdriatiqm.
de garde turc, par Decamps; Intérieur d^une métairie, par Ca})ftt; Saint Lambert et Mme d*Ho%tdetotf par Gigoux ; Vallée du Grieûvandauj par André Girouz ; Fragment d'un bas-relief, par Aug. Préault; un Vieil avnateur de curiotitéSf par Roqueplan; Cromv>ell, d'A. Johannot; Jeanne la Folle, par Monvoisin; Enfants gardant du gibier, par Robert Fleury; Mort de Duguesdin, par Tony Johannot; Arabes dans leur camp, par Horace Vemet ; Portrait d'Élisa Mer^^ cœur, par Mlle Journet.
1. Voyez ses Mélanges de littérature et de critique (1 vol.^ Charpentier).
Un SaUm d'une certaine rareté^ c'est encore le Sàhftde 1839, dessins par les premiers artistes, texte par Laurent Jan> Tauteur de Misanthropie sans repentir i
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Théophile Gautier était deux fois peintre, et il le prouvait dans ses improvisations merveilleuses où le lecteur retrouvait à la fois les paysages de Corot avec leur charme indécis, les compositions de Delacroix avec leur puissant éclat, les figures idéales dlngres ou les portraits d'Hippolyte Flandrin avec leurs regards profonds et leur physionomie songeuse. Charles Baudelaire, dans ses Salons, et surtout MM. Jules et Edmond de Goncourt, qui ont débuté ou à peu près par un Salon, étaient de l'école descriptive de Gautier. MM. Ch. Blanc, Théophile Thoré (W. Bûrger) qui combattit si vaillamment pour les nouveaux venus, les Th. Rousseau, les Dupré, étaient d'une autre école et serraient de plus près la discussion esthétique. D en était de même de M. Yitet, au temps où il s'occupait d'art, et MM, Ch. Clément, Olivier Merson, Jean Rousseau, aujourd'hui en Belgique, avaient gardé cette tradition qui est peut-être une bonne habitude. Mais quoi! aujourd'hui, chacun critique comme chacun peinte à sa guise. M. Ed. About qualifie, en passant, et d'un trait, un tableau; M. Castagnary lutte pour M. Courbet, et M. Zola va plus loin et pousse jusqu'à Manet. Tout le monde suit le vent qui le pousse, et de ce concours très-contradictoire d'opinions, de tant d'articles divers nait enfin la vérité. Que de critiques en effet et que d'excellents critiques I M. Ernest Ghesneau, M. Ph. Burty, M. de Lasteyrie, M. A. de la Forge, M.Victor Cherbuliez, M. de. Pontmartin, abandonnent parfois les livres pour les tableaux, M. Ch. Yriarte, M. Maxime du Camp, M. V. Foumel, M. de Yiel-Castel, M. Clément de Ris. Qui
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n'a pas fait un Salon^a.\x moins une fois? Qui n'a pas été salonnier par aventure ? M. Louis Jourdan l'a été, et M. H. Fouquier et M. Ranc dans la Revue interna^ tionde de Vart et de la curiositij et le général Gluseret lui-même dans un journal qui vécut peu et qui se nommait l'Art,
Les artistes, même en présence de cette foule de critiques, se demandent assez souvent de quel droit, en vertu de quelle autorité, des gens qu'ils appelleraient volontiers des « individualités sans mandat » viennent les juger ainsi. Un artiste admet rarement qu'un littérateur puisse avoir une opinion sensée en peinture. Les peintres proclameraient volontiers que les hommes du métier peuvent seuls porter un jugement sur un art quelconque. En supposant que ce fût là une vérité, il s'ensuivrait que les gens de guerre auraient seuls le droit d'émettre une opinion sur une bataille, et les versificateurs seuls seraient appelés à juger du mérite d'une poésie. Cette opinion, qui tendrait à pousser violemment à l'exclusivisme, n'est pas soutenable, et que de fois pourtant je l'ai entendu soutenir I
G*est là une remarque faite déjà par l'auteur du Salon de 1822. « Il existe, dit avec une certaine ironie marseillaise M. Thiers, un singulier conflit entre les peintres, les gens de lettres et le public. Les pein* très et les gens de 'lettres s'accordent à déclarer le public incapable de décider du mérite des tableaux ; les peintres, à leur tour, contestent l'autorité des gens de lettres, et ne leur accordent que la faculté de les louer, car ils ne peuvent méconnaître en eux les organes
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indispensables de Topinion. De plus, les peintres se jugent entre eux avec une singulière diversité d'avis, et sont rarement d'accord sur leurs ouvrages. Ainsi le public étant déclaré ignorant par tous, les gens de lettres par les peintres, et ces derniers pouvant diffî» cilement se concilier, il semble qu'on ne devrait jamais s'entendre en peinture.... »
On s'entend cependant à la fin, et je veux bien que la critique se montre souvent injuste, mais on m'accordera que les artistes ne sont pas tougours éloignés d'être ingrats. Eh 1 que deviendrions-nous, tous tant que nous sommes, si nous n'avions pour nous exci* ter, nous piquer, nous éperonner — nous récom* penser aussi et nous couronner — l'infatigable critique? Quel est celui qui se contenterait de travailler dans l'ombre, sans espoir de renommée, comme Fra Angelico dans sa cellule? Que ferait l'élève des Beaux- Arts dans sa loge si la perspective de l'exposition publique — et par conséquent de la critique publique — ne lui donnait point la fièvre, ne faisait point battre son artère et courir sa main? Je voudrais condamner au silence ces artistes sensitives qui n'admettent point qu'on touche à leur œuvre, même avec une branche de fleurs. La. critique mène le baron Gros jusque dans la mare où il cherche la' mort, soit, mais elle en élève dix autres jusqu'à la gloire où ils trouvent la vie facile et en évidence. D'ailleurs que serait, hélas 1 la critique entre les mains des spécialistes ? S'imagine-t-on un peintre faisant le SaUm une fois ? De quelle poignée de verges et d'orties frapperait-il ses rivaux s'il laissait tomber sur