PEINTURE ET DESSIN
1862 Christ mort, d'après Sébastien del Piombo.
Titc de madone, d'après Léonard de Vinci.
i863 Portrait de femme.
Adam et Eve, fresque de Raphaël.
1864 Madeleine, d'après André del Sarto.
1866 Deux portraits.
1873 Portrait de M»e L. (Mlle Langlois).
Portrait du jeune B.
1875 Portrait de MUe B. M.
1876 Portrait de mes enfants.
Portrait de Mm« ...
1877 Portrait de M^^ la princesse de Broglie. Portrait de M"« P. M. (Paule Masson).
SCULPTURE 1869 ^"'^ ^' Noémi, bas-relief.
i863 Saint Jean enfanty bronze (au Luxembourg).
Narcisse, plâtre.
i865 Chanteur florentin du XV* siècle, bronze argenté (au
Luxembourg).
1867 Exposition universelle.
La Sainte Vierge et l'Enfant Jésus (église de la Trinité).
Saint Jean enfant.
Chanteur florentin.
1873 Eve naissante,
1874 Narcisse y marbre.
1875 Portrait de M. Hennier, buste plâtre.
Portrait du docteur J. Parrot, buste plâtre.
Portrait d'un enfant, buste plâtre.
1876 Le Courage militaire, statue plâtre.
La Charité, statue plâtre.
(Figures destinées à un monument qui doit être érigé à Nantes au général de Lamoricière.)
1877 Portrait de M. G. N., buste marbre.
Portrait de Mll« M. B., buste plâtre.
Depuis ces dates, et aux derniers Salons, portraitiste et sculpteur, M. Paul Dubois a grandi encore en renommée. Un des maîtres de la critique contemporaine, M. Paul Mantz, parle ainsi de son art, àpropos du portrait de M^^«*** (1882) :
Rien n'est plus simple et plus intime. Vu en buste et de face, un bout de dentelle et quelques fleurettes garnissant le corsage de sa robe rouge entr'ouverte, le charmant modèle a dans les cheveux un peu de poudre dont les blancheurs grises contrastent doucement avec la jeunesse du visage et donnent au regard une vitalité rayonnante et persuasive. Le dessin intérieur est d'une fermeté magistrale , et cette solidité de
la construction latente est ici une vertu de premier ordre, car elle sera la raison d*étre du modelé, l'explication de la grâce enveloppante. Les surfaces sont très finement travaillées, mais librement et sans minutie, et l'exécution est d'une souplesse merveilleuse... Ce fier portrait est une œuvre maîtresse. La forme vivante ne saurait être plus tendrement caressée.
Et M. René Ménard ajoute avec justesse :
Cette peinture , si fouillée , si cherchée , si précise dans la forme, ne trahit pourtant aucune fatigue, et l'effort est si bien dissimulé qu'il ne se laisse voir nulle part.
Nous ne connaissons ni en peinture ni en sculpture toutes les œuvres de M. Paul Dubois. Il y* a à Nogent-sur-Seine, son pays, un chefd'œuvre à peu près ignoré : la statue tombale pour le monument de son père. Le fils Ta sculptée pour lui-même, pour son cher mort, sans l'exposer. Tout l'homme est là ! Il élève un monument à son père, mais il garde pour lui le secret de ce labeur, de ce filial hommage. Il n'étale pas sa douleur.
Esprit rare, cœur droit, un peu froid au premier abord, solide et charmant en réalité, Paul Dubois est un exemple de volonté et de travail ; il a mis douze ans à achever le monument de Lamoricière. Il travaille depuis des années à la statue du connétable de Montmorency, pour ce
magnifique château de Chantilly, si artistiquement restauré par le duc d'Aumale. Et le Connétable est loin d'être terminé. Paul Dubois n'est même pas encore complètement fixé sur le mouvement de la figure, quoiqu'il ait dépensé déjà là-dessus cinq ans de sa vie. Pendant qu'il est occupé du cheval, l'artiste fait, pour son compte personnel, une seconde statue équestre, qui ne lui est point commandée, et qui représentera un personnage français, mais d'une tout autre époque que le connétable Anne de Montmorency.
Ainsi, dans un labeur très lent et difficile, refaisant, reprenant cinquante fois les mêmes choses, modifiant à chaque instant son œuvre, travaillant toute la journée et toujours, Paul Dubois n'accepte que peu de travaux, mais les accomplit avec tout le cœur et une conscience d'artiste d'un autre temps. On m'a souvent reproché de louer volontiers ; je l'avoue, je ne m'occupe guère que de ceux que j'aime et qui sont mes maîtres préférés. Je laisse à d'autres l'amère et triste joie de la critique qui dénigre. Et comment ne salueraisje pas un caractère comme Paul Dubois? C'est un modèle dans son art, c'est un exemple dans sa vie. Il est de ceux qui causent cette joie profonde d'admirer dont je parlais avec Dumas fils au début
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de cette étude. Très aimé à l'École des Beaux- Arts, respecté, estimé, Paul Dubois n'a point de parti pris.
« Quels maîtres préférez-vous parmi les anciens? lui demandions-nous.
— Je suis tout à fait éclectique, nous réponditil. Je les aime tous, mais, anciens ou modernes, je suis toujours attiré vers ceux qui montrent la plus grande dose d'idéal ou d'exécution ! »
La perfection de la forme, l'élévation de l'idée, c'est le rêve, et Paul Dubois est de ces raresélus qui ont pu le réaliser.
BJN critique nouveau venu, ingénieux, éru- 1 dit, et, par bien des côtés, paradoxal, ] dont je lisais un article sur le Salon de 1883 (dans VArliste), M.Joséphin Péladan, adit à propos du délicieux tableau de Psyché: « M. Jules Lefebvre est le Sully-Prudhommc de la peinture. » 11 y a du vrai dans cette appréciation délicate. Si l'on entend par là que M. Lefebvre est un talent épris des exquisités de la forme et tient à loger l'art sur les sommets, on a dit juste. Le peintre de la Vérité est, en ce sens, de la race très affinée du poète de la Justice.
Jules Lefebvre est né à Tournan (Seine-et- Marne).
Il avait, raconte M. Jahyer dans une notice de la GaUrit contemporaine, deux ans lorsque son père vint habiter Amiens, pour y exercer la profession de boulanger. Des aptitudes toutes particulières qu'il montra fort jeune pour le dessin, étant à sa pension , encouragèrent son père qui voulait le prendre pour successeur à le laisser partir pour Paris, comme Jules Lefebvre en manifesta le désir, à Page de seize ans. Toutefois, sa mère, pour un louable motif, contrecarrait tout d'abord ces idées; il lui semblait injuste de faire pour son plus jeune fils plus que pour l'aîné, qui devait alors, dans ces conditions, rester seul à aider son père dans son métier. Cependant elle céda bientôt devant les idées arrêtées de son enfant de venir étudier à Paris un art vers lequel il se sentait invinciblement attiré.
A seize ans, Jules Lefebvre quittait donc la rue Saint-Fuscien d'Amiens et s'installait rue de r Université, n** jo. Une lettre de M^^ Salinis, évêque d'Amiens, l'ami de Gerbet et le disciple de Lamennais, le recommandait à M. Paulin Guérin, professeur de dessin à l'école Juilly, et Guérin le faisait alors entrer dans l'atelier de Léon Cogniet. Dès lors, Lefebvre n'eut plus qu'un souci : le travail; qu'un but : le prix de Rome. Il fut reçu en loges dès 1858, l'année même où M. Henner remporta le grand prix. Le sujet était : Adam et Eve retrouvant le corps d'Abel. En 1859, avec Coriolan che^ les Volsques, Jules Lefebvre obtint le second prix, Benjamin Ulmann le premier. Enfin, en 1861, avec la
Mort de Priani, Lefebvre remporte le grand prix de Rome et part pour la Villa Médicis'. Il avait exposé déjà au Salon la Veille de Noël, Marie et Joseph à Bethléem, et un Portrait de M. P.
Le peintre G. Guillaumet, qui a si magistralement traduit sur la toile les paysages et les mœurs d'Algérie, nous disait, dans ce pittoresque langage qui dénote en lui l'écrivain de race, combien, dès l'École, dès ces heures de début, d'apprentissage et de concours, Jules Lefebvre avait atteint cette perfection dans le rendu qui est la marque même de son talent. Avec
I . Dix élèves, — on sera peut-être curieux de retrouver leurs noms, devenus célèbres presque tous, — avaient pris part à ce concours. Voici leurs noms indiqués dans Tordre des réceptions :
N^ I. M. Jules-Joseph Lefebvre, né le 4 mars 1834, àTournan (Seineet-Marne), élève de M. Cogniet, deuxième grand prix en i856.
N° 2. M. Marie-François-Firmin Girard, né le 29 mai i838, à Poncin Ain), élève de M. Gleyre.
NO 3. M. Tony Robert-Fleury, né le i «"^ septembre 1837, à Paris (Seine), élève de MM. Delaroche et Cogniet.
N* 4. M. Fortuné-Joseph-Séraphin Layraud, né le i3 octobre i833, à Laroche (Drôme), élève de MM. Cogniet et Robert-Fleury, deuxième grand prix en 1860.
N<^ S. M. Pierre Dupuis, né le 9 juillet i833, à Orléans (Loiret), élève de MM. Cogniet et H. Vernet.
N<^ 6. M. Victor-Julien Giraud, né le i 2 janvier 1840, à Paris (Seine), élève de M. Picot.
N» 7. M. Léon-Basile Perrault, né le 16 juin 1 83 1, à Poitiers (Vienne), élève de M. Picot.
N* 8. M. Alexandre-Louis Leloir, né le 14 mars 1843, à Paris (Seine), élève de M. Leloir.
N® 9. M. Paul-Célestin-Louis Nanteuil, né le 28 septembre, à Paris (Seine), élève de MM. Cogniet et Hesse.
N° 10. M. Alexis-Marie-Louis Douillard, né le 28 juin i83S, à Nantes (Loire-Inférieure), élève de MM. Flandrin et Gleyre.
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une rapidité singulière, dans le temps même que mettait un voisin à enlever une esquisse, Lefebvre avait achevé un morceau d'un Jini étonnant et charmant. Cette perfection particulière, si je puis dire, est un des caractères de la peinture de Jules Lefebvre. Il voit la nature à travers une certaine conception de la beauté dont Télégance est à lui et bien à lui. Ses femmes ont une grâce et une gracilité qui les font reconnaître entre toutes. Et cet art parfait, Jules Lefebvre y atteint sans plus d'effort qu'un autre apporterait à une pochade. C'est son écriture personnelle, si le terme ici se peut accepter. Il y a autant de verve et d'entrain dans ce rendu achevé que dans telle impression d'un autre. Seulement, chez Jules Lefebvre, l'impression c'est la perfection. D'autres ont l'œil photographique : il a, lui, l'œil fin et délicat, et sa main rend sans fatigue la sensation qu'éprouve sa vision. Et sa vision du nu lui est essentiellement personnelle, poétique et vraie à la fois.
De Rome, en 1863, Jules Lefebvre envoyait sa Charité romaine et une Baigneuse. C'étaient déjà ces nus exquis d'aujourd'hui '. Mais son art,
I. Le Rapport de l'Académie (i863) disftit : « La Femme au bain, de M. Lefebvre, a de la grâce. Certaines parties de cette figure sont d'un
sa perfection spéciale, ne sont pas du tout dédaigneux de Tart d'autrui. C'est un esprit compréhensif de toutes choses , bienveillant , sincère, et que les manifestations artistiques les plus opposées à ses œuvres trouvent parfaitement attentif. M. Jules Lefebvre garde dans son atelier des copies de Franz Hais exécutées par lui en Hollande et qui montrent quelle vigueur, je dirais presque quelle superbe brutalité de pinceau, il pourrait déployer s'il n'était de ces distingués artistes qui répugnent aux tours de force, aux virtuosités faciles, et sont surtout préoccupés d'élever leur art à la hauteur de leur rêve.
En 1864, de Rome encore, Lefebvre envoie, avec une Jeune Fille endormie, vue de dos et d'un raccourci savant, un tableau. Nymphe et Bacchus jouant devant une statue du dieu Pan, tableau exposé au Salon de 1866. « Rien de plus naïf et de plus charmant que cette composition » , a-t-on dit. « La scène est gracieuse
ton et d'un modelé qui charment. Il aurait fallu que le torse fût en harmonie avec le reste et d'une coloration moins jaune. Le vêtement, dont le blanc fait une note heureuse, pouvait prêter davantage i l'étude de la forme. La Charité romaine est conçue dans un sentiment pur et honnête. La mère a une tête expressive, d'un beau caractère; l'idée est heureuse de protéger encore la chasteté de la jeune femme par la présence de son enfant. «
et naturelle », écrivait le vieux Châlons d'Argé. Comme envoi de troisième année, Jules Lefebvre donne, en 1865, le Jeune homme peignant un masque tragique, aujourd'hui au Musée d'Auxerre. C'est joli, ingénieux, d'un rare sentiment antique, élégant de forme, amusant de sujet, et de facture aussi, comme disent les peintres.
Au Salon de 1865, avec la Jeune Fille endormie (l'envoi de 1864), l'artiste avait exposé un petit tableau très intéressant d'arrangement et de facture : les Pèlerins au couvent de San Benedetto, qui est la propriété de M°^® la princesse Mathilde. Toutes ces notes, M. Jahyer, qui nous les fournit, les doit tenir de bonne source, sans doute, et c'est pourquoi nous les lui empruntons.
Jules Lefebvre revint de Rome en 1867. 11 rapportait une toile des plus remarquables, une Cornélien Puis, à Paris, il continua vaillamment son labeur. Médaillé en 1865 , il allait l'être encore
I . « Pour tableau de sa dernière année, écrivait Châlons d'Argé» M. Jules Lefebvre a envoyé une œuvre non terminée rappelant la scène si connue de Cornélie, mère des Gracques, présentant à l'une de ses amies ses enfants comme ses bijoux les plus précieux. 11 n'y a guère d'achevé dans cette peinture que les deux enfants et le buste de Cornèlie, dont la tète est pleine d'expression. L'ensemble promet une page sagement composée et exécutée avec soin. » (Août 1867.)
en 1868 avec le Portrait de sa sœur et cette admirable Femme couchée, appartenant à M. Alexandre Dumas fils, qui est un des chefs-d'œuvre de son pinceau, une des maîtresses pages de Técole moderne, et qui eût dû lui faire, à vingt-huit ans, attribuer la médaille d'honneur. Il s'en fallut de peu que Lefebvre ne l'obtînt comme il la méritait. « Après cinq tours de scrutin qui, raconte M. Jahyer, donnèrent invariablement le résultat suivant : Corot, cinq voix; Jules Lefebvre, cinq voix, et Gustave Brion, deux voix, comme M. de Nieuwerkerke, s'apercevant d'un parti pris, réclamait qu'on tranchât la question pour ne pas produire un mauvais effet sur le public, le jury termina la querelle en donnant la médaille d'honneur à M. Brion, qui réunit à ses deux voix cinq fois obtenues les cinq voix de Jules Lefebvre. Celui-ci obtint alors, pour la seconde fois, une médaille ordinaire. »
En 1869, Jules Lefebvre exposait un portrait de femme, puis une Italienne, la Pascuccia, et, en 1870, la Vérité, cette belle figure nue qui rayonne au Luxembourg. Cette année même, Lefebvre était fait chevalier de la Légion d'honneur.
Au Salon de 1872, — le Salon de Renais-
sance nationale, comme on pourrait l'appeler, — Jules Lefebvre, après sa Femme couchée, exposait une figure de fillette nue, la Cigale. C'est une élégante petite juive, brune, les cheveux, d'un noir de jais, dénoués, et qui porte à sa bouche sa main gauche d'un air boudeur, tandis qu'elle laisse pendre, le long de son corps, son bras droit qui tient une écharpe d'étoffe légère, soulevée par le vent d'automne. Un bracelet d'or, reste d'un luxe qui date du dernier été, enserre encore son poignet droit. La figure nue se détache, comme une statue d'ivoire, sur le fond d'un mur blanc. A terre gisent les feuilles fanées d'un laurier qui se dresse encore le long du mur, et laisse voir, à travers ses branches à demi dépouillées, une couche de peinture d'un bleu cru.
Quand la bise fut venue, dit M. Lefebvre.
On le devine à cette couche de feuilles d'automne. M. Lefebvre a d'ailleurs voulu indiquer la dégradation, l'état de cigale de cette enfant, par l'espèce de flétrissure des seins, encore jeunes ; mais, ne pouvant, sous peine de laideur, cigaliser le corps tout entier, il a conservé à toute la personne de la fillette une candeur quasi enfantine, des grâces marmoréen-
DESSIN INÉDIT DE JULES LtFEBVRE
nés, ou plutôt ivoirines, d*un dessin charmant. La jambe gauche, qui avance doucement par un mouvement à la fois chaste et frileux, est d'une élégance extrême.
En même temps que sa Cigale, Jules Lefebvre exposait un portrait féminin que je regarde comme supérieur encore à ce grand tableau. C'est une femme jeune, vêtue de noir, et assise sur un fauteuil jaune, le coude droit appuyé sur un coussin rouge. La pose est charmante, et les doigts des mains sont joints admirablement. Un bouquet de violettes au corsage, deux longs pendants d'oreilles, une collerette, quelques bijoux, relèvent le noir de la robe. Mais ce qui est surprenant, c'est le visage, pâle, assez étrange, avec des yeux aux prunelles verdâtres, profondes et pénétrantes ; c'est ce nez et cette bouche qui se relèvent comme l'aile d'un oiseau; c'est ce front bas, avec ces cheveux lisses en bandeaux qui donnent à cette figure je ne sais quelle ressemblance vague avec la tête tragique de Rachel. Voilà, à coup sûr, un portrait des plus remarquables, et qui rappelle victorieusement une des inspirations les plus complètes d'Hippolyte Flandrin. Ce portrait était celui de M°^^ Claudon.
JULES LEFEBVRE JÇÇ
Au Salon de 1874, Jules Lefebvre exposait le portrait du prince impérial. Oh ! les sottises de la politique ! Ce que nous vîmes surtout alors, dans cette peinture, ce n'était point la peinture même, c'était une manifestation de parti, et nous jugions mal, puisque nous ne jugions pas l'œuvre intrinsèquement.
Je voudrais revoir aujourd'hui le portrait de l'adolescent qui devait mourir en héros au Zululand. Lefebvre en a conservé, chez lui, une étude, — la tête seule, — et c'est un chef-d'œuvre. L'année suivante, Jules Lefebvre exposait une Chloé d'un modèle exquis et une fantaisie dont je retrouvais, l'autre jour, l'esquisse chez François Coppée : c'est le Rêve. Le morceau est tout à fait joli, et la difficulté vaincue prodigieuse. Je reviens encore, à ce sujet, sur mon impression première. Jules Lefebvre a voulu traduire la fumée même d'un songe, une vivante poésie.
« Et le rêve se dissipe dans les vapeurs du matin », dit le livret pour expliquer le sujet choisi par le peintre. Ce rêve est personnifié par une femme nue qui s'enlève en vapeur audessus d'un étang. Couchée sur l'espèce de buée qui se dégage de l'eau que rase un mar-
tin-pêcheur, et où apparaissent des nymphccas avec leurs blanches fleurs et leurs larges feuilles, cette femme, ou plutôt ce fantôme, se dissout tendrement aux rayons du soleil. C'est cette transparence qui est exquise, et que j'ai surtout comprise en retrouvant ce poétique tableau après des années.
Au Salon de 1B77, Jules Lefebvre envoyait une Pandore qu'on voyait, s'il m'en souvient bien, à côté d'un petit vaudeville romain, très fin et très curieux dans l'étude des types, que M. Emile Lévy appelait Meta sudans. J'aime beaucoup cette figure de Pandore, où se retrouve, tout entier, le peintre de la Vériié, Tête fatale, regard étrange, un corps indécis où la mièvrerie de l'enfant s'épanouit déjà dans une grâce féminine; une pureté de dessin, une couleur charmante, une chair délicate et savoureuse, un paysage fantastique et saisissant. Tout cela composait, sans que M. Jules Lefebvre eût voulu faire tapage, une œuvre des plus remarquables, et le maître peintre de la Femme couchée n'a pas signé de morceaux mieux choisis que cette figurine de Pandore. J'avais vu chez lui, un peu auparavant, une Paysanne extrêmement jolie qu'il n'avait pu exposer cette année-là, ab-
sorbe par son grand tableau de Diane surprise, où il devait donner sa mesure tout entière'.
I . Voici, d'après M. Jahyer, un essai de Catalogue des œuvres de Jules Lefebvre jusqu'à l'Exposition universelle de 1878.