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A mentionner enfin les dernières trouvailles : entre mêler de signes cabalistiques, de grandes lettres, de gros numéros le sujet du tableau déjà réduit à quelques zigzags — ou bien ne plus peindre et coller sur un plan encadré les objets euxmêmes, une croûte de pain, un morceau de journal, de linoléum.
La représentation peinte comportait
un mensonge : l’art devait être vérité, il exigeait la réalité même !
Néanmoins les auteurs de ces puzzles s'intitulaient encore peintres ; ils n’exposaient pas leurs productions chez les marchands de jouets, mais dans les galeries de tableaux.
La facilité primaire d'exécution de tous ces ouvrages n’échappait à personne : elle ralliait la cohorte montparnassienne, monfmartroise et internationale de tous les indigents de la gloire, candidats à la conquête de Paris. Ç
Paris n’absorbe pas impunément ‘chaque année les méningites, les nostalgies, les ambitions des races du monde entier : [a peinture nouvelle servait d’exutoire.
Un crâne mongolien, arizonien ou polynésien obéit à un instinct palingénésique en franchissant le seuil d'une académie du cube.
Si faire de la peinture est un exercice auprès duquel la pratique
du bois nègre, de la tapisserie slave, de la broderie bulgare, de l’idole mexicaine est encore trop savante, fi de Delacroix, de Courbet, de Puvis!
Fabriquons die un stock dans le sens nouveau :: courons écouler notre marchandise chez ces braves boutiquiers français qui nous gobent tant : notre accent espagnol ou tartare fait pâmer les dames, et rêver les pères conscrits de voyages lointains. Cueillons les lauriers ; recueillons les bénéfices.
Le monde des arts s'accroît, s'agite : depuis que la peinture est à la portée de toutes les aptitudes, tel un métier sans apprentissage,
on y fréquente une société remuante, parfois de qualité : dilettantes, fils de famille à la recherche d’une vocation, dames anxieuses d'émancipation, rhétoriciens, mandarins, baladins, conseillers...
Le nombre des peintres se multiplie sans -cesse ; leur compréhension du tableau en dépasse le cadre; . les procédés de la peinture s’assimilent à ceux de l’impression, de l’estampage :'entre le plateau à thé, le vase et le tableau il n’est plus la distance qui sépare l’objet manufacturé de l’œuvre pensée, sentie, vibrante ; le motif du tableau se reproduit sur la panse d’une poterie, sur un abat-jour, sur la forme d’un
chapeau, sur un corsage, sur un coussin, sûr une tenture, L’artistepeintre devient ainsi décorateur, potier, couturier, directeur de revue, commanditaire de thé-tango.
L'activité des peintres modernes a trouvé sa voie : la MODE.
Ces bénévoles collaborateurs aux arts appliqués leur apportent un précieux élément de renouvellement; en collectivité ils réalisent des progrès que l'effort individuel n'avait encore pu obtenir;on espère même que l’intangible architecture sera modifiée. Il se crée une nouvelle éducation de l'œil. Le vieux cliché du meuble, de la tenture disparaît ; la fioriture, le fignolage
semblent voués à la faillite. Bientôt on saisira une fourchette,un bec-deçcane, une lampe, un appareil de.
chauffage sans que l’ornementation en reliefs’incruste dans notre main ; on habitera des maisons que ne déshonoreront plus les « pâtisseries » de la plâtrerie, les moulures et lambris de la menuiserie, le baroque de la serrurerie — et, sur le mur débarrassé de chamarrures le peintre trouvera la place du tableau.
Entre la mode et la peinture que le fossé se creuse.
La peinture a des rapports éloignés avec les divertissements dont elle vient d’être le prétexte et qui ressortissent de la mode, du décor par l'esprit et par les procédés.
Une exposition de tableaux n’est pas une exposition de pièces établies « en série ». UE
Une exposition de tableaux n'est
pas une exhibition de phénomènes, de bizarreries ; les murs décorés de peinture dans les monuments publics, dans les églises,ne sont pas des panneaux de saltimbanques à la foire.
La peinture doit délecter, non étonner. V
Toute spéculation détournant la peinture de la délectation pure est vouée à la stérilité ;
Cette délectation est une sensation qu’altère toute arrière-pensée de séduction, de lucre ou de politique ; |
Cette délectation est secondée souvent par une idée, par une passion : Foi, Religion, Patrie, Révo-
lution, Vertu, Vice, Nature, Amour ;
Cette délectation est plus intense quand elle ne démande rien à l’exaltation cérébrale, ni à l'inspiration extérieure, et tout à son propre fond, — quand le peintre représente n'importe quels objéts, vues, visages sans autre préoccupation que d'exprimer leur aspect familier ; alors deux ou trois autres peintres viendront encore s'exercer sur ces mêmes sujets et créeront autant d'œuvres nouvelles et significatives. |
La Peinture se renouvelle indéfiniment suivant le temperament des artistes: comme la Poésie ou la Musique elle est un fond humain
inépuisable, un thème fondamental sur lequel les nouveaux venus adaptent leurs variations.
Rembrandt, Titien, Velasquez, ont peint sans le tourment qu’une méthode pût ajouter ou diminuer quelque chose à leur génie ; ils s’'abandonnaient jusqu’à la frénésie à leur « dieu »; ils s’interrogeaient, ils allaient toujours plus avant en eux-mêmes, s’obstinant sur un même sujet, le traitant plus ou moins largement, attendant une disposition morale ou physique plus ou moins favorable, leur permettant de saisir l’impondérable.
Le don est cet impondérable ; la couleur reste inexpressive si l’ar-
PEINTURE... at
tiste malgré son expérience, son
habileté, ses artifices, sa volonté
manque de don. |
La connaissance, la découverte du don est en peinture, ce qui nous conduit à la vérité. |
Le don en peinture tient plus encore des sens que de l'esprit : un être inculte, dur, barbare ou naïf, peut être formidablement doué.
La Peinture est elle-même un
sens, une case de la sensualité à
réflexes quasiment physiques.
Le don a fait de Chardin un précurseur.Chardin peignaïit des ustensiles domestiques sans prétendre exprimer un sentiment, une idée — non comme accessoires mais
comme éléments de tableaux — en se livrant simplement au don que Diderot avait su reconnaître en lui.
La connaissance. du don rend vain tout épilogue sur la peinture.
Aucuns commentaires ne suppléeront à ce fait que compte seule la présence ou l'absence du don, c’està-dire de l’impondérable, de l'incompréhensible.
Ireste néanmoins un vastechamp à la critique ; la description.
Par une interprétation savoureuse la critique nous introduit auprès de ce qui nous serait inaccessible. Dès que la critique aborde la démonstration, l'analyse de ses raisons, la voilà fort embarrassée ; les mêmes
raisons qu i justifient la censuré se trouvent celles qui justifieraient l'approbation, et réciproquement.
‘La critique est impuissante, elle embrasse le vide si elle expertise les moyens matériels de la peinture ; l'emploi des mêmes procédés tour à tour nous séduit ou nous déplaît suivant qu'il est ou qu'il n’est pas galvanisé par le don.
Les procédés sont les véhi:ules irresponsables du don : tous sont bons ou mauvais et destinés à égarer les jugements superficiels.
Un polygraphe formerait un compendium documentaire de l’analyse, de la nomenclature des procédés de chaque maître.
Un critique fondant ses opinions sur l’appréciation et sur l’exploitation d’une « manière », d’une technique, erre car il donne à Ja matière la place de l'esprit, en l’espèce le don, — car il s’attache à de fauxsemblants et néglige le fond.
Le don ne se formule pas : il se fixe tantôt sur la palette de Mabuse, tantôt sur celle du Greco — en farfadet indifférent à l’outil, au métier de l’homme. |
Le critique doctrinaire en est réduit à cette constatation, à cet absolu : le peintre a ou n’a pas le don |
La plupart des critiques se lassent rapidement d'illustrer leurs écrits
de raisons. La plupart des critiques sont illusionnés par des présomptions, des impulsions, des pressions, des habitudes ; ils ne savent guère comment s'est formé ni sur quoi repose leur jugement ; ils rendent compte de la peinture comme ils le feraient des courses ou des théâtres si le directeur de journal le leur avait demandé ; ils ont assoupli, adapté leur intelligence à Japeinture,aux histoires de peintres, | à leurs controverses, à leurs combinaisons : il est rare qu’un mouvement spontané les ait portés aux
méditations sur l’art.
Le don du peintre se manifeste dès ses premiers essais : entre les
tâtonnementsdu débutetlesœuvres de maturité il n’est pas d'autre différence que les divers degrés de la culture d'un don. \
Le don nes'’acquiert pas : de même que les uns le goûtent, le comprennent, les autres ne le goûteront, ne le comprendront jamais.
Les pédagogues ont une répulsion innée pour le don. Si la valeur du don prédominait, les écoles de peinture disparaîtraient. Le professorat — asile et gagne-pain de ceux que leurra, au matin de la vie, le prestige d'un art, — ne s’alimente.
pas d’abstractions. |
Le professeur de dessin mécanique, topographique, enseigne sur
des données scientifiques, mais le professeur de dessin artistique ou le professeur de peinture offrent à leurs élèves une série d’aphorismes ou de recettes contestables. Ce professeur se condamnerait lui-même s’il répondait à l’'éphèbe en quête de conseils :
« Que vous apprendrai-je? mon garçon ; en art, seul compte le don.
Voyons vos premières esquisses :
hélas, vous n’avez pas d’aptitudes :
mieux vaut porter vos deniers ailleurs. »
Ou bien :
« Voiläquirévèle émotion, acuité, “sensibilité : rentrez chez vous ; travaillez, développez jalousement le
don que la Nature semble vous avoir confié; visitez les Musées ; lisez ; consultez la vie des maîtres, l’histoire ; et,-un jour, peut-être, le don s’épanouira en vous. »
Le don anime de magie, de charme l'œuvre la plus modestement conçue, jaillie des mains de l'artiste au moment où il ne s’y attendait pas, comme par enchantement. dpi Le don ajoute à un paysage, à une tête,un rayonnementdont nous ne nous lassons jamais. De célèbres tableaux que se transmettent les générations ne sont qu’une efflorescence printanière du don : les trois portraits de la famille de Ru-
bens à la Pinacothèque de Munich ; la leçon de musique de Fragonard au Louvre; l’'embarquement pour Cythère de Watteau.
Le charme du don est dû quelquefois à une matière grasse, pulpeuse, étalée sans avarice, ni retouches.
Monticelli eut le don, impérieusement affirmé dans une fantaisie dépassant la représentation des formes.
. Carrand, l’obscur lyonnais, eut le don. Les couleurs qui prenaient
chez Monticelli une exaltation dionysiaque, chez Carrand se haussaient à la vibratilité sentimentale.
Van Gogh, le frénétique, eut le
don : frénésie et don juxtaposés.
Ces peintres ont apporté une note nouvelle etémouvante en sé livrant simplement au don; |
Leur peinture fut nouvelle sans qu'ils eurent la prétention d'établir des canons, des formules ;
Leur peinture ne fut ni ancienne, ni moderne, ni classique, niromantique, ni impressionniste, classifications arbitraires et puériles ;
Leur peinture fut spontanée, sans date, ni lieu, ni glose;
Leur peinture a la pérennité des imaginations et des images possédées par la sensibilité et par le don.
D’autres exemples illustrent l'histoire de la Peinture, mais après les
peintres français et anglais du milieu du xix- siècle, après Delacroix, Courbet, on est en droit d'attendre de notre temps d’autres manifestations de peinture que celles de la fausse indépendance et del'exploitation du principe de liberté artistique entré dans nos mœurs.
Lorsque les commensaux de la peinture auront trouvé la solde de leur activité, de leur avidité dans l'industrie et dans le commerce des arts appliqués — alors commencera
l'heure de la Peinture, au xx: siècle, en France. N
Eugène FIGUIÈRE, Éditeur 3, place de l'Odéon — PARIS
MARRANT DONESENARORANERIUEUNODOSNESANUNARDNEENEAUSER
Vient de paraitre :
La Ronde des Bleuets, par RAOUL LEGUY....... 2 » Le Bonnet Rouge, par CHARLES-LÉON CLAUDY., 1 50 A Travers le Sang vers la Liberté par AL. BÉRARD. 8 50
France et Roumanie, par TAKE JONESCO ....... 1 25 Les Belles Amours, par RAYMOND GENTY...... 1 25 Buts de DA tomes TI, IT, AU, par CHARLES DANTÉLOU 52452 C4 eee DE AE LR L'Homme et la Brute, par Abe LAFARGUE .. 8 50 Des Murmures dans les Ruines, par PORÈUE PIOUIRRE, LU SNS NAN URI RAA NLE 2 50 Camille Spiess, par JosePH RIVIÈRE. .,........,. 3 50 Contes à la Cigogne, par LuiGr LIBERO RUSSO!. 2 50 Albert, par JOSEPH POMIÉ. .....1 4.040 .00% 83 50 Primevères et Coquelicots, par PIERRE CLERG... 3 50 La Folle du Logis, par L. GUILLET. . ... Rs PA AM 3 50 La Tour des Peuples, par HAN RYNER.......,.. 3 50 Pensées, par PAUL BRULAT.....:. PAL PROS 21% Prolongeons la Vie, par JEAN FINOT....,.:....1! DEN En Mission en Roumanie, par le Capit” BLÉRY. 3 50 Poèmes de Mai, par EUGÈNE FIGUIÈRE. :....... 350 Temps de Guerre, par GEORGES GILLET....... 3.80
À paraître très prochainement :
Demain? par le Dr BINET-SANGLÉ.
L'Homme qui a mis les Boches dedans, par ALBERT DE POUVOURVILLE.
La Croisade de l'A. R. C., par Mme de MOPATAUNE La Lumière, par DunAMEeLzL (2° édition).
Aujourd’hui... Demain, par IsIDORE TOURNAN..
Armée d'Orient, par Mme LoOUTE-JAUBERT.
Epitres d’un soldat, par MARCEL CLAVIÉ.
Le Trésor des Caravanes, par GERMAINE MASSET. L’Oligarchie roumaine, par le Dr BRAUSTEIN.
Mortcerf (réédition), par PAUL FORT.
RAP IONE temporaire de 30 0/0 sur les pris me ||
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