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Peintures antiques de vases grecs de la collection de Sir John Coghill bart

Pendant un séjour de plusieurs années à Naples, M. de Lalo , Trésorier de la feue Reine , s’ occupa avec ardeur de la recherche , et de t acquisition de V uses peints . Sa situation , et diverses circonstances favorables , le mirent d-inêine d' en former une collection considérable par le nombre , la beauté des peintures , et /’ Intérêt des sujets . A sa mort, M. le Chevalier de Rossi, « avantageusement connu par Ion esprit, ses talens , et ses connolssances dans les arts , acquit cette collection , et en fit dessiner et graver avec un soin extrême en trente-neuf Planches , les vases les plus Intéressans. Il est bien à regretter que ses occupations ne Lui ayent pas permis d’ exécuter le projet qii’ il avolt conçu , de les donner lui-même au public , accompagnées de ses explications et de ses remarques. Toutefois on verra avec plaisir dans les trois lettres suivantes , les observations Intéressantes qu’il avoit j'aites , sur la maniéré de fabriquer et de peindre les V ases -, sur les artistes qui y étaient employés ; enfin , sur cette espèce de vases , qui présentent des figures noires sur un fond rouge ou blanc .

i\I. le Chevalier Coghill qui possède aiijourd’ hiii cette Collection , l’a augmentée considérablement par divers achats faits à Naples , entre autres par celui des vases de M. Bonnet . Aux trente-neuf Planches gravées sous la direction de M. de Rossi , Il a ajouté treize nouvelles , qui présentent divers vases choisis dans ses dernières acquisitions , qui lui ont paru mériter le plus d’ attention ■

Au moyen de la réunion de tant d’ acquisitions , l Angleterre ou l’on voyait déjà les deux magnifiques collections du Musée Britannique , et de M. Thomas Hope , est

le pays le plus riche en cette branche d' antiquités . Sous ce rapport , M. le Chevalier Coghill a des droits à la reconno/ssance de ses compatriotes amateurs de l'Antiquité, et des Beaux arts .

fJ introduction de la collection de cases du Chevalier Hamilton eut une grande influence sur le goût public en Angleterre . La communication qui en fut donnée à l' Europe par la publication de M. d’ Hancarville eut ailleurs le même heureux effet .

Divers écrivains ont parlé fort au long des avantages que l' étude des vases peut procurer aux savans pour l’ intelligence des auteurs anciens , et aux artistes en leur offrant des modèles dignes de leur imitation .

Pour ce qui est relatif à l’ origine des vases , aux temps et aux lieux de leur fabrication , à /’ usage auquel ils etoient destinés ; je renvoyé le lecteur à /’ introduction de mon ouvrage intitulé Peintures Antiques et Inédites de Vases Grecs .

Rénonçant à cet esprit de système auquel se sont livres ceux qui s' étoient occupés précédemment de cette branche d’ antiquités -, fy ai cherché surtout à détruire l' idée généralement reçue , que les vases étaient des signes d' initiation dans les mystères , et que les sujets dont ils sont ornes , avaient toujours un rapport direct ou indirect à ces mystères . Opinion fausse , et qui a été cause que La science ri a pas fait les mêmes progrès à t égard des vases , que dans les autres branches de l’ Antiquité figurée .

Première Lettre adressée a M. Millingen

Par M. le Chef:" Jean Gherardo de Rossi

Traduite de l Jt ali en .

Monsieur.

IVIaintenant que vous êtes à Naples , et au centre des mines d’ où l’ on retire les vases appelés Etrusques , vous me demandez de vous répéter par écrit, ce que je vous ai dit de vive voix sur leur fabrication , et sur leurs peintures . Mais il ne m’ est pas aussi facile de vous communiquer par écrit , les remarques que je vous fis alors , en vous montrant les vases mêmes , dont je possédois à cette époque une collection considérable . Cependant je veux tâcher de vous satisfaire ; d’ autant plus que vous avez les planches de ma collection , auxquelles j’ ai mis tout le soin possible , afin qu’ on ne négligeât rien , de ce qni pnt donner des lumières sur la méthode avec laquelle on fabriquoit et on peignoit les vases .

Dans la pnblication de la première collection des vases du Chevalier Ilamilton , M. D’ Hancarville a parlé de leur fabrication , et de leurs peintures . Mais plus occupé de ce qui avoit rapport à l’ érudition des sujets qui y étoient représentés , il regarda peut-être avec moins de soin ce qni concernoit les arts . Vons ponvez voir ce qu’ il en dit j sans m’ arrêter à réfuter ses opinions , il suffit que je vous expose , et vous prouve la mienne .

Je crois donc que le potier travailloit au tour , avec les outils nécessaires , l’ argile mouillée et préparée pour cet effet ; et qu’ ensuite il faisoit sécher son ouvrage . Lorsque le vase était parfaitement sec , il passait dans les mains du

2>eintre, qui y dessinoîL le sujet qu’il vouloit représenter. La méthode qu’ on suivoit pour dessiner les sujets , me fait penser avec certitude , que le peintre exécutoit son ouvrage sur une argile parfaitement sèche . Si vous observez avec un peu de soin les vases , vous pourrez facilement y reconnùitre, que le peintre gravoit la première éhanche des figures avec une pointe de métal , laquelle produisait sur cette argile desséchée une trace ou sillon léger , sans relief sur les bords , et un peu luisante , à-cause de la pression de la pointe ; ce qui ne serait certainement pas arrivé , si on faisoit cette même marque sur une terre humide .

Je vous prie de remarquer dans les vases de ma collection Planches VllI. et XXll. ces traits ponctués très-légers , que j’ y ai fait marquer , et qui représentent précisément ces sillons . Je ne vous nierai point , que j’ai vu dans quelques vases , ces premiers contours faits avec une ligne

de couleur peu différente de celle de 1’ argile ; mais cela

ne se voit que rarement , tandis que très-souvent on voit

les sillons qui annoncent la pression d’ une pointe .

Ces signes sont méthodiquement semblables partout où ou les voit mis en usage , et principalement dans les têtes; ils consistent en un trait qui forme presque trois parties d’ un ovale ; et qni partant du front , passe de la bouche au menton , et ensuite remonte jusqu’ à 1’ oreille . Au moyeu de ce trait , le peintre se procuroit une trace certaine , d’ après laquelle il pouvoit guider sou profil , et s’ assurer de la proportion de la tête .

xWec cette même pointe , 1’ artiste marquait les parties

principales du nud , quoique la figure dut etre ensuite habillée . 11 s’ élüignoit peu de ces traces dans l’ exécution du travail , et vous ne trouverez presque jamais qu’ il changeât l’ attitude d’ une figure ; ce qui est une preuve certaine pour moi, que les peintures des vases étaient toujours

des copies , et jamais des ouvrages originaux de celui qui les exécutoit . Mais je vous parlerai ailleurs à ce sujet .

Revenons à l’ artiste , qui ayant formé de cette manière une ébauche de son ouvrage , peignait ensuite avec des lignes noires et légères , toutes les parties da la figure ; il en déterminait surtout les contours avec précision ; et comme les figures devaient se détacher sur le fond , et que la précision des contours étoit 1’ objet le plus important ; le peintre même , marquait tout autour du contour avec un pinceau plus gros, un grand trait de noir, lequel préservait le contour des altérations que pouvoit y apporter le pinceau négligent de ceux qui devaient peindre en noir le fond du vase .

Je crois qu’ on suivait cette méthode dans les vases les plus beaux , et d’ un plus grand prix j parceque , quant aux vases ordinaires , on achevait premièrement l’ ouvrage , et on donnoit le vernis à tout le fond, de manière que par une seule cuisson le vase était parfaitement fini . Mais les vases dont je vous parle , c’ est à dire , ceux qui étoient peints avec un plus grand soin , et avec plus de science , étoient exposés premièrement au feu , jusqu’ à ce qu’ ils eussent acquis un certain dégré de cuisson j ensuite , un artiste plus ordinaire peignoit d’ une couleur égale tout le fond , qui dans la seconde cuisson , obtenoit ce vernis luisant , que 1’ on admire dans les vases d’ une argile trèsfine et d’ un plus beau dessin .

Ne croyez pas que l’ opinion que j’ avance soit fondée sur des conjectures seulement ; je peux vous le démontrer par le fait . 11 existoit dans ma collection le vase Planches XIV. et XV. qui n’ est pouit achevé , et probablement ne le fut pas , parceque à la première exposition dans le fourneau , il fut trop cuit , et on ne put point l’ exposer de nouveau à l’ action du feu . Il fut cependant conservé

quoiqu’ imparfait , comme il arrive de nos jours de quelque beau travail en porcelaine , que 1’ on conserve toutefois quoique défectueux en quelques parties, et qui est vendu à un prix inférieur . U’ un coté ce vase représente Céphale et Aurore j si on ne veut pas plutôt y voir Adonis et \ énus ; et de l’ autre il olïre deux athlètes avec des strigiles dans la main . Vous devez examiner dans ce vase , dont la gravure est très exacte , ces lignes ponctuc'es qu’ on voit sur le vase même , et qui sont les premières traces du travail sur lesquelles ensuite 1’ artiste 1’ acheva ; remarquez encore , qu’ après avoir ainsi déterminé le contour extérieur des figures , 1’ artiste marqua avec un pinceau bien gros un trait jioir tout autour de ce contour, et par là, il le mit à l’ a'bri des inexactitudes du pinceau de 1’ ouvi'ier ordinaire , qui devoit ensuite donner au fond une teinte générale . Remarquez encore , que dans le fond de ce vase , ii y a les marques où l’ artiste nettoya son pinceau . De cette pratique il résulta que les vases plus beaux , et exécutés avec plus de soin , ont auprès du contour des figures un noir plus foncé que celui qu’ on voit dans le reste du fond de la peinture : de manière que si on les regarde de travers , on voit que les couleurs autour des figures sont doublement foncées , et quelquefois forment une épaisseur qui est presque insensible . Dans les vases Planches l. XXll. et XXIX. iV.° 2. cela se voit évidemment .

Je crois que les ornemens des vases furent peut-être exécutés avec un instrument semblable aux poncis ou patrons de papier découpé , dont nos peintres de décoration font usage . Remarquez dans ces ornemens que le fond obscur est celui qui détermine le contour , et qu’ en général on ne trouve pas , qu’ un contour fait avec le pinceau ait déterminé 1’ ornement même .

Dans quelques vases , outre cette couleur jaunâtre de la terre , relevée par la peinture et par le vernis , on a ajouté une couleur blanche dans les draperies , les arbres , les ustensiles , et autres parties accessoires . Cette couleur a été donnée superficiellenient au vase après qu’ il avoit été déjà cuit ; et c’ est pour cela qu’ on la trouve souvent endommagée par le temps ; et dans les endroits où elle a soulfert , on découvre au dessous la peinture sur laquelle on mit cette teinte , qui parait un composé de chaux de plomb . Les inscriptions des vases étoient encore ajoutées avec une couleur grisâtre , laquelle quoique emportée par le temps , laisse une trace visible , de manière qu’ en examinant le vase à une lumière de travers , elle peut se reconnoître .

Dans une autre occasion , je vous entretiendrai des peintres de Vases , et puisque dans cette lettre je vous ai parlé des potiers , je vous dirai qu’ ils avaient aussi leurs prétensions dans le travail . Dans le vase Planche XL on voit le nom de Charilon , gravé à la pointe au pied du vase , où il n’ y a ni peinture ni ornement , et avant que le dernier vernis fut donné -, de manière que 1’ inscription en a été ensuite presque remplie . Le lieu et la manière dont ce nom est écrit , ne laissent aucun doute que ce ne fut le potier qui voulut par-là éterniser son ouvrage . Je suis etc.

Rome lo Mars^ 1816.

J. Gherardo de Rossi .

Deuxième Lettre adressée a M. Millingen Pàr M. le Chef" Jean Gherardo de Rossi

Monsieur.

Je vous ai parlé dans ma leClre précédente de la fabrication des Vases, et de la manière, dont suivant mon opinion , on exécutoit la partie mécanique de la peinture . Je vous entretiendrai maintenant des peintres , qu’ il faudroit peut-être plutôt nommer, dessinateurs de Vases, et du prix que les artistes doivent mettre à ces monumens .

11 est important de décider quel genre d’ artistes y étoient employés, et si les vases peuvent nous donner une idée juste de 1’ état de la peinture chez les anciens .

Cet enthousiasme qui anime ordinairement ceux qui s’ occupent des monumens antiques , a fait envisager par quelques-uns les Vases Grecs appelés improprement Etrusques , comme des productions sublimes de 1’ art du dessin , et comme des ouvrages d’ artistes excellens . D’ autres personnes au contraire , remarquant les fautes et les incorrections que l’ on retrouve si souvent dans les peintures des vases , ont jugé qu’ elles étoient des productions d’ ouvriers ordinaires .

Ceux qui ont une idée tellement exaltée de l’ excellence des anciens dans l’ art du dessin , qu’ ils croyent que les plus belles statues qui nous restent , ne sont que des copies d’ ouvrages d’ un mérite beaucoup plus élevé , doivent avec bien plus de raison reconnoître dans les peintures des vases , des copies souvent peu fidèles d’ originaux fort supérieurs . Mais examinons en détail la question. Je crois d’abord que ceux qui dessinoient les vases , n’ étoient ni des artistes du

premier ordre , ni tout k fait dépourvus de mérite . En second lieu , il me semble que les peintures sur les vases ne sont que des copies de compositions infiniment plus élé-

gantes , et que celui qui les exécutoit n’ en étoit pas r inventem- .

Ceux qui jugeront de ces peintures non d’ après 1 inspection des Vases , mais par les gravures qui accompagnent les ouvrages qui en traitent, n’en peuvent guère porter une opinion exacte . Depuis que Passeri publia avec

des gravures fort infidèles un grand nombre de vases exi-

stans en différens musées ; les deux collections du Chevalier Ilamilton ont été données an public, avec des giavules qui donnent bien une idée de la composition et du sujet , mais aucune du style et du goût du dessin , parceque on a cherché à ajouter une élégance universelle qui ne s’ y trouve pas .

Les Planches que j’ ai fait dessiner et graver , sont des copies extrêmement fidèles des peintures ; je n’ ai prétendu corriger des fautes , ni ajouter des beautés . Sans vouloir censurer ce que les autres ont fait , j’ ai cru devoir suivre une méthode différente ; puisque la fidelité dans les Planches peut seule donner une idée juste de l’ original , et mettre à-même de juger l’ ouvrage et l’ artiste .

Je vous prie de voir les Peintures Planches i. n. m. vi. vu. vous conviendrez avec moi que ces compositions sont des plus belles que présentent les monumens de ce genre . Energie dans les attitudes , élégance dans les proportions générales , belles parties dans les draperies ; tels sont les mérites qui distinguent ces ouvrages . Mais la correction du dessin dans les détails , et sur tout dans les extrémités correspond-elle à ces mérites ? Certainement JNon . 11 est vrai qu’ au milieu des incorrections , on apperçoit toujours les véritables principes de l’ art ; mais cela ne suffit pas pour

justifier 1’ artiste du reproche d’ être un dessinateur incorrect . Il n’ est pas possible qu’ un lionime capable de commettre des fautes aussi évidentes dans le dessin , ait eu le talent de produire des compositions aussi étudiées , d’ exprimer des attitudes aussi vives et aussi gracieuses , d’ imaginer ces lignes ondoyantes des contours , et de varier en tant de manières les costumes et les draperies . D’ où je conclus avec assurance ; que les dessinateurs des vases étoient des artistes médiocres , qui répétoient les copies de ces ouvrages sublimes que la Grèce possédoit en si grande abondance . Je crois qu’ ils avoient un recueil d’ études prises des ouvrag-es qu’ ils avoient vus .

Rappelons nous , que les anciens n’ avoient pas pour r art du dessin , ces secours qui sont prodigués aujourd’ hui aux arts modernes . iSous ignorons comment ils remplacoient le papier , le crayon , et beaucoup d’ antres objets utiles dans la partie mécanique de la peinture . Probablement ils ne connoissoient pas la méthode de calquer , qui prête tant de secours aux plus médiocres artistes pour effectuer des copies fidèles . Peut-être le peintre de vases conservoit-il des croquis ou souvenirs des ouvrages, qu’ il avoit vus . Ces croquis servoient à présenter un ensemble , mais non la beauté des parties prises séparément . En considérant avec attention les peintures dont il est question , on trouve toujours que les poses des figures sont belles et la draperie bien jetée , les têtes souvent fort élégantes et expressives : mais beaucoup de parties du corps , sur tout les extrémités , sont fort négligées . ün ne peut pas désirer une meilleure preuve , que les peintres de vases se conteiitoient de conserver dans les parties principales seulement , les beautés de r original : mais qu’ ils n’ avoient ni 1’ intelligence , ni le soin d’ exécuter avec la môme correction toutes les parties accessoires .

Vous coiiiiuissez ma manière de comparer les choses antiques avec les modernes . Ainsi permettez-moi de vous rappeler que dans les temps de Raphaël , les manutacturiers de layence à Urbino , où ce grand homme avoit peutêtre des amis et des pareils , ornoient les objets de leurs fabriques , de sujets que l’ on reconnoit facilement appartenir à r école de ce grand màitre . Mais le mérite de l’ invention correspond- il à celui de 1’ exécution ? Certainement , Non .

Dans ma lettre précédente , vous avez vu que les Peintres traçoient avec une pointe sur le vase la première idée qu’ ils vouloient représenter . Cela if empêche pas que leurs ouvrages ne fussent des copies ; mais cela prouve , que ces artistes if ayant pas la facilité de transporter au moyen d’ un calque , ou avec un poncis , leurs compositions sur le vase , ils s’ efforçoient d’ en assurer 1’ ensemble dans cette espèce d’ ébauche , pour en terminer ensuite les parties avec le pinceau . 11 paroit encore que souvent dans 1’ exécution , ils s’ éloignoient un peu de ces premières traces , mais jamais de façon que l’ attitude d’ une figure fût changée .

Il est certain cependant que ces artistes n’ étoient pas tout-à-fait ordinaires ; 1’ attention qu’ ils donnoient aux proportions des figures et à la recherche du nud sous les draperies , en est la preuve . 11 faut encore dire eu leur faveur , que dans tous les vases où la peinture est exécutée sur une surface convexe , les figures paroitroient pencher en arrière , si elles n’ y étoient pas disposées avec une intelligence nécessaire de la perspective . En faisant calquer la peinture d’ un vase convexe , on trouve en effet que les figures transportées sur une surface unie , tombent ; d’ où il résulte qu’ il falloir cette intelligence que doivent avoir aujourd' hui les artistes qui peignent les voûtes et les coupoles .

Si on demande d’ où les peintres de vases tiroient leurs copies ; je crois que c’ étoit des marbres sculptés de la

Grèce . Outre que par le inoyen des terres cuites ils pouvoient avoir facilement des copies, sans être obligés de se transporter dans les lieux où étoient les originaux . Iv Inspection des vases et la manière dont les compositions sont traitées, me font penser ainsi. On voit presque toujours le raccourci soigneusement évité . l.es têtes surtout sont dessinées de profil , rarement en trouve-t-on de face . Si les figures sont disposées sur plusieurs plans , celles qui doivent être en arrière sont placées en haut , comme dans les basréliefs , qui ne suivoient pas les régies de la perspective .

Après avoir établi que les artistes médiocres exécutoieiit sur les vases des copies de beaux ouvrages Grecs , on demandera quel avantage l’ étude de ces monumens peut procurer à ceux qui s’ occupent du dessin . Je crois qu’ on en peut retirer un grand avantage, quand on les considère avec attention et sang-froid , et sans cet enthousiasme qui veut trouver des beautés dans les défauts mêmes des monumens antiques . La simplicité , la noblesse , la pureté de composition , sont admirables dans le plus grand nombre des vases , et il est incontestable qu’ ils inspirent ce goût solide et pur , qui sans vouloir revenir avec affectation au temps de Cimabue et d’ Orgagna , est nécessaire pour réprimer les écarts de 1’ imagination et cette passion pour la nouveauté , qui conduisent à toutes espèces d’ extravagances dans les Arts .

Des attitudes justes et qui correspondent à l’ objet qui doit être exprimé , se remarquent surtout dans ces composition , elles sont accompagnées de force , de justesse d’ expression , et de grâce . Peut-être y trouve-t-on les modèles les plus dignes d’ imitation du bon style dans les plis des draperies . D’ autant plus qu' on y voit les variations des plis non seulement dans les figures en repos , ( comme les statues le sont ) mais dans les figures qui expriment

xni

r action et le mouvement . V assertion fondée sur la médiocrité des peintres, que les vases sont des copies , ne doit pas les priver du mérite de présenter aux artistes des modèles d’un goût pur, et dignes d’ètre imités.

Si les observations que j’ avois faites sur les vases de ma collection , n’ eussent pas été condamnées à l’ oubli , vous auriez vu , que dans l’ intention d’ être utile aux artistes , f avois indiqué les beautés qui , dans chaque vase méritoient d’ être observées et imitées . Je m’ étois étendu d’ avantage sur cette partie , qui m’ a paru être celle qui offroit plus de certitude . Quant à la partie érudite , je ne m’ y étois arrêté qu’ autant que je l’ avois trouvée appuyée sur des bases solides . Dans le cas contraire , plutôt que de donner des rêves pour des réalités , je préférois garder le silence .

Je suis etc.

Rome 3i Mars i8i6.

J. Gherardo de Rossi .

Troisième Lettre jdressée a M. Millikgeis Par M. le Chef." Jean Gherardo de Rossi

Monsieur.

Je vous félicite des acquisitions que vous avez faites pendant votre séjour à Naples de beaux vases de la nature de ceux , qu’ iinpropreinent l’ on appelle Siciliens , et que 'f appelerai ainsi nioi-inêrne ; afin de pouvoir nous entendre . 11 y a des gens , qui regardent cette sorte de vases connne des nionumens les pins anciens de l’ art . Je me souviens , que lorsque vous vîtes ma Collection , dans laquelle il s’ en trouva beaucoup de cette espèce ; je vous dis , que mon opinion touchant ces mêmes vases s’ éloignoit de r opinion commune , et que je n’ accordois point à cette sorte d’ ouvrages cette antiquité que d’ autres lui donnent .

Comme ces vases sont peints d’ une manière toute opposée à celle des autres , c’ est-à-dire , que les figures sont relevées sur le fond de l’ argile au moyen d’ une couleur noire ou obscure ; tandis que dans les autres au contraire , les figures , qui ont la couleur jaunâtre de l’ argile , se détadient en clair sur un fond obscur . Cette manière de peinrlre , paroit une imitation de l’ombre snr le mur, laquelle donna lieu à l’ invention de la peinture . Plusieurs anti- (juaires ont voulu en inférer que les vases de cette espèce sont très anciens . A cette raison ils en ajoutent une autre , c’ est , qu’ on trouve presque toujours dans ces sortes de vases , un style de dessin barbare , accompagné de disproportions et de difformités les plus étranges ; ce qui selon eux , annonce 1’ art encore au berceau .

Je ne me rends cependant point à ces deux raisons , et je ne me départirai point de 1’ opinion où je suis , que cette manière de peindre s’ employoit pour un style de masque et de caricature : et quoique dans le principe l’ imitation de l’ombre ait donné lieu à cette manière de peindre ; cependant , les vases que nous trouvons exécutés de la sorte , doivent être pour la plupart attribués à la même époque de 1’ art , où furent exécutés les autres vases .

Il me paroit qu’ en vous motivant ainsi ma façon de penser à cet égard , les raisons contraires doivent se dé- ( mire d elles-mêmes . Considérons d’ abord la fabrication matérielle de ces vases , nous n’ y trouverons rien de grossier et nous la verrons faite avec cette perfection , et avec cette élégance dans la forme , que présentent les plus beaux vases du style opposé . Les arts mécaniques , et les art libéraux se tiennent toujours par la main , et il est bien dilficile que ceux-là soyent parfaits , surtout dans le galbe des formes , lorsque ceux-ci sont encore grossiers . Je vous prie ensuite d’ observer que la peinture des vases étant composée de deux parties , d’ ornemens et de figures , les premiers , dans les vases ( que je continue d’ appeler du nom impropre de Siciliens ) sont tout-à-fait semblables à ceux des autres vases . Ce sont les mêmes méandres , les mêmes fleurs , les mêmes festons , qui ornent les uns et les autres ; et ces ornemens sont de la même élégance dans ces deux espèces de vases . 11 falloit donc qu’ on fut parvenu dans les siècles les plus grossiers , à un dégré de perfection dans les ornemens , tel qu’ on n’ a jamais pu surpasser dans les temps les plus florissans de l’ art ? Ensuite , cette prétendue facilité d’ exécution dans la peinture , que l’ on croit trouver dans les vases Siciliens , disparaît aux yeux de ceux qui les examinent de près . Les figures en sont détachées comme pai' l’ effet de 1’ ombre , et en ont d’ ailleurs les contours . Les

^•isag■es , les membres , et les draperies en ont été tracés en dedans du contour avec une aiguille , laquelle en enlevant la teinte noire, et en découvrant la couleur de l’argile , forme des lignes claires , et termine la figure j comme cela arrive dans les autres vases , au moyen de traits noirs tracés par le pinceau . De grâce , dites-moi , si ce n’ est point la même chose que d’ exécuter un contour clair sur un fond noir, ou uii contour noir sur un fond clair?

Venons maintenant à la grossièreté du dessin , et à ces défauts de proportions et de correction , que 1’ on voit au premier abord dans les vases Siciliens . Je ne nie point ([if ils n’ y soyent très fréquens ; mais c’ est précisément parceqif ils sont si marqués et si outrés , que j’ en conclus , que 1’ artiste 1’ a fait exprès , en affectant d’ imiter un style antique très grossier , et très propre à représenter des faits qui tendent à la caricature , et à la manière du masque .

Souvenez-vous que 1’ art du dessin conserva dans son enfance et même dans sa première adolescence , une certaine rudesse , et un air de roideur dans les attitudes , ce qui fait que les figures semblent être plutôt plantées sur le sol , que capables de se mouvoir , ou actuellement en mouvement . Comme nous pouvons parler des arts dans leur origine par l’ exemple de leur renaissance après les siècles barbares , je vous prie de vouloir bien me dire quel est vraiment le moment où l’ on puisse dire que l’ art soit parvenu au plus haut point de 1’ imitation ? C’ est sans doute lorsqu’ il est venu à bout de saisir la nature dans les momens les plus rapides , et de représenter le corps humain dans ces attitudes et ces mouvemens , où il se trouve rapidement pendant peu d’ instans . Si nous y faisons bien réflexion , c’ est là le prix qu’ ont ajouté à l’ art du dessin les Haphaël , les Michel-Ange , et les autres grands hommes du seizième siècle .

Revenons à notre sujet , observez je vous prie , parmi les gravures de mes vases la Planche XXXVII. et voyez si ce Satyre , qui danse à la droite de Bacchus , peut avoir un mouvement plus animé ; et si celui qui est à gauche , et qui tourne la tète en arrière , peut avoir plus de vérité dans T exjiression ; et s’ il vous semble qu’ un artiste qui aura eu assez d’ intelligence pour animer de la sorte ces deux ligures , ait été ensuite assez ignorant pour en dessiner les mains , je ne dirai point avec une horrible disproportion , mais d’ une manière qui s’ éloigne presque de la forme humaine? Les têtes mêmes sont monstrueuses : mais elles ont dans leur monstruosité cet air délibéré dans 1’ expression , et ce ton malin , qui convient aux Satyres . Et pouvons-nous croire , que dans 1’ enfance de f art , dans ces temps oii le dessin se formoit sur l’ombre de la ligure, un artiste eût osé s’écarter de son original pour former une caricature idéale ? J’ en appelle à ce sujet à ceux qui connoissent bien comment 1’ esprit humain se développe dans les arts ; quels furent à leur renaissance ses principes , et ses progrès . Avant que de quitter ce vase , je vous prie de donner un coup d’œil à l’habillement de Bacchus, et d’ observer la disposition de la draperie , et la manière dont les plis y sont jetés et exécutés j et dites-moi ensuite , si c’ est à r enfance de l’ art que peut appartenir cet ouvrage : lequel d’ ailleurs par la finesse de la matière , la grâce de la forme , et par la richesse très-élégante de ses oiaiemens qui sont en grand nombre , va de pair avec les plus beaux vases de Kola, où Ton voit qu’il a été fabriqué . Si cette grossièreté d’ exécution qu’ on vouloit regarder comme une marque de r enfance de 1’ art , n’ existe point j si 1’ on reconnoit que les défauts dans le dessin sont volontaires , parcequ’ ils sont accompagnés des qualités de l’ art les plus difficiles à acquérir . Si au contraire les autres raisons que je vous ai déjà alléguées , rappelent ce vase aux temps des autres j pourquoi

\'ûudrions nous donc les rejeter par lorce dans une antiquiti? imaginaire ? Je vous répéterai encore , que la peinture à r ombre ayant été le premier fruit de 1’ art dans son berceau, on ne put guère dans la suite abandonner et mépriser cette ancienne méthode , et l’ on en conserva quelque souvenir , sur tout dans les vases bacchiques et religieux . Dans les choses qui ont rapport à la religion, les arts servent à I" antiquité des usages , et ils reproduisent dans leurs plus beaux temps , les images des siècles les plus grossiers . Ce n’ est point avec vous que j’ ai besoin de rapporter ici des preuves de cette vérité généralement connue .

La plupart des vases Siciliens représentent des Bacchanales . ?\üus savons que les Bacchantes paraissoient masquées et travesties dans leurs orgies . L' on trouve que dans les cérémonies de Bacchus 1’ on se servoit de vases ornés de pareilles figures d' une couleur noire : et qu’ est ce qui empêclie d’en inférer, que soit pour adopter une imitation d’ anciens ustensiles sacrés ; soit pour exprimer les travestissemens des Bacchanales , on employoit ce style de caricature et d’ une incorrection étudiée . Vous devez observer ici le Vase Planche XVlll. La scène Dionysiaque qu’ il représente , y est dessinée avec autant de simplicité que d’ élégance , et que le travail en appartient aux plus beaux temps de 1’ Art .

Mais jettez les yeux sur le contour qui couronne le vase . Le peintre y a voulu représenter des animaux qui combattent entr’ eux : et qui sait par quelle raison il a changé de manière de peindre , et a adopté le style des vases Siciliens , en relevant par une peinture en noir le lond qui en est clair . Ayant ensuite changé de style , il a également changé sa manière de peindre ; ce n’ est plus cet élégant dessinateur qui exécuta les figures ; dans ces animaux peints en noir , on distingue à peine qu’il ait voulu représenter des taureaux et des sangliers , qui n’ ont de supportable , qu’ un certain air décidé dans le mouvement .

J’ ai vu la gravure d’ un vase , que vous avez fait exécuter , Planche XLI. et dans laquelle 1’ on voit représenté un vieux guerrier qui conjointement avec un jeune , combat un Centaure , en protégeant de son bouclier le jeune homme qui au lieu de casque , a un chapeau sur la tete .

Ce même sujet est figuré Planche XXXV. iV.° 2. avec la seule différence que le jeune homme a la tete couverte d’ un casque au lieu de chapeau .

Les attitudes qui sont les mêmes , et la composition où r on trouve une certaine ressemblance .de goût dans le dessin , montrent que ces deux peintures furent tirées du meme original , mais exécutées ensuite , 1’ une dans la maniéré en noir , et l’ autre dans le style accoutumé . Mon vase présente une forme très gracieux avec des ornemens agréables , et il est du nombre de ceux sur lesquels le peintre ne se contenta point de laisser sur le fond la teinte jaunâtre ordinaire , mais il la couvrit d’ une teinte blanche , qui ne laisse point décider si elle est antérieure ou postérieure a la cuisson du vase . Quant à moi , elle me paroît postérieure tant dans ce vase , que dans les deux autres Planche XXXIV. N.° 1. et 2. lesquels offrent des ornemens et des formes trèsagréables . Ayez la bonté d’ observer que dans le JS° 2. où l’on voit représenté un fait héroïque , c’ est-à-dire , Hercule qui tue le lion de Pséniée , 1’ on li y trouve point cette affectation de disproportions , que 1’ on voit dans les vases ou sont exprimées des fêtes Bacchiques , comme celui , où Mercure conduit trois Bacchantes . Observez aussi que la manière de dessiner tend un peu à ce style sec , que l’ on trouve dans les gravures Etrusques ; j’ oserois donc soupçonner qu’ on a voulu répéter ou reproduire quelques peinture très antique rendue célébré pour avoir été un des premiers fruits de 1’ art , et exécutée à l’ ombre , avant que les tessons de pots d’ argile broyés eussent fourni les premières couleurs aux

peintres . Lu fait héroïque n’ admet point ces licences de dessin très propres à rendre plus ridicules les figures travesties des Bacchanales .

Que l’envie d’imiter des modèles antiques vénérés comme des objets religieux , ou consacrés par d’ anciens usages , ait peut-être été cause que les peintres des vases ont exécuté dans leurs premiers ouvrages ces peintures à l’ ombre , je ne suis point éloigné de le croire . Mais je ne puis me persuader que les vases , que nous trouvons être très fins pour le travail , et très élégans pour la forme et les orueniens , doivent être regardés comme d’ une antiquité très reculée , uniquement parcequ’ ils sont peints de la sorte . Je vous ai déjà fait observer dans ces vases qu’ au milieu des caricatures du style , qui sont faites exprès , et non par ignorance , on reconnoit la grande connaissance de l’ art adulte , et non la timidité de 1’ art au berceau . Peut-être , comme vous me voyez souvent en contradiction avec d’ autres écrivains plus habiles que moi , vous trouverez pour cela mes reflexions plus désagréables . 11 vaut donc mieux que je quitte la plume , mais je ne cesserai jamais d’ être , etc.

Rome i5 Avril i8i6.

J. Gherardo de Rossi .

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