‹ Peintures antiques de vases grecs de la collection de Sir John Coghill bartChapitre 2 sur 40 · EXPLICATION DE PEINTURES · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE PEINTURES

PLANCHES I. n. ET UI.

On peut compter parmi les plus belles institutions des anciens les jeux solennels établis dans divers endroits de la Grèce , mais 2)articulièrement à Olympie . Ces réunions , auxquelles les peiqdes de la Confédération Hellénique ^’omoient seuls prendre part , en leur ins2>irant les seutimens d' une bienveillance réciproque , eurent les plus heureux effets sur la civilisation ' . Elles contribuèrent aussi puissamment à dévelo^ijier cet esjjrit d’émulation, et cet amour de la gloire , qui [^orta les Grecs à de si grands exjTloits , et leur lit acquérir tous les genres de siqjérlorité .

Les auteurs anciens “ ont transmis d’ amjjles détails sur les lionneurs rendus à ceux qui rerajrortoient des f)rix dans les divers exercices de ces jeux ^ . La Poésie et la Scul^îture s’ emjjressoient à l’envie d’immortaliser leurs noms, et nous sommes redevables à ces victoires d’ un très-grand nombre d’ ouvrages de 1’ art , et de pu'oductions littéraires .

Dans les [tremières Olymjjlades , on s’ occupa jtrincipialemeut d’ exercices gyiuxiastiques ; mais dans la suite , lorsque le luxe eut fait des [irogrès , un spectacle jdus brillant qu’ offrolent les courses de cbars attelés de deux ou de quatre cbevaux , attira plus jtartlculièremeut 1’ attention . L’ occupation favorite des hommes riches était d’ entretenir et de dresser des chevaux , qu’ ils faisoient courir dans les divers jeux ^tuWics .

(1) DioNYStus IIalicarnassensis . de Lysia, cap. xxix.

(2) PoTTEiv , Arcliüeol. Graeca . lih. n. cap. i\.

(3) üne vicloire dans les jeux , surtout dans ceux célèbres à Olyinjiic , assuvoit à celui qui V avoit remportée le bonheur et i’ immortalité .

O vncm J'i , AoijraY 1 Ëitroi fie^iTOKmtv tvJ'tar

AfSAwr y 'iY(Kty .

Pisdar. Olymp. Od. i. vers. 157-9.

Metaque fervidis Evitata rôtis , palmaque nobilis Terrarum dominos eveliit ad Deos .

Horat. Od. lib. r. Od. 1. vers. l\. et seq.

(4) Potier Arcliaeologia Graeca. lib.ii. cap. 21.

On déployoit dans ces occasions la plus grande magnificence . Alcibiade ' envoya jusqu’ à sept cbars concourir aux jeux Olympiques , et eut le bonlieur d’ y remporter le premier , le second et le quatrième prix . Les Rois ne dédaignoient pas de se jneltrc au nombre des concurrens ; et on trouve dans la liste des vainqueurs Gelon et Hieron , Rois de Sicile , Arcbelaüs et Philippe , Rois de Macedoine , Princes les plus illustres de leur siècle .

Outre les quatre grands jeux communs à tous les Grecs ; chaque jteuple , chaque ville même en avait qui lui étoient jiarticuliers , institues par un motif religieux , ou en honneur de morts illustres , ou jjour célébrer quelque évènement important ; Les villes de la Sicile celle d’ Agrigente sur tout, se distinguèrent par le grand nombre de chars et de chevaux qu’ elles entretenoient jiour ces exercices . Lorsque Exaenèle , citoyen de cette ville , y rentra ajtrès avoir été couronné dans la 92 Olympiade ^ , un grand nombre de chars , parmi lesquels ou remarqua trois cents attelés de deux chevaux blancs , allèrent à sa rencontre . G’ est près d’ Agrigente , que le beau vase , dont les détails sont figurés Planche I. à III. a été trouvé , et jirobablemeut y aura été fabriqué . Le sujet qu’ il jjrésentc , rappelle en effet le goût des anciens habitans de cette ville .

La peinture qui occupe la partie supérieure du vase , est relative à tme victoire à la course de chars ; elle peut se diviser en deux parties , comme offrant deux actions . La première partie retrace 1’ instant oîi un jeune homme , qui a devancé ses rivaux dans la lice , se présente devant le Président des jeux '* pour recevoir le prix de la victoire ® . Le jeune homme est debout sur son char , légèrement penché en arrière , et fort attentif à con-

(1) Plutarchu.s , in Alcilfiatle .

(2) Les chars représentés sur les médaitlcs de Syracuse . Catane . Himera,et autres villes de la Sicile et de la Grande Grèce , sont allusils à des victoires remportées dans les jeux publics par des citoyens de ces villes. V. Toruemuzza , Peli.erin, Hu>ter, etc.

Les poètes ont donné 1’ épithète d' Eua^^üTes à Cyrène , et à diverses autres villes , d’ après le grand nombre de chars qu’ elles entretenoient. Pindar. Pyth. Od. IV. vers. i3,

(3) Diodor. Sicul . lib. xiii. cap. 8a.

(4) Ceux chargés de distribuer les prix, et de déci-

der sur tous les dirTérends qui pouvoient s’élever pendant les jeux, étoient appelés jSpa-^itç et .

SoPHOCLES , Electra vers. 602.

On les nommoit aussi . ttitf-ujtivxrai , ayciiva.f)(ei , ayuvoJ'iKo.i , et aux jeux Olympiques '«AAarsc/’ixai . Pau- SAN. lib. V. cap. 10. Poi.Lux lib. ni. cap. 3o.

On auroit pu penser que l’ artiste a eu intention de représenter le moment où celui qui a remporté la victoire , se présente devant les juges qui en décernoient le prix; mais, ne voyant ni la meta, ni la couronne ou la palme , on a préféré 1’ explication proposée .

duire ses quatre clievaux dans leur course rapide . A ses côtés est une femme qui semble le protéger , le tenant embrassé du bras gauche , tandis que de 1’ autre main , dont elle tient l’aiguillon ' destiné à animer les chevaux, elle l’aide à ajuster les rênes, et les empêche de se confondre .

Cette femme “ est probablement nikh la victoire , que les anciens ont souvent représentée sans ailes ^ . La présence , et l’ action de cette Divinité , indique qu’ elle favorise le jeune concurrent , et que son succès est assuré .

Deux femmes , dont l’ une devant , et l’ autre à côté des chevaux , paroissent indiquer le chemin à suivre . Elles semblent être des Nymphes '* dont l’attribution, suivant les anciens, étoit de communiquer aux mortels les bienfaits des Dieux ® .

Dans la seconde partie , on voit encore le même jeune homme , qui après avoir remporté le prix de la course , part , et retourne dans sa patrie . Il est debout sur son char , mais au lieu de la victoire , dont il étoit accompagné dans la peinture jtrécédente , il tient entre ses bras une jeune femme , sans doute son épouse , reconuoissable au voile ® dont sa tête est couverte , attribut des nouvelles mariées . C’ étoit F usage des artistes anciens de représenter ceux qui avoient remporté des prix dans les courses , accompagnés de leurs mères , de leurs éjiouses , ou d’ autres personnes qui les intéressoient i . Dans le trésor de Delphes , les habitans de Cyrène avoient dédié un char sur lequel étoit Battus , et sa mère Cyrène qtii tenoit les rênes ® . Pelops et Ilippodamle étoient représentés sur un char dans plusieurs monumens , entre autres dans une peinture

(1) KeyT?»/. Homer . lib. xxui. vers. !\'So.

(2) Les vainqueurs aux courses etoîent souvent représentés dans un char avec la victoire à côté d’ eux, ou qui les couronnoit . Paüsan. lib. vi. cap. 12. et 18.

Chez les Romains, les triomphateurs étoient figurés de la même façon .

Au reste , il convient de faire remarquer , que celte figure pourroit être une personnification de la patrie de celui , qui va entrer dans la lice .

(3) Millingen . Peintures de Vases . pag. 70. et 72.

(4) Betx.^a , A»ei ts , Xapiv ^paTUci (piparai .

Oepheüs . Hyran. in Nyraphas , i>ers. i5.

(5) Ces deux figures pourroient être .Aper» la Vertu , et EvxAfitt la Gloire , ou quelques autres vertus

personnifiées . V. Pindar.

(6) ‘h/' fç-aArai ror yapiixti Tpvfrty aprt Ttir 5rape»av a.ya.v.a.Kv'jnuTa. . P«1L0stratüS . Icones . I. Cap. 17.

Dans les mariages Grecs , 1’ épousée étoit toujours voilée . C est d’ après V usage de lui lever le voile ^ ( J à son arrivée dans la maison de 1' époux ,

que le jour des nôces étoit appelé avaxaAua-THpitt . . . PoLLUx . lib. m. cap. ni. 37. , et mon ouvrage intitulé , Peintures de Vases page 66. not. 2.

(7) Parmi les statues des vainqueurs aux jeux , dédiées à Olympie j on voyoit Lampas , citoyen de la ville de Pbilippi en Macedoine , sur un char avec une jeune vierge à côté de lui. Pausan. lib. \\.~cap. 5.

(8) Pausan. lib. x. cap. xv.

décrite par Philostrate ' ; dans le has-relicf du fronton du temple de Jupiter à Olympie , et sur le manteau donné par Minerve à Jason , décrit par Apollonius de Rhodes ” ; non que Hippodamie fût effectivement sur le char pendant la course , dit le Scholiaste , mais afin de faire connoître quel eu était le hut , et le prix.

Il se pourrait aussi , que la femme représentée dans le char ait été en effet le prix de la victoire , que le jeune homme vient de remporter . Libys , Roi de la Cyrénaïque ^ voulant marier sa fille, et donner à ses noces le plus grand éclat possible, Institua une course de chars, et fit publier, que sa fille seroit la récompense du vainqueur , suivant l’ exemple de Danaüs 't , qui disposa ainsi de •ses cinquante filles .

Revenant à la peinture ; à côté des chevaux , Apollon tenant une branche de laurier, fait connoître que c’est aux jeux Pythiens , que la victoire a été remportée . Cet ainsi que Pindare décrit Neptune comme donnant lui même à Xénocrate ^ la couronne des jeux Isthmiques . Au reste, cette figure pourroit aussi représenter le Jeu (aton) Pythlen ® personnifié. Un jeune homme précède le char, il est vêtu d’ une chlamyde , armé d’ une épée , et de deux lances , sa Causia , ou chapeau Thessalien est rejeté en arrière ; cette figure indique le cortège ^ , qui accompagnolt dans ces occasions le vain^ queur . Uorsque des Rois , ou des personnages de distinction allolent sur des chars , il se falsoicnt précéder par quelqu’ uu de leurs officiers à pied . Philippe ® courut armé devant le char de son frère Lyslmaque , Roi de Thrace pendant cinq cents stades .

Une femme placée derrière le char se retourne , comme pour jeter un dernier regard, et dire adieu au vainqueur. C’est nikh . . la victoire qui ayant rempli sa tâche , prend congé du Héros . Peut-

(i) Philostbatüs . Icônes, lib.i. cap. 17. des Med. tom.n. pag. 466. n. 346.

(2) Arcosaot . lih. I. vers. 754.

(3) PiNDAR. Pylli. Od. IX. vers. 207.

La palaestra étoit personnifiée comme une femme tenant une branche d' olive , dans une peinture antique décrite par Philostrale . Icônes . //i». ii. cap.Z^.

(4) On a cru voir cette course instituée par Danaüs sur un beau vase du Musée Britannique publié par D’ Hancarvili-e tom. i. page i3o. et Museo Pio Clem. tom. !i. pag. 7.

(7) Cette figure pourroit encore représenter 1' ectiyer ( ) du vainqueur . Dans le bas relief du fron-

ton de Jupiter à Olympie , où la course de Pelops , et d’Ænomaüs étoit représentée , les écuyers étoient placés devant leurs chars respectifs . Pausan. lib. v. cap. x.

(6) Le Jen AE£iN est personifié sur une Médaillé de la ville de Nicée en Bitliynie comme un Athlete posant de la main droite une couronne sur la léle , et tenant de la gauche une palme , Mionnet . Descriplion

(8) Quiktüs Curtiüs . lib. viii. cap. 2. Svetonius, in Galba , cap. 6.

être est-ce une Nymphe, ou quelque personnage allégorique. Pindarc dans une de ses odes ' , invoque Echo , ou la Renommée , et lui dit, d’aller jusques dans le royaume de Pluton proclamer la gloire du vainqueur .

Il reste à rendre compte du groupe de trois femmes , qui forment une danse , et occupent l’ espace entre les deux actions . Ce sont les Heures * , dont les fonctions comme celles des Nymphes , étoient de répandre sur les mortels les hienfaits des Dieux . Ou

pourroit aussi par un motif semblable voir dans ce groupe les trois

Grâces ^ .

A l’ égard des diverses ligures accessoires , qui paroissent dans cette composition , et dont 1’ explication paroitra au lecteur offrir tant d’ incertitudes , il convient de lui rappeler , que les Grecs

étoient dans 1’ usage de représenter les qualités morales , et meme des objets jihysiques , sous des formes humaines de 1 un ou de 1 autre sexe ; sans leur donner , suivant 1’ usage adopté ensuite par les Romains , des symboles qui les fissent reconnoitre . C est probablement ce qui a engagé les premiers à écrire les noms au-dessus des divers personnages ; ou peut-être que cet usage d’ écrire les noms ,

dispensait-il d’ajouter des symboles. Ainsi, dans les monumens anciens , ou le secours des inscriptions manque , on sent combien toute explication de figures allégoriques doit être hypothétique .

11 doit toujours exister une grande analogie entre les idées des poètes , et celles des artistes d’ un même siècle ; comme T auteur de ces peintures a vécu dans un temps peu postérieur a Pindare , c’ est dans les odes de ce poète , que j’ ai puisé l’ explication du monument '* dont il est ici question .

(1) PiNDAR. Olynip. XIV. vers.

(2) Ce n’étoit pas à une certaine division de la jour-

née, mais aux saisons de l’année que les anciens donnoient le nom ù! Heures . On en compta d’ abord deux scidement , ensuite trois , dont les noms étoient . Aiah . Dicè.,la Justice Eirénè^la Paix.,QX. Europia.

Eunomia . Pindau. Olymp.xiii. vers. 6-9 IIesiod. Theogon vers. 902. Apollodorüs . îih. i. cap. 3.

Selon IloniiTC dans son liymne à Apollon . Elles étoient conijtagnes de ce Dieu . Lorsque Venus sortit du sein de la mer , elle fut reçue par les Heures , qui la revêtirent de scs babils immortels . Les portes du Ciel furent confiées à leurs soins. Elles furent repré-

sentées av^c les Grâces sur la couronne de Jupiter, et sur celle de Junon , et on les considérait de même que les Grâces , comme chargées de transmettre aux mortels les bienfaits des Dieux . V. Theocrit. , Idyl. xv. vers. io5. PiNDAR. Olymp. xm. vers. 23. et Scbol. ibid. Callimachus . Epigram. 5o. WinKEtMAX Mon. Ined. pag. Visconti Museo Pio Clem. tom. v. pag.io.

(3) PiNDAR. Olymp. XIV. vers. 7-10.

(4) Les chars figurés dans ces peintures présentent une particularité fort remarquable : une pièce de bois fixée vers 1’ extrémité du timon ( ^v/u-eç ) à l’endroit où il est croisé par le joug ( Zuye« ] s’élève perpendiculairement , au sommet est une ouverture ( ent®üAoç ) par la-

La partie inférieure du vase offre d’ un côté Planche II. une danse executée par un Satyre, et deux Mænades ; le Satyre est couronné de lierre , et une peau de faon est jetée sur son bras : à terre est un rhyton ' cpi’ il a laissé tomber. Une des Mænades tient une torcbe ardente; l’autre un thyrse , et une outre de vin. L’action de ces trois personnages est fort animée, et rappelle la danse appelée Sicinnis ’ .

Du côté opposé Planche III. est une autre scène Dionysiaque . Deux Satyres pioursuivent deux Nymphes , ou ftlænades . Une d’ elles offre à celui qui la poursuit , une outre de vin ; par dessus une double tunique, elle porte l’ liabillement appelé diplhera formé d’une peau de faon , ou de quelque autre animal ; ses longs cheveux flottent sur ses épaules . L’ autre Mœnade est couronnée de lierre , et porte par dessus sa tunique un ample manteau . Elle tient , ainsi que sa compagne , un tliyrse .

Le goût , et le sentiment qui régnent dans ces compositions sont au-dessus de tout éloge . Le dessin sans être correct , est hardi et indique une main habile . Au mérite d’ une parfaite conservation , le vase réunit une forme des plus gracieuses , une terre , et un vernis de la plus grande liuesse . Tout se combine pour faire placer ce monument au premier rang parmi ceux de ce genre qui nous sont parvenus . Il est digne enfin de ce goût exquis , qui distingua , suivant le témoignage de Diodore ® , les anciens babitans d’ Agrigente .

quelle passent les rênes des chevaux . Celte pièce de bois est probablement ce qu' on appeloit 'ea-raf .

A la partie inferieure de V hestor on fixoit le joug , ail moyen de courroies , ou d’ un grand anneau de fer . lIoMER . Iliad. //i. xxiv. verj. 272. Pollux lib. 1.

cap. X. 146-

(1) PyTfl» . Corne d'animal dont on se servoit pour boire .

(2) Athenæus . lib. I. cap. 17. Pollux. lib, iv. 99.

(3) Diodor Sicul . lib. xni. cap. 8g.

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