PLANCHE XXV
M. le Chevalier de Rossi ayant bien voulu me communiquer ses observations sur cette peinture , je m’ empresse d’ eu offrir ici une traduction. La peinture de ce vase recommandable par l’élégance de r invention , et de la composition , ne mérite pas les mêmes éloges sous le rajtport du dessin , et de 1’ exécution ; c’ est sans doute une copie, qu’un faible artiste a tirée d'un bon original ; ou même d’ une autre copie . Le sujet est singulier . Il réprésente Alcide au blvoie “ , ou point de départ de deux chemins , et comme le décrit Prodicus au moment de se décider à suivre la vertu , ou le vice , que notre peintre a représentés sous la figure de Minerve , et de la Volupté . Le héros appuie le bras gauche sur sa massue ; il est assis sur des pierres , aiqtrès lesquelles paraissent quelques plantes , pour indiquer, que la scène a lieu en campagne . Derrière lui , s’ élève une espèce d’ édifice , qui ressemble à une porte , peut-être celle d’ un temple . La négligence avec laquelle cette architecture est executée , empêche de distinguer si ce sont des colonnes , ou des pilastres qui soutiennent une esjtèce d’ entablement . Les espaces irréguliers , qui sont dans l’ architrave pourroient y)eut-être faire penser qu’ on a voulu réprésenter les métopes d’ un ordre dorique ; dont les chapiteaux grossiers , hors de proportion , et sans moulures , semblent placés audessus des colonnes supposées . Mais sans songer d’ avantage à l’ architecture , observons les figures du vase .
(i) 2k<û7tç et ^KOTrevfict . Athes.cus . //i. xiv. CO/7. 27. reiir fort ordinaire des écrivains latins et des temps
Ilesychius dit que celte attitude litoit parliciilitTe aux 2>ostérieurs . V. 'TTroa-xoTrav Xf^a.
Pans, qu’il confond sans doute avec les Satyres; er- (2] Xexophox, Memorahilia Socratis ,
Minerve ceinte d’une guirlande, soutenant une lance du bras gauche , et appuyant le bras droit sur le bouclier , se baisse pour parler au lithos , qui se tourne vers elle ; un signe de satisfaction sur la bouche de ce dernier fait conuoître qu’ il accepte les conseils de la déesse .
Pendant ce temps la Volupté est debout vis-à-vis Hercule , et le regarde, elle a les cheveux couronnés de fleurs; il semble qu’elle se découvre le sein , comme voulant inviter au plaisir . Derrière la Volupté, Mercure est débout, appuyé sur une lance, il attend la décision d’ Alcide , peut-être pour en porter la nouvelle à l’ Olympe . Il a le caducée dans la main droite et il est aussi couronné . 11 n’ a pas d’ ailes à la chaussure , mais bien au chapeau ,
qui pend sur ses épaules . La cinquième figure n’ est pas aussi facile à ex2Jliquer , elle a une guirlande de roses sur ses cheveux ,
qui flottent sur ses éjiaules , et un chajveau ; elle est assise derrière
Minerve et se tourne du côté d’ Hercule . Je crois cette figure un compagnon d’ Alcide ayant ainsi que lui , le front ceint de fleurs . Comme malheureusement l’ inclination humaine tend beaucoup plus à la jouissance , qu’ à la privation des jdaislrs ; je pense , que l’ artiste a voulu indiquer un ami , et un compagnon d' Hercule , occupé comme lui des amusemens de la vie , avant que Pallas l’ eût disposé aux travaux , et à la vertu .
Le savant Lanzl dans son Essai de la langue Etrusque ' a publié une patère, où le môme sujet est traité, et voyant introduite dans la scène une quatrième figure outre le héros , et les deux déesses , il lit dans l’ inscription placée aujjrès de cette figure , rnis , et y reconnolt la déesse , qui préside aux combats ; mais comme il y avoit deux déesses de ce nom ’ , une qui excitoit les hommes à la discorde et aux combats cruels , et l’ autre qui faisoit naître 1’ émulation de la gloire ; il reconnolt la seconde dans sa jiatère .
Le dessin qu’ il donne du monument est si petit qu’ on ne peut en tirer aucun avantage pour la connoissance complète de la nature de cette figure. Ses projJortions sveltes et dégagées, et sa nudité, à 1’ exception d’une légère draperie sur les bras, me font
(i) Tom. II. tav. XI.
(2) Hesiod. Optra et Dics . vers. 12. et seq/j.
croire que cette iigure est d’ un jeune homme , et non d’ une femme , et que dans cette patère Hercule est encore représenté avec quelqu’ un de sa suite . Les ornemens que celui-ci porte au cou , et la couronne sur le front, indiquent un jeune homme d un caractère effemiiié . 11 semble aussi que cette totale nudité ne convienne pas à une figure féminine , qui est à coté de Minerve , lorsque la Volupté est meme représentée vêtue . Si la vérification du monument assuroit , que cette figure est virile, elle prouveroit d accord avec notre vase cjue lorsqu’ Hercule s’ est laissé vaincre par les paroles de Minerve il avoit avec lui un confident , un ami .
Ayant présenté 1’ opinion de mon savant aini , je proposeiai une autre explication , selon laquelle , cette peinture représeuteroit l’Apothéose d’ Hercule. Minerve qui l’ avoit conduit dans le ciel, est près de lui ' , et semble l’entretenir. Devant le Héros, est Héhé, que Jupiter lui donna pour épouse “ . A côté d’Héhé est Mercure, messager des dieux , qui l’ a conduite auprès d’ Hercule . La figure assise à l’ autre extrémité de la composition est peut-être Thésée qui fut lié d’ une étroite amitié avec Hercule pendant sa vie , et qui comme lui , reçut après sa mort les honneurs divins .
L’ architecture située dans le fond du tableau , peut représenter les portes de l’ Olympe , séjour du héros compté désormais parmi les dieux ; ou le temple dans lequel il reçoit les sacrifices qui lui sont offerts .
Du temps de Pausanias on n’ étoit pas d’ accord sur l’ interprétation de plusieurs monumeiis des temps antérieurs . Combien moins faut-il s’ étonner si aujourd’ hui des explications différentes d’ un monument antique sont proposées ! C’ est au lecteur à choisir celle qui lui paroîtra plus vraisemblable . Le revers du vase présente suivant 1’ ordinaire des figures d’ éphèbes .