PLANCHE XXVIII. TV
La figure tenant une coupe est sans doute une divinité recevant une libation , qui lui est offerte une jeune femme . Elle est vêtue d’ une tunique , et d’ un manteau ; sa tête est ceinte d’ une couronne qui paroit être d’ or , elle tient de la main gauche un long scè]3tre .
Aucun attribut jiarticulier ne sert à déterminer quelle divinité 1’ artiste a eu intention de rejirésenter '. le costume de cette figure
(i) V. Suprh pag. 10.
{2) Apollodorus. lib. II. cap. 3. Pherecyles ci Schol. ,A])olion. Riiotl. lib. iv. vers. i5i5.
(3) V. Suprà pag. i6.
(4) Un grand nombre de monumens offrent Persée avec Minerve qui le protège, le plus beau de tous est un vase peint publié par M. Millln . Peintures de Vases, tom. ii, pl. m. et iv.
5o PEINTURES DE VASES GRECS
pouvant convenir à Junon , Thémis, Vesta , Latone et même à Venus .
I>a figure qui porte le vase à libation est remarquable par une belle simplicité, et une expression naïve pleine de grâce, c’est probablement une jeune vierge consacrée au service de la déesse . Ses cheveux sont ornés de fleurs , et noués par derrière selon 1’ usage des vierges .
PLANCHE XXIX. TV." i.
Oreste poursuivi par les Furies vengeresses du meurtre de Clytemnestre sa mère est un sujet célèbre et plusieurs fois répété sur les vases " .
Dans la peinture présentée ici , Oreste est représenté , comme le décrit Æschyle ^ , avec F épée sanglante qu’ il n’ a pas eu le temps de rémettre dans le fourreau après le meurtre de sa mère . Déjà il est poursuivi par les Furies , et court se réfugier dans le temple d’ Apollon pour implorer le secours de ce dieu . L’ auteur de cette composition n’y a figuré qu’une seule des terribles déesses, probablement pareeque le défaut d’ esjJace ne permettoit pas d’ en introduire un plus grand nombre .
La Furie est représentée avec des ailes , deux serpens s’ élèvent dans sa chevelure , un autre est dans sa main . Elle est vêtue d’une tunique courte , par dessus laquelle est la ceinture persique croisée sur la poitrine ^ . Ses pieds sont chaussés de cothurnes . Oreste n a pour tout vêtement qu’ une chlæna attachée une
agraffe sur la j^oitrlne ; il est également chaussé de cothurnes .
L auteur de cette composition a su jjarfaiteraent exjtrinier le caractère terrible que les jioëtes tragiques ont attribué aux Furies , et cette marche rajiide ^ qui ménace le coiqiable de la jiunition la
(1) Sur les moimmens tl' aiu-ieii style tomes les tléesses sont ruprésentées tenant le.s sceptres oti bâtons, cniblèines de l.i jtuissanre . D’après le meme motif, on allribiioit des bâtons juix divinités J’nri ordre iniéneur, comme les Furies, les Destinées, etc.
(2] D IIa>carville . tom. n. pl. 3o. Tischbein . tom. III. pl. 5a. Millix. Peintures de Vases . tom. ii. pl. 67.
P) Eome.nid. vers. 42.
(.'() Lci Furies sont figurées sans ailes dans la plupart des momimens . Les ailes éloient iin emblème de la vélocité et comme tel , les artistes anciens en doniioieiit à volonté aux divinités et aux figures allégoriques . 11 II’ y avoîl pa.s à cet ég.nrd un princijie établi et reconnu .
(5) V. Peintures Antiq. et Inéd. de Vases Grecs . page 9. vote l\.
L’épilbètcde Teruîro /fs donnée aux Furies dans
PEINTURES DE VASES GRECS 5i
plus proniptG . Tl semble voir le cliui' des Eumenides s eltincei sur le malheureux Oreste , en s’écriant:,, Telles que le chien qui suit un faon blessé , suivons le à la trace du sang qui dégoûte de son corps,, . Oreste agité par les remords que lui cause son crime, et par l’ effroi que les ministres des vengeances divines lui insjiirent , paroit égaré , et incertain s’ il doit fuir ou essayer de se défendre . La pose de cette figure est fière et expressive . Nous avons sans doute dans cette composition la copie d’ un ouvrage de quelqu’ artiste du premier mérite . L’ exécution est aussi plus soignée que dans la plupart des vases . Le revers offre selon T ordinaire des figures d’ éphèbes .
PLANCHE XXIX. iV.” a.
Les peintures des vases offrent souvent un guerrier , qui poursuit une femme . Comme uue pareille représentation peut s’appliquer à divers événemens , on ne sauroit , lorsque quelques circostances caractéristiques n’ y sont pas exprimées , déterminer avec précision le sujet . De pareilles compositions peuvent représenter Oreste , ou Alcméon qui vengent la mort de leurs pères ; Ménélas , qui poursuit Hélène ; Cercyon et Alopé ; ou enfin quelque fait analogue dont 1’ histoire des temps héroïcjues présente plusieurs exemples .
En examinant les diverses compositions de ce genre , il paroitroit qu’elles ne se rapportent pas toutes à un même fait; car on remarque une grande variété dans la manière, dont le sujet est traité ' , dans les armes , 1’ âge , et le costume des personnages ; et
r Ajax de Sophocle , vers. 837. s' entend des grands pas qu’ elles font en poursuivant les coupables .
11 faut voir la dissertation savante de M. llocttiger sur les Furies. Paris 1802.
(1) I.'n grand nombre de vases avec de pareils sujels SC trouve dans les diverses collections . Voici le relevé de ceux qui ont été publiés jusqu’ à présent.
J.* Jeune lionimc vêtu d’une chlcemi itoiirsuivant une lénime avec une é]sée . Stijet dans lequel on a cru voir Oreste sur le point de jninir Clytemnestre . D’ H.vncauville . tovi. i. pl. 84. et tom. ii. pl. 3i. Passeri . tom. 1. pl. 59. Tischbein . tom. 1. pl. 20. et 21. Mieux. Peintures de Frases . tom. i. pl. 44.
Mais dans la planche 21. de Tischbein , on voit deux figures addiclionelles , dont une de femme , I autre 5 d’ un vieillard tenant un sceptre .
2.“ Tjn homme âgé, et ayant une forte barbe , poursuit une femme avec une épée . Ce sujet représente peut-être Ménélas, et Hélène. Tischbein. tom. iv. pl. 5o.
Dans une peinture antique Ménélas en costume de guerrier poursuit Hélène qu’ il a retrouvée après la prise de Troye , et veut la tuer ; mais au moment où il va l'atteindre, il est frappé de sa beauté, et le glaive échappe de ses mains. Millin . Monum. Inédit. tom. U. pl. 3q.
5a PEINTURES DE VASES GRECS
même clans la nature de l’ action . Quelquefois l’ liomine est entièrement armé , et paroît vouloir donner la mort à celle cpi’ il poursuit. D’autrefois ses intentions ne paroissent pas aussi cruelles. Dans quelques compositions , des personnages accessoires sont représentés .
Dans la peinture. Planche XXIX. N. a., est un jeune homme en costume de chasseur, vêtu d’une chlœna , et portant un pétase rejeté en arrière ; il est chanssé de cothurnes , et armé de deux javelots . M. le chevalier de Rossi est d’ opinion , que cette comjîosition représente Paris , qui poursuit OEnone sur le Mont Ida . Le défaut du costume Phrygien donné ordinairement à Paris ne seroit pas une difliculté qui s’ opposeroit à cette explication ingénieuse . Divers inonuraens anciens ' prouvent que F usage n’ étoit pas général à cet égard ; vu F incertitude cependant , cpù existe dans F explication de semblables sujets , je me bornerai à observer que cette composition pourroit également représenter Procris s’éloignant de Céphale, qui lui reproche son infidélité. Ce cpil favoriseroit cette opinion est , que F histoire de Céphale est une tradition atlique , et que les vases qui comme celui-ci sont de la fabrique de Nola ‘ présentent pour F ordinaire des mythes athéniens . Au revers du vase est un éjihèbe , appuyé sur un bâton .