Peintures antiques inédites
J’accomplis un triste devoir en dédiant à la mémoire d’un ami ce livre, que je comptais publier sous ses auspices, avec l’appui de son nom , avec l’autorité de son suffrage. Puisse du moins ce témoignage qu’il m’eût été si doux de lui offrir des sentiments qui nous unissaient durant sa vie, rester après lui comme un faillie monument des services qu’il a rendus à la science , même par une main étrangère !
C’est à l’illustre auteur de Y Archéologie de la Peinture, c’est à l’interprète ingénieux et savant de la Noce Aldobrandine, c’est à l’antiquaire qui répandit sur les Peintures des vases grecs les trésors d’une érudition si riche et si variée, qu’il appartenait de traiter , avec la supériorité de sa haute raison et de son éminent savoir, la question qui fait le sujet de cet ouvrage. Quelques traits de lumière qu’il y avait jetés avaient suffi pour en fixer la portée , pour en préparer la solution; et quand son opinion, après être de-
h DÉDICACE.
venue la règle de la critique, se trouvait exposée à la contradiction, c’était à lui, mieux qu’à personne, qu’il convenait de la défendre. En acceptant ce service d’une main amie, le grand antiquaire de Dresde m’avait donné de son estime la preuve la plus flatteuse ; et je n’avais à craindre, dans cette mission reçue d’un pareil maître , que de rester au-dessous de son attente et de mon sujet. Ce n’est plus à lui maintenant que je puis justifier mon œuvre, puisqu’il n’est plus là pour en répondre; tout ce que je puis dire, c’est qu’en écrivant pour le public, je n’ai réellement travaillé que pour Charles Boettiger. C’était lui que j’avais à cœur d’affermir dans ses propres sentiments, en éclairant ses doutes , en étendant ses idées ; c’était lui que je tenais surtout à convaincre de la vérité qu’il avait trouvée. Toutes les feuilles de ce livre lui étaient soumises, comme au juge le plus compétent, comme au critique le plus sévère; et je rencontrais souvent en lui un adversaire , quand je ne faisais que le justifier auprès de lui-même. C’est de cette correspondance entre deux hommes profondément pénétrés de la même idée, qui cherchent mutuellement à s’en assurer, en mettant en commun, l’un tous les doutes, l’autre toutes les preuves ; c’est de cette sorte de controverse, unique par sa forme et par son objet, puisqu’elle était née de la conformité même des doctrines, et quelle tendait à réunir deux partisans de la même opinion , qu’est résulté 1 ouvrage que je publie; et l’ approbation que fauteur avait fini par arracher à son juge doit lui être de quelque recommandation auprès de ses lecteurs.
.1 ai maintenant à faire connaître quelle a été l’occasion de ce livre, et quels titres je pouvais avoir pour l’entreprendre. Obligé de parler des autres et de moi, je le ferai du moins avec le plus de discrétion et de brièveté qu’il me sera possible.
DÉDICACE. m
Occupé depuis plus de dix ans à recueillir les matériaux d’une Histoire de Fart des Anciens , j’avais dû fixer de bonne heure mon attention sur les travaux de la peinture antique. Aussi, dès avant mon voyage en Italie, en 182 5, avais-je lu à l’Académie des Beaux-Arts un Mémoire sur la peinture encaustique , et un second Mémoire sur les divers procédés du dessin chez les Grecs, qui n’étaient encore qu’un premier essai , considérablement accru depuis par le résultat d’observations locales et de recherches assidues; et je ne cite ces travaux, continués durant plus de dix années, toujours en y corrigeant ou en y ajoutant quelque chose, que parce qu’il a paru tout récemment, sur F Encaustique et sur la Fresque des anciens, des observations qui ont dû sembler bien superficielles , en présence de tout ce qui a été écrit sur ce sujet et de tout ce qui nous reste de l’antiquité.
Durant le cours de mon voyage en Italie, je puis dire que j’observai avec un soin particulier tout ce qui s’y conserve, surplace ou dans les musées, de peintures antiques. Je visitai , dans ce but, les tombeaux récemment découverts à Corneto, pour en examiner les peintures; et il ne tint pas à moi, comme on le sait, de les publier, quand elles offraient encore tout le mérite de leur conservation, ou, pour mieux dire, toute la fraîcheur de leur nouveauté, quelles ont presque entièrement perdues depuis. Je fis copier, à Pioine, au Vatican, à Naples, dans le musée des Studj , plusieurs peintures antiques, qui me paraissaient importantes pour l’histoire de fart , ou qui étaient encore inédites. J’en ai déjà publié quelques-unes dans mes Monuments inédits; celles que je donne aujourd’hui avaient été recueillies à la même intention; et d’autres, qui étaient depuis longtemps connues par les travaux des académiciens d’Herculanum , telles , pour n’en citer qu’un exemple , que la peinture qui représente la Femme occupée à peindre dans