‹ Peintures antiques inéditesChapitre 9 sur 28 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La plupart des difficultés que présente l’histoire de la peinture chez les Grecs, et qui ne se rencontrent ni en si grand nombre, ni à un si haut degré, dans celle des autres arts du dessin, tiennent bien moins encore à la rareté, à l’insuffisance ou à l’obscurité des témoignages, qu’à la disparition totale, qu’à la destruction irréparable des productions de cet art. Il est trop avéré qu’il ne s’est rien conservé, qu’on ne peut espérer de rien recouvrer des innombrables travaux de peinture qu’avait produits la Grèce, à presque toutes les époques de son histoire , sur presque tous les points de son domaine. Peintures sur mur et sur bois, à l’encaustique, à fresque et en détrempe ; tableaux d’histoire et de genre ; chefsd’œuvre des écoles d’Athènes, de Corinthe et de Sicyone, de

vaincre l’esprit ; et , à défaut de raisons tirees des classiques , on accréditait des impressions recueillies dans les rues de Pompeï et dans les cloîtres de la Toscane. Or , cette manière de procéder dans un sujet grave et sérieux m’avait paru mériter d’être soumise à une discussion sévère, afin de réduire à ses véritables termes une question qui , abandonnée à l’imagination des artistes, risquait de s’égarer au delà de toutes les bornes raisonnables.

C’est trop souvent, en effet, le sort des idées les plus heureuses, quelles se gâtent par l’abus qu’on en fait, et qu’en des mains imprudentes les vérités les mieux constatées deviennent, par l’exagération qu’on y mêle , des éléments de trouble et d’erreur, même dans le paisible domaine de l’archéologie. Le grand fait de la sculpture polychrome, établi par l’illustre auteur du Jupiter Olympien , fait immense et fécond, en ne le considérant qu’en lui-même , par rapport au seul art de la statuaire , et bientôt après trouvé d’accord avec tant d’exemples d’architecture coloriée , qui nous ont montré l’antiquité grecque sous un aspect tout nouveau, fut une de ces hautes révélations qui ouvrent à l’esprit d’investigation un champ neuf et fertile, mais à la suite desquelles ne manque presque jamais de se précipiter 1 esprit d’imitation. Or, c’est dans ce cas qu’il convient à la critique de se placer à l’entrée de la carrière tracée par le savoir et le génie, pour en écarter l’ignorance présomptueuse et pour y guider des esprits avides de connaissances nouvelles plutôt que préparés à les recevoir. Tel avait été 1 objet de mes Observations concernant l’emploi de la peinture sur mur chez les Grecs1; observations d’ailleurs réduites à un

Ces Observations ont été publiées dans tirage à part , d’un très - petit nombre le Journal des Savants de 1800, cahiers de d’exemplaires, distribués seulement entre juin, juillet et août, et il en a été fait un les amis de l’auteur, p. 1-28.

petit nombre de faits, et exprimées avec toute la sobriété de paroles qu’il m’avait été possible d’y mettre; et tel avait été le motif qui m’avait déterminé , en les publiant , à provoquer, sur ce point important de l’histoire de l’art, un examen impartial et approfondi de la part des véritables maîtres de la science.

Je devrais croire que cet objet n’a pas été tout à fait manqué, ni ce motif méconnu , d’après l’écrit que mes observations ont suggéré au célèbre professeur Hermann, de Leipzig1. En prenant mon travail comme le programme de la question que j’avais recommandée à l’attention des antiquaires, ce grand philologue s’est surtout attaché à fixer, avec l’habileté qui lui est propre, et avec l’autorité qui lui appartient dans ces matières, le véritable sens de quelques textes que j’avais employés, et je puis dire que, sur beaucoup de points, son interprétation s’est trouvée d’accord avec la mienne. Quant au fait même mis en question, c’est à savoir, à l’emploi plus ou moins étendu qui eut lieu de la peinture dans la décoration des édifices publics chez les Grecs, l’illustre professeur de Leipzig, tout en ajoutant quelques faits nouveaux qui tendent à justifier cette application de l’art de peindre faite en certaines circonstances, a jugé les exagérations où s’était jeté à cet égard l’architecte français 2, d’une manière qu’il m’est permis de regarder comme un assentiment complet à l’opinion que j’avais exprimée moi-même, et qui n’était que la conséquence rigoureuse de la doctrine d’un des premiers antiquaires de notre âge, du savant qui a le plus approfondi toutes les questions

1 De veterum Grœeorum picturâ parietum, Hermann, de Picturâ, etc., p. i3 . De

conjectures, scriptæ, etc. auct. God. Herman- aliis aliorum erroribus , maximèque de Hitno, Lipsiæ, 1 834, p. 1-20 ; reproduit dans le torffii mirabilibus commentis, ità disputavit. t. V de ses Opuscula, p. 207-229, Lips. i834- Rocbeltus, illi ut satis refutali videantur.

relatives à l’histoire de la peinture des anciens , de l’illustre M. Boettiger.

Ainsi fixée, d’une part, sur l’intelligence de textes importants, et, de l’autre, débarrassée des notions fausses ou superficielles qu’y avait introduites l’enthousiasme peu éclairé d’un artiste étranger à ces études, la question avait donc fait, entre les mains de M. Hermann, un progrès réel; et si le travail de ce critique laissait quelque chose a désirer, c’était peut-être que son auteur se fût trop scrupuleusement renfermé dans le cadre étroit d’un programme, et surtout qu’il se fût borné à l’examen des textes de Pausanias, sans y joindre d’autres témoignages qui en fixent le sens et qui en établissent la valeur. Toutefois la discussion se trouvait ainsi ramenée sur son véritable terrain, celui où la critique pouvait, à l’aide de renseignements classiques et non plus de présomptions vagues ou d’analogies étrangères, essayer de déterminer la part plus ou moins considérable qu’avait obtenue la peinture de style historique, la seule qui fasse l’objet du débat, dans la décoration des édifices de la Grèce.

C est dans cette circonstance qu’il s’est présenté un auxiliaire aux idées de M. Hittorff, qui non-seulement a entrepris de défendre ces idées dans toute l’extension qu elles pouvaient admettre, mais qui encore s’est chargé de leur fournir, dans I examen critique des témoignages allégués de part et d’autre , cette base solide qui requérait la main d’un philologue , et quelles n avaient pu recevoir de celle d’un architecte. Ainsi, ce n est plus seulement 1 artiste, placé involontairement sous ie charme des impressions de Pompeï et sous l’empire des traditions de la renaissance, qui s’est imaginé la Grèce antique peinte sur tous ses murs, comme il avait vu les cloîtres, les eg lises et les palais de 1 Italie moderne, et qui méritait quelque

indulgence pour s’être livré à une illusion si séduisante; c’est un grave critique, libre de pareilles impressions et affranchi de pareils préjugés, qui trouve dans les textes grecs et latins la preuve matérielle de ces murailles peintes, de ces temples, de ces pœciles, de ces prytanées grecs, ornés, sur l’enduit qui les couvrait, de peintures des plus grands maîtres, et qui explique philologiquement le Parthénon d’après le Vatican , et le Lesché de Delphes d’après le Campo Santo de Pise. Ainsi se sont trouvés remis en discussion des textes dont on avait pu croire le témoignage irrévocablement acquis à l’opinion contraire. Le sens des termes les plus élémentaires de la question, des expressions les plus usuelles de la langue de l’art, a été controversé pour en tirer des inductions nouvelles ; l’existence même des procédés les plus vulgaires a été contestée pour détruire une seconde fois par le raisonnement des tableaux que le temps avait détruits. Peu s’en est fallu que la peinture sur bois , poursuivie jusque dans l’atelier du menuisier, n’ait été chassée tout entière de son antique et légitime domaine pour faire une part plus large à la peinture sur mur; et Pline, s’il assistait à ce débat, pourrait se croire témoin d’une révolution pareille à celle qui lui arrachait ces judicieuses plaintes sur le sort d’un art jadis consacré à de si nobles usages, et destiné à périr obscurément sur les murailles où il était relégué 1 : Nunc et purpuris in parietes micjrantibus , nulla nobilis pictura est.

Ce travail d’un savant, habitué à manier avec dextérité l’instrument de la critique, mais dont l’habileté s’était jusqu’ici exercée sur des textes grecs, d’époque alexandrine, plutôt que sur les monuments figurés de l’art antique, et dont l’attention même ne s’était pas encore portée au delà de l’Egypte grecque

' Plin. xxxv, 7 .

DE LA PEINTURE et romaine, a répondu assez exactement à l’idée qu’on avait pu s’en former sous ce double rapport. C’est surtout, en effet, par le soin avec lequel y sont mis en œuvre les éléments déjà connus de la question , et par un louable effort d’élever une critique de mots à la hauteur d’une discussion de faits, que ce travail se recommande, sans qu’il s’y trouve beaucoup d’éléments nouveaux dus aux recherches propres de l’auteur. On semble s’être attaché à détruire ou à infirmer certains témoignages qui pouvaient prévaloir contre l’opinion qu’on s’était faite, en même temps qu’on admettait dans toute leur valeur, dans toute leur extension, tous ceux qui lui étaient favorables, de manière à tirer de chaque fait particulier la preuve ou tout au moins l’indice d’une pratique générale. On ne s’est pas fait scrupule de prendre chez les Romains l’exemple dont on avait besoin pour autoriser ce qui avait dû avoir lieu chez les Grecs. En un mot, c’est sur des textes déjà employés avec plus ou moins de succès, c’est sur une matière toute préparée par d’autres mains, en y introduisant à propos l’élément romain, à défaut du grec, que l’auteur a exercé sa critique, plutôt qu’il ne s’est donné la peine de rechercher lui-même, dans l’ensemble des notions historiques fournies par l’antiquité , des faits ou des motifs qui n’eussent pas encore été produits à l’appui de son opinion. De ce côté, je suis donc obligé de convenir que la question aura peu gagné; mais, sous le rapport de la discussion des faits et des témoignages connus , il serait à craindre qu elle n’eût beaucoup perdu , si la valeur de ces témoignages et. si 1 importance de ces faits avaient éprouvé des atteintes graves et réelles.

Il devient donc nécessaire de reprendre en son entier , d embrasser sous toutes ses laces une question que je n’avais traitée d abord que sons la forme de programme, en la rédui-

sant dans de certaines conditions d’art et de goût, de temps et de lieu, en y supprimant les développements et en y épargnant même les paroles, au point de m’exposer à être mal compris; ce qui m’est arrivé quelquefois. Plus libre sur ce nouveau terrain où la discussion est transportée, je la suivrai partout où l’on a voulu la conduire, et plus loin encore, et dans toutes les régions quelle peut atteindre. Je n’irai pas cependant jusqu’à Vespasien, pour trouver la preuve de ce qui s’était fait sous Péri clés; car les édifices de Pompe’i suffiraient seuls pour nous apprendre, même sans le témoignage de Pline , qu’on peignait généralement sur mur, à Rome comme à Pompeï, même avant le siècle de Vespasien. Il ne sera question non plus que de peintures sur bois appliquées aux murailles, et encore de peintures cle style historique, chez les Grecs et chez les Romains. Les nombreuses applications qui se firent de l’art de peindre dans l’antiquité, et qui eurent lieu sur presque toutes les matières, sur les métaux, sur le marbre, sur le plâtre, sur la toile, sur les peaux, sur Yarcjile, sur Y ardoise, sur Yivoire, resteront en dehors de cette discussion.

Mais il conviendra d’y rétablir d’abord, dans toute son importance , le fait même de la peinture sur bois, qui n’a été qu’indiqué en passant et en peu de mots par le critique , comme s’il était étranger à la question qui nous occupe, tandis qu’il domine en effet toute cette question , qu’il constitue à lui seul l’Listoire presque entière de cette branche de l’art; car du moment qu i] sera démontré que les chefs-d’œuvre de la peinture grecque, transportés de tous les points de la Grèce à Rome, où Pline les avait sous les yeux, quand il les décrivait, étaient des peintures sur bois, et que ces tableaux, originairement placés dans la Grèce sur les murailles des temples et des édifices publics , avaient reçu à Rome une destination semblable, une grave

présomption se trouvera acquise en faveur de l’opinion que je soutiens. On aura déjà la certitude que des tableaux, et en très-grand nombre et du plus grand mérite sous le rapport de l’art, avaient servi, dans la Grèce, de revêtement, d 'ornement aux murailles des édifices sacrés , et qu’ils avaient eu le même emploi à Rome. On sera dès lors doublement autorisé à étendre cette notion à d’autres peintures de temples et de portiques, dont la nature est encore controversée avec plus ou moins de raison ; et dans le petit nombre de cas où l’on pourrait croire que ces peintures étaient réellement exécutées sur le mur même, au lieu d’y être simplement appliquées, c’est au défenseur delà première opinion que l’on demandera des preuves positives, des témoignages directs, tandis qu’en se plaçant dans la seconde hypothèse , on n’aura besoin que d’alléguer l’usage général et d’invoquer une sorte de notoriété publique. Le fait capital, immense, incontestable de la peinture sur bois, devra donc être replacé dans toute sa valeur, avec toutes ses conséquences, à la tête de cette discussion, d’ou on l’avait prudemment écarté ; et, de cette manière, bien des doutes qui pouvaient y régner encore se trouveront déjà dissipés, avant même d’être soumis à l’épreuve d’un examen sérieux.

La discussion serait bien plus courte encore , et la solution bien plus facile, si l’on se plaçait à cet égard dans un point de vue plus général. La question de la peinture sur mur n’en est réellement pas une pour tout homme qui s’est rendu familière, par des études spéciales, l’intelligence de l’art des anciens. La sculpture ayant été de bonne heure, chez les Grecs, 1 art qui donna le ton à tous les autres, et cet art ne pouvant se signaler que par le choix et par l’expression des belles formes, il en résulta pour la peinture des conditions étroite-

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, ment liées avec ce principe. La science du dessin , jointe à l’élévation du style , devint son principal mérite ; la correction et la pureté du trait, ses qualités les plus essentielles; et tout, dans la pratique de cet art, se trouva subordonné à cette obligation d’un dessin savant, au point que nous pourrions à peine nous en faire une idée d’après l’anecdote si connue du défi d’Apelle et de Protogène , où la perfection du trait dut tenir du prodige , si les peintures des vases grecs, ouvrages d’artistes subalternes, ne nous offraient, dans des contours de figures rapidement tracés au pinceau sur une substance molle, ce genre de mérite porté quelquefois à un degré si éminent, qu’il défierait la main des dessinateurs les plus exercés parmi nos peintres les plus habiles.

De cette aptitude merveilleuse à dessiner des artistes grecs, de cette science profonde qu’ils y avaient acquise , de cette pureté exquise qu’ils y recherchaient, dérivent toutes les qualités attribuées à la peinture des Grecs. De là aussi résulta pour leurs artistes la nécessité de peindre sur des tables de bois, seul moyen qu’ils eussent à leur disposition pour déployer à leur aise, dans la solitude laborieuse de l’atelier, toute la science de leur dessin , toute la sûreté de leur main , toute la délicatesse de leur pinceau. De là enfin le peu de cas qu’ils durent faire de la peinture sur mur, qui exige une pratique plus expéditive, qui vise plus à l’effet, et qui comporte en général une exécution moins châtiée et plus brillante. Ces raisons, que je dois me borner à indiquer ici en peu de mots, mais qui trouveront ailleurs leurs preuves et leurs développements, raisons puisées dans le génie même de l’art, et toutes justifiées par son histoire, auraient pu arrêter le critique qui s est fait de la peinture grecque une idée si différente, au point de ne voir dans les grands peintres de la Grèce que des

décorateurs de murailles, s’il n’était évident qu’en abordant pour la première fois de sa vie une question de l’histoire de l’art, sans études préliminaires, sans connaissances spéciales, il envisageait cette question d’un seul côté , en l’isolant de toutes les considérations de goût qui s’y rapportent, en la traitant, telle qu’il la trouvait exjDOsée, dans un programme de quelques pages, sans voir presque rien au delà, sans chercher presque rien ailleurs. C’est donc l’ensemble des idées et des faits qui constituent l’histoire de la peinture grecque, et qui ne laissent aucun doute sur son véritable emploi , qu’il s’agit maintenant de rétablir; et ce sujet, traité avec toute l’étendue qu’il comporte et tout l’intérêt cpi’il mérite, devait seulement trouver, parmi tant d’illustres antiquaires de notre âge, un interprète plus habile.

Je diviserai mon travail en deux parties. La première traitera de ce qui concerne la peinture , considérée sous le point de vue qui m’occupe, dans l’antiquité grecque; la seconde aura pour objet la peinture, employée de la même manière chez les Romains. Chacune de ces deux parties se composera de plusieurs articles distincts. Ainsi, dans la première, j’examinerai : i. les tableaux consacrés clans les temples par un motif religieux; n. les peintures gui faisaient partie intégrante de la décoration des temples, des portigues et des auti'cs édifices publics ; ni. les portraits de personnages histongues exposés dans les mêmes lieux. Dans la seconde , je passerai successivement en revue : i. les peintures de style historique exécutées sur mur ou autrement, dans les temples de Rome; n. les tableaux d’école romaine ou étrangère employés comme ornements dans la décoration des temples et des édifices publics ; ni. les portraits des personnages historiques employés au meme usage. 1 el sera le plan de ce travail , en dehors duquel resteront plusieurs classes de peintures grecques et ro-

maines, notamment celles des tombeaux, et la scénographie, qui seront ailleurs l’objet d’un examen particulier.

Mais , afin d’assurer notre marche dans la vaste carrière que nous aurons h parcourir, il importe de la débarrasser de quelques obstacles qui y ont été jetés ; il convient d’être bien fixé sur le sens des termes que nous emploierons pour désigner des peintures, ainsi que sur la valeur de certaines circonstances relatives au déplacement, à l’enlèvement et au transport des peintures antiques; circonstances d’où peut résulter, plus sûrement que d’aucune autre manière, la connaissance exacte de la nature même de ces peintures. Une discussion préliminaire sur ces deux points aura le double avantage de dissiper les doutes qui ont été répandus sur l’emploi de mots qu’on aurait dû croire à l’abri de toute incertitude; de réduire à sa juste valeur l’importance d’opérations dont on a beaucoup abusé; et, en écartant ainsi un grand nombre d’objections de détail, auxquelles il serait trop long et à peu près superflu de répondre, d’empêcher que ce travail ne prenne, comme celui qui l’a motivé, une forme polémique qu’il n’est ni dans notre intention ni dans l’intérêt de la science de lui donner. C’est en opposant à l’opinion contraire une masse de témoignages authentiques et de faits positifs, les uns et les autres omis ou négligés par le savant académicien qui s’est fait l’auxiliaire de cette opinion, que j’entreprends de la réfuter; non, comme on fa fait à mon égard, en reprenant un à un, en retournant en tout sens le petit nombre de textes classiques que j’avais d’abord produits, et en tourmentant passablement mon propre texte : sorte de controverse où je pourrais me signaler à mon tour, et où j’aurais à exercer plus d’une juste représaille, mais sans avoir rien à y gagner ni pour la science ni pour moimême. 11 s’agit ici de l’intérêt de la vérité, qui ne doit se

défendre que par des faits et d’une manière grave, et non d’un assaut de dialectique, où l’on peut déployer beaucoup de subtilité sans montrer beaucoup de savoir, et faire de part et d’autre une grande dépense de paroles sans aucun résultat.

Du sens et de la valeur des mots grecs et latins qui servent à désigner les peintures : d’où résulte la preuve philologique quelles étaient généralement sur bois.

Je commence par déclarer que je n’entends parler ici que de peintures de style historique, c’est-à-dire de cette sorte de peintures qui avaient pour objets les images des Dieux et les actions des Héros, traitées de la main des vrais maîtres de l’art, pour me servir des expressions mêmes de Platon1 : rtiv rSv rPAdéEON eiSiuiAoTToiar 7 nçj. toc ôêict r£ ou/^pcù7nvcL a-dofxcL\cL yyvo/A g'v>iv; ce que Vitruve, dans son langage mélangé de mots grecs, nomme megalog raphia 2 ; ce que Plutarque appelait y^pyur'l oypcufiict 0 , en parlant des travaux de l’école de Sicyone, la première, en effet, des écoles grecques de peinture. Je ne nie point, et je n’ai jamais songé à nier que, dans des temps plus ou moins anciens , plus ou moins rapprochés du berceau de la civilisation grecque, alors que les temples, construits en

1 Platon, in Cnt. p. 107 , C, T. X , p. 35- 36, Bipont.

" Vitruv. VII , 5 : « Megalographiam ha- « Ijentem deorum simulacra. » M. Hermann, qui cite ce passage de Vitruve, de Pictur. p. 4, le rapproche avec raison de celui-ci de Platon, Sophist. p. 235, E, T. II, p. 238, Bip. : Ovmvv oo-oi yt t<Zv MErÂAON W ti TAecrW/r i'pycov tî TPÂ<I>Or2IN, k. t. a.

Ansaldi , qui cite le même passage de Vitruve, de sacro et pullico Tabularum pictarum Usa, pag. 276, lit melographia , mot qui n’offre aucun sens. Voyez, du reste, sur la fxiycL\oypa.cpi'oL, opposé à la puTroypcctpia., des observations de M. Welcker, aussi neuves que savantes, ad Philostr. Sen. Imag.

0 Plutarch. in Arat. S i3.

bois, devaient être revêtus de stucs peints, comme on peut l’inférer des triglyplies enduits de cire coloriée en bleu, cera cœrulea, qui appartenaient, suivant Vitruve1, à l’architecture primitive des Grecs, et dont on a recueilli plus d’un exemple dans des édifices plus récents, il n’y ait eu de la peinture appliquée aux murailles. Ce fait, depuis longtemps admis dans l’histoire de l’art, est d’accord avec celui des simulacres cle bois, Çoclvcl, qui étaient certainement peints aussi, et le plus souvent revêtus d’étoffes réelles, ainsi que l’a montré M. Quatremère de Quincy2 * *. Que plus tard encore, et à une époque où ces traditions d’un art primitif conservaient toute leur valeur, même dans des édifices de pierre, on ait continué de décorer de certaines peintures à teintes plates les parois de temples ornés à l’extérieur d’entablements et de frontons coloriés, et renfermant dans leur sanctuaire des simulacres polylithes ou polychromes, je serais disposé à l’admettre, sans me croire suffisamment autorisé à l’affirmer 5 ; mais cette hypothèse se trouverait tout à fait en dehors de la question actuelle , et par l’ordre des temps et par la nature même des travaux quelle embrasse; et ce ne serait pas, en tout cas, à l’influence des monuments de l’Égypte que je rapporterais cette particularité, attendu que je n’accorde pas à cette influence toute la part qu’on

1 Vitruv. IV, 2.

2 Jupiter Olympien, p. 16, suiv.

5 C’est dans ce sens que d’Agincourt a dit avec une grande apparence de vérité , et avec beaucoup de sens, en se fondant sur l’ensemble des idées de Pline , que la peinture sur mur appartint aux deux époques de la naissance et de la décadence de l’art,

et que la peinture sur bois fut celle des beaux temps de l’art et des plus grands maîtres ;

voy. son Hist. de l'art, Peint, p. 10, not. b) ,

et t. IV, p. 34, ed. ital. En citant, p. 2 3 de mes Observations, M. d’Agincourt parmi les partisans de l’opinion contraire, j’avais eu en vue l’erreur particulière quil avait commise au sujet des peintures de Polygnote , au Pœcile d’Athènes ; mais le critique qui a cru me réfuter n’a point lait cette distinction, parce que, sans avoir lu d’Agincourt, ce qui est prouvé pour moi, il s’est contenté de prendre son nom dans la citation que j’en avais faite.

lui attribue sur l’origine et le développement de 1 architecture grecque, en ce qui concerne et le système de construction et la décoration même des édifices. Encore moins serais-je disposé à partager la manière de voir du savant académicien qui s’est imaginé que ces antiques peintures des temples grecs représentaient, sur toutes les parois du monument, l’histoire du dieu avec toutes ses circonstances mythologiques, dans le goût des bas-reliefs peints qui ornent les murailles des temples de l’Egypte, ou dans celui des églises de la renaissance, telles que la cathédrale cl’ Assise ou le dôme d’Orviette ; car c’est là , suivant moi, l’une des plus graves méprises dans lesquelles ce savant ait pu se laisser entraîner, à la suite de M. Hittorlf, sur la foi du prétendu temple d’Empédocle, retrouvé par cet architecte dans l’Acropole de Sélinonte.

Ce temple, qu’on n’a pas fait difficulté de citer comme existant encore sur le terrain, n’existe en réalité que sur le papier; il ne s’en est rien conservé que le pavé, avec quelques arrachements de murailles et quelques assises inférieures qui s élèvent à peine au-dessus du sol. Des fragments d’architecture coloriée qui ont appartenu à l’entablement et au fronton, suffisent bien pour autoriser, jusqu’à un certain point, une restauration d édifice colorié dans quelc/ues détails; mais des peintures historiques cpii auraient décoré les parois intérieures de 1 édifice, il n’en subsiste pas le moindre vestige, et elles n ont réellement pas le moindre fondement, pas plus que cette dénomination même de temple d’Empédocle donnée très- gratuitement par 1 architecte, et confirmée très -légèrement par le critique, à un petit édifice qui n’a jamais pu etre , vu ses dimensions exiguës , et le caractère même de sa décoration, joint à son ordre d architecture , s’il est effectivement ionique, quun Hêroon , ou monument sépulcral de quelque

Héros national; pas plus que le titre de Dieu, 0EO S, décerné au philosophe Empédocle , certainement contre tout usage et contre toute raison. C’est comme témoin oculaire , ayant observé de mes propres yeux les ruines de Sélinonte, que je m’exprime ici avec plus d’assurance que de coutume. Je puis d’ailleurs opposer quelque chose de bien plus positif, nonseulement aux allégations du critique , mais encore aux travaux de l’architecte ; c’est la publication qui vient d’être fai te , par les soins M. le duc de Serradifalco , des Antiquités de Sélinonte h ou le petit édifice en question se trouve décrit et dessiné , dans tout ce qui en subsiste encore , avec toute l’exactitude possible; et il est désormais avéré , pour quiconque aura sous les yeux le livre de l’antiquaire sicilien et celui de M. HittorfF, que la restauration du prétendu temple d’ Empédocle est une œuvre tout aussi imaginaire que ce temple même.

Mais d’ailleurs, sur quels indices, d’après quels témoignages a-t-on pu croire que les peintures des temples grecs de la haute antiquité , si tant est que ces temples aient eu des peintures, représentaient des traits mythologiques puisés dans le mythe ou la légende de la divinité locale , à l imitation de celles de l’Egypte? Assurément rien de semblable ne se trouve dans ce que nous savons de l’histoire de quelques-uns des plus

1 Antichità clella Sicilia, esposte ed illustra te per Domenico lo Faso Pietrasanta duca di Serradifalco, T. II, Antichità di Selinunte, tav. vi et vu, p. i4-i5. Au lieu d’un édifice ionique, que nous avait donné M. Hittorff, et qui m’avait suggéré l’idée d’un Herôon , ou monument sépulcral, d’après l’emploi particulier qui se fit de l’ordre ionique pour cette sorte d’édifices, il se trouve que c’est un temple dorique, lequel était in Antis, et non point tétrastyle ,

comme l’avait supposé M. Hitlorff; tous les détails de la décoration diffèrent aussi essentiellement, dans le travail de M. le duc de Serradifalco , et dans celui de M. Hittorff; or, les éléments de cette décoration , recueillis sur place par l’antiquaire sicilien et déposés au musée de Palerme , méritent toute confiance; de même que le chapiteau dorique , et celui du pilastre d’ante, dorique aussi, tranchent absolument la question de l’ordre du monumeni.

célèbres et des plus anciens temples cle la Grèce, tels que ceux de la Diane d’Éphèse, de la J mon de Samos, de la Minerve Poliacle d’Athènes, de la Junon d’Argos, de Y Apollon de Delphes, de la Diane Alphéonia de l’Élide, de la Vénus de Corinthe, de Y Escalope de Kôs , et tant d’autres que je m’abstiens de citer. Il y a plus ; les peintures qui , à diverses époques , avaient été placées d’une manière ou d’une autre dans ces temples, et dont je parlerai ailleurs en détail, représentaient tout autre chose que le mythe de la divinité , et ne se rattachaient à son culte que comme objets de pur ornement, que comme offrandes religieuses, cu/clÔiI/aclIcl. Quant aux temples de la belle époque de l’art, tels que le Parthénon d’Athènes, le temple de Jupiter à Olympie, ceux de Junon à Argos, à' Apollon des Phigaléens d’Arcadie, de Minerve à Tégée , de Jupiter à Agrigente, pour ne citer que les plus fameux parmi ceux dont nous connaissons le mieux l’histoire , ou qui subsistent encore en partie , certainement il n’y eut point de peintures appliquées sur la muraille et relatives au mythe du dieu; car aucun auteur n’en a rien dit, et il n’en existe aucune trace. Si le temple de Thésée et celui des Dioscures, à Athènes, furent décorés de peintures dont le sujet était puisé dans le mythe de ces personnages héroïques, des édifices du même ordre et du même âge, tels que le temple de Minerve Aréa à Platées, construit à l’occasion et avec le butin de la victoire de Marathon , et orné de peintures à sujets mythologiques, savoir, la Première Expédition contre Thèbes et la f ictoire d Ulysse sur les Prétendants ', offrent un exemple tout différent. La doctrine du savant académicien, qui a cru trouver dans les temples de l’Égypte , couverts de bas-reliefs coloriés , le modèle de ceux de la Grèce , et qui a vu dans cet usage l’origine

Pausan. ix, 4, 1 ; cf. Plutarch. in Aris- occasion de relever, au sujet de ces peintid- § 20, T. II, p. 527, ed. Reisk. J ai eu lures, une méprise du genre de celle de

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, et la preuve des peintures sur mur , en rapport avec le culte de la divinité locale , pratiquées par toute la Grèce aux plus belles époques de l’art, est donc contraire à tout ce que nous connaissons de l’histoire de cet art et de son génie, sans pouvoir se justifier par les monuments mêmes qui nous en restent.

Pour revenir maintenant au point d’où nous sommes parti , s’il y eut, dans les temples de la Grèce primitive, des peintures locales consistant en teintes plates étendues dans des contours de ligures au simple trait, c’est-à-dire des dessins enluminés, telles que sont les peintures égyptiennes et celles des tombeaux étrusques; ce fait, que je puis bien admettre, mais que je serais tout aussi fondé à nier, attendu qu’il n’est au pouvoir de personne de l’établir autrement que par induction , par analogie, ne peut jamais avoir d’autre valeur que celle d’hypothèse, et n’a véritablement aucun rapport avec l’existence de peintures de style historique , comme je l’entends, c’est-à-dire de peintures exécutées, soit avec le cestrum, soit avec le pinceau , par les procédés de l’encaustique ou par tout autre moyen , aux époques de l’art perfectionné et par la main d’artistes habiles : or, c’est de cette sorte de peintures seulement que je me suis proposé de rechercher de (juelle manière elles étaient appliquées sur les murailles , laissant le champ des conjectures libre à quiconque voudra le parcourir; et voilà pourquoi j’ai dû commencer par établir nettement ma pensée pour remédier à l’espèce de confusion qui a régné jusqu’ici dans cette discussion au sujet de ces peintures sur mur de toute na-

1 académicien français : c est l’erreur com- belle mosaïque, dernièrement trouvée à mise par un antiquaire italien, qui avait Pompéi, pouvait en être une copie; voy. cru que les peintures en question repré- le Journ. des Sav. i833, mai, p. 296, sentaient la bataille de Platées , et que la nol. 1

ture, de tout ordre et de tout âge. Je n’aime point à m’égarer dans cette nuit des temps et dans ce domaine des hypothèses , où l’on peut toujours trouver tout ce que l’on cherche, en prenant ses idées pour des faits , des analogies pour des preuves , et où chacun , à défaut de textes grecs et de monuments grecs , peut se donner l’innocent plaisir de peindre les temples de la Grèce primitive , à l’exemple des églises de la renaissance.

C’est aussi par cette raison qu’il importe essentiellement de fixer, avec toute la précision, avec toute la certitude possibles, le véritable sens des mots qui servent à désigner les diverses espèces de peintures dans le vocabulaire de l’art antique. Je ne m’arrêterai point aux mots grecs yçy-Q'n et , qui

signifient dessin ou peinture, en général, et se disent conséquemment de peintures sur mur, comme sur bois, comme sur toute autre matière. La même idée, avec la même valeur, s’attache au mot latin pictura, et la certitude acquise sur ces deux points dispense de toute discussion nouvelle. Il semblerait qu’il en dût être de même des mots 7nvcut«s et tabulæ, qui signifient des peintures sur bois , des tableaux proprement dits, d une manière tout aussi certaine , tout aussi généralement admise ; cependant il a été proposé h cet égard des restrictions qui rendent de nouveaux éclaircissements nécessaires.

Ce serait un soin aussi puéril que superflu que de prendre à tâche de prouver que le mot 7nvct,xeç} dans son sens propre et primitif, veut dire des planches, des tables de bois1 , et, dans la langue de lart, des peintures sur bois, ce que nous nommons des tableaux 2. Ce mot, dans l’une et l’autre acception, est si usuel et revient si fréquemment dans toute la littérature grecque, depuis Homère, onze siècles avant notre ère, jusqu’à

IIesycL v- • va.; ca.viJkç. et v. 'srîva.%' Çœypctfpix, i<r%pîx, xvxygptçtf ,

Idem, v. vuYtnaç- ai ’xy&ttpxî, lix o'vtç; 7nexo%v'.

Eustathe, onze siècles encore après, qu’il faudrait avoir quelque intérêt bien pressant, quelque besoin bien impérieux, d’embrouiller ce qui est clair, pour contester une notion aussi vulgaire. L’idée de bois est tellement inhérente au mot 7 qu’à moins de circonstances particulières qui modifient l’acception générale de ce mot, c’est toujours d’un objet façonné en bois qu’il doit s’entendre et qu’il s’entend en effet; et même dans le cas où les tables, 7n\cL->ce^, et les tablettes, 7 nvoxtcc, servant à toute sorte d’usages domestiques, tels que plateaux de table, ofotpôçfi 7n\cLX£<d, creux ou plats , 1 rivantes tcoÎAoi ri cnovri.rcLÀ.oi , de toute dimension et de toute matière2; tels encore que diptyques, vr%yc%\ 7nvcLKe$°, tessères ou symboles de toute espèce, de bronze ou de buis , tv.vclvj.cl yyx\ïceïcL ri 7zv%ivcl!i, et tant d’autres objets d’un genre analogue dont l’énumération me mènerait trop loin , se faisaient de bronze, d 'argent, d 'argile, de verre et d’autres matières, l’idée primitive et fondamentale de meuble, d'objet mobile, restait toujours invariablement attachée aux mots dont il s’agit; et l’idée accessoire de la matière s’exprimait, en toute circonstance, par l’ épithète jointe au mot principal. La même signification générale, avec l’idée accessoire de dessin ou de peinture, se retrouve dans le mot 7nvanus, employé pour désigner des tableaux d’une autre sorte , tels que les tableaux géographiques, 7 rivantes yîceyçytÇiKol, mundi picti5, qui étaient ce que nous appelons des cartes géographiques, dessinées au pinceau sur

1 Matron apud Athen. iv, p. i36, E,c.

xii, T. II, p. 32, Schw. Cf. ibid. vi, 228, E, c. xii, p. 377, sqq.

* Pollux, x, 82-84; cf. Athen. iv , p. 128- i3o, où il est question de plateaux de bronze , d’argent , de vermeil et de verre ; yotKxcp ttivcou , àpyvçj vç nrlvct^ ,

'Sriva.ç apyvqpuç nn Trctyoç ovx. oMyov mpiypwroç , ôiKovç Tn'vctÇ, di'ïïnyyç ; et de pla-

teaux de forme carrée , avec bordure en or, ttivclkuv 'rt'lçge.ycovuv yputropurpcw.

3 Homer. Iliad. vi , 1 70 ; add. Herodian. vu , 6 ; cf. Interprett. ad Hesych. v. ■nlvaxi ttIukIoi.

4 Hesych. v. ttivcÎkiov • Phot. Lexic. h. v. Cf. Harpocration. v. mvclxia.

6 Propert. Eleg. iv, 3, 35 : e tabula pictos ediscere mundos.

des aïs de bois 1 ou sur des plac/ues de bronze 2; c’est-à-dire, encore une fois , des meubles qu’on pouvait exposer dans les lieux publics, attacher aux murailles, et consacrer dans les portiques, comme on en a un exemple dans le testament de Théophraste, pour les tableaux de ce genre qu’il avait légués , à l’effet cïêtre placés dans un portique0. Tels étaient encore les tableaux appelés du même nom , 7mctx*$, destinés à l’usage des astrologues k, de même que les tableaux servant aux oracles rendus par les dés, l’un desquels, célèbre entre tous les autres par son antiquité, celui d’Hercule à Bura, en Achaïe, comprenait dans son mobilier des tableaux avec toute sorte de figures dessinées, o-yfixcLxx yiyç^.fxfxi\x III NAKI5. C’étaient aussi des meubles du même genre et de la même matière , où la peinture proprement dite

ITl'NAKA, apporté par Aristagoras à Sparte, Herodot. v , 49 ; vid. Interprett. ad h. I , ed. Creuzer, III , 74.

3 Diogen. Laêrt. v, 5i : ÀNAGEÎNAI Ji Kj tov ç I7INAKA2, tv oiç ai tv\Ç yriç TKpioJoi t'uriv , iiç tyiv Kctroû crlodv. Sur ces tableaux géographiques, voy. le passage de Plutarque, in Thés. § 1 , tel qu’il vient d’être rétabli en dernier lieu par M. Creuzer, zur Gemmenkunde , 179-80, 166).

4 C’est ce que Plutarque, in Romul. §12, désigne par les expressions » vnpi tov npNAKA ytÇloJoç; voy. aussi à ce sujet Creuzer, ihid. 181, 167).

5 Pausan. vu, 25, 6. D’après cet exemple , il se pourrait que les tableaux consacrés dans le temple de Trophonius , où ceux qui étaient venus consulter l’oracle devaient laisser l'image ou le récit de ce qu’ils avaient vu ou entendu, fussent des tableaux peints ou dessinés, Pausan. ix, 39, 5 : A vd.yx.Yt o-tyaç , CTtoea iïittvow üca/toç n tiStv , ANAOEf N AI ytypauy.tva tv III - NAKL

1 Strabon. 1, i3 : ToV ytv ovv td.J'ôvvai 7rpuTOV ytuy^Lfpniàv ni'NAKA* tov <A'E kolt aïov KaraAnniv yçÿ. 'yya ; cf. Agathemer. c. 1 : A vafyy.aviï'poç . . . wpuTOç tToKy-Yiot 7 viv oittou/utvvv tv nPNAKI yf d\at. C’est à cet usage de peindre des pays sur des panneaux de bois , tv 7nva.Ki , que se rapporte le passage de Lucien , Contempl. § 6 , T. III , p. 38 , Bip. : ’TroXtiç K) opvi , cixrwtp tv TP AT’AÎX ôpav , suivant la conjection de Gronovius, citée et admise par M. Creuzer, Ant. Histor. Fragm. p. 10, 8); mais ce passage même de Lucien fait allusion à un texte plus ancien et très -curieux, qui a échappé à l’attention de ces critiques : je veux parler de cet endroit de Platon, in Crit. p. 107, C (T. X, p. 35-36, Bip. ) , où il oppose le travail du peintre d’histoire , tmV tSsv TPA- OE’TiN tiJdxoTroiav Trtpi 7 d 7 1 x.ai dv- §pa)7nva adyara yiyvoytvviv, à la simple délinéation qui avait pour objet des lieux et des

pays, y viv Kj opvi ic, TroTayov; vhviv,

maaypa ç/a a traça ^ ccTralriAcp ypdytda.

‘ Tel que le tableau de bronze, yd> yjtov

avait obtenu une part bien misérable sans doute, que ces petits tableaux servant à la divination par les songes, 7iï\iclxaol oveiçyxpirmjc , dont parle Plutarque1; que d’autres tableaux, eyf&Çioi,

servant à indiquer la célébration de jeux de Gladiateurs2 ; que ces tablettes , à l’usage des sycophantes d’Atliènes, qui se suspendaient aux brandies du peuplier planté sur l’agora5 : h cto Tris dV Tn x'pfdi cLtytîçj >v roc IIINÂKIA lç»i7rloy; pour ne pas parler de tablettes d’un autre genre , mais toujours de la même matière, qui se suspendaient, par un motif religieux, aux branches des arbres sacrés, comme on en a tant d’exemples sur les vases peints4. Les tables nommées xûp&eiç, oü'oveç, crcw'êfgç5, sur lesquelles étaient écrits ou tracés au pinceau les lois et les règlements politiques, les successions de princes, de prêtres

1 Plutarch. in Aristid. §27.

2 Voy. à ce sujet la Dissertation de M. le marquis Arditi, le Tessere Gladiatorie, etc. p. 4-5, Napoli, i832,4°-

5 Hesych. v. «A ’ edytlpav.

4 C’est à cette sorte de tablettes peintes qu’Ovide fait allusion , Metamorph. vin , 744 :

Vittæ mediam memoresque tabellæ Sertaque cingebant, voti argumenta potentis.

C’étaient conséquemment de petits tableaux peints sur bois et suspendus par des bandelettes, picturas . veternosis in arboribus tamias, comme ditArnobe, adv. Gent. 1, 39, T. I,p. 323, ed. Orelli. Une circonstance curieuse de la vie de Timoléon rapportée par Plutarque, in Timol. S 8 , T. II, p. 182 , ed. Reisk., nous apprend que ces bandelettes étaient quelquefois peintes avec des figures de Victoires, N Uaç tpc7ri7ronuK/u,Wciç i^ovcra. (tcuvioc) ; et nous savons d autre part qu’on y inscrivait quelquefois aussi, en lettres d’or, les circonstances du vœu accompli, Apul. Metam. vi : Lacinias

auro litteratas. Mais à défaut de ces témoignages, nous aurions acquis, par les monuments mêmes , la preuve de cet emploi de la peinture , dans l’exécution des tablettes votives. Nous voyons, en effet, sur un assez grand nombre de vases peints, de tout âge et de toute fabrique, de ces sortes de tablettes suspendues aux arbres sacrés ; j’en citerai pour exemple le vase relatif à Y expiation d’Oreste , publié par Millin , Monum. inèd. T. I, pl. xxix ; voy. aussi Peint, de vases , T. II , pl. lxviii ; et l’on connaît plus d’un exemple semblable, Tischbein , Vases d’Hamilt. 1 , 42 ; Millingen , Vases grecs , pl. lu. A cette occasion , je publierai des fragments d’un beau vase trouvés près de Tarente , et appartenant à M. Millingen, qui nous offriront cette particularité , jointe cà quelques autres traits non moins curieux d’antiquité grecque en rapport avec notre sujet; voy. planche VI.

5 Plutarch. in Solon. 1 et 25 ; cf. Æschin. contr. Ctesiph. p. 43o , ed. Reisk.

ou de magistrats1, les noms des citoyens classés par tribus 2, et qui consistaient en panneaux de bois carrés ou triangulaires ajustés ensemble 3 *, offraient , sous des noms différents, un exemple analogue à celui-là pour l’usage comme pour la matière. On peut dire enfin la même chose des parapegma, qui étaient, suivant toute apparence , des tables de bois ou de bronze û contenant des catalogues de phénomènes astronomiques, lesquels se suspendaient aux colonnes des portiques et des édifices publics.

Mais, pour ne point sortir de notre sujet, il importe de montrer, par la discussion des témoignages qui ont trait au matériel de la peinture antique, la valeur propre des mots 7 n\cLYx$ et 7 wxxaüc. Dans les deux chapitres où Pollux énumère les objets qui servent au travail du peintre5, il comprend parmi les matières, vAcy , les tables de bois, de proportion ordinaire, 7ni/cut6$,les tables, de moindre dimension, ou tablettes, 7nvcLyuoc, les pinceaux ou styles, yçy-Çihç,, les tablettes de buis, servant

à dessiner; puis il nomme la cire, les couleurs de diverses qualités , avec les drogues ou substances résineuses qui s’employaient , mélangées avec la cire, pour donner du corps aux différentes couleurs0 : ce sont là évidemment les meubles, ustensiles et

1 On en a un exemple, pour Cyrène, dans ce passage de Synésius, apud Interprett. ad Pollue, viii , 128 : ùt/j-oi KupnvYiç , ti'( ai <hnyo<riai K TPBEI2 yiy^piç t/aou )odldyov<xj T&V d(p’ ’UpaxMovp Sta<hyâp.

' Plutarch. in Nicia , § 1 4 : lavldaç liç aç àynypâtpov'lo nard <pv\àç aùrooç oi 2upaKomuoi. v

’ Harpocral. v. ’hfyviç, et v. 0 K xrcvQiv, cfa Magn. Etymol. h. v. ; add. Vales. ad Harpocrat. p. 427-8, ed. Lips. Pollue, viii, 128 : JV, rpiyuvoi SANIAeS 7rvpa-

uotittiiç , oiç vurav iyyiypay.pi.ivoi oi vôyoï.

1 Suid. v. Uapd7r^yjux ; Vitruv. ix, 6

( Vulg. 7 ) , 2 et 3 ; Diodor. Sic. 1,5; cf. Salmas. Exercit. Plinian. p. 52 1 et 694 ; Schneider, ad Vitruv. II, 211. Menag. in Diog. Laert. IX, 48.

5 Pollux, VII, 126-129; cf. X, 1 63.

6 J’entends ici le mot (pâpyaKa. , comme l’a expliqué M. Emeric -David , dans ses observations sur ce passage de Pollux, Discours historiques , p. 170, 27;] mais je remarque que, comme ce savant ne voyait dans la plupart des grands peintres à l’encaustique , y compris Apelle lui-même, que des peintres sur mur, x oy. p. 179, il a pru demment supprimé , dans le passage de

ingrédients propres au peintre à l’ encaustique sur bois b La distinction que j’établis ici entre 7nv<xx€$ et 7nvctxtct, tables de bois, d’une dimension plus ou moins grande, à raison de la nature même des travaux, de l’importance et du mérite des sujets, est conforme à tous les usages de la langue; et je la trouve d’ailleurs justifiée par un passage d’Isocrate, où il oppose les grands peintres, tels que Zeuxis et Parrhasius, les peintres de la grande école, aux artistes cpii ne peignaient que de petits tableaux, 7n\icLux2. Pollux, poursuivant l’énumération des objets qui composaient le mobilier du peintre, nomme ensuite l’instrument sur lequel était fixée la table de bois, pendant que s’accomplissait le travail de l’artiste , et qui était un meuble de bois à trois pieds, £uàov rçj.crxe ÀsbJ; c’était ce qu’on nommait en grec luXki&otA ou oxpfêccç11 , et précisément ce que nous nommons un chevalet. Le même instrument, avec la même destination, s’employait dans les ateliers d’artisans, ainsi qu’on en a un exemple dans un passage d’une comédie d’Aris-

Pollux , vil , 128, les mots ttivamç, 7nva.x.ict., qui se trouvent pourtant répétés dans l’autre chapitre, x, i63, qu’il n’a pas connu, ou qu’il a négligé de citer , et qui montrent indubitablement que , dans la pensée du grammairien grec, il s’agit de peinture sur lois , et non sur mur.

1 Cette énumération de Pollux n’est cependant pas complète ; il y manque , entre autres choses , le réchaud qui servait à faire fondre les cires coloriées, resolutis igné ceris, coloribus ustis, cerœ liquentes, et qui se trouvait nécessairement dans l’atelier du peintre à l’encaustique. On en jugerait, à défaut d autre preuve , par la connaissance que nous devons à Pline d’un charmant tableau d’Antiphile , xxxv, 1 1 , 4o : Antiplulus puero iqnem confiante laudatur. M. Emeric-David

pense que ce réchaud est le meuble qui se nommait caulerium ; voy. ses Discours, p. 174,1); mais c’est un point qui me paraît bien loin d’être avéré ; voy. à ce sujet Semler, Index Latinit. Tertull. v. cauterium, et Münter, Sinnbilder und Kunstvorstellung . der Alt. Christ. 1, 7, 19).

2 Isocrat. 7npi xviç ’Avt iJïç. $ 2 : EÏtiç. . . Zfct jfyJbc Tlappaitriov rtfv ccuxriv iXi,y

9«/h TciïçTctTrivâKia, ypclyoucri ; cf. Interprett. ad Pollue, x , 83.

5 Pollux, VII, 128 : i’(p’ ou Si ci m'NAKES

ipildùVTOU , OTAV yp&q>M7CU , ‘ÇUAOV îffTI xpi-

<mAeV> à) x.aku7<xi oKpiC&ç xi Xj xclkvColç (leg. kimICaç).

4 Idem, x, i63 : K iMiëctv%ç, OXplCuvlîÇj cf. Ilesych. v. K/m£av1/ç, et v. tixplÇctç.

phane1; et il n’est pas douteux que la table placée sur un pareil meuble, pour recevoir les traits et les couleurs de la main du peintre, ne fût, comme ce meuble même, un objet en bois.

Remarquons que jusqu’ici il n’est question que du matériel de la peinture sur bois , et ajoutons que rien, dans tout le livre ûe Pollux, n’a le moindre trait à la peinture sur mur; ce qui ne prouve pas sans doute qu’il n’y ait point eu de peintures sur mur, mais ce qui permet de croire qu’il n’y en eut jamais beaucoup. Sans cela, comment, à côté de la mention du chevalet, ,

qui n’a point échappé à Pollux, 11e se serait-il pas rencontré celle de meubles analogues, tels que les échelles, jcA (fxocx^ç, et autres objets nécessaires au peintre sur mur, comme le chevalet au peintre sur bois ?

Nous trouvons , dans une anecdote célèbre de l’histoire de l’art, la mention de la table préparée pour peindre et du chevalet où elle se plaçait à cet effet, l’un et l’autre indiqués sous les noms latins qui correspondaient aux mots grecs ; je veux parler du trait si connu du défi d’Apelle et de Protogène , raconté par Pline2. On sait que le premier de ces grands artistes s’était rendu dans Y atelier de l’autre , ojjicinam petiit, et qu il n y trouva , en l’ absence du maître , qu’une table cle bois d’une dimension considérable , tabulam magnee amplitudinis , posée sur le chevalet pour être peinte, in machinâ aptatampicturæ. Je n’ai point à m occuper des autres détails de ce défi, qui sont étrangers h mon sujet; mais la notion si claire et si positive qui en résulte, du procédé de peindre suivi par Protogène et des meubles qui y servaient , n était pas inutile à rappeler.

Un autre trait qui n est pas moins important à constater, et qui est formellement énoncé dans ce passage de Pline , c’est le

Aristoplian. Arhnrit. v. 1121; et Schol. ad h. I.

~ Plin. xxxv, 1 1, 4o.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, fait même d’une table cle bois d’une grandeur considérable , magnœ amplitudinis , préparée pour peindre. On sait que le bois employé à cet usage chez les anciens était généralement le mélèze; Théophraste1 et Pline2 le disent en termes exprès; et ce dernier ajoute même que ce bois est devenu immortel par les chefs-d’œuvre de la peinture. A la vérité , l’on a prétendu mettre en question la valeur de ces témoignages , et l’on a cru pouvoir tirer, de l’impossibilité de produire de grandes tables avec le bois en question , une objection décisive contre l’usage de la grande peinture sur bois; mais cette puérile objection, réfutée parles nombreux exemples que cite Pline dans le chapitre suivant, des poutres de mélèze d’une dimension prodigieuse et d’une durée excessive, ne prouve qu’une chose, c’est qu’on ne s’est pas même donné la peine de lire ce chapitre de Pline, non plus que d’autres passages du même auteur, où il rend compte des diverses qualités de cet arbre, qui le rendaient propre, entre autres usages , à la fabrication des vaisseaux, ornés aussi , comme l’on sait, de peintures à l’extérieur0.

Je consens toutefois à me placer dans la supposition , tout inadmissible , toute contraire qu elle puisse être au témoignage de Pline , que le mélèze ne fournissait que des planches d’une dimension insuffisante ; s’ensuit-il de là , comme on n’a pas hésité à l’affirmer, que la Grèce, au temps de Périclès ou d’Alexandre, manquât tout à fait des moyens d’ajuster ensemble plusieurs petites planches pour en former une grande , comme savaient le faire les premiers maîtres de la renaissance , héritiers et disciples des Grecs de Bvzance , qui 11e peignaient

1 Theophrast. m , 10. Sur les différentes méthodes de peindre , p. i i ;

' Pîin. xvi , 3g , 73 : Inventum est picto- Boettiger , Archiiolog. der Maler., p. 1 5 1 ,*).

rum tabellis immortale nullisque fissile Pîin. xvi , 4o

rimis, hoc lignum. Voy. à ce sujet Hirt,

que sur des panneaux de bois grands ou petits ? Ainsi donc l’art de la menuiserie , qui s’était signalé de si bonne heure chez les Grecs par des prodiges de goût et d’industrie, tels que ce cofFre de Cypsélus , ouvrage en bois de cèdre , orné de figures en bas-relief sculptées dans le bois même ou rapportées en or et en ivoire1; cet art qui avait dû marcher du même pas que la statuaire en bois , branche si féconde de la sculpture , et qui avait fini par produire, au moyen du mélange de bois divers taillés en minces feuillets, des ouvrages de marqueterie dignes de rivaliser avec la peinture2, dans le goût des admirables travaux de ce genre dont la renaissance a doté tant d’églises et de cloîtres d’Italie; cet art, disons-nous, n’aurait pu s’élever jusqu’au vulgaire procédé d’assembler plusieurs ais de manière à rendre les joints insensibles et la surface lisse sous la main du peintre, même avec la couche de blanc, tev- ■KMfxcL*, qui formait le fond du tableau, Iv 7 nvocyj AeA ëvM/xévop11? Ce n’est pas sans quelque regret que, dans une discussion grave telle que celle-ci , où l’on aimerait à rencontrer des difficultés sérieuses , l’on se trouve dans la nécessité de combattre de pareilles objections; il le faut pourtant , et voici la réponse : il est fait mention dans Aristophane de planches de bois ajustées par 1 art du menuisier, et si bien jointes, qu elles ressemblaient à des moules de briques, et quelles pouvaient servir au même

1 Pausan. v, 17,2.

’Plin. xvi , 43 : Hæc prima origoluxuriæ, arborem alia integi, et viliores ligno pretiosiores cortice fieri . . . excogitatæ sunt et hgni bracteæ , nec salis. . . . lignum ebore distingui , inox operiri.

Hesycli. v. wa'wo!/ ; de là l’usage qui i ei < < lit synonymes les mots tuvolkiov et ttvt- Iclkiov avec hi uxufA.0. ; voy. Menag. ad Dio-

gen. Laërt. vi , 89 ; et consultez sur ce qui a rapport à cette partie technique de la peinture grecque les observations de Stieglitz , qui adhère complètement à l’opinion de M. Boettiger, dans ses arcliàol. Unterhaltung. 1 , 157 -58.

Athenagor. Légat, pr. Christ. § 1 4 , p. 59; voy. Boeltiger, Archàol. d. Maler. p. i36 et 1 62.

usage1. A ce témoignage, emprunté à l’industrie athénienne du siècle de Périclès , j’ajouterai celui de Boëce, qui s’applique précisément à la peinture , et qui nous apprend que , de son temps , où tous les procédés , toutes les traditions de l’art se conservaient encore , au défaut de qualités plus précieuses qui avaient disparu, la peinture employait pour ses travaux des planches cle bois ajustées par la main des menuisiers et enduites d’une cire grossière 2; et, à cette occasion, je rappellerai le tableau de bois préparé pour peindre , avec l’impression de cire Manche , qui fut trouvé en cet état dans les premières fouilles d’Herculanum3; et j’y ajouterai la mention de la curieuse peinture antique découverte à Pompeï, et représentant, dans une espèce d’atelier, une Femme occupée à peindre , avec une tablette d’ivoire k à la main, le modèle, yawa&oc,, dressé devant elle,

1 Aristophan. Ran. 8i3-, cf. Pollue, x, i48 : IlAcJiriot ^u/A,7r%K.1ct uzrAivÿivtroviri yi ; vid. Beck. Comment, ad h. I. t. V, p. 202. Plutarque emploie le mot 'zs-Kctnria, avec la même acception dans ce passage célèbre de sa Vie de Solon, 2 5 : tiç ^ vaivovç afyvotç îv 7txa.i<s'ioiç Trtpiîyovtri e'IpityojuCovç. On remarquera que ce passage d’Aristophane est cité dans l’article du livre de Pollux où il est question des instruments du menuisier et du maçon.

2 Boët. Præfat. libror. Ariihmet. adSymmach. : Atpicturæ, manibus tabulæ commissæ fabrorum , ceræ rustica observatione decerptæ. Je cite ce passage d’après la manière dent il a été lu par H. de Valois , ad Euseb. de Vit. Constantin. 1, 3, p. 12, ed. Heinichen. La classe d’artisans qui exerçait à Borne cette industrie, y était désignée par le nom d efaber maleriarius , Griller, p. dcxlii , 6; et nous possédons le cippe sépulcral d’un de ces ouvriers en

menuiserie , ainsi qualifié, avec les instruments de sa profession sculptés sur ce cippe même : ce monument a été publié par Gori, Inscript. Etrur. t. III, n. 172 , p. 1 4 e ■

’Voy. Winckelmann, Stor. dell’ Art. t. II, p. 1016, ed. Prat. ; Requeno, Sagg. sul Ristabilim. dell’ ant. Pittur. II, 162 ; Emeric- Davicl, Discours, 172, 2].

4 Pittur. d’Ercolan. X. V, tav. 1. Je ne puis m'empêcher de faire observer à cette occasion que , dans la première lecture de son mémoire, à l’endroit où il faisait l’énumération de quelques-unes des matières employées pour peindre chez les anciens , facamicien français n’a point fait difficulté d’y comprendre Y ivoire. Cependant, en proposant, il y a déjà quelques années, une explication nouvelle d’un passage embarrassai! t de Plutarque , où se lisent les mots f a ((puvloç Çœypaçoi , in Pericl. S xii , le même savant , qui voulait séparer ces deux mots par une virgule , avait donné

et un petit tableau, 7avccnov , déjà exécuté d’après ce modèle : peinture unique dans son genre , et qui confirme à elle seule toutes les notions acquises d’ailleurs à la science.

De cette excursion dans le domaine de la menuiserie , revenons dans l’atelier du peintre, où nous sommes maintenant bien assurés que la table destinée pour peindre, 7 nvotç, était de bois, comme le dit en termes exprès Himérius1 : 07 zvjceio-Qu Te o'm'NAE ry rPA0>H ê% £7 ui^crov 7n>êèv ygcj f/TAHS ytvo/txé-

vo$; comme l’indique dans plusieurs passages de son livre, où il décrit les divers procédés du peintre dans l’ application des couleurs2, l’écrivain de l’antiquité qui nous a transmis à lui seul plus de détails sur ce sujet que tous les autres ensemble , Pline, qu’on 11e saurait assez étudier quand on traite une ques-

pour unique raison de cette correction inadmissible, que l’ore ne peignait pas l’ivoire; voy. Journ. des Sav. i83o, p. 5o4- C’était là, comme tout le monde en conviendra , une assertion très -irréfléchie , qui ne pouvait provenir que d’une complète ignorance des plus simples notions de l’art antique; et il suffisait, pour la détruire , d’y opposer ce texte si formel et si connu de Pline, xxxv, n, 4i : Encausta pingendi duo fuisse généra antiquités constat, cerâ et in ebore, cestro; et cet autre témoignage du même auteur concernant le double talent de la fameuse Lala , de Cyzique , Plin. ibid. 4o : Lala et pernicillo pinxit, et in ebore cestro. Aussi, avais-je cru rendre service au savant académicien , en lui signalant cette inadvertance dans ma Lettre à M. K. Oit. Müller, p. 4, note 2 , où j’avais pris soin d’écrire le mot ebore en assez gros caractères, pour que ce mot ne put échapper a son attention. Je n’ai donc pu voir qu’avec une juste satisfaction qu’il retirât , au sujet de 1 ivoire, une assertion hasardée; et cela

me fait espérer que j’obtiendrai encore plus d’une concession semblable de la part de ce savant , dans le cours du travail que j’ai entrepris à son intention. Je parlerai avec plus de détail de la peinture sur ivoire, dans un autre endroit de ces recherches.

1 Himer. Sophist. Eclog. iv, 24, p- 118, ed. Wernsdorf. Cf. Anastas. in Serm. vii Synod. : tmV lixôvoç ovJiv înpov ovtrv\ç, m HYAON K) 2Cpcc{/.ct1cc x^pu /uipuyjuîva. Kj xt- ; ipapxivct, apud Vales. ad Euseb. Vit. Constantin. i,3. Ce dernier témoignage, pour être d’un siècle de décadence , n’en a pas moins d’importance, en ce qu’il constate , pour cette époque , où la peinture sur mur était si générale , l’usage de la peinture encaustique sur bois ; et comme il ne s’agit ici que de faits matériels , que de procédés techniques , on sent qu’un témoignage du VIe ou du vif siècle a la même valeur qu'un texte plus ancien.

2 Plin. xxxv, 6 : usus ad penicillum, si lignvm colorare libeat ; ibid. : Chrvsophorum, cum inducitur ligxo, etc.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, tion d’art, et que l’on critiquera toujours d’autant moins qu’on le comprendra mieux; enfin, comme cela se déduit du témoignage de grammairiens grecs, tels que Pollux et Eustathe, dans les synonymies diverses qu’ils nous donnent du mot 7nv<xxe$, et dans les rapports qu’ils y trouvent avec celui de < rctviSiç 1 ; et tirons de tous ces éléments philologiques la preuve qui résulte de tant d’autres notions fournies par l’histoire de fart, que, si le mot désignait le travail clu peintre en

général , abstraction faite de la matière qu’il employait et du procédé qu’il suivait, le mot 7 mai; signifiait proprement la table de bois préparée pour ce travail, et, par suite, la peinture sur bois, ou le tableau. Cette distinction, admise par tous les critiques2, 11e semblait pas avoir besoin d’être justifiée de nouveau ; mais je dois la rendre inattaquable afin de poursuivre plus librement ma route; et ce 11’est pas ma faute si, dans un sujet qui présente tant de questions graves à résoudre, je me trouve d’abord arrêté à des difficultés si élémentaires.

Le principal argument qu’on ait pu employer pour maintenir, contre toute évidence , le fait de la peinture sur mur, comme ayant été pratiquée généralement chez les Grecs de la belle époque de l’art, c’est que Pausanias, qui cite un assez grand nombre d’ouvrages de peinture, se sert toujours, pour les désigner, du mot y , à l’exclusion du mot 7 rivcuteç. On en a conclu que tous ces travaux indistinctement appartenaient à la peinture sur mur, puisque l’absence du mot Tnv&xeç, ne permettait pas de les considérer comme des tableaux. Je conçois que, faute de meilleurs arguments, on ait eu recours à un raisonnement

Pollux, x , 83-84 ; Eustath. ad Homer. 2 Menag. ad Diogen. Laert. vu, 188; Odyss. xii, 67 : 777 'vclkiç Si vtwv , aaviSiç, Fac. Excerpt. è Plutarcli. p. i83 ; Boettiger, oif àhXar^ov ; Phot. Lexic. v. TT/W^ • itolv'iç Archaolocj. der Malerei, p. i5i. iFfi>ypa.(pv]/aîvt].

DE LA PEINTURE de cette espèce; mais je regrette que M. Hermann, au lieu de se borner à une simple énumération des passages de Pausanias où se trouve le mot avec le sens équivoque de peintures

sur mur ou de tableaux proprement dits \ n’ait pas cherché à établir, par une discussion critique de chacun de ces textes, la valeur propre du mot qui y figure , et surtout qu’il ne soit pas entré dans ses vues de montrer que, dans le plus grand nombre de cas où il s’agit de peintures, chez Pausanias et chez beaucoup d’autres auteurs du même âge, le mot y&cpcL J était devenu synonyme de 7 n'vctxcç, et qu’il devait se prendre avec la même acception. Ce travail , qui eût beaucoup abrégé notre tâche et beaucoup avancé la solution de la question qui nous occupe, était digne d’un philologue tel que M. Hermann, qui cherchait de bonne foi la vérité, et qui n’abordait pas cette discussion avec un parti pris d’avance d’admettre ou de rejeter tout ce qui se rencontrait sur son chemin , selon qu’il favorisait ou qu’il contrariait son idée. Mais puisque l’illustre critique m’a laissé cette obligation à remplir, je ferai, à son défaut, ce qu’il eût fait bien mieux que moi ; et , pour donner à cette discussion plus de solidité et d’intérêt, en y joignant à l’élément philologique, qui reste toujours sujet à quelques difficultés, l’élément archéologique , qui comporte bien moins d’incertitude , je prendrai de préférence les exemples que je vais citer dans des circonstances de l’histoire de l’art qui ne sauraient donner prise au moindre doute.

Dans le récit qu’il nous a laissé de la prise de Corinthe par

‘Hermann, de Piclar. p. 1 7 : Ægrè sanè an in teclorio fuerint appareat. . s , . . pleierimus , quôd qui plurimas in Græciâ pic- rumquè neutram in partem quidquam inturas vidit Pausanias , . . . . depicturis nus- dicii facit, ■ypa.^ia.l ùtn dicens. D’après cet quàm ità loquitur, ut satis ulrùm in tabulis aveu de M. Hermann, il est évident qu’il

Mummius, sur la foi d’un témoin oculaire et d’un personnage grave, Polybe, Strabon parle des tableaux jetés à terre, et gui servaient aux soldats de tables à jouer1 : (pncri ytf (o IIoÀu£/os) iSiïv 7 m.pa>v èj>pifA,/A, évovç, IIINAKAX èvr' ëS)x(pov<; , 7ttTÏevôvTco; tous {fl&Tidrcu; g7 à tovtoùv. Personne n’a jamais songé à nier qu’il ne s’agît ici de tableaux sur bois ; et personne , je crois, ne contestera non plus que ces tableaux produits dans l’école de Corinthe, que Polybe avait vus de ses yeux si brutalement traités par les soldats de Mummius , ne fussent les mêmes tableaux que Pline avait en vue , lorsqu’il parlait du goût excité à Home par la victoire de Mummius pour les ouvrages de l’art corinthien et pour les tableaux de cette école, ad Corinthia et tabulas pic tas2. Dans le nombre de ces tableaux, servant de tables ci jouer à la soldatesque romaine, Polybe citait un des chefsd’œuvre d’Aristide , son Bacc/ius , dont le roi de Pergame , Attale, offrit une somme si considérable, que l’ignorant et superstitieux Mummius, averti par là du mérite de l’ouvrage, ou peut-être y soupçonnant quelque vertu cachée, le réserva pour le consacrer, à Rome, dans le temple de Cérès. Or, Strabon se sert ici du mot y bien certainement comme synonyme de 7 riva,!'-, il ajoute qu’il avait vu lui-même ce tableau placé dans le temple de Cérès , où il avait péri lors de l’incendie de cet édifice, arrivé peu de temps avant la publication de son livre5; et tous ces détails sont confirmés par Pline en deux endroits

fallait chercher, au moyen du rapprochement d’autres témoignages concernant les mêmes peintures , et conçus d’une manière plus explicite, la solution du doute qui résulte des expressions équivoques de Pausanias.

1 Strabon. vin, 38i;cf. Polyb. Fragm. xl, 7, 3 , ed. Schweigh.

3 Plin. xxxvii, 1; cf. xxxiii, 1 1 : Achaica

victoria ..... signa et tabulas pictas invexit ; et xxxv, 4,8: tabulis externis auc toritatem Romæ publicè primus omnium fecit L. Mummius ; add. Vell. Paterc. 1 , i3 , 4.

1 Strabon. Vin, 38i : ApialilSbu TPAOH'N tou Aiovucov . . . . toV Si Aïowaov ÂNAKEI M/ENON tv 70) Ayi/xn'lptico 70) iv Voû/ah xaxxurloy i'pyov îo>pui/uav ' ipA7rpv\<r^îv%ç Si tou Viu

du sien1. Nous avons donc ici un exemple authentique de toute une collection de tableaux sur bois, 7nvccuç, dans le nombre desquels figurait un des chefs-d’œuvre de la peinture grecque, désigné sous le nom de y&<pÿ\ par un écrivain grec, sous celui de tabula par un auteur latin ; et cet exemple appartient à fécole de Corinthe , qui disputait à celle de Sicyone le premier rang parmi les écoles de la Grèce ; et cet emploi du mot yçy-tpri concerne un ouvrage d’Aristide, un des plus grands maîtres de l’art : en sorte qu’il ne manque rien à la valeur et à l’importance de ce renseignement.

Nous acquérons la même notion pour d’autres ouvrages du même artiste, par le fait seul de quelques circonstances qui concernent leur dispersion et leur transport à Piome. Ainsi l’un des tableaux d’Aristide , décrit et vanté par Pline comme un chef-d’œuvre de style et d’expression, avait été enlevé par Alexandre , à la prise de Thèbes , et transporté à Pella , en Macédoine2. Or, si cette peinture eut été sur mur, Pline n’aurait pas manqué de faire mention de cette particularité pour relever d’autant le mérite du peintre , et l’estime qu’en faisait le vainqueur; sans compter que, pour la désigner, il n’eût pas employé le mot tabula. Un autre tableau qui représentait un Poëte tragique avec un Jeune homme près de lui , Tragœdum cumPuero , se trouvait placé dans le temple d’Apollon, à Rome; mais, ayant eu besoin d’être nettoyé , ix l’occasion de la célébration des jeux apollinaires , il perdit tout son lustre par la faute du peintre à qui il avait été envoyé pour cette opération : cujus tabulæ gratia interut, piétons uisciticîcui tergendam eam mandaverat M. Junius Prætor °. Assurément ce tableau, qui avait été apporté de la Grèce

«■uvmpai '«t8m h rPA4>H ytax/U ; voy. Pe-

tersen, hinJeilung in das Studium der Archüolog. 44, 85].

1 Plin. vu , 38 , et xxxv, 4.

‘ Plin. xxxv , îo , 36.

3 Plin. ibid. Ce tableau perdit sans doute

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, à Rome, et qu 'on envoyait, du temple d’Apollon dans l’atelier d’un peintre, pour le nettoyer, était bien sur bois ; car de pareils détails ne sauraient convenir à une peinture sur mur ; et un auteur grec, ayant à exprimer la même opération, se sert d’un mot qui n’est sujet à aucune équivoque 1 : 7nveboov vrAovw iiej^cLa-cru. Voilà donc trois des principaux ouvrages d’Aristide , et des chefs-d’œuvre de la peinture grecque , désignés par les expressions y^yÇop et tabulée , et reconnus indubitablement pour des peintures sur bois.

S’il y eut dans la Grèce antique un peintre dont on pût affirmer, sans craindre d’être contredit par personne, que tous les travaux furent exécutés sur bois , c’est assurément Protogène. J’aurai lieu de m’expliquer ailleurs sur quelques-uns de ses ouvrages dont on s’est bien inutilement efforcé de donner une idée contraire. Mais , en attendant , je ferai observer , au sujet de son Iedysus , le plus célèbre et le plus parfait de ses tableaux, que trois auteurs graves qui l’avaient vu de leurs propres yeux, Strabon, Pline et Plutarque2, se servent pour le désigner des mots y&Çwç, et 7 nvcocaç, en guise desquels Pline emploie constamment le mot tabula. Ici encore, on voit que, dans l’usage ordinaire de la langue, les mots y&Qy et 7 riv<t% étaient devenus synonymes , puisqu’ils s’appliquaient indistinctement au même ouvrage ; et de plus , que l’une et l’autre de ces expressions s’employaient pour une peinture sur bois.

Mais c’est surtout dans l’histoire de l’école de Sicyone, toute réduite quelle est aujourd’hui pour nous à un si petit nombre défaits, que nous trouverions le plus d’exemples de peintures sur

son vernis, qui ajoutait tant de charme aux 1 Arrian. Epictet. 1,19; voyez à ce sujet , productions de la peinture encaustique , Grund , die Malerei der Grieclien , T. II, et que chaque maître composait à sa ma- p. 4y3.

nière, en s'en réservant le secret, comme 2 Strabon. xiv, p. 652; Plutarch. in Déon 1 apprend par l’exemple d’Apelle. metr. § 22 ; Pîin. vu , 38 , et xxxv, 1 o.

bois, reconnues en cette qualité à raison des circonstances mêmes qui les concernent, et désignées, tantôt par le mot propre 7nvctx^, tantôt abusivement par le mot ry&<paj , dans des cas où il s’agit évidemment d’un seul et même ouvrage. En rapportant ici quelques-uns de ces traits , les plus significatifs , j’anticiperai sur le détail des faits qui ont rapport à la dispersion générale des peintures grecques, et qui doivent remplir la section suivante de cette introduction ; mais s’il en résulte , avec la preuve positive que les peintures de l’école de Sicyone, la plus célèbre et la plus féconde des écoles de la Grèce, étaient toutes sur bois, et, avec une présomption pareille à l’égard des autres écoles , une intelligence plus exacte et plus précise des mots grecs qui servaient à désigner les peintures, les explications où je vais entrer 11e pourraient trouver ailleurs une place plus convenable.

Au milieu des troubles civils qui produisirent la formation de la ligue Achéenne, et dans les luttes de partis, alternativement vainqueurs et vaincus, cpii désolaient la Grèce entière , on vit pour la première fois les ouvrages de l’art enveloppés dans les révolutions de la politique , des tableaux traités en ennemis , et des portraits proscrits comme leurs modèles. Aratus, qui avait du goût en peinture, profita de cette circonstance pour gagner l’amitié du roi d’Egypte , Ptolémée Philadelphe , en lui envoyant des tableaux et des peintures des plus babiles maîtres de Sicyone, sa patrie ; et, dans le nombre de ces maîtres, Plutarque, à qui nous devons la connaissance de ce lait important, cite nommément Pamphile et Mélanthius, les deux chefs de l’école de Sicyone1. Ces tableaux étaient certainement sur bois , comme le prouve, avec le mot

Plutarch. in Arat. § 12 , t. V, p. 52Ü, ccuToQiv rt tu (baoiXii Sla.Kiipi.fvu izpoç iaw-

Peisk. : Il ipcuuÏÏuç (0 A pccloç) iiç Aiywr'lov, lor oint lu ç ivilvyf , £ 'Ti^ipa/JiivpLivu TPA-

7nvcoa4 dont se sert l’historien, la circonstance même de cet envoi de tableaux fait au souverain de l’Egypte; et cette notion s’applique également au mot yçy-(pa\ joint à celui de 7nvcua$ , pour désigner d’autres productions du pinceau comprises dans le même envoi de tableaux. C’est ce qui résulte plus positivement encore, s’il est possible, des détails qu’ajoute Plutarque sur toute une suite de portraits peints des Tyrans de Sicyone qu’ Ara tus enleva, quand il affranchit sa ville natale du joug de Nicoclès, un de ces tyrans : rocç /xev ehtôvocç raiv

Tv^yvvcov ctveÏAev evQvç, b \^y.roc,1 ; car de pareilles expressions, non plus que le fait même de cet enlèvement de portraits , ne pourraient se concilier avec l’idée de peintures sur mur. Mais ce n’est pas tout. Un de ces portraits, celui du tyran Aristrate2, ouvrage de Mélanthius , avait mérité d’obtenir grâce aux yeux d’Aratus, à cause de l’excellence de la peinture à laquelle Apelle lui-même avait mis la main, et sans doute aussi, en considération d’une superbe figure de la Victoire portée sur un char. Mais pour sauver ce tableau de la proscription qu’il avait encourue par l’image d’un tyran détesté , il fallut qu’un peintre de Sicyone, ami d’Aratus, le célèbre Néalcès, se chargeât de faire disparaître du tableau le personnage d’Aristrate, rov tlfNAKOX, en effaçant cette ligure, et en peignant à sa place un palmier. Ici encore, le mot vâvct^ cm-

9>Al2 Kj ITI-NASIN ct7io tv\ç ’EAAocJbç • iv oiç Kpi'mv i'^uv oJk. d./u,ouaov o ’Apaloç , àii ti tcùv n^yixoûv Kj TripnCuv , fxdxnr'la. <h na.ju(piAou kcu MfcXavQ lov , o -vvdyccv kou x.1ûptvoç d.7ri<r\wiv. Mélanthius était du nombre des grands peintres de la Grèce qui avaient écrit sur leur art , mpl Çu>ypct<piw\ç , Diogen. Laërt. iv, 18.

1 Plutarch. Ibid. $ i3, t. V, p. 527-8. Voy. Winckelmann , Stor. delV Art. t. III,

p. 56o , ed. Prat. Je remarque , au sujet du mot àviïhiv , dont se sert ici Plutarque , que le mot employé par l’orateur Lycurgue , contr. Leocrat. t. IV, p. 220, ed. Reisk. , pour exprimer V enlèvement d’une statue de bronze, thV iixôvci KodiKovnç , se rapporte à la même racine, et qu’il offre la même idée.

2 Sur cet Aristrate, voy. Demosthen. pr. Coron, p. 242.

ployé par Plutarque, d’accord avec les détails qui concernent ce tableau, ne permet en aucune façon de douter que ce portrait d’Aristrate, et conséquemment les autres portraits des Tyrans de Sicyone , qui se trouvaient dans le même cas, et qu’Aratus avait enlevés, ne fussent des peintures sur bois. Je dirai plus ; c’est que si, dans le nombre de ces peintures représentant des Tyrans de Sicyone, il s’en fût trouvé sur mur, que cette circonstance n’eût pu sauver du ressentiment d’Aratus, Plutarque, qui entre dans tant de détails sur le portrait d’Aristrate , n’eût sans doute pas manqué de relever cette particularité ; et il en eût été de même des autres peintures représentant des sujets religieux ou historiques , qui eussent été sur mur, et qu’Aratus en aurait détachées , pour rendre aux yeux du roi d’Egypte sa libéralité plus méritoire ; car Plutarque , cpii voyait dans cette conduite d’Aratus et dans cet envoi de tableaux, un trait d’une politique intéressée, n’eût pu négliger une semblable circonstance; et cependant il ne dit pas un mot qui ait le moindre rapport à des peintures sur mur. Nous achèverons de nous convaincre, en apprenant l’usage auquel furent employées, dans une occasion solennelle , toutes ces peintures de Sicyone envoyées par Aratus au roi d’Egypte, qu’ elles étaient effectivement sur bois.

Athénée nous a conservé , d’après l’ouvrage original de Callisthène de Rhodes, le récit de la pompe magnifique célébrée à Alexandrie par Ptolémée Philadelplie. Dans ce récit, qui forme une des pages les plus curieuses et les plus brillantes de l’histoire de l’art antique, on voit que tous les arts avaient concouru, par un choix de leurs plus belles productions, k l’ornement du lieu et à l’éclat de la fête b La tente où fut dressé le festin royal était ornée à l’intérieur de cent statues de

Callisthen. apud Atlien. v, 197, E, c. xxvi , t. Il, p. 258 , ed. Scliw

marbre, clés plus habiles artistes, adossées contre les pilastres:

éüùcL ]ULcLpfA,GC£J.VcL TUV 7T pCCTUV Tg^VJTCÜv, gJ^CTOV ; et, llcillS les

entre-colonnements , étaient suspendus des tableaux de l’école de Sicyone , alternant avec d’autres peintures, de nature diverse et cl un choix exc/uis : cA àfc racîç, ouicc /xécrov ydçjyiç LH NAKES rSv ’Lixjjo)vixtcuiv foygjtcpanr evccMol^ <h’ e? uAexJoi EfKASIAI 7 nzhoioi1. Voilà bien certainement les tableaux de l’école de Sicyone qu’Aratus avait envoyés au roi d’Egypte, à ce même prince qui célébrait la fête dont il s’agit ; les voilà suspendus à V intérieur d’une tente : disposition qui 11e pouvait avoir lieu que pour des tableaux sur bois; enfin, les voilà désignés, dans le texte d’ Athénée, par les mots 7 nvcLX£<; et elusca-icuj, qui répondent à ceux de 7 nvcUAs et y^y-Ça. ) du texte de Plutarque ; et le même emploi, fait en pareille occasion, de ces peintures di-

1 Le mot iIkcluioli employé ici par Athénée , ou plutôt par Callisthène qu’il transcrit, doit s’entendre de représentations , en peinture , de tonte sorte de sujets ; c’est du moins le sens du radical l’Um , qui signifie représentation, en général, Plutarch. de Glor. Athen. § 2 : tv EIK’ONI th? /xap/ttf ; Lucian. Herodot. § 5 : tA EIK’ONA ( yci.fx.oxj ) inri- <ti/%ct<r()ctr, cf. deDom. §21; Himer. Eclog. iv, 24 : Joçiv EIK ONI tuV <rvpiq>opa.v ; mais qui, plus habituellement , et dans un sens plus restreint, signifie portrait; les exemples en sont trop nombreux et trop connus pour avoir besoin d’être cités. Il se pourrait aussi que le mot è/j ta<na/ , dans ce passage d’ Athénée , dût se prendre dans la même signification, et je ne manquerais pas d’analogies pour justifier cette interprétation; ainsi, dans ce passage d’Hérodote, 11, 182 : tins va. toov%v ypcttpn tiKcLtrfaivYiv ; comme dans celui d’Appien relatif à la fuite de Mithri-

date représentée en peinture, tncatrlo , Mithridat. 117, et dans cet autre de Dion-Cassius , où il s’agit d’images de Peuples personnifiés , avec les attributs propres à chacun d’eux, lvi , 34 : tvn^upiwç aepiaiv ùç tKa/rla àmtiv.aafjiiva , et dans bien d’autres passages semblables, c’est toujours l’idée de portrait qui est positivement exprimée. Si l’on se rappelle d’ailleurs que, dans le nombre de ces tableaux de Sicyone recueillis par Aratus, figuraient les portraits des Tyrans quil avait enlevés : ràç fxiv dwaç EIKONA2 rctv Tvpaévvcuv àvtiAtv , et dont il ne pouvait faire un meilleur usage que de les envoyer au roi d’Egypte, on conviendra que tous les motifs de probabilité se trouveraient réunis dans l’explication que je propose. Toutefois, les mots tinaaiai tsclvr oloi pourraient bien ne signifier que des peintures de genres variés , peut- être même ce que nous appelons des peintures de genre.

verses , prouve quelles étaient toutes sui ' bois , comme la circonstance quelles avaient été comprises dans le même envoi , nous avait appris déjà quelles ne pouvaient être effectivement que sur bois. Tous ces faits ne s’accordent-ils pas parfaitement pour nous donner toujours la même idée ?

A l’appui de ces notions particulières, concernant toute une collection de tableaux de l’école de Sicyone transportés en Egypte , je puis citer un témoignage qui comprend la généralité même des peintures de cette école toutes exécutées sur bois, 7nvcexeç, -, et ce témoignage, si grave, si important, résulte du titre même de l’ouvrage qui avait été composé par Polémon, vnçj. ro>v Iv Sncvdrn niNAKIiN, sur les tableaux de l’école de Sicyone. Ce livre, qui jouit d’une grande célébrité dans l’antiquité, et dont la perte, sans doute irréparable, n’est pas une des moins fâcheuses que nous ayons éprouvées, nous est connu par des citations d’Atliénée1, de Diogène de Laërte2, et d’autres auteurs; c’était un traité spécial sur toute une classe de peintures , conséquemment , un de ces livres où le mot 7n'vcoc , inscrit sur le titre, avait bien sa valeur propre et technique ; et c’était à cette source authentique que Plutarque avait puisé les détails que j’ai rapportés plus haut, puisqu’ à 1 occasion du portrait d’Aristrate, peint par Mélanthius et toute son école, il observe expressément, sur la foi de Polémon ,

1 Atlien. xm, 2 , p. 567. B, c. xxi , t. V , t. 4 7, ed. Schw. ; voy. Fac. Excerpt. è Plutarcli. p. 16g; Petersen, Einleitung , etc., p. 77, 204 a],

2 Diogen. Laërt. 11, io4, et vii, 188; cf. Menag. ad hh. II. C’est le même Polémon qui avait composé un ouvrage en quatre livres , sur les À va.ÿn/u.a.'la. de l’Acropolis d Athènes, Strabon. ix, 3g6 ; Atlien. xm, 574 1 B; voy. Creu/.er, zur Gemmenkunde ,

i52, 38]; et j’aurai bientôt occasion de parler d’un autre ouvrage de cet auteur sur toute une collection de peintures placées dans un des grands édifices d’Athènes ; d’où il résulte qu’il avait fait de l’étude et de la description des monuments de l’art , et principalement des peintures , l’objet de tous ses travaux ; et ce qui donne une grande importance aux moindres notions puisées à une pareille source.

quApelley avait travaillé ; ’ kr? rsMou crvveepcLfct/xëvov rr\ç, TPA<I>HE, àc, IIoA épem Icrlopwxev 1. Or, on remarquera quici encore, pour désigner le même ouvrage dont il parle ailleurs comme d’un tableau, 7nvouioç, , Plutarque se sert du mot y^y-Çve, : d’où il suit que, pour lui, comme pour Strabon, ces deux termes étaient effectivement synonymes ; et c’est un autre exemple ajouté à ceux que nous ont fournis le Bacchus d’Aristide et Ylalysus de Protogène, désignés de même indistinctement, dans les textes de Strabon et de Plutarque , par les mots y&cfoe, et 7nvowwç.

Il nous reste enfin , concernant les travaux de peinture produits dans l’école de Sicyone, et demeurés à Sicyone même , après tant de révolutions qui s’y étaient succédé , un témoignage, le plus péremptoire de tous, et qui prouve, d’accord avec tous les autres, que ces travaux étaient sur bois : ce témoignage , c’est Pline qui nous l’a procuré , en nous apprenant que , tous les tableaux placés clans les édifices publics de Sicyone se trouvant engagés par suite des dettes que la ville avait contractées, le plus opulent des Romains de cet âge, Scaurus, le beau-fils de Sylla, se rendit, en acquittant toutes ces dettes, possesseur de tous ces tableaux c/uil fit transporter à Rome, comme un immortel monument de son édilité2: Sicyone et lue (Pausias) vilam ecjit , diucjue fuit ilia patria picturæ. Tabulas indè è publico omnes propter œs alienum civitatis addictas Scauri ædilitas Romam transtulit. Voilà sans contredit un témoignage bien authentique, dont on ne peut, ni contester la valeur, ni méconnaître la portée. La nature de ces tableaux, tabuler ; leur déplacement des édifices publics , où ils étaient employés comme ornements, è publico ; et leur translation à Rome, Romam transtulit , sont des circonstances absolument pareilles

1 Plutarch. inArat. § i3. xv, 17. Voy. Durand, Hist. de la Peint.

2 Plin. xxxv, 11 ; cf. Cicéron, ad Attic. p. 99-100.

à celles que nous a révélées l’envoi de tableaux de la même école fait par Aratus au roi d’Egypte. Mais il y a ici plus d’une particularité nouvelle à relever. En premier lieu , si , dans le nombre de ces peintures acquises par Scaurus , il s’en fût trouvé qui eussent été exécutées sur le mur et qu’il eût fallu en détacher, cette opération, qui n’eût rien coûté à l’opulence de Scaurus , et qui eût servi à mieux faire éclater sa magnificence , n’eût sans doute pas échappé à l’observation de Pline , qui célèbre un trait semblable, appartenant à la même époque, et produit dans une occasion toute pareille, pour l’édilité de Varron et de Muréna. En second lieu, c’est, au sujet de Pausias, un des plus célèbres maîtres de cette école sicyonienne, rœv 'EiycvconaL^Zi]/ , que Pline nous a transmis ce

renseignement précieux; et par là s’explique, avec l’admiration populaire que les tableaux de Pausias, comme ceux d’Echion , obtenaient à Rome , du temps de Cicéron et d’Horace 1 , la présence dans tant d’édifices publics de Rome , des ouvrages de Pamphile, de Mélanthius, d’Euphranor, d’Aristide, d’Echion, de Cydias, et d’autres peintres célèbres de la même école; tous ouvrages conquis par Scaurus sur la détresse de leur patrie , et qui , toujours indiqués par Pline sous le nom de tabulæ , avaient été décrits dans le livre de Polémon sous celui de ni'NAKES. Ici encore, le témoignage de Pline se trouve donc d’accord avec celui de Plutarque, pour nous donner, dans une circonstance toute semblable, au sujet de tableaux de la même école, l’idée qu’ils étaient sur bois, sans un seul mot qui indique qu’il y en eût sur mur.

Parmi les peintres illustres que je viens de nommer, et qui tous appartenaient à l’école de Sicyone , il en est un, Cydias, cité

Cicéron. Parad. v, 2 : Echionis tabula le stnpiclum detinet; Horat. Serm. 11 , 7 , g5 : Pausiacâ torpes , insane , tabella.

par Pline comme auteur d’un tableau des Argonautes , dont la destinée, qui nous est connue, va nous servir à confirmer, par un exemple irrécusable , l’ensemble de faits précédemment exposé en y ajoutant une notion nouvelle , celle de l’emploi qui se fit à Rome de ces peintures grecques. Ce tableau des Argonautes , qui paraît avoir été l’un des chefs-d’œuvre de la peinture sicyonienne , avait été acheté à un prix énorme par l’orateur Idortensius, qui fit construire exprès, dans sa villa de Tusculum, un appartement pour l’y placer1: Cydias cujus tabulam Argonautas h-s. cxliv Hortensias orator mercatus est, eic/ue ædem fecit in Tusculano suo. Voilà une première révélation bien curieuse sur l’usage qui s’établissait à Piome , d’employer à la décoration des villa et des habitations privées les chefsd’œuvre de peinture enlevés à la Grèce. Nous savions déjà, par le témoignage de Cicéron lui-même, qu’il se proposait de faire encastrer dans les murs de sa villa, celle qu’il possédait aussi à Tusculum, des bas-reliefs que son ami Atticus recueillait pour lui dans la Grèce2; nous apprenons qu’Hortensius, son contemporain et son rival , ajoutait à sa maison de campagne un bâtiment tout entier0 , pour y placer, de la même manière sans doute, un tableau d’une grande dimension. Mais ce n’est pas tout : dans la génération suivante, nous voyons le même tableau transporté de nouveau , de la villa Tusculana d’Hortensius, dans le portic/ue de Neptune construit par Agrippa;

1 Plin. xxxv, 1 1, 4o.

2 Cicéron, ad Attic. i, îo : typos quos tectorio inclue! am.

5 Ansaldi , préoccupé de l’idée qui avait présidé à la composition de son livre, celle que les peintures avaient joui dans l’antiquité du même culte que les statues , a fait de cette anecdote une fausse application à son système , en supposant qu’Hortensius

avait bâti un temple , ædem, pour y placer ce tableau; voy. de sacr. et publ. Tabulai \ pict. Usa, p. 1 5 1-1 52. Mais il est évident qu’il ne s’agit pas ici de temple, ni de chapelle , pour un tableau, tel que celui des Argonautes , dont le sujet était purement mythologique. La plupart des interprètes sont tombés dans la même erreur.

et la célébrité dont il y jouissait, croissant avec le goût des Romains, fut cause que ce portique s’appela communément le portique des Argonautes b C’est à Dion-Cassius que nous devons la connaissance de ce fait curieux2; et j’observe encore que, dans le texte de cet écrivain , le tableau de Cydias, tabula, est désigné par le mot y^y-cpri : preuve nouvelle, ajoutée à tant d’autres, que des peintures sur bois avaient pu être désignées dans l’usage ordinaire par cette expression, qu’on s’est efforcé d’entendre exclusivement de peintures sur mur.

Il résulte de ce petit nombre de traits de l’histoire de l’art, choisis entre les plus significatifs par l’importance des travaux et par l’autorité des témoignages, que des peintures indiquées par le mot y&tpaij doivent être reconnues pour des peintures sur bois . La même notion se déduira avec toute certitude des passages de Polybe qui ont rapport au déplacement des peintures grecques et à la translation à Rome de ces peintures, toujours appelées yçy-<po\ par cet écrivain. Nous verrons la même expression habituellement employée par Plutarque en pareil cas, et indubitablement avec la même valeur : ce qui ressort des circonstances mêmes relatives au transport et à la destination de ces peintures, telles quelles sont exposées par Plutarque et confirmées par Tite-Live. De nombreux témoignages, empruntés h Lucien0, à Dion

Les témoignages classiques , sur ce point d’antiquité romaine , ont été recueillis par Donati, Roma vêtus ac recens, lib. m, c. 17, et par Nardini, Roma antica, t. III, p 11 7-122 ,ed. Nibby.

Dion. Cass, lui, 27 : thv SIoclv t>Ù tou

nomiJéovoç k ai tm tûùv ’ApyovctvIwv

TPA<I>h tTrixcty.Trpi, voy. sur celte peinture , Sillig , v. Cydias, p. 1 67 ; et Petersen , Einleitung etc. p. 106 et 016, 096].

5 J’ai déjà cité plus haut, p. 22 , not. 1 , un passage de Lucien , où le mot ypacpai est synonyme de 'niva.x.iç yicnypayivAi. Dans cet autre passage du même écrivain , de Dom. § 21 sqq. t. VIIL p. 108, Bip. : iç thv d£9<pnV oLTnC^iTr^î , kcu tovç toi^ouç idavju.dÇt% , KM tclç TTA^'Al, tty'ldfyh, un docte antiquaire a vu des tableaux encastrés dans la muraille , tabulæ uni parieti insertæ, Welcker, ad Philostrat. Imag. Præfat. i.xv,

Clirysostôme 1 , à Philostrate2 , à Achille-Tatius 3, et à d’autres auteurs du même âge , lesquels seront produits successivement dans le cours de ces recherches, viendront encore à l’appui de cette notion importante; et en l’appliquant aux textes de Pansanias , où se rencontre toujours le mot y^tpct] , à l’exclusion de celui de 7 nvauu$, même pour des peintures qui étaient bien certainement sur bois, comme il nous sera facile de le démontrer, nous nous convaincrons que la philologie a manqué de critique, quand elle se déclarait insuffisante pour décider une question quelle pouvait prétendre à résoudre , en s’aidant des ressources de l’archéologie. Mais avant d’aborder cette discussion grave et curieuse , qui renferme à proprement parler le nœud du problème, il importe de faire voir, parle détail des circonstances qui concernent l’enlèvement des peintures grecques et leur transport à Rome , quelles étaient bien réellement sur bois ; ce sera l’objet du paragraphe suivant.

6 ] ; et c’est effectivement ce qui résulte de la circonstance rapportée plus bas ,p. ni : t ctvTH iirilcti nAAAIA' tiç a aam rPA$H ,

1 Dion Chrysost. Or. lxxviii , p. 56 , C (T. II, p. 42 1-2 , Reisk.) , où le mot ypacpn est certainement mis pour irivaiç.

2 Tel que ce passage , cité par M. Hermann lui-même, et où, de l’avis de ce grand philologue, il ne peut être question que de peintures sur bots, exprimées par le mot ypayal, Philostrat. Vit. Apollon, v, 22 : ’irrûy^ctn Si zal /xupxziov nÔ7TAov1ov . . . oizo- Sopioupavov oiziav tivx iv tm 'VoVco , zxi typi- (fipov iç ctvrriv rPA<t>A'S t£ irsxAoiaç, z. r.

; voy. Hermann, de Pictur. p. i4- L’il-

lustre critique eût pu citer un exemple tout à fait analogue à celui-là , et où le mot y paya.! se trouve employé dans le même sens : c’est celui d’une maison d’Athènes , préparée pour recevoir cet Athénion , flatteur de Mithridate, reçu d’abord comme un libérateur des Athéniens , et devenu bientôt après leur tyran et leur oppresseur, Athen . v,

2 i3, E, t. II, p. 3i8, Schw. : iîç 7-nV A;

oizlav,... £jVmpç0t 1 x&x.Q<rfM\f*&vi\v cmpcujuvaiç m zal PPAfcAfS zxi xvSpixtri zat xpyupx- /UOLTtoV iz dttru.

3 Achill. Tat. de Amor. Clit. et Leuc. 1,1: zal 'nipiazo'nuv nx àvadSjua'lu , opu> rPA'ï’HN ANAKEIME'NHN, z. t. a. Cf. ilid. 111, 6.

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