‹ Peintures antiques inéditesChapitre 10 sur 28 · IL · texte numérisé non relu

IL

De l’enlèvement et du transport des Peintures grecques dans l’antiquité: d’où résulte la preuve matérielle quelles étaient sur bois.

L’existence des ouvrages de l’art fut trop souvent compromise dans le cours des guerres civiles qui désolèrent la Grèce, comme elle l’avait été durant les guerres médiques. Mais ce fut surtout à l’époque où l’ascendant de la puissance macédonienne pesant de tout son poids sur l’indépendance des villes grecques, et faisant intervenir dans cette grande querelle la nation moins civilisée des Etoliens , imprima à ces luttes intestines un caractère d’animosité et de destruction quelles n’avaient jamais eu auparavant; ce fut alors que les monuments de l’art, considérés jusqu’à ce moment comme des objets sacrés, perdirent de leur valeur religieuse , et subirent , de la part des factions rivales qui s’en disputaient la possession , des atteintes de toute espèce. Un témoin bien grave et bien digne de foi , de tous ces excès , Polybe , en cite plusieurs traits qui se rapportent à la guerre des Etoliens, et dans lesquels il n’est pourtant fait mention expresse que de statues et d'ouvrages de marbre, servant à la décoration des temples1. Mais les peintures qui se trouvaient dans ces temples , de quelque manière quelles y fussent placées, n’avaient sans doute pas été plus épargnées. Nous en avons déjà acquis la preuve par la conduite d Ara tus , à Sicyone ; et nous pourrions présumer, d’après

1 Polyb. v, n,4: vclovç, dp.a Si roilroiç £, t« ki^ivcc tcA àyahu.cL'ruv , paroles qui récivSfiav imç, km 7ra<Tav Su' thV to/ccvthv k cl la- pondent à celles-ci de Diodore, employées ai. Il ne s’agit évidemment à la même occasion , xxvi , t. IX , p. 384 , dans ce passage que de sculptures, comme ed. Bip. , ywçàç i'^ovla. dans celui-ci, xxxii ,25,4: tovç àvtyicîv'la.ç

le reproche adressé par ce même Polybe aux Romains, d’avoir déshonoré leur victoire en cherchant à l’orner aux dépens des villes conquises par l’enlèvement des peintures et des sculptures c/uils auraient dû laisser à leur place antique et sacrée1, que l’exemple de ces spoliations , si peu digne d’être suivi par les Romains , n’avait pas été donné par eux. Effectivement , nous apprenons de Diodore2 qu’un grand nombre de peintures et de statues , d’un travail excellent , tombées entre les mains des Carthaginois vainqueurs, à la prise d’Agrigente, en l’an 4o6 avant notre ère , furent envoyées à Carthage , comme le plus brillant trophée de leur victoire; d’où il suit, et que c’étaient des peintures sur bois, et que cet exemple de spoliation ne fut pas perdu pour les Romains.

Quoi qu’il en soit, il est constaté par l’histoire même des Romains, qu’à l’époque où ils intervinrent dans les querelles des Grecs, chacune de leurs conquêtes fut signalée par un de ces actes de brigandage public, qui durent faire prévoir à Polybe le dépouillement de la Grèce entière. Le premier

1 Polyb. IX, 1 o, 12 : ùSbfyîtpciv 'sroiiiv thV

irÿiripctv 'tzrctipiJhc, /uvi rPAÏ>Af2 £ ToWo/f , eixKoL crtpcyoTnli Kj /uiyccxo-^v^loc uo<r/uouv7a.ç civtm. J’ai traduit par peintures et sculptures les expressions dont se sert Polybe dans cette phrase , et qui doivent être prises ici dans un sens général. Il en est de même dans ce passage d’ Athénée, dont le texte a éprouvé plus d’une altération , et que je lis de cette manière, Athen. xï, 46 1, A, IV, 191, Schw. : EV Si t o7ç mip't thV 'Eaacc Jk. 7V7roiç (vulg. r oVo/ç) ovr’ iv ypcttpciïç , ov t’ [iv 'TsoixiXfÀ.a.aiy ] sV/ tuv mrp07ipov U ipv\aofxiv 7ro%f!ov iv/uîyifcç iipyatr/xivov. La fausse leçon t Ô7roiç maintenue par tous les éditeurs , et l’absence du mot 'nontlxp.a.tnv , ou d’un

terme équivalent, rendaient ce passage inintelligible ; et la traduction latine admise encore par Schweighauser , avec sa double leçon , 11e que in picturis , nec in poëmutibus, n’était pas propre à l’éclaircir. Le mot TromIxpAa'ict m’a été fourni par ce passage curieux de Platon , in Euthyphr. vi , p. 27, Fischer. : ^ vtto ruv àycEjOôv Tpa.- (pioùv 70. a\xa iipoi û/uiv KATAITEIIOI- KIATAI, Jt§9 nçû T°Ù pnycixoïç Uova-

9 YWCLldlÇ 6 7ri7TXûÇ jUiff^loÇ 70V V 70IOU7MV ITOI-

KIAMA'TnN ; cf. Platon. Republ. vm , p 557 , C.

2 Diodor. Sic. xm , 90 : ^ yùp TPA<I>A'I

7TCl/A7rAYI§ilÇ V\Vpi§V\GCLV i’tç CLKpOV iJi7Ti7rOVV fxivOI.

DE LA PEINTURE exemple de ce genre que nous trouvions cité , avec la double autorité du personnage qui s’en rendit coupable et de l’historien qui le rapporte , c’est ce qui se passa , à la prise de Syracuses par Marccllus, en l’an 212 avant notre ère, et ce que raconte Tite-Live1. Le vainqueur emporta un grand nombre de statues et de tableaux dont Syracuses était remplie : signa tabulas que, c/uibus abundabant Syracusæ } Romam devexit. Les tableaux désignés ici par Tite-Live étaient bien des peintures sur bois ; comme le ferait présumer, avec le mot même de tabulæ , la circonstance que ces tableaux étaient destinés à orner le triomphe du vainqueur2 : car jamais on n’a ouï dire qu’en pareil cas on ait fait paraître à Piome des peintures sur mur ; et c’est une chose qui , si elle eût eu lieu quelquefois, eût bien mérité d’être signalée quelque part à l’admiration de la postérité. Mais d’ailleurs nous trouvons dans Plutarque les détails les plus curieux sur ces tableaux enlevés de Syracuses, ni'NAKEX rœv ètc ’Ev^ycovcrd»/ , une partie desquels fut consacrée à Samothrace , dans le temple des Cabires; une autre partie, envoyée à Linde, dans file de Pdiodes, pour y être placée de la même manière dans le temple de Minerve ; et le reste , transporté à Piome , afin d’y servir d’ornement au temple de l’Honneur et de la Vertu , voué par Marcellus0. Assurément, l’on ne dira pas que des

Tit. Liv. xxv, 4o.

5 Plutarch. in Marcell. § 2 1 , t. II , p. 447, Reisk, : ad. 7r\t7<raa, ^ JcaAA/e-la tot iv 2upaxovocuç ix/vmtv 'ANAGHMA'TON , ûç auTU té 7rpoç tov ©Pl'AMBON o-\,iç é/h £ th 7T0Aé; KO'XMOS.

3 Plutarch. ibid. S 3o, t. II, p. 469-470 : 'Av^pidAç A ni'NAKES T UV tK lupa.-

K0V( Tû)V , iV TÉ 2ayto9pû6JC|) 7TO.pà 7o7( Oioîç ,

oùç K ciCupovç a>vo/ua.Çov , ^ ’vrtp't A Ivdbv , iv Ti/ÉpaiTHf ASiivaç; voy. Petersen, Eutlci-

tunç) , etc., p. 293, 27et2g. La générosité de la conduite de Marcellus , si vantée par Cicéron, par opposition à celle de Verrès , consista , de l’aveu même de l’orateur romain , en ce que Marcellus destinait à l 'ornement de sa patrie les fruits de sa conquête, tandis que le préteur avide s’appropriait tout ce qu’il enlevait : Victoriæ putabat esse, multa Romam deportare, quæ ornamento urbi [cf. Plutarch. I. I. : th tto.aé/ x.Ôitjuoç ] esse possent ; humanitatis

peintures, distribuées en tant de lieux divers, ou destinées à être promenées dans la pompe du triomphe, aient pu être sur mur; car, dans ce cas, Cicéron, qui célèbre si souvent la conduite magnanime de Marcellus pour l’opposer à celle de Verrès, n’aurait pu dire du vainqueur de Syracuses, qu 'il en respecta tous les édifices, publics et privés , sacrés et profanes, comme s’il ne fût venu que pour les défendre avec son armée et non pour les prendre d’assaut : itacjue ædficiis omnibus , publicis et privatis, sacris et prof ams, sic pepercit, quasi ad ea dcfendenda cum exercitu, non expugnanda venisset l; et l’autorité d’un pareil fait, avec la notion certaine qui s’attache aux expressions mêmes, eu/ ct^YijxoLT ce et 7 rivoexee, , employées par Plutarque à cette occasion, demeure acquise à l’opinion que je soutiens, et dont nous trouverons tant d’autres preuves dans la longue série de faits du même genre que nous offrira l’histoire romaine.

A la prise de la ville d’Erétrie, en Eubée, événement qui est de l’an 198 avant notre ère, T. Quinctius Flamininus enleva, suivant le témoignage de Tite-Live 2, des statues et des tableaux d’une haute antiquité, signa, tabulæ priscœ artis. Cependant, on ne vit point figurer ces peintures dans le triomphe de Flamininus, où le même écrivain cite seulement des statues de bronze et de marbre sans doute, parce que le vainqueur avait destiné à son propre usage des tableaux qui avaient été pour lui, à raison de l 'ancienneté ei du mérite de l’art, tabulæ pi'iscæ artis , l’objet d’une distinction particulière. Ce fut par un autre motif que les tableaux, enlevés d’abord de leur place, lors de la prise de Tarente par Fabius, furent rendus aux Ta-

non plané spoliare urbem. . . Romam quæ 1 Cicéron, in Verr. iv, 54.

asportata sunt, ad ædem Honoris atque 2 Tit. Liv. xxxn, 1 6 ; cf. Pausan. vu,

Virtutis , item aliis in locis videmus ; ni- 8, î.

hil in ædibus, niliil in hortis posuit, nihil 3 Idem, xxxiv, 52 : Signa æneamarmoin suburbano ; in Verr. iv, 54 , et alib reaque

rentins ; et ce motif, s’il faut en croire f historien , fut puisé flans la haine du vainqueur, bien plutôt que dans sa clémence 1 ; puisqu’en leur laissant ces tableaux , Fabius avait voulu leur laisser des dieux irrités. Mais ce qui résulte de ce récit même, tel qu’il est présenté par Plutarque , c’est que les peintures en question , enveloppées d’abord dans le pillage général de la ville, 7 recèles roc v ctMaiv a.'pfA.évm (pepo/xévcov , étaient des peintures sur bois. Certainement, c’étaient bien des tableaux appliqués sur la muraille, qui avaient pu être enlevés des temples de la ville et emportés comme les statues , et qui attendaient l’arrêt du vainqueur , pour être détruits ou transportés à Rome. Ce n’étaient pas des pans de murailles peintes que les gens de Fabius se seraient amusés à enlever dans ces premiers désordres d’une conquête livrée au pillage ; des soldats romains de cet âge , en pareille circonstance , avaient bien autre chose à faire qu’à scier des murs; et d’ailleurs, la manière dont s’exprime Tite-Live lui-même, à cette occasion2; le mot tabulœ qu’il emploie pour désigner ces peintures, qu’il compare pour leur nature, comme pour leur abondance, à celles qui avaient été enlevées de Syracuses, et qui étaient, sans nul doute, comme sans nulle exception, des tableaux : tout cela rend la chose indubitable.

Le même fait ressort, dans toute son évidence, du récit de ce qui se passa à la prise d’Ambracie par M. Fulvius Nobilior, en l’an 189 avant notre ère. Cette ville, qui avait été la capitale du royaume de Pyrrhus, était plus abondamment ornée de

' Plutarch. in Fab. Max. §22, 1. 1, p. 722, Reisk. : n ctrlar <5t tcüï clXau v etyo/uivaiv Kj (pipopiivuv, Aiyi^iou toV ypcL/A/aarta. 7rvM<r§ca

TOU QctClOV TTtpI 700V QiUV 71 KihiVil , TCtV rPA$A2 ov7co 7rpoaa.yopiv<ru.v'}a. xjq 70vç avS'pia.v'laç. Cf. Tit. Liv. xxvii , 16.

2 Tit. Liv. xxvii , 16 : Tùm ab cæde ad diripiendam urbem discursum ; .... argenii

vis ingens facli signatique ; signa ta-

BULÆque , propè ut Syracusarum ornamenta æquaverint ; voy. Jacobs, Hier den Reichthiim cl. Gr. an plast. Kunstw. 35 , 87).

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, statues d’airain et de marbre, aussi bien que de tableaux peints, qu’aucune des villes grecques de la même province. Le butin qu’y trouva le conquérant romain, en fait d’objets d’art, dut être considérable, d’après le témoignage même de Tite-Live1, qui ne fait que reproduire celui de Polybe 2. Toutes ces statues , tous ces tableaux d’Ambracie en furent alors enlevés et emportés ; et ce qu’ajoute l’historien latin : nihil prætereà tactum violatumve, montre bien qu’aucune atteinte ne fut portée à l’intégrité des édifices sacrés et publics. Nous verrons, dans un autre endroit de ces recherches, de quelle manière étaient placés, dans les temples d’Ambracie, ces tableaux qui en furent enlevés alors par M. Fulvius, sans gu il en résultât aucune violation , aucun dommage des lieux saints; et de cette notion authentique que nous devrons au même historien, aussi bien que des expressions significatives que je viens de rapporter , il résultera la preuve positive que ces tableaux , dépouilles d’une ville grecque et ornements d’une victoire romaine, n’étaient, en effet, et ne ■pouvaient être que des peintures sur bois.

Jusqu’ici encore nous n’avons vu les peintures enlevées à la Grèce figurer dans la pompe d’un triomphe qu’à de rares intervalles. L’exemple donné par Marcellus ne paraît pas avoir eu d’abord beaucoup d’imitateurs dans le patriciat romain. Ce fut Paul Emile qui, dans la solennité du triomphe le plus

Tit. Liv. xxxviii , 9 : Signa ænea marmoreaque et tabulæ pictæ, quibus ornatior Ambracia ( quia regia ibi Pyrrhi fuerat ) quàm cæleræ regionis ejus urbes erant, sublata omnia avectaque : nihil prætereà tactum violatumve.

’ Polyb. xxii, 1 3 , g : Ta J' a-yctA^-ara, *a/ 7ov ç aV<T piccvraç, x.a.1 7 àç TPAOA'S aWyooytv in. 7 vis 7roMuç, oVra koii 7r\ilcc, S'ià. 70 ytyovivco lha.crtKUov Tlvppav 7 viV A;u

ÇpaxicL v. On remarquera qu ici le mot TPA- A'S , du texte de Polybe, répond à ceux de tabulæ pictæ qu’emploie Tite-Live ; de même que , dans le réci l de la prise de Tarente , Tite-Live avait appelé tabulæ ce que Plutarque nommait TPA^AS; et l’on conviendra que , dans ce double témoignage , grec et latin , il 11e peut être question que de peintures sur bois.

DE LA PEINTURE magnifique dont les Piomains eussent encore été témoins , rappela cet utile exemple à sa patrie , et fournit à l’histoire de l’art ce document précieux. On peut voir dans Tite-Live1, dans Plutarque2, dans Velleïus-Paterculus3, les détails de cette cérémonie qui dura trois jours entiers, le premier desquels suffit à peine au transport des statues et des tableaux placés sur deux cent cinquante chars : ri \xh , ploXic, e£cq>xi-

i TO.CTCL ToT$ oLi^fXxAuToiç, cLVcPjOlctcri x$q TPA^AI S X5q K- oAoo-q-oîç

êjn éevyZv i revrrlxovToc ->{$) Siaxtxrictw Koy.itépfxévûiç,11 ; et bien que le récit de Tite-Live se trouve malheureusement incomplet dans cet endroit, on peut juger par ce trait du discours de Servilius : c/uo signa aurea, marmorea, eburneci , tabulæ pictæ, textilia, quelle était la richesse des monuments de l’art grec, exposés en si grand nombre dans ce triomphe à l’admiration des Piomains; et il n’est pas moins avéré par cet usage même qui fut fait en cette occasion, des tableaux peints, comme de tant d’autres objets d’art , pour orner la célébration du triomphe, pour être étalés et promenés sur des chars, que c’étaient des peintures sur bois : notion conforme , d’ailleurs , au sens positif des mots tabulée pictæ , employés en cette circonstance par Tite-Live, et qui, répondant au mot ypx (pecTç, dont se sert Plutarque , nous apprennent ainsi, par un nouvel exemple, quelle était la valeur usuelle de cette expression, qu’on a voulu entendre exclusivement de peintures sur mur.

Nous savons déjà quelle était la nature des tableaux que la prise de Corinthe, en l’an 1 46 avant J.-C. , fit tomber dans Jes mains de Mummius ; et l’antiquité romaine s’est chargée elle-même de faire expier à sa mémoire le tort irréparable

lit. Liv. xlv , 34-4o. ii, 22; voy. Petersen, Einleitung , etc.,

' PI u tard i. in Æmil. § 32-34- p. 2g4, 5y).

Vell. Paterc. 1,9; ef. Cicéron, de OJJic. 4 Plutarch. ibid. § 32, t. II, p. 3o(p Reisk.

que sa conquête avait causé aux arts de la Grèce. Ce qui fut enlevé ou détruit de monuments précieux, à Corinthe, est inappréciable, à en juger d’après les témoignages des Romains eux-mêmes1; et de semblables ravages s’exercèrent à Thespies2 *, et sans doute encore ailleurs. Une partie des tableaux que l’ignorant vainqueur ne put ou ne daigna pas emporter dans sa patrie fut distribuée en différents endroits de la Grèce et de l’Asie5; il en vint quelques-uns à Pergame, où le goût éclairé d’Attale leur avait préparé un asile , et où ces précieux débris de la peinture corinthienne se trouvaient encore au temps de Pausanias4. Mais le plus grand nombre des tableaux qui avaient échappé à la destruction et au pillage servit à l’ornement public de Rome5, après avoir été promené dans la pompe du triomphe6; et de l’ensemble de ces circonstances, non moins que du témoignage de Polybe, rapporté précédemment, il résulte encore, avec la dernière évidence, que c’étaient des peintures sur bois.

Nous en dirons autant des tableaux qui ornèrent le triomphe de P. Servilius Isauricus, et qui devinrent, comme les pein-

1 Cicéron, in Verr. i, 21 : Mummius pulcherrimam atque ornalissimam Corinthum, plenissimam rerum omnium, sustulit. Flor. 11, 16 : Quid signorum , quid vestium , quidve tabolarum , raptum , incensum atque projectum est !

2 Les témoignages sur ce point ont été

recueillis par Petersen, Einleitung , etc., p. 297, 90), 91 ), excepté celui de Dion Chrysostôme , qui n’est pas le moins cu-

rieux, Orat. xxxvii, t. Il, p. 12 3-124, Reisk.

5 Frontin. Stratagem. IV, 3, i5 : Mum-

mius, non Italiam solùm , sed etiam pro-

vinciam (Achaïam) tabulis statuisque exornavit. Cf. Cicéron . de OJJic. 11, 22. 7

4 Pausan. vu, 16, 5 : 'ANA0HMA'- T.QN Jt kcu tou a.hAov K02M0T t à. juiv fxctKi/icL Àwimvtcl iç ^ax'fxa. avnytTo , k. t. a. Les expressions mêmes de Pausanias que j’ai signalées indiquent suffisamment la nature de ces peintures , qui faisaient partie des objets consacrés , et de la décoration des temples ou des édifices sacrés.

5 Plin. xxxiii, 1 1 : Signa et tabulas pictas invexit ; cf. xxxv ,4,8; et xxxvii , 1 .

0 Tit. Liv. Epitom. lu : Mummius de Acliæis triumphavit, signa ærea marmoreaque, et tabulas pictas in triumpho egit ; cf. Cicéron. proMuren. i4-

tures acquises par Paul Émile et par Mummius, le principal objet de la décoration des temples et des édifices publics de Rome et de l’Italie entière1. Dès cette époque, il ne se célébra pas de triomphe à Rome , sans que les peintures ne fussent promenées dans la pompe, avec les objets d’art les plus précieux enlevés à la Grèce et à l’Asie : c’est ce qui nous est attesté par l’histoire, à l’occasion des triomphes de Lucullus2 et de Pompée5, et ce qui ne manqua d’avoir lieu, dans celui de Sylla , que par le naufrage du vaisseau qui portait toute une riche cargaison de tableaux des plus grands maîtres de la Grèce4. Dès ce moment aussi, le goût pour les chefs-d’œuvre de la peinture grecque avait passé des chefs aux soldats, avec tout l’emportement d’une passion nouvelle : nous l'apprenons de Salluste5, qui attribue cette révolution dans les idées romaines à l’exemple de Sylla ; et il suffirait de celui de Verrès pour nous montrer de quelle manière les Romains de tout ordre se précipitèrent , à la suite des chefs du sénat et de l’armée, dans cette carrière de rapines et de brigandages.

Nous avons vu comment l’opulent Scaurus se procura la possession de ce qui restait encore à la ville de Sicyone obérée , de tableaux de son ancienne école, placés dans ses édifices publics. La même circonstance dut se reproduire souvent au

Cicéron, in. Verr. i, 21 : P. Servilius quæ signa atque ornamenta ex urbe hosbom, imperatorio jure sustulit , ea Po-

pulo Romano apportavit, per triumphum vexit.... Quorum domus, cùm honore et virtute florerent, signis et tabulis pictis erant vacuæ. At verô urbem lotam , templa deorum , onmesque Italiæ partes , illorum donis ae nronumentis exornatas videmus.

' Plutarcb. in LucuU. § 37 et 39 : Tpa.<pdç è àyfyiciVTct.ç \ cf. Plin. xxxiv, 8, 3(3.

5 Plutarcb. in Pomp. § 45 ; Appian. Mithridat. 1 16-1 1 7.

" Lucian. Zeux. § 3, t. IV, p. 1 27, Bip. Le célèbre tableau de la Centauresse de Zeuxis fut du nombre des chefs-d’œuvre de l’art grec qui périrent à cette occasion , /uirot tcùv ctnnuv. Sur ce tableau de Zeuxis , vov. Bottiger , Vasengemald. III, i48.

5 Sallust. in Catilin. c. 11 : Insuevit exercn tus signa , tabulas pictas, mirari ; ea priva tim ac publicè rapere, delubra spoliare, etc.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, sein de ces villes grecques de la Grèce et de l’Asie Mineure , livrées , sous l’administration des proconsuls ou des préteurs , à l’avidité des gens du fisc. Dans cette situation , leurs statues et leurs peintures devinrent leur principale ressource. Elles en traitaient avec de riches patriciens , qui faisaient consister le plus grand honneur de leur édilité dans ce luxe étranger d’ouvrages d’art transportés à Rome de tous les points de la Grèce. C’est ce que nous apprend Cicéron , dans un passage d’une de ses harangues contre Verrès, où il oppose la conduite de L. Crassus, de Q. Scévola et de C. Claudius, qui s’étaient abstenus de tout commerce d’objets d’art avec les villes grecques pour en faire l’ornement de leur édilité , à l’infamie de Verrès , qui ne s’était procuré les mêmes objets qu’à l’aide de ventes simulées ou de violences publiques b Mais, pour nous faire une juste idée de la condition générale des villes grecques à cette époque , c’est un écrivain grec qu’il faut entendre ; c’est Plutarque , qui nous montre Lucullus employant le court intervalle d’une trêve à rétablir le cours de la justice et de l’humanité dans toute l’Asie Mineure , où les villes en proie à l’avidité impunie des collecteurs de taxes, étaient forcées de vendre à vil prix les ornements publics clu culte, les tableaux et les statues de leurs dieux 2. C’est ainsi que , de toutes parts et par toute sorte de voies , y compris même celle de la succession des princes, comme le prouve l’exemple si connu du legs d’Attale0, les monuments

1 Cicéron, in Verr. iv, 59 : Nulla un- 2 Plutarcli. in Lucull. § 20, I. III, p. 265 , quam civitas totâ Asiâ et Græciâ signum Reisk. : TuV iira-p^tca .... uVo r» riAuvoov ullum, tabulam pictam, ullum denique xai Jkvinrlûv 7ropdovfAtvvv xcu cLva'pa.'7roornamentum urbis , suâ voluntate cuiquam S'tÇo/u.ivw , 7r17rpd.tyx.uv . . . J'n/xoïua J

vendidit nisi arbitramini L. Crasso, /uoltoc, rPA<E>A'2 , kpovç dviï'pidvTctç , avciy-

Q. Scævolæ , C. Claudio , potentissimis lio- xa,^oy.tvm.

minibus, quorum ædilitates ornatissimas 3 Plin. xxxm, 11 : Ilia hæredi tas, Attalo vidimus , commercium istarum rerum cum rege mortuo , etc.

Græcis hominibus non fuisse....

de l’art grec, et particulièrement les tableaux, arrivaient à Piome , où les temples , les portiques et les autres édifices publics s’en remplissaient incessamment, et où commençaient à se former, dans les maisons particulières, des (jaleries de tableaux, ce que l’on appelait des pinacothèques, mot nouveau l, emprunté à la Grèce , pour désigner une chose qui n’avait pas été inconnue à la Grèce.

Nous achèverons d’éclaircir nos idées sur ce point , et nous nous convaincrons de plus en plus que toutes les peintures dont il s’agit étaient sur bois , en nous rappelant quelques-uns des détails que nous fournit Cicéron sur la conduite de Verrès. On sait que ce préteur, avant d’exercer dans toute la Sicile le brigandage qui l’a rendu si fameux, avait mis à contribution la Grèce et l’Asie entière. Les villes qui avaient eu le plus à souffrir de ses déprédations, et que Cicéron nous fait connaître, étaient : Chios , Délos, Ténédos, Aspende , Halicarnasse , Erythres, et surtout Samos. Les tableaux qu’il enleva de toutes ces villes et d’autres encore étaient innombrables et du premier ordre 2 ; c’étaient tous des objets publiquement ravis et volés ; bien que, pour justifier sa possession, il prétendit les avoir achetés0: comme si, ajoute Cicéron, c’était un marchand de statues et de tableaux , qui eût été envoyé en Grèce , en Asie , en Pamphylie , aux frais de la république et avec le titre de légat4. Mais Cicéron lui enlève cette ressource, en le défiant

’ Vitruv. i , 2 ; vi, 5.

2 Cicéron, in Verr. 1,22: Hic ego non arbitrer , ilium negaturum , signa sese plurima, tabülas pictas innumerabiles habere; ibid. 2 3 : Plurima signa pulcherrima, plures tabulas optimas déportasse te, negare non potes.

5 Cicéron, ibid. : Sed, ut opinor, solethæc

quæ rapuit et furatus est, nonnunquàm dicere se emisse.

4 Cicéron, ibid . §22 : Quoniàm quidem in Achaiam , Asiam , Pamphyliam , sumtu publico et legationis nomine, mercator signorum TABULARUMque pictarum missus est.

de produire le titre d’un seul de ces contrats d’acquisition. Un autre moyen de défense que faisait valoir Verrès, c’était d’avoir fait servir ces statues et ces tableaux enlevés à la Grèce d 'ornements au Forum et à d’autres édifices publics de Rome; et c’est à cette occasion que nous apprenons, par le témoignage de Cicéron lui-même, une particularité si curieuse, qui ne permet de conserver aucun doute sur la nature de ces tableaux, tabulœ pictæ , publiquement exposés aux regards du peuple romain, dans le Forum, dans le Comice et ailleurs, puis reportés dans la maison de Verrès, et distribués sous les portiques de ses jardins; de manière que chaque colonne et chaque entre-colonnement avaient reçu quelque ornement de ce genre 1 : sur tous ces points , les expressions de Cicéron sont tellement claires et positives , qu elles ne laissent aucune prise , je dirai même , aucun prétexte , à l’opinion qui voudrait y voir des peintures sur mur. C’étaient bien des tableaux que Verrès avait enlevés de partout, de Samos 2, comme de YAchaïe 3, qu’il avait fait, comme à Aspende , détacher des temples et des édifices publics, en plein jour , sous les jeux du peuple, puis charger sur des voitures, et emporter u. C’étaient bien enfin des peintures pareilles , c’est-à-dire , encore une fois , des tableaux , qu’il avait exposés au Forum et dans le Comice, où des députés des villes grecques, qui se trouvaient alors à Rome, reconnaissaient en

1 Cicer. in Verr. i, § 22 : Dices, tua quoque signa etTABULAS pictas ornamento Urbi Foroque Populi Romani fuisse. Memini :

vicli simul cum Populo Romano Forum Comitiumque adornatum ad speciem magnifico ornatu. Ibid. S 19 : Quas iste tabulas illinc, quæ signa sustulit ?.... 111a quæro, quæ apud te nuper ad omnes columnas , omnibus etiam intercolumniis , in sylvâ

denique disposita sub divo vidimus

2 Idem , ibid. § 1 9 : Ilia verô expugnatio fani antiquissimi et nobilissimi Junonis Samiæ , quàm luctuosa Samiis fuit ?... quas iste tabulas illinc , quæ signa sustulit ?

5 Idem, ibid. § 17 : Jàm quæ iste signa, quas tabulas pictas ex Achaiâ sustulerit, non dicam hoc loco.

4 Idem, ibid. S 20 : Omnia ex fanis, ex locis publicis, palàm , spectantibus omnibus , plaustris evecta asportataque.

pleurant les images de leurs dieux arrachées de leurs sanctuaires , avec d’autres ornements de leurs cités 1 ; et que , plus tard , les Romains eux-mêmes se plaignaient de ne pouvoir plus contempler que dans la maison de Verrès2 : car de pareils détails ne peuvent absolument se concilier avec l’idée d epeintures sur mur.

Mais il y a plus ; et je suis surpris que le critique qui a cru pouvoir adresser à Cicéron le reproche banal d’exagération oratoire, au sujet de l’enlèvement des tableaux du temple de Minerve , à Syracuses, dont je m’occuperai plus tard, n’ait pas réfléchi que, si Verrès se fût rendu coupable, à Syracuses ou ailleurs, d’un abus de pouvoir aussi odieux, d’un attentat aussi flagrant que celui de dégrader les murailles des temples pour en détacher des peintures, Cicéron n’eût pas manqué de lui reprocher un pareil procédé avec toute la véhémence de son langage. C’eût été , sans nul doute , une bonne fortune pour l’orateur romain, qui eût trouvé là un grief capital, et pour nous-mêmes, qui y trouverions aujourd’hui une notion précieuse. Cependant, au début de sa quatrième Verrine, dans l’endroit même où il embrasse d’un seul coup d’œil, où il récapitule en détail tous les traits de brigandage commis en Sicile, ou seulement conçus et projetés par Verrès, et où il dit, en propres termes, qu’?7 ri y eut pas de peinture , ni sur bois, ni sur étoffe, g ri il ri eût recherchée ou contemplée avec un œil d'envie 0 ; Cicéron , si disposé , comme on le prétend , à enveni-

1 Cicéron. inVerr. i, § 22 : Legati ex Asiâ atque Achaiâ,.. qui deorum simulacra ex suisfanis sublata in Foro venerabantur , itemque caetera signa et ornamenta cùm cognoscerent , alia alio in loco lacrymantes intuebantur.

2 Idem, ibid. § 18 : Ilaque omnia signa, tabulas, ornamentorum quod superfuit in fanis et communibus locis , totâ è Græciâ

atque omnibus insulis, honoris P. R. causâ, sanè frugaliter domum suam deportavit.

5 Cicéron, in Verr. iv, 2 : Nego in Siciliâ totâ , tam locupleti , tam vetere provinciâ , . . . ullum argenteum vas , ullum corinthium , aut deliacum fuisse,... quidquam ex auro aut ebore factum ; signum ullum æneum , marmoreum , eburneum ; nego ullam pictüram , neque in tabula , neque in textilj

mer les moindres actions de Verrès, à lui attribuer, à défaut de crimes réels, des pensées coupables; cet orateur, enfin, si porté à l’exagération , ne dit pas un mot de peintures sur mur. C’était pourtant bien là le cas d’en parler, pour peu cpie Verrès, par un seul acte de violence, ou même par un seul trait de convoitise, eût fourni à son adversaire la moindre occasion, le moindre prétexte d’ajouter ce crime à tant d’autres; et pour cela, il eût suffi d’ajouter, après ce membre de phrase : N ego ullam picturaux negiie in tabula , nec/ue in textili fuisse 1 , ces trois petits mots : nee/ue inpariete, qui, en complétant à la satisfaction du critique la pensée de Cicéron, auraient achevé de flétrir la conduite de Verrès. Mais nous sommes forcé de reconnaître, non sans quelque regret, qu’il n’est question de peintures sur mur , ni dans ce passage, ni dans aucun autre des cinq harangues de Cicéron. Nulle part il n’est dit cpie Verrès ait enlevé des peintures sur mur, bien qu’il eût recueilli , sur tous les points de la Sicile , de la Grèce et de l’Asie, tant d’objets d’art, et d’ innombrables tableaux, et cela, par toute sorte de moyens; bien que, dans ce même temple de Syracuses,

fuisse , quin conquisierit , inspexerit , quocl placitum sit abstulerit.

1 Ce que Cicéron appelle ici des peintures sur étoffe, pictura in textili, ne doit point être confondu avec ces peintures sur toile, in linteo , telles que le portrait colossal de Néron, Plin. xxxv , 7,33, qui ne paraissent pas avoir été connues de l’antiquité grecque. Il faut entendre ici ces tapisseries ornées de dessins à l’aiguille , qui figurent si souvent sous les noms de textilia, Tit. Liv. xlv , 39 , et de vestes , Flor. 11 , 16, dans le récit des triomphes romains. Nous savons, par le témoignage de Pline , vm , 48 : Colores diversos picturæ intexere Babylon maxi-

me celebravit, que ces figures , dessinées à. l’aiguille , en fils d’or ou de soie de toutes couleurs , sur des tissus de pourpre, étaient comprises au nombre des travaux de la peinture par les Romains, qui mettaient ces riches étoffes asiatiques au nombre de leurs plus précieuses conquêtes. Les Grecs en faisaient le même cas , d’après la manière dont ils les désignent , Platon, in Eutyphr. § 6 : 7ri7rXoç pci cri oç to>v toiovtuv IlOIKIAM A THN ; cf. Atlien. 11, 3o: htw nOIKl'AÜN vçn' ; et nous apprenons de Josèphe que, de son temps encore, ces beaux tissus asiatiques , tels qu’on en vit paraître au triomphe de Vespasien et de

dont il déjDouilla les murailles des tableaux qui les couvraient, il eût enlevé les bas-reliefs d’ivoire et les bulles d’or qui en décoraient les portes ; conséquemment , qu’il eût pu se permettre de détacher, ici et ailleurs, des peintures sur mur, qui se seraient trouvées de son goût et à sa convenance : (jiiod placitum sit abstulerit. De tout cela , que faut-il conclure ? c’est qu’au témoignage de Cicéron, son adversaire public, son accusateur impitoyable , le tort d’avoir enlevé des peintures sur mur, en Sicile, manquait à Verrès ; d’où il suivrait que la peinture sur mur avait manqué à la Sicile. Et je me croirais autorisé à tirer la même induction, pour tout le reste de la Grèce, non-seulement du silence de Cicéron , en ce qui concerne Verrès, mais encore de celui de l’histoire tout entière, qui, dans ce long détail quelle nous fournit de tableaux enlevés à la Grèce , n’articule pas un mot qui ait rapport à des pein tares sur mur ; mais, sans anticiper sur le cours de mes recherches , qui me conduiront sûrement à ce résultat, je me borne à recommander à l’attention de tout lecteur impartial le témoignage si grave de Cicéron , et j’affirme qu’il s’accorde avec celui de toute l’antiquité.

Je ne suivrai pas dans tous ses détails l’histoire de cette longue suite de déprédations, qui eut pour résultat d’entasser à Rome une énorme quantité de statues et de tableaux , chefsd’œuvre de l’art grec. En m’arrêtant au siècle d’Auguste, il me serait facile de montrer, par le nombre et le mérite des tableaux qu’ Auguste lui-même avait rapportés de l’Asie, et par l’emploi public qu’il en fit à Rome, qu’il s’agissait toujours de peintures sur bois. Tels étaient certainement les deux tableaux dApelle, qu’il plaça dans son Forum \ à l’un et à l’autre des-

Titus, étaient considérés comme une sorte fiiva, tcl P ilç ax/>//2>w ZOrPACd'AN ITEde peinture j Bell. Jud. \ il, 17 : Ta /utv ix. nOIKIAMENA tm Baé’vxai'/W Têpçi'H. 7rop<pupctç vcpdapcxla. 7v(ç a-TrcauP.drrYiÇ <ptpo- 1 Plin. xxxv, 10, 09 : Quas utrasque

quels l’empereur Claude fit scier la figure d’Alexandre, pour y substituer le portrait d’Auguste; opération barbare, sans doute, et bien digne de Claude, mais qui ne pouvait s’exécuter que sur des tableaux sur bois. Tels étaient aussi les deux tableaux de Nicias, qu’ Auguste fit insérer dans le mur de sa curie 1 ; et cet autre tableau de Nicias, représentant Hyacinthe, qu’ Auguste avait trouvé à Alexandrie, qu’il en avait emporté à Rome avec lui , dont il voulut jouir tout le temps de sa vie, et que Tibère dédia, après sa mort, dans son propre temple2. Au nombre de ces tableaux célèbres, dédiés par Auguste, l’histoire a distingué la Vénus cinadyomène d’Apelle, enlevée du temple d’Esculape à Cos, et placée à Rome, dans celui de Jules César0, laquelle était si bien sur bois, comme tous les travaux d’Apelle, sans exception, que, le panneau sur lequel était peinte cette figure ayant été attac/ué par la carie , et aucun artiste n’ayant pu restaurer la peinture, Néron la fit remplacer par un autre tableau de la main de Dorothée4. Je dois citer encore , parmi les embellissements du même genre que Rome avait dus à la munificence d’Auguste, deux tableaux de Zeuxis, son Hélène et son Marsyas , placés, l’un dans le portique de Philippe, l’autre dans le temple de la Concorde, où se trouvait déjà un tableau de Nicias, son Bacclius ; enfin, plusieurs peintures d’Antiphile, d’Artémon et de Théodore : ces dernières formant une suite de tableaux où étaient repré-

tabulas divus Augustus in fori sui partibus celeberrimis dicaverat simplicitate modérai. Divus Claudius pluris existimavit , in utrisque excisa facie Alexandri, divi Augusti imaginem subdere.

1 Plin. ibid. 4o : Duas tabulas impressit parieti ; voy. mes Observations , p. 10ii, 2 ) . Je reviendrai ailleurs sur cette particularité.

2 Blin, xxxv, 1 1, 4o : Hyacinthus , quem Cæsar Augustus delectatus eo secum deportavit Alexandriâ capta ; et ob id Tiberius Cæsar in templo ejus dicavit banc TABULAM.

5 Strabon. xiv , 65y ; Plin. xxxv, 10, 36.

4 Plin. loc. fond. : IJujus inferiorem partem corruptam qui reficeret, non potuil reperiri.... Consenuit hæc tabula carie-,

sentés les divers épisodes de la Guerre cle Troie : Bellum Iliacam pluribus tabulis1. C’était dans les portiques publics, tels que ceux d’Octavie, de Pompée et de Philippe, qu’étaient placées toutes ces peintures ; et le portique de Livie , qu’ Ovide nous représente couvert de petits tableaux, d’un art anticjue 2 : priscis sparsa tabellis porticus , avait dû sans doute cet ornement de ses murailles à la même main , et certainement aussi à la même époque.

Jo n’ajouterai plus qu’un dernier trait qui prouvera que ce système de brigandage public et particulier, organisé contre la Grèce , dès le temps de la seconde guerre punique , et continué, durant trois siècles, jusqu’au règne d’Auguste, ne s’arrêta presque h aucune époque , sous les empereurs : c’est le trait de la mission d’Acratus et de Carinas , envoyés par Néron en Grèce et en Asie , pour en enlever tout ce qui pouvait y rester encore de statues et de peintures précieuses, statuas et picturas avehere. Ainsi s’exprime le grave Tacite0, au sujet de cette mission déplorable; et ce qu’il ajoute, de la fureur des habitants de Pergame , ameutés contre l’odieux satellite de

aliamque pro eâ Nero principatu substituit suo , Dorothei manu.

1 Plin. xxxv, il, 5o ; voy. Bôettiger , Archciol. der Maler. p. 28A.

5 Ovid. Art. Amator. 1 , 71.

D Tacit. Annal, xv, 45 , et xvi , 23 ; voy. Petersen , Einleitung , etc. , p. 57-5g ; Creuzer, zar Gemmenhunde , i5o-i, 38). La mission des deux affranchis s’était étendue jusqu’àPdiodes; et c’est par leurs mains quedut être transporté à Rome l 'Ialysus de Protogène, que Cicéron et Strabon avaient encore vu a Rhodes. On peut à peine , d’après •les expressions de Tacite , per Asiam atque Achaïam, non don a dvedh/î/ucna.) tantum.

sed simulacra NU min CM übripiebanlur , se faire une idée de l’étendue des pertes que la Grèce fit à cette occasion ; mais en lisant dans Pausanias , x, 7, 1, que Néron fit enlever à Delphes jusqu’à cinq cents statues de bronze ; ailleurs , que ses dignes satellites ne furent empêchés de porter la main sur le Jupiter d’Olympie et sur la Junon d’Argos , que par la difficulté du transport , on voit qu’il n’y eut rien de sacré pour eux nulle part. Nous possédons sans doute un monument de cette mission d’Acratus et de Carinas , dans la statue du Gladiateur , apportée d’Éphèse à Rome, et trouvée à Antium , dans les ruines d’une villa de Néron.

Néron, pour empêcher l’enlèvement de ces peintures , et réduits à engager contre la toute-puissance de l’empereur une lutte désespérée, où ils pouvaient périr eux-mêmes, en voulant sauver leurs tableaux, montre ce qu’était encore la Grèce , à ses derniers moments, et ce que l’art, dans ses derniers débris, y excitait encore d’intérêt et de patriotisme.

Ce serait prendre un soin bien superflu que de s’arrêter à prouver que les peintures dont il a été question jusqu’ici, que ces tableaux enlevés par centaines à la Grèce, promenés sur des chars dans la cérémonie du triomphe , exposés dans les lieux publics, puis dédiés dans les temples, ou placés dans les portiques , étaient des peintures sur bois : personne n’en a jamais douté ; et s’il se rencontrait quelque critique qui présumât le contraire, son erreur, volontaire sans doute, ne mériterait pas d’être combattue. Aussi , ne serait-ce pas dans cette intention que j’ajouterais encore ici, à l’appui de mon opinion, quelques faits nouveaux, avant d’arriver au témoignage de Pline, qui les résume et les justifie tous.

L’abondance avec laquelle les productions de la peinture grecque affluaient de toutes parts à Home ; la facilité que ces monuments offraient pour être transportés partout, après avoir été enlevés de tous côtés ; l’éclat inaccoutumé qu’ils avaient prêté à l’orgueil des triomphes romains, et l’idée qui avait dû naturellement s’offrir à une aristocratie si attentive à ses moyens d’influence, si jalouse du soin de ses intérêts, l’idée de fixer dans le siège de l’empire et d’y rend re en tous lieux présente cette décoration brillante , mais fragile , qui n’avait fait que paraître et passer sur la voie triomphale ; ce sont là autant de notions certaines qui résultent de l’ensemble des faits précédemment exposés, et dont il est impossible de ne pas tenir compte, quand on veut étudier sans prévention l’histoire de

la peinture chez les Romains, et rechercher de bonne foi l’emploi quelle trouva chez eux, à partir de cette époque. Par là s’explique la formation de ces pinacothèques , ou galeries de tableaux, qui devinrent un luxe de particuliers, dès le siècle de Varron, et qui permirent à ce personnage si éminent dans l’Etat et dans la science, de réunir jusqu’à sept cents portraits d’hommes illustres , certainement productions de l’art grec. Par là s’explique aussi le débordement de la peinture sur mur, qui eut lieu dans la génération suivante, d’après le témoignage positif de Pline , et qui est mieux avéré encore par les plaintes de Vitruve, témoin de cette fâcheuse révolution. Car il est évident que pour satisfaire ce besoin de peinture, que l’exposition sans cesse renouvelée de tant d’ouvrages de l’art grec avait répandu dans toutes les classes de la société romaine , les peintures grecques ne suffisaient jffus ; et que la Grèce ellemême, épuisée d’artistes et de tableaux, ne pouvait plus fournir, par ses propres ressources , aux exigences toujours croissantes d’un luxe insatiable. Il fallait donc qu’un genre de peinture, plus facile et plus expéditif, qui se prêtait à toutes les convenances, et qui s’exerçait de toute main , de manière à pouvoir au besoin couvrir toutes les murailles, vînt remplacer, pour ces Romains plus orgueilleux qu’éclairés , et qui n’avaient pu dépouiller encore , dans la jouissance des arts de la Grèce, l’antique grossièreté de Mummius, ni l’antique rudesse de Caton, cette peinture historique, si noble, si pure, si sévère, dont ils avaient conquis ou volé les chefs-d’œuvre, sans en acquérir l’intelligence, sans en apprécier le génie. C’est ce que Vitruve, l’architecte d’Auguste; c’est ce que Pline, l’ami de Vespasien, déclarent l’un et l’autre, en termes formels, comme l’événement de leur siècle, et comme l’invention de Ludius; cest ce que Sénèque opposait, dans un style de rhéteur, mais

avec un esprit de citoyen et de philosophe , à cette mâle décoration des temps républicains, qui n’avaient connu , dans les habitations privées, comme dans les thermes destinés à l’usage public, que des murs enduits d’un stuc grossier1 ; c’est ce que, plus tard, Pétrone signalait comme le commencement de la décadence d’un art entièrement déchu de son temps ; c’est enfin ce qu’à défaut de témoignages historiques, il faillirait inférer de la nature même des choses, qui ne comportait pas , pour un art tombé à Rome entre les mains d’esclaves ou d’affranchis, et pratiqué sur toutes les murailles, la même destinée qu’il avait eue dans la Grèce, où, cultivé par des mains libres, toujours dans un but religieux et patriotique, toujours avec une application lente et laborieuse, il n’avait servi qu’à la décoration des édifices sacrés et publics.

Mais sans sans entrer ici dans les détails de cette révolution de la peinture , qui est étrangère à mon sujet, je veux montrer, par quelques faits empruntés au siècle de Cicéron , que c’est

1 Senec. Epistol. lxxxvi : Sed, Dii boni, quàm juvabat ilia balnea intrare obscara , et gf.egali tectorio inducta , quæ scires Catonem tibi œdilem , aut Fabium Maximum, aat ex Corneliis aliquem manu sua tempérasse ! II faut lire en entier cette épître si curieuse de Sénèque , pour se convaincre qu’au temps de Caton , de Fabius et de Scipion , la peinture n’avait dû obtenir encore qu’une part accidentelle dans la décoration des édifices publics et privés de Rome : d’où il suit quelle n’y fut employée avec l’extension qu’elle prit plus tard qu’à la suite des conquêtes en Grèce et en Asie ; ce qui est toujours conforme à ce que nous savons d’ailleurs par l’histoire de Rome et par celle de l’art ; et ce qui est encore justifié par le témoignage exprès de

Cicéron, in Verr. i, 21, § 55 : Quorum ( M. Marcelli , L. Scipionis , L. Pauli Æmilii, L. Mummii) domus, cum honore etvirtute forèrent, siqnis et tabulis pictis erant vacuœ. Les peintures dont Silius Italicus a décoré, de sa main, les portiques d’un temple de Liternum, et qui , à l’entendre, auraient retracé les principaux événements de la première guerre punique , Pumcor .

vi , 654-56 :

Varia splendentia ceruit Pictura belli patribus monimeuta prioris Exhausti; nam porticibus signata manebanl.

sont donc un jeu de l’imagination de ce poète, ou plutôt une réminiscence de Virgile ; et ces peintures de Liternum, au temps d’Annibal, n’ont pas plus de réalité que celles d’un temple de Carthage, au siècle d’Enée, J. Eneid ., 1, 46o, sqq.

encore de peintures sur bois qu’il s’agit, toutes les fois qu’il est question cle peintures ; et cela , à une époque si voisine de celle où devait se produire le phénomène signalé par \ itruve dans la génération suivante.

Le trait le plus remarquable que je puisse citer est sans cloute l’usage qui se faisait des monuments de l’art grec, et principalement des tableaux , pour en décorer , à l’occasion de l’édilité , le Forum et le Comice, et jusqu’aux temples et aux basiliques. Tite-Live rapporte l’institution de cet usage à l’an de Rome 443, où fut célébré le triomphe de L. Papirius Cursor sur les Samnites 1 ; et depuis que les victoires des Romains eurent fait tomber dans leurs mains tant de chefs-d’œuvre des Grecs, il ne se passa guère cl’édilité de personnages importants, sans que ce genre de spectacle , dont la peinture faisait principalement les frais, fût donné au peuple romain. Nous avons vu combien l’édilité de Scaurus avait été rendue mémorable par l’acquisition de tous les tableaux qui restaient encore à la ville de Sicyone, et par l’exposition publique qui en fut faite à Rome. Nous savons qu’à la même occasion, Verrès étala, sous les yeux des Romains , dans le Comice et le Forum , toutes les statues, tous les tableaux dont il avait dépouillé la Grèce et l’Asie Mineure. C’est pour le même objet, ou sous le même prétexte, cpie Lucullus obtint de Mummius, à titre de prêt, des statues et des tableaux, qui devaient servir temporairement à la décoration du temple de Félicitas, mais qui demeurèrent acquis à la divinité et perdus pour Mummius2. C’est avec plus d’éclat encore que d’autres grands citoyens, tels que L. Crassus, Q. Scævola et C. Claudius, avaient, au témoignage de Cicé-

1 Tit. Liv. x, 4o : Indè naturn initium 2 Strabon. vin. 38 1. Je reviendrai ail-

dicilur Fori ornandi ab ædilibus, quùm leurs sur ce fait curieux, thensæ ducerentur.

ron1, illustré leur édilitc , sans avoir eu besoin d’acheter de ces ouvrages de l’art grec, arrachés au dénûment de la Grèce, encore plus que destinés à l’ornement de Rome. Nous verrons bientôt que l’édilité de Varron et de Muræna avait été signalée par un prodige de difficulté vaincue, par l’enlèvement d’une -peinture sur mur, transportée de Lacédémone à Rome, et exposée dans le Comice : seul trait de ce genre que présente toute l’histoire romaine ; et nous pouvons conclure de ce petit nombre de faits, couronnés par l’exemple de J. César2, et généralisés par l’assertion d’un auteur latin3, que la célébration de l’édilité devint pour les Romains l’occasion et le motif d’une sorte d’exposition périodique des peintures grecques \ De là, sans nul doute, le goût qui se manifesta pour ces peintures, parmi les principaux personnages de l’aristocratie romaine, et qui, avec tant de moyens de se satisfaire, fut trop vainement réprimé par l’impuissante sévérité d’une législation avilie. Nous trouvons dans la correspondance de Cicéron la preuve de ce double fait. En répondant à l’un de ses amis, Fabius Gallus, qui lui avait acheté, contre ses intentions, des statues dont il n’avait que faire et qu’il ne savait où placer, il fait observer que c’était de tableaux peints qu’il avait surtout besoin, pour en décorer de petits appartements qu’il venait de construire dans sa villa de Tusculum : attendu , ajoute-t-il, c/ue de toutes

1 Cicéron, in Verr. xv, 59, § i33 : Nisi arbitramini, L. Crasso, Q. Scævolæ, C.

Claudio , potentissimis hominibus , quorum ædilitates ornatissimas vidimus , commercium istarum rerum cum Græcis hominibus non fuisse.

2 Sueton. in J. Cœsar. 10 : Ædilis, præter Comitium ac Forum, basilicasque, etiam Capitolium ornavil porticibus ad tempus

exstructis ; in quibus abundante rerum co-

pia , par apparatus exponeretur ; cf. Casaubon. et Al. ad h. I.

0 Ascon. Pedian. ad Cicéron, in Verr.

" C’est ce qui a fait dire au savant Morcelli, de Styl. vet. inscript. T. I, p. 33o : Per eos dies temporaria etiam theatra exstruere, et Forum Comitiumque signis ac tabulis pictis undiquè conquisitis ornare, vel antiquissimi ædiles solebant.

les productions des arts , c’étaient surtout celles de la peinture qui lui étaient agréables1. On voit par là que l’accusateur de Verrès n était pas resté étranger à ce goût de la peinture qu’il avait poursuivi chez l’odieux préteur avec tant de véhémence ; et l’on apprend aussi par ce passage que l’usage de peindre sur mur n’était pas encore entré dans les habitudes romaines, puisque Cicéron ne recherche, pour l’ornement de sa villa, que des tableaux peints sur bois. L’autre trait, qui se rapporte à la même époque, et que je puise à la même source, c’est la mesure attribuée, en l’an de Piome 702 , au censeur Appius Claudius, qui avait entrepris, avec plus de zèle que de prudence , de corriger les nombreux abus introduits alors dans les mœurs romaines, et qui, dans le nombre de ces abus, comprenait la passion effrénée et l’emploi licencieux des tableaux. Nous 11e savons pas précisément en quoi consistait cette loi projetée de signis et tabulis. Tout ce que nous pouvons conjecturer, d’après l’intérêt de curiosité quelle inspirait à Cicéron , alors éloigné de Rome , et d’après la manière railleuse et piquante dont un de ses amis, Cœlius, lui écrivait à ce sujet2, c’est que la réforme tentée par Appius n’eut pas, en ce qui concerne les statues et les tableaux, un résultat plus favo-

Ciceron. ad Amie, vu, 2 3 : Exhedria quædam mihi nova surit instituts in porticulà Tusculani. Ea volebam tabellis ornare ; elenim , si quid generis istiusmodi me delectat, pictüra delectat. Les mots exhedria et porticula , employés ici par Cicéron , ne se rencontrent . à ma connaissance, dans aucun autre texte d’auteur latin ; mais ce sont évidemment de ces diminutifs dont chaque langue abonde , et que chaque écrivain produit à volonté. On doit donc prendre ici les mots exhedria et porticula pour des diminutifs de exhedra et

de porticus; et Forcellini s’est trompé en interprétant le premier de ces mots par sièges ; car il eût certainement été bien difficile d’orner des sièges , ou même des bancs , avec des tableaux , sans compter que c’eût été là un assez ridicule emploi de la peinture , pour Cicéron qui l’aimait tant.

2 Cicéron, ad Atdc. vi, 9 : Tu mihi,

perscribas ; de republicâ , quam prævideo in summis periculis ; de censoribus , maximèque de signis, tabous quid fiat. Cf.

Epistol. Famil. vm , i4 : Scis Appium censorem hic ostenta facere ? de signis et ta-

râble quelle n’en eut pour son propre caractère. Cette digue impuissante d’une censure qui périssait par les vices du censeur et par ceux delà république elle-même, n’arrêta point le débordement de peintures dont Rome allait être inondée ; et l’art des Grecs, employé à l’ornement des murs de Rome, comme un vain trophée de la victoire, avait déjà perdu, dans ce triste abus de la puissance publique , presque toute sa valeur morale.

C’est donc ici que se termine, à proprement parler, l’histoire de la peinture antique. A partir de cette époque, il y eut des murailles peintes, des édifices entiers décorés de peintures, où des sujets historiques, rares et faibles réminiscences de l’art grec, se trouvaient encadrés dans un système tout nouveau d’ornements, du genre que nous nommons arabesque. Il y eut , en un mot , sur presque toute la face du monde antique , ce que nous avons trouvé à Pompéï, à Herculanum et ailleurs, et ce qui est trop connu pour avoir besoin d’être indiqué; ce qui nous charme , nous, qui n’avons jamais rien vu de la peinture des Grecs, et ce que déplorait Vitruve, en homme qui joignait aux connaissances d’un Romain le sentiment d’un artiste. Mais ce génie grave et pur de l’antiquité , d’accord avec cet emploi sobre et sévère de la peinture ; mais ce respect et , si je puis m’exprimer ainsi, cette religion de l’art, qui avait produit tant de chefs-d’œuvre, quand ses travaux, fécondés par la liberté, dirigés par le goût, adoptés par la croyance, constituaient autant d’objets de culte que de merveilles de l imitation, n’exista plus, du moment que les tableaux étaient devenus à Rome un luxe étranger, un ornement parasite de murailles, un motif banal de décoration. Dès lors, enfermées

bulis ;... et rursùs : Appium de tabulis et Middleton, Histoire de Cicéron, 111,65, signis agere. Add. Dion. Cass, xl , 63. Voy. trad. franç.

dans des pinacothèques , les peintures grecques n’y furent plus considérées que comme des objets précieux, qu’on estimait d’après ce qu’ils avaient coûté, et dont la valeur s’appréciait en sesterces ; et il put être vrai de dire de ces pinacothèques , ce que Pline avait dit de la Maison Dorée de Néron, à l’occasion des travaux d’Amulius, quelles avaient été la prison et le tombeau même de la peinture.

C’est de ce point de vue qu’il convient d’envisager l’histoire de cette branche de l’art transplantée à Rome. C’est en considérant que la peinture finissait pour les anciens, à peu près au moment où elle commençait pour nous, dans les seuls travaux qui nous en restent ; c’est en nous plaçant, par la pensée, dans la situation où se trouvait Pline en réalité, au milieu des monuments de la peinture des Grecs , rassemblés de toutes parts à Rome , qu’il faut apprécier le génie de cet art, et le jugement que Pline en a porté. C’était bien , en effet, sous l’impression qui devait résulter pour lui de ce grand nombre de peintures sur bois ainsi conservées à Rome de son temps , que Pline , en terminant l'énumération de ces peintures, seule chose qui nous en reste aujourd’hui, et en contemplant, d’autre part, cet abus de la peinture sur mur , porté au point d’envahir tout le domaine de la vie publique et privée1, avait prononcé ces mémorables paroles 2 : « Mais il n’y eut de gloire que pour les « artistes qui peignirent des tableaux; et c’est en cela que l’an-

1 Cest dans ce sens qu’il faut entendre encore ce regret exprimé par Pline , xxxv , 7 , sur la chute de la grande peinture , par suite du luxe des couleurs employées à la décoration des murailles : Nunc etpurpuris

in parietes migrantibus nulla nobilis

pictura est.

Plin. xxxv, jo, 4o : Sed nulla gloria artiûcum est, nisi eorum qui tabulas

pinxere ; eoque venerabilior apparet antiquitas. Non enim parietes excolebant dominis tantum , nec domos uno in loeo mansuras , quæ ex incendiis rapi non possent. Casulâ Protogenes contentus erat in hortulo suo. Nulla in tectoriis Apellis pictura erat. Nondùm libebat parietes totos pingere. Omnis eorum ars urbibus excubabat; pictorque res communis terrarum erat.

« tiquité se montre plus digne de nos respects. Alors, en effet, « on ne peignait pas des murs pour la seule jouissance de «maîtres d’un jour, ni des maisons, condamnées à périr sur «place, et toujours menacées d’un incendie. Protogène se « contentait d’une humble habitation dans son petit jardin ; il « n’existait point de peinture sur mur dans la maison d’Apelle. « On ne s’était point encore avisé de peindre des murailles « entières. L’art de ces grands hommes ne s’exerçait que pour « des villes ; et un peintre était alors la propriété commune « du genre humain. »

Un témoignage si grave et si solennel d’un homme tel que Pline, qui avait, à Piome, sous les yeux la plupart des chefsd’œuvre de la peinture grecque , ne pouvait éprouver de contradiction de la part de personne ; et depuis la renaissance des lettres , où tant de questions d’antiquité ont été agitées en tout sens, et tant de textes controversés de toute manière, cette opinion de Pline est restée l’oracle de la critique1. Vers la fin du siècle dernier, où un savant antiquaire ultramontain publia, sur Vusage public et sacré clés tableaux peints clans l’antiguité profane 2, un livre qui contient presque tous les textes de cette question, et que n’a certainement pas connu l’académicien qui vient de la reprendre , le nombre des savants qui avaient adhéré, sans une seule exception , au jugement de Pline, pou-

1 En interprétant de la même manière le témoignage de Pline , un savant antiquaire anglais du dernier siècle , Middleton, lisait ainsi le passage relatif à Apelle : Nulla in tectoriis , Apellis pictura erat ; voy. Antiqu.it. Miclclleton , tab. i , p. 12 ; d’où il suivrait que, de l’aveu de Pline, il n’y avait point de peinture d’Apelle sur enduit ; c’est peut-être là la vraie pensée de Pline ; et c’est

du moins une correction très-ingénieuse.

2 Ansalcli, de sacro et publico apiul Ethnicos pictarum Talularum. cultu, Augustæ Taurinorum, 1768, in-4°, p. 279 : Quia Græci Romanique pictores usum pingendi in linteis prorsùs ignorantes,.... suos credere labores ligneistabulis consueverant, ut fusé Menardus , Maffejus, Belgraclus, Abbas de Guasco, aliique sexcenti ostenderunt. Cf. ibid. p. 112, où il cite et commente le passage de Pline.

vait être évalué à six cents ; et ce nombre a peut-être été doublé dans l’intervalle d’un demi-siècle. L’antiquaire de Corinne qui publia , en 1791, la peinture antique sur ardoise trouvée dans le territoire de cette ville étrusque, et dont le travail, riche de faits et d’observations, a certainement aussi échappé à l’attention du même académicien, admettait avec tout le monde le témoignage de Pline ; mais comme il savait aussi qu’il avait existé des peintures sur mur dans l’antiquité, non-seulement en Grèce et en Italie , mais encore en Egypte et chez les Chaldéens, et que quelques-unes de ces peintures étaient attribuées à des artistes célèbres , tels que Polygnote , il expliquait l’espèce de contradiction qui semblait se trouver entre ces faits et le témoignage positif de Pline , en supposant que les meilleures peintures de l’antiquité grecque étaient exécutées sur bois et encastrées dans le mur, et que tout le reste , consistant en peintures sur mur, était d’une condition inférieure b C’est effectivement là la vérité ; c’est le problème de la peinture antique

1 Voy. la Dissertazione del marchese Venuti sopra un antica pittura trovata nel territorio Cortonese , dans les Atti di Corlon. T. IX , 1791 , in-4°, p. 22 1 , sqq. On y lit , à la page 224 , sous le n° 12 , la note que je vais transcrire en entier, pour montrer de quel côté se trouve la véritable intelligence delà question qui nous occupe, ou de la part de Venuti , qui connaissait et qui a cité tous les faits ; ou cle celle de l’académicien moderne , qui n’a fait aucun usage de ce travail : « L’uso di dipingere nelle pareli era antichissimo e praticato in Toscana ( Plin. lib. XXXV , cap. xxi ) , in Grecia , in Roma, in Egitto, e trovasi che si costumava fmo al tempo dei Caldei (Ezech.

cap. xxm ; près. ilRequen. T. I, p. 020). In Roma e nelîa Grecia assai prima di Lu-

dio si trovano dipinti portici e tempj , e ciô dai più rinomati professori. Sono note in Roma le pitlure di Damofilo e Gorgaso (Plin. lib. XXXV, cap. x) ; quella del tempio délia Liberté (Liv. lib. XXIV, cap. vr) ; quelle antichissime di Giunone in Ardea (Plin. lib. XXXV, cap. x); quella di Polignoto in Platea nel tempio di Pallade (Paus. lib. IX , cap. iv); quelle dell istesso autore in un pubblico edifizio in Delfo (Paus. lib. X, cap. xxv) , nel Pecile d’Atene ( Plut, in dm. ) e in un tempio in Tespi (Plin. lib. XXXV, cap. n) ; e finaimente i ritratti dei fdosofi più celebri dipinti nell’ Areopago e nel Pritaneo. Dopo tutto questo sembrerebbe Plinio in contradizione circa l’uso introdolto ai tempi d’Augusto di dipingere nelle pareti , e circa

réduit à sa plus simple comme à sa plus juste expression, c’est le résultat que je me crois d’avance autorisé à proclamer, comme étant conforme , sur tous les points , à l’examen de tous les faits de la question et l’académicien de notre âge , qui s’est chargé de soutenir la thèse contraire, pouvait s’épargner ce travail, en jetant les yeux sur celui de l’académicien du dernier siècle , qui a renfermé dans une seule note plus de faits appréciés avec plus de justesse qu’on n’en trouve dans tel long mémoire.

Mais pour en revenir au témoignage de Pline, admis par tous les critiques2, y compris M. Hermann, la seule restriction qu’on pourrait y faire, celle que propose M. Hermann0, et que j’accorderais volontiers, c’est que, s’il y eut dans l’antiquité grecque des peintres sur mur, ils eurent moins de mérite et de gloire ; et que , parmi les grands peintres , s’il y en eut qui s’exercèrent dans les deux genres , c’est surtout à leurs tableaux sur bois qu’ils durent leur célébrité. De cette manière, en effet, la part de la grande peinture , de la peinture historic/ue,

la celebrità di tali pitture. Ma la buona critica m’insegna, che prima di conlradire un autore di sommo credito , debba cercarsi ogni mezzo di giustificarlo ; perd son costretto a pensare che le più famose pitture fossero dipinte in tavola e incastrate nel muro, o veramente che fossero nella maggior parte di un généré diverso e inferiori aile altre. L’invenzione poi di Ludio , credo che si debba riferire alla facilita maggiore del meccanismo delta pittura , e al gusto di nuovi et stravaganti pensieri. »

; C’est aussi l’opinion qu’avait formellement exprimée M. Stieglitz , dans plusieurs endroits de ses archaol. Unterhaltungen , notamment, 1. 1, p. 167.

2 M. Wachsmuth oppose au témoignage de Pline le trait de la maison d’Alcibiade

peinte par Agatharque , comme s’il en résultait une contradiction ; voy. Hellenisch. Alterthumsk. vi, § i33, t. II, 349-5o. Mais cette innovation dans les habitudes de l’art, due à Alcibiade , resta longtemps un fait isolé , ou du moins bien rare ; et Pline n’a tracé l’histoire de l’art qu’en traits généraux et d’une manière sommaire : il n’y a point là de contradiction.

3 Hermann, de Pictur., p. 16 : Si nullam gloriam fuisse dicit artificum , nisi qui tabulas pinxerint, fuisse opor let qui, quôd non pinxerint tabulas, manserintobscuri. Opponit autem tabularum piclores pictoribus parietum ( du temps d’Auguste , tels que Ludiu? ) : fueruntergô qui parietes pingerent (oui, du temps d’Auguste), sed minore famâ; et si qui in utroque genere versati

demeure entière ; celle de la peinture sur mur reste subordonnée à deux suppositions ; et les applications particulières qui purent se faire de ce genre de peinture , dans quelques édifices sacrés ou publics , admises seulement à titre d’exceptions , d’une plus ou moins grande valeur, peuvent, à la rigueur, se concilier avec les faits. Or, cette opinion de M. Hermann revient absolument à celle que j’avais conçue moi-même , après avoir cité ces fa ts et signalé ces exceptions. Jusqu’ici donc, tout le monde s’est trouvé d’accord pour entendre et pour expliquer le texte de Pline. Une seule contradiction s’est élevée; c’est de la part de l’académicien français, qui n’a vu, dans toute l’antiquité grecque et romaine , que des peintures sur mur , de tout ordre et de toute main. Suivant lui , le témoignage de Pline doit s’entendre unicfuement des peintres qui peignirent sur bois, dans des maisons particulières , attendu que la phrase de Pline se trouve précisément encadrée dans l’article où il est question des peintures de maisons. Ainsi, pour bien comprendre l’idée de Pline, il faut découper ce précieux lambeau de son texte, et le détacher de tout ce vaste ensemble de notions sur la peinture, dont il a été regardé jusqu’ici comme le corollaire, pour le coudre à la phrase unique qui précède immédiatement. Au moyen d’une opération si simple, si commode, on perd, à la vérité, la (jloire des peintres qui, comme Zeuxis, Parrhasius, Apelle, Protogène ou Euphranor, peignaient sur bois pour des temples ou des édifices publics , et dont les villes et les peuples se disputaient les tableaux , c/uorum tabulæ singulæ oppulorum vernirent opibus 1 ; mais on y gagne la (jloire de cette foule d’ar listes, tous malheureusement inconnus, qui travaillèrent sur bois,

erant, labulis magis quàm parietibus pictis inclaruere.

Pb’n. xxxv, 7. Voy. sur ce passage de

Pline , les observations de Durand , Hist. de la Peint, p. 187 ( A ) , et 222 (U ).

dans des maisons particulières , où, jusqu’ici, l’on n’a pas trouvé une seule peinture sur bois. Telle est la nouvelle interprétation que l’on propose du texte de Pline ; et , loin de la combattre , je la recommande à l’attention des critiques et à celle des antiquaires, pour qu’ils aient à rechercher, dans les textes et dans les maisons de l’antiquité , cett e gloire des peintres sur bois, que, jusqu’ici, tout le monde avait cru trouver partout ailleurs.

L’ensemble de tous les faits qui viennent d’être exposés , joint à l’énumération de toutes les peintures grecques, connues ou décrites par Pline , a dû nous prouver , d’accord avec son témoignage exprès et formel, que c’étaient des peintures sur bois, apportées à Rome de la manière que nous l’avons indiqué. Il existe pourtant un exemple d’une peinture sur mur , enlevée de la muraille même , et transportée de Sparte à Rome ; exemple cité par M. Hermann et par l’académicien français, qui, l’un et l’autre, en ont tiré des inductions plus ou moins graves, plus ou moins étendues. C’est donc un fait qui mérite que nous nous y arrêtions quelques instants, à raison de l’importance qu’on y a attachée, et de celle qu’il a en effet.

Il s’agit de peintures exécutées sur un mur de briques, à Lacédémone , puis sciées dans le mur même , et enchâssées dans des cadres de bois, de manière à avoir pu se transporter, en cet état, dans le Comice de Rome, pour y servir à l’ornement de l’édilité de Yarron et de Muræna. Tel est le fait rapporté par Vitruve \ et reproduit par Pline, à peu près dans les mêmes termes2, au point qu’il est évident pour tout le monde, comme

‘Vitruv. ii, 8, 9 : Item Lacedæmone 2Plin. xxxv, i4,49 : Lacedæmone quiè quibusdam parietibus etiam picturæ exci- dem excisum latericiis parietibus opus tecsæ, intersectis lateribus , inclusæ sunt in torium, propter excellentiam picturæ ligneis formis , et in Comilium ad orna- ligneis formis inclusum , Romain deportatum ædilitatis Varronis et Murænæ fuerunt vere , in ædilitate , ad Comitium adornanallatæ, dum , Muræna et Varro. Qüum opus per se

cela est avoué par le savant éditeur de Vitruve, M. Schneider, cjue Pline a eu sous les yeux le texte de son auteur. Mais il y a fait pourtant quelques additions, qui ne sont pas sans importance : la première, c’est que cet enduit fut enlevé à cause de l’excellence de la peinture; la seconde, c’est que cette peinture même, admirable en soi, Tétait bien davantage pour avoir pu être ainsi transportée.

M. Hermann s’est étonné que ce témoignage de Pline, si important pour la question qui nous occupe, n’ait encore été produit par aucun des savants qui l’ont traitée. Je pourrais m’étonner, à mon tour, que M. Hermann n’ait cité que le texte de Pline, sans faire aucune mention de celui de Vitruve, qui était le plus considérable à tous égards ; car le témoignage de Vitruve, antérieur de près d’un siècle à celui de Pline, devait avoir à ce titre la priorité ; et, quand il s’agit de murs, l’autorité de Vitruve passe avant toute autre.

Le critique français qui a connu les deux témoignages , et qui n’a pas manqué non plus de se prévaloir de les avoir cités le premier dans cette discussion , n’a paru surpris que d’une chose, c’est que Pline ait parlé d’un fait si remarquable, légèrement et comme par hasard, sans indiquer le sujet d’une si excellente peinture , et sans en nommer l’auteur. Mais s’il y a quelque part de la légèreté , ce n’est pas du côté de Pline , qui a placé la mention du trait en question précisément dans l’endroit où il convenait qu elle fût , c’est-à-dire dans le chapitre où il traitait des murs en briques. Du reste , si le critique de Leipzig et l’académicien de Paris se sont flattés l’un et 1 autre d’avoir ajouté, en citant ce fait remarquable, un élément nouveau à la question , l’un et l’autre se sont trompés.

mirumesset, translatum tamen MAGis ræna tombe à l’an 60 avant J. C. , Lanauze, mirabantur. L édilité de Varron et de Mu- Mém. de V Acad. , t. XXV , p. 2g4-

Pour ne pas sortir de notre académie , et ne pas remonter plus haut que le milieu du dernier siècle, le savant Lanauze, dans son Mémoire sur le XXXVe livre de Pline , a rapporté, sur la foi de cet auteur , et avec toutes ses circonstances , le trait de la peinture sur mur enlevée d’un édifice de Lacédémone , et transportée dans le Comice de Rome 1. Quant aux critiques modernes qui se sont occupés du même fait, je citerai particulièrement M. H. Meyer , qui conjecture que cette peinture fut enlevée du Leschè de Sparte2 * *, d’après le seul motif que ce Lesché, nommé aussi Pœcile, avait dû être orné de peintures0; M. Stieglitz, qui oppose cet exemple unique de peintures sur enduits , abcici, à l’usage général des peintures sur bois, tabulæu ; et M. Grand, qui, dans son ouvrage sur la peinture des Grecs, où il s’autorise du témoignage de V itrave , aussi Lien que de celui de Pline , et où il combat l’idée que cette peinture sur minait pu être une fresque, a judicieusement fait observer qu’en tout cas, il s’agissait ici d’une opération habile de transport, plutôt que d’un excellent morceau de peinture 5. On ne supposera pas sans doute qu’un trait de l’histoire de l’art antique , qui avait excité à ce point l’ attention de critiques et d’antiquaires modernes dont les travaux me sont si familiers , ait pu échapper à la mienne, non plus qu’à celle de M. Boettiger; et je serais peut-être fondé à présumer une omission de ce genre , sinon de la part de M. Hermann , du moins de celle de l’académicien

1 Ce mémoire , lu en 1753, a été publié

en 1759, clans le recueil de l’Académie, t. XXV, p. 2i5-3oi ; voy. à la p. 294,

not. e , la citation et le passage de Pline.

C est de ce mémoire de Lanauze que sont empruntés tous les traits relatifs à l’histoire de l’art chez les Romains , rapportés par

Meierotto, über Silten der Rômer , et en

particulier celui-là, Th. II, S 3g-4o.

2 Geschich. der bild. Kiinst. I, 246, et II,

3 Pausan. m, i4 , 2 , et xv , 6 : A îir^n -A iirli xcLhoufAivri to/jc/aw.

4 Stieglitz, archaol. Unterhalt. I, 160.

5 Grand, die Malerei der Griechen, t. I, p. 3o8-3og.

français, qui ne paraît avoir fait aucun usage, ni même avoir eu aucune connaissance du travail de Lanauze , encore moins de ceux de Grund et de Stieglitz. Mais je me borne à me disculper moi-même sur le fait de l’oubli qui me serait attribué ; et c’est en faisant observer que je n’ai point fait ni dû faire mention du trait dont il s’agit, par trois raisons : premièrement, parce que Pline ne dit point si cette peinture se trouvait dans un édifice public, et que Vitruve donne lieu de présumer le contraire ; secondement, parce que ni l’un ni l’autre n’indiquent en aucune façon si elle était du genre historique ; troisièmement , parce qu’ils n’en font pas connaître l’auteur. Faute de ces trois conditions essentielles , la peinture en question , quel que fût d’ailleurs son mérite ou sa nature, se trouvait tout à fait en dehors de la question que je m’étais proposé de traiter. Maintenant que la mention en a été produite dans la discussion qui nous occupe , j’accorde , si l’on veut, que cette peinture sur mur existât dans le Lesché de Sparte , comme l’a conjecturé M. H. Meyer ; quelle fût de style historique , et quelle provînt de quelque maître célèbre , comme l’a supposé l’académicien français ; avec ces trois concessions, qui doivent satisfaire la critique la plus exigeante, mais dont il n’est au pouvoir de personne de fournir la preuve , examinons le fait en lui-même , pour en apprécier la valeur.

Nous avons vu que Vitruve dit que cette peinture fut enlevée de certaines murailles, è cjiiibiisclam parietibas : cela n’indique pas qu elle se trouvât dans un édifice public de quelque importance ou de quelque célébrité , tel qu’un temple ou un portique. En second lieu, Vitruve se tait absolument sur le mérite quelle pouvait avoir sous le rapport de fart : cela ne prouve pas qu elle fût du premier ordre, du moins au jugement de Vitruve, qui était un artiste. C’est Pline, le savant, qui, dans la citation qu’il emprunte textuellement à 1’arclii-

tecte , ajoute la circonstance, propter excellentiam picturæ ; sorte de parenthèse, qui a peut-être moins de valeur dans le texte de Pline qu’elle n’en aurait eu dans celui de Vitruve. Mais ce qui mérite surtout la plus haute considération , c’est la dernière phrase ajoutée tout entière de la main de Pline, savoir, que : cette peinture, admirable en soi, l’était bien davantage pour avoir pu être ainsi transportée ; car il en résulte positivement que le mérite de l’art, à quelque degré qu’il fût porté dans une peinture dont on paraissait du reste ignorer l’auteur, et dont on n’indiquait pas le sujet, que ce mérite de l’art n’était ici que secondaire auprès de l’habileté qu’il avait fallu pour enlever cette peinture d’une muraille de briques, et pour la transporter intacte dans des cadres de bois. Or, pour qu’une pareille opération excitât à ce point l’admiration de Pline et de ses contemporains, un siècle encore après quelle avait été portée à la connaissance des siens par Vitruve ; pour quelle parût, durant un si long espace de temps, une sorte de merveille à Rome, il fallait que les exemples en eussent été bien rares, ou même, il fallait qu’il n’y en eût pas eu un second exemple; autrement, Pline, écrivant un siècle après Vitruve, n’eût pas été réduit , ou ne se fût pas borné à emprunter textuellement cette citation à Vitruve. Le fait ainsi expliqué, et il n’est pas possible de l’admettre autrement , il en résulte un témoignage de plus pour l’ existence de la peinture sur mur chez les Grecs ; et c’est effectivement le seul usage qu’en ait prétendu faire M. Hermann ; encore sans qu’on puisse en inférer, avec la moindre certitude, que ce fût une peinture de style historique , et de la main d’un grand maître. Mais quant aux inductions qu’en a tirées l’académicien français , sur les nombreuses occasions qu’il avait pu se présenter de renouveler cette opération ; sur l’espèce de pratique qui avait pu s’établir

de ce genre de transport , au point que des peintures réputées sur bois, et appelées tabulæ , avaient bien pu n’être en effet que des peintures sur mur , transportées dans des cadres de bois, in ïujneis formis, j’affirme, sans hésiter, que de pareilles inductions , réfutées par le texte même de Pline , qui signale comme une merveille l’exemple unique qu’il cite de l’opération dont il s’agit, sont contraires à toutes les règles de la critique, comme à tous les faits de la science. Nulle part, il n’est question, dans l’histoire de l’art, non plus que dans celle de Piome, de ces peintures, qui auraient été sciées dans le mur, et qui auraient fourni à l’orgueil des triomphes romains un si rare trophée , un ornement si digne d’être célébré ; et parmi tant de détails qui se rapportent à l’enlèvement des peintures grecques, et qui tous impliquent nécessairement la condition de peintures sur bois , il n’est pas possible de supposer qu’il ne se fût pas rencontré quelque circonstance relative à des peintures sur mur détachées pour cet usage et à cette occasion , s’il y eût eu effectivement, dans la Grèce antique, tant de peintures sur mur qu’on l’a présumé, et si l’on eût connu, à Piome, tant d’applications du procédé indiqué par Pline. Le silence de l’antiquité tout entière se trouve donc d’accord avec le texte de cet auteur pour réduire tà un exemple unique l’opération qu’il rapporte , conséquemment à rien , toutes les inductions qu’on en a tirées.

Je ne devrais peut-être pas parler des quatre tableaux , détachés de la muraille, qui furent trouvés dans une chambre d’une maison antique, à Stabia, comme le croyait Winckelmann1, ou cà Portici, comme l’ affirment les académiciens d’Herculanum 2 ; tableaux dont on s’est servi pour prouver que

Winckelmann, Stor. dell’ Art. L. VII, 2 Pittur. d’Ercolatio, t. IV, tav. 4i , 4a , c. ni , § 1 8 , t. II, p. 937-38,ed. Prat. 43,44-

les anciens avaient en souvent recours à ce procédé d’enlever des peintures sur mur, afin de les transporter ailleurs, ou de les disposer autrement : mais ce fait n’a réellement aucun rapport avec la question qui nous occupe. Il existe bien d’autres peintures antiques qui sont dans le même cas 1 , et dont l’académicien français ne semble pas avoir eu connaissance ; sans compter qu’il ne paraît pas s’être fait une idée exacte de celles qu’il a citées, et cela, faute de les avoir vues. Ces tableaux, qui ne sont ni plus ni moins médiocres que tant d’autres, qu’aucun mérite tant soit peu signalé ne recommandait dans l’antiquité à l’intérêt de personne, mais qui pouvaient être, pour leur propriétaire , l’objet de quelque prédilection particulière, ces tableaux, dis-je, n’avaient pas été transportés de loin, de la Grèce ou d’ailleurs, comme on l’a supposé , sans doute d’après le besoin qu’on en avait; ils avaient été détachés de la chambre même où ils furent trouvés, ainsi que Winckelmann a pris soin d’en avertir, pour éviter aux futurs antiquaires l’erreur où est tombé le moderne académicien. Le voyage qu’on a fait faire à ces peintures n’a donc jamais existé en réalité ; et ce sont des frais d’imagination qu’on eût pu s’épargner en lisant attentivement le passage entier de Winckelmann. Du reste, l’opération de l’ancien propriétaire, quel qu’en fût le motif, n’a rien de plus remarquable ni de plus

1 Telle est, entre autres , la peinture de Civita , qui fut trouvée enchâssée dans du bois, ligneis formis inclusa, et, en cet état, attachée , au moyen de crochets de fer, dans la muraille d’une chambre , où il y en avait eu d’autres encore rapportées de la même manière , à en juger d’après les vides qu’elles avaient laissés dans la paroi ; voy. jes détails que donnent à ce sujet les académiciens d’Herculanum , Pitture , t. II,

tav. xxviii, p. i5g ,2), et M. le chan. Jorio, Peintures anciennes , n. n3, p. 12, Naples, i83o. Je reviendrai ailleurs sur cette particularité dont il existe plusieurs autres exemples, et qui sert à établir , d’une manière si positive, l’usage qu’avaient les Romains de rapporter dans le mur des peintures exécutées sur bois ou sur enduit ; d’où résulte la présomption que les Grecs avaient connu ce procédé.

difficile que celle qui s’exécute tous les jours, sous nos yeux, pour détacher des murs de Pompeï les peintures qu’on veut conserver, et qui se transportent au musée de Naples. Mais qu’a de commun cette circonstance , qui s’explique si naturellement du premier coup cl’œil que l’on jette sur les enduits de Pompeï et d’Herculanum , avec le fait de peintures sur mur, qui auraient été enlevées , en Grèce , dans de grands édifices de marbre ou de pierre ? Et que nous importe de savoir que les anciens habitants de ces petites villes gréco-romaines de la Campanie se plaisaient à transporter d’une chambre ou d’une maison dans une autre des pans de mur, qui se prêtent si aisément, de nos jours encore, à une pareille opération, même pour de plus longs voyages , puisque nous possédons , à Paris , dans notre musée du Louvre , de ces peintures détachées des murs d’Herculanum ? Qui ne sait, d’ailleurs, que des morceaux de peinture antique, exécutés sur mur ou sur tuf, ont été recueillis à Rome, dans des palais, des thermes, des villa, des tombeaux, et détachés , avec l’enduit qui en formait la hase , de la place où ils se trouvaient , pour être transportés de là dans des musées , sur presque tous les points de l’Europe 1 ? Il faudrait n’a-

1 Voyez ta manière dont il est rendu compte, dans l’histoire de notre Académie, t. V, p. 297, du transport, à Paris, d’un morceau de peinture antique, découvert, en 1721, sur te mont Esquilin , à Rome , et enchâssé dans du bois pour être mieux conservé; voyez surtout ce que dit le docteur Middleton, au sujet d’une de ces peintures provenant d’un tombeau romain, qu’il avait fait enlever, avec l’enduit, de la muraille, et transporter en Angleterre, Antiquit. Middleton. Tab. 1, p. 1 : Picturamlianc antiqaam, ex sepulchri cujusdam parietibas, utu't cum ipso parietum tectorio excisant i, Româmecum in

Angliâ advexi. Quelques lignes plus loin , il cite d’autres peintures antiques , apportées plus tard en Angleterre par le célèbre docteur Mead ; et il compare ce procédé des amateurs modernes avec celui des anciens eux-mêmes, dont il cite pour exemple le trait de Varron et de Muræna rapporté par Pline. L’ouvrage de Middleton a paru en 1 745 ; et l’on voit encore par cette citation ajoutée à tant d’autres, depuis combien d’années et par combien de mains différentes ce trait de l’histoire de l’art, fourni par Vitruve et par Pline, était entré dans le domaine de la science : ce qui diminue

voir jamais vu de sa vie de peintures antiques , n’avoir jamais entendu parler de la Noce Aldobrandine , des figures de Rome et de Vénus, du palais Barbe rini , des peintures des thermes de Constantin , au palais Rospigliosi , de celles du tombeau desNasons , à la villa Altieri, des peintures d’une antique villa, récemment trouvées à Tor-Marancio , maintenant au Vatican 1 , de celles d’un tombeau de la vigne Ammendola, apportées à Paris même, il n’y a pas encore trois ans, et de tant d’autres, pour ignorer un fait aussi vulgaire. Mais alors, que servirait de le citer ? et qui jamais a pu douter qu’une opération pareille à celle qui s’exécute chez nous ait pu avoir lieu dans l’antiquité romaine? Ce qu’il fallait dire, et surtout ce qu’il fallait prouver, c’est que des peintures, de style historique , et de la main des grands maîtres de l’art, avaient été détachées, de cette manière , des murailles de marbre où elles se trouvaient, dans des édifices publics de la Grèce. Or , c’est ce dont il n’existe pas un seul exemple connu dans l’histoire de fart, pas une seule preuve directe, fournie par un témoignage classique ; et c’est pourtant là la question.

Jusqu’ici , tous les témoignages directs , toutes les preuves matérielles, toutes les présomptions morales, sont acquises à l’opinion qui regarde la peinture sur bois, de style historique, et de la main des grands maîtres, comme la pratique générale et constante de l’antiquité, dans les beaux temps de l’art; et la peinture sur mur , avec les mêmes conditions, si elle eut lieu dans la Grèce ( car ce n’est qu’une hypothèse ) , comme Y exception à cet usage. Les notions attachées aux mots 7nvouu<; et

beaucoup le mérite de la découverte que se flattait d’en avoir faite le savant académicien de nos jours.

1 Ces peintures , que j’ai fait copier, en

1827, avec tout le soin possible , forment le sujet des planches I, II, III, IV et V de cet ouvrage; et j’en donnerai, dans un autre endroit, l’explication détaillée.

tabulæ; les circonstances relatives au déplacement et au transport des tableaux , se sont trouvées d’accord avec le témoignage formel de Pline , pour nous faire considérer les chefs-d’œuvre de la peinture grecque , conservés à Rome , du temps de cet écrivain , comme étant des peintures sur bois. Nous ne sommes pourtant encore qu’au début de la discussion qui nous occupe ; et si j’avais dû faire intervenir , dans ce débat préliminaire , les faits relatifs aux concours de peinture qui s’établirent en divers endroits de la Grèce , à Delphes, à Corinthe, à Samos, à Éphèse, entre des artistes du premier ordre, tels que Panænus, Zeuxis, Parrhasius, Timanthe; si j’avais dû y mêler les anecdotes de l’histoire de l’art, où tous les faits, sans exception, se rapportent à la peinture sur bois, par l’emploi des mots 7 et tabula l, si j’avais eu à parler des expositions de pein-

1 On connaît l’anecdote du peintre Pauson , qui s’était chargé de peindre pour un amateur ignorant un cheval se vautrant à terre, et qui représenta V animal galopant ; sur quoi , l’amateur s’étant emporté en reproches contre l’artiste, celui-ci retourna le tableau, KccliaTpî^t lov nPNAKA , et crut avoir satisfait son homme , en lui montrant l’animal renversé sens dessus dessous. Ce trait, pour être rapporté par Plutarque, de Pyth. Orac. § 5 ; par Lucien , Encom. Demos lit. § 24; et par Ælien, II. V., xiv, 1 5 , n’en est pas plus digne de foi ; et feu M. Lévesque, dans son Mémoire sur la peinture des Grecs , avait eu quelque raison de s’en moquer; voy. Mèm. de l’Institut, 1. 1, p. 4 1 6-i 7 ; Boettiger, Archüol. d. Maler. p. 2 66. H y avait pourtant quelque chose d’instructif à tirer de cette anecdote ridicule , et c’est ce que n’a point fait M. Lévesque. Le peintre grec Pauson devait prêter, par son caractère ou par la nature de son talent, à

des inventions de ce genre , puisqu’il fut en butte aux railleries d’Aristophane, in Plut., 602 , et Thesmophor. , v. 967 ; cf. Scholiast. ad hh. IL, et puisqu’il encourut , ce qui est plus grave encore , les reproches d’Aristote, pour s’être fait une manière de peindre contraire au sentiment de la beauté et à la dignité de l’art. C’est sous ce rapport que le philosophe de Stagire cite cet artiste , à deux reprises , Poët. , c. 2 , et Polit., vin , 5 , en l’opposant à Polygnote , son contemporain. C’était donc un peintre, de l’ancienne école attique, et d’une assez grande renommée , pour qu’Aristote crût avoir encore besoin de prémunir les jeunes gens de son temps contre l’influence pernicieuse des principes et des ouvrages de Pauson. Or, cet artiste peignait sur lois : ce qui résulte de la tradition, vraie ou fausse , du tableau retourné, 1 tctlitn-pi^î lov'urîvoix.a.. Je me borne à cet exemple entre un si grand nombre d’autres que

tures 1 qui eurent lieu clans la Grèce, en tant d’occasions diverses, et qui prouvent que ces peintures étaient nécessairement sur bois ; s’il m’avait été permis de joindre à ce détail les allusions fournies par la littérature grecque tout entière 2, par la poésie, par le théâtre, qui, toutes aussi, s’adressent à des tableaux, à des peintures sur bois, j’aurais pu donner à ce qui n’est encore qu’une opinion infiniment plausible l’autorité qu elle acquerra bientôt d’un fait irréfragable ; et j’aurais pu dire en toute assurance, avec un écrivain atticpie, avec le poète Ana-

je pourrais citer, et qui trouveront leur place et leur emploi dans mon Histoire de l’art des Anciens.

1 Telle était la peinture représentant Slratonice dans une situation qui devait faire rougir le modèle , et servir de vengeance à l’artiste , et que l’auteur exposa en public, dans le port d’Ephèse, Plin. xxxv, 1 1 , 4o : tabulam in porta Ephesi proposuit. C’est de la même expression que se sert Pline , ibid. îo , 36 ,'en parlant de Y exposition qu’Apelle avait coutume de faire de ses tableaux : Idem perfecta opem proponebat pergulâ transeuntibus , atque post ipsam tabulam latens , vitia quœ notarentur auscultabat ; et je cite ce trait de la vie d’Apelle, parce qu’il est impossible de n’y pas voir la preuve positive que ses peintures étaient sur bois, et que le mot tabula , employé ici par Pline comporte nécessairement cette idée , ici et ailleurs. Le même usage d 'exposer des peintures en public est rapporté, au sujet d’un artiste inconnu, comme un trait de mœurs générales , par un écrivain grec d’un âge postérieur , par Dion Chrysostôme , en des termes qui correspondent tout à fait à ceux de Pline , Orat. lxxxiii , t. II , p. 42 1 , Reisk. : Za>ypcl<pov yapkvloç ipyov , TPA- •Î'H'n t ivct ÜPOQENTOS tiç t o çavipo'y ;

passage où le mot rPA^H'N a manifestement la valeur de flINAKA. Une notion pareille résulte de Y exposition faite à Olympie, dans la célébration des jeux, du célèbre tableau des noces de Pioxane, par Aëtion, Lucian. in Herodot. S 65 ; cf. Imacj. § 7 ; et le fait seul parle si clairement , qu’il serait aussi superflu de s’arrêter à en déduire la preuve , que difficile d’en infirmer l’autorité. Je ne parle pas de Yexposition à prix d’argent que Zeuxis aurait faite de son tableau d’Hélène ; trait de l’histoire de l’art qui ne me paraît pas suffisamment constaté; Rhodigin. Antig. Lect. x , 67 ; Ansaldi , de sacr. Tabul. pict. Usu , p. 2 3o. Les exemples que j’ai cités mettent hors de doute , pour la Grèce antique, Yexposition faite, en certains cas, de peintures, toutes sur bois; et nous savons que le même usage se pratiqua fréquemment à Rome , à l’égard des peintures grecques.

2 Telle est, entre autres, celle-ci que me fournit un passage d’une oraison récemment retrouvée de Thémistius, où l’auteur compare les ouvrages de Pauson , si supérieurs en nombre , mais si inférieurs en mérite à ceux de Zeuxis et (Y A pelle , et où, pour désigner les tableaux de petite dimension de ces deux grands maîtres , par

xandride : Ce c/ue l’art de nos peintres produit de plus parfait s admire suspendu dans des tableaux 1 :

"Tuv ÇaypdÿMV fxiy n x.a.Afi ^iipovpyia.

EV t o7ç ni'NAEI KPEMAMENH 0 au/ua^ou.

Mais, après avoir ainsi rétabli dans tous ses droits, dans toutes ses conséquences , le fait capital de la peinture sur bois , il me tarde d’entrer dans le détail des faits qui concernent l’histoire de cet art appliqué à la décoration des édifices sacrés et publics , chez les Grecs et chez les Romains. Si le champ est vaste, le terrain est préparé de manière que nous puissions y marcher d’un pas plus ferme et plus rapide ; et nous y trouverons, avec de nouveaux motifs de nous affermir dans notre conviction, les moyens de déterminer, d’une manière plus précise et plus sûre qu’on ne l’a fait jusqu’ici, la part, certainement très-restreinte , que la peinture sur mur put obtenir dans cette décoration, et la part, bien autrement considérable, qu’il faut nécessairement y attribuer à la peinture sur bois.

analogie avec ceux de Pauson, qui étaient généralement dans ce cas , l’écrivain se sert du mot 'snvdx.iov . Themisl. de Prœfect. suscept. § n , p. 4o, ed. Ang. Mai. : Il oV&> 'TrMicti tci nâtruvûç (leg. nawùjraç) tpyct, to>v ZivfydùÇ H T00V ’A'WtA AOC ; T tç ÛVV OU TTpodpUX

IIINAKION iV iKitVOlV ron euSpoTy, n 'naea.y ôfj.ov %v n damoç (leg. Tlcttjiruvoç) Ti^vviv ; Ce passage prouve que la célébrité de Pauson se maintenait encore au temps de Thémistius , du moins en ce qui concerne la fécondité de son talent ; et que la tradition des peintures sur bois, IIIN A'KIA, attribuées aux maitres de l’ancienne école, n’avait reçu aucun changement par suite de l’habitude de peindre sur mur, devenue géné-

rale à cette époque. C’est ce qui résulte encore , pour une époque bien plus récente , pour le siècle d’Héraclius, de ces deux passages que j’emprunte à Tliéophylacte Simocatta, et que je cite d’après l’excellente édition que vient d’en donner M. Boissonade, Theophyl. Simocatt. Dialog. p. 9 : Opct y.01 TOVÇ ’ATTiAAOt/ IIINAKAX ; et Epistol. p. 32 : Naî A tovç a.-i.iuJ'iiç UctppoLaîov EIINAKA2.

1 Anaxandricl. apud Athen. vi, 227, B c. xi, p. 373, ed. Schweigh. Cf. Himer. Eclog. xxxii, 11 : sG/aoi A <roi 9e icov ttc çotp.udx.cev ypd-Lcu tov niNAKA ; et Orat. xn, 2 : IIl'NAE p-iv a.p')i iv'lpiTTiiiç toi £o>ypd<pg> k eu TS’poç muaypci®idv iloipioç.

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