‹ Pékin et ses habitants; étude d'hygièneChapitre 6 sur 13 · DISTRIBUTION DES EAUX · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DES EAUX

Porte tic Tsien-Men.

Parc où se trouve la montagne

Id.

Hata-Men.

de Charbon.

kl.

Shoun-tze-Men.

Lacs du Palais.

Anting-Men.

Réservoirs.

Id.

To-Shan-Men.

Lcgaiion de France.

Id.

Tche-Koua-Men .

Légation de Russie, d'Angle-

Id.

Toung-tche-Mcn.

terre, des États-Unis.

Id.

Ping-tze-Meti.

Cathédrale du Nan-Thang.

Id.

Si-tche-Men.

Pch-Thang, centre des Missions

Id.

Shouan-tze-Mcn.

catholiques.

Id.

Nan-Tze-SIen.

2ti.

Greniers du Gouvernement.

Id.

Houng-tiug-IvIen .

Marchés.

Id.

Tiang-tzc-Men.

Couvent russe.

là.

Id.

Cha-Goua-Men.

Canal dc^Tong-tchcou et éclu-

Temple

du Ciel.

ses.

Temple

de l'Agricultm-e.

Canal venant de Haï-tien.

Nota. Ce plan étant reproduit ici en vue de donner une idée d'ensemble de la ville, et de l'acilitcr l'étude de la distribution des eaux, indique seulement les grandes voies de communications. Leur largeur, ainsi que celle des murailles, a été augmentée à dessein, et n'est pas en proportion avec l'échelle métrique.

PÉKIN ET SES llAlUTANTfi.

A I , . ..1 Palais tmpérnaZi C r"^^^ î-i2Zey Tartare/.

D (N'NN^'y^t Ville/ Έtoi^e/.

fSS.'^A Fortifications:

\%^ilfi-i\ Parties iovyées.

Caicrani/. /// J^arrxi^eS:

Pressé et Dessiné par If W. Morachi;

transit du sud au nord de la Chine a pris la voie de mer jusqu'à Tien-Tsin. Jadis ce trajet était fort dangereux, de véritables escadres de pirates arrêtaient et rançonnaient les convois; aujourd'hui si la piraterie existe encore, elle a cependant diminué; les convois se font accompagner par des navires européens bien armés, lorsque les négociants chinois ne préfèrent pas confier à ces derniers seuls le transport de leurs marchandises.

Tien-Tsin et Tong-Tchéou n'en restent pas moins deux centres fort importants pour Pékin; les denrées qu'envoie le Sud pour suppléer à l'insuffisance de production du Pétché-ly passent toutes par ces deux points et y entretiennent une grande animation.

Pékin fut bâti par le premier empereur de la dynastie mongole, Khoubilaï-Khan, petit-fils de Tching-gis-Khan, le grand chef politique et religieux de la race mongole, prophète inspiré qui lança ses hordes barbares comme des avalanches, à la fois sur l'Europe et sur l'Asie.

Khoûbilaï-Rhan ne fut guère définitivement accepté comme Empereur par les Chinois que vers 1280, et c'est à peu près à cette époque qu'il construisit sa capitale. Le fameux voyageur Marco-Polo séjourna quelque temps à la cour du Grand Khan, et a laissé une description de Pékin assez semblable à ce que nous constatons encore huit siècles plus tard.

Pékin affecte une figure géométrique très-régulière, et représente un rectangle dont les côtés sont N. et S., E. etO. ; le côté S. forme le grand côté d'un second rectangle légèrement trapézoïde , dont la surface est un peu moins étendue que celle du premier. Le rectangle supérieur constitue la ville tartare ou manlchoue, l'inférieur la ville chinoise.

La ville tartare est séparée de la ville chinoise par des fortifications aussi développées sur cette face que sur les

autres, nous prouvant que la race victorieuse a de tous . temps eu la crainte d'une insurrection possible des peuples conquis.

Au centre de la ville tartare s'en élève une seconde, également protégée par un mur d'enceinte, la ville rouge ou impériale, au milieu de laquelle se dressent d'immenses constructions abritées par de larges fossés et de solides remparts : c'est la demeure du Fils du Ciel. — Il a su se mettre ainsi, par une série de trois lignes de défense, à couvert de manifestations trop expansives de son peuple parfois turbulent, et entourer sa demeure de celle de ses anciens compagnons du désert, les Tartares-Mantchoux , qu'il faudrait écraser avant d'arriver jusqu'à lui.

Quelques chiffres suffiront pour faire apprécier les dimensions de cette ville dans laquelle les formes géométriques ont été recherchées avec soin.

La ville tartare mesure du N. au S. 5 500 mètres; de l'E. à l'O. , 6 500; sa superficie est de 3 575 hectares, son périmètre, de 2/i kilomètres; la ville rouge contient en surface 668 hectares.

La ville chinoise compte du N. au S. 3 35(3 mètres; de l'E, à l'O., 7 500; sa superficie est de 2 500 hectares, son pourtour, de 21 kilomètres.

En combinant les deux villes pour avoir la totalité de Pékin, on trouve que la superficie est de 6 000 hectares, le périmètre de 32 kilomètres à quelques unités près.

On se fait une idée assez juste de ces dimensions en se représentant une ellipse irrégulière dans laquelle serait inscrit un rectangle; l'ellipse représente Tenceinte fortifiée de Paris qui a 36 kilomètres, le rectangle, l'enceinte de Pékin, qui n'en a que 32 ; la superficie de Paris est de 9 Û50 hectares. Pékin a environ un tiers en moins, mais dans cette dernière ville les maisons vont jusqu'aux fortifications, tandis qu'à Paris il existe beaucoup de terrains

MORACHE. 2

t8 ÉTUDE D'UYGliiNE.

non construits qui forment une partie de la banlieue récemment annexée.

Un point important à déterminer, comme hygiène urbaine, est sans contredit le rapport entre le nombre des habitants et la surface dont ils disposent, rapport qui exprime la densité de la population. Or, à Pékin, le chiffre exact de la population est incertain; il existe bien un contrôle qui servirait à l'établir, c'est le rôle des impôts ; mais ceux-ci sont répartis par famille et l'on ne sait au juste combien il y a de membres dans chacune d'elles. En effet , elles ne comprennent pas seulement le père, la femme et les enfants, mais les secondes femmes, les frères cadets et leurs enfants, les domestiques, etc.

Quand on consulte les mandarins les plus élevés en grade, ils répondent par un chiffre excessif qu'il ne faut pas prendre à la lettre et qui, dans leur idée, veut simplement dire « une multitude innombrable » (dix mille fois dix mille). Sur ce point comme sur beaucoup d'autres, la précision est chose difficile à obtenir des Chinois.

Cependant , en prenant l'opinion de gens sérieux , de missionnaires qui connaissent le pays k fond, en évaluant la population de quartiers séparés et les rapportant à la totalité de la ville, je crois pouvoir supposer qu'actuellement la population ne doit pas dépasser 800 000 à 1 million, si même elle y arrive. Dans les descriptions des Pères Jésuites du XVII* siècle, on la trouve évaluée à 1500 000, 2 millions, 2 millions et demi. Il n'y a qu'à voir le grand nombre de quartiers ruinés, presque abandonnés, pour être certain que, depuis un siècle, il s'est produit un mouvement d'émigration énorme prouve encore par bien d'autres faits. Il a pour origine certaine l'insuffisance de plus en plus grande du sol à nourrir ses habitants, non moins que la pauvreté croissante du gouvernement, qui ne reçoit plus des provinces méridionales les immenses quantités de ce-

l'ÉKIN ET SES HABITANTS. 19

réaies dont il nourrissait le peuple au temps de sa splendeur.

C'est donc avec raison, je crois, que je présente ce chiffre de 1 million comme le maximum actuel; en le prenant pour base, on arrive à calculer que si à Paris on trouve 22Zi habitants par hectare, il y en aurait à Pékin 166. Mais à Paris la moitié de la population s'entasse dans un quart de la superficie, ce qui donne pour beaucoup de quartiers ^lOO habitants par hectare, tandis qu'à Pékin la population est assez exactement répartie dans les 6 000 hectares dont elle dispose. On peut donc dire qu'à Pékin, la densité de la population est deux Ibis moins forte qu'à Paris, ce qui constituerait une circonstance hygiénique des plus heureuses, si, d'autres conditions mauvaises ne venaient en détruire l'effet.

Les 2U kilomètres de la ville lartare sont tracés par une enceinte fortifiée continue se composant d'un mur de iU mètres de haut sur 14", 50 d'épaisseur; les revêtements extérieurs sont faits de belles briques de 30 centimètres d'épaisseur sur 50 dans les autres sens; la partie supérieure de la muraille est dallée, et forme une promenade unique au monde , rappelant à l'esprit les fortifications légendaires de ïhèbes et de Babylone. Tous les 200 mètres une tour carrée, de même hauteur que le mur, fait une saillie de 20 mètres, en vue de croiser les feux, en cas d'attaque sur mi point quelconque.

Ce mur d'enceinte est percé de neuf portes, trois à la face sud qui communique avec la ville chinoise, deux sur chacune des autres faces. Elles constituent de véritables forteresses. Au dessus d'une voûte, qui perce la muraille et n'a pas moins de 7 mètres de hauteur, se dresse une inmiense construction de 15 mètres environ, bâtie en bois et briques avec triple toit de tuiles vernissées et servant de magasin d'artillerie, d'observatoire, de poste-caserne.

20 ÉTUDE D'HYUIÈNE.

La porte elle-même, double et blindée de plaques de métal, est protégée par une demi-lune avec mur d'enceinte semblable à celui de la ville. Deux portes y donnent accès, à l'exception de la grande entrée au sud de la ville tartare, qui, faisant face au palais impériiil, est percée de trois portes, dont la principale s'ouvre uniquement pour l'Empereur. La demi-lune circonscrit un vaste demi-cercle qui servirait de refuge pour les troupes et en temps ordinaire est envahi par les marchands ambulants.

A chacun des quatre angles de la ville tartare, on voit une sorte de bastion à quatre étages, entièrement construit en briques et percé de quatre rangs de sabords semblables à ceux d'un navire. Il pourrait recevoir de l'artillerie, ou plutôt des tirailleurs. Mais pour le moment, on n'y voit que l'image de la bouche d'un canon peinte sur chacune des embrasures.

Enfin un immense fossé de 20 mètres de largeur sur 10 de profondeur, fait le tour de la ville et serait inondé en cas d'attaque, si le mauvais état des prises d'eaux ne rendait actuellement cette défense à peu près illusoire.

On le voit, cet ensemble de fortifications, conçu avec un véritable talent militaire, est une œuvre gigantesque, fort bien conservée, et qui aurait sutfi pour arrêter les armées asiatiques contre lesquelles on l'avait autrefois élevée.

La ville chinoise, sur les trois faces qui regardent la campagne, est entourée d'une muraille un peu moins élevée que celle de la ville tartare, percée de sept portes et entourée de fossés.

A l'exception de la grande entrée du sud, Tsien-Men, les huitautres portes de la ville tartare conduisent à de grandes rues ou boulevards.de 30 mètres de largeur, traversant en ligne droite toute la ville du N. au S. de l'E. à l'O., mesurant par conséquent jusqu'à 6000 mètres. Ce sont les plus grandes voies de communication; d'autres, parallèles ou

perpendiculaires à celles-ci et d'une étendue variable de 2k U kilomètres, n'ont que 20 mètres de large ; la ville est de la sorte coupée en échiquier à peu près régulier dont les quadres circonscrits par de larges avenues, sont percés eux-mêmes d'une multitude de rues et ruelles plus ou moins larges, mais qui^ toutes à peu près, sont orientées N. et S., E. etO.

Une seule volonté a évidemment présidé à ce plan, et jamais édilité n'a eu à exécuter d'un seul coup une aussi vaste entreprise. Cette disposition est éminemment favorable à l'aération; les grandes avenues N. et S. sont constamment balayées parles vents réguliers qui suivent cette même direction.

Dans la ville chinoise, la topographie est moins régulière, il existe bien une longue rue qui traverse la cité de l'E. à rO. et n'a pas moins de 7500 mètres; une autre avenue, partant de la porte centrale Tsien-Men, coupe la ville en deux moitiés, mais là s'arrête le plan primitif. Moins soucieux de la population chinoise que de sesTartares, le fondateur de Pékin a laissé les Chinois disposer leur cité à leur guise ; aussi ressemble-t-elle un peu aux autres villes de la Chine, aux rues étroites, tortueuses, aux maisons pressées les unes contre les autres, à population agglomérée, bruyant centre d'activité commerciale, rendez-vous d'affaires et de plaisir. La ville tartare, au contraire, plus calme, plus grandiose, a un cachet que l'on ne rencontre nulle autre part en Asie et semble participer de la Majesté impériale qu'elle abrite.

Du côté de la campagne, les portes mènent à de grandes routes pavées de larges dalles d'un marbre grossier fort commun dans les montagnes, qui se prolongent jusqu'à 5 ou 6 kilomètres de la ville. A ce point, le dallage cesse et la route court à travers champs, sans direction bien régulière , sans entretien d'aucune sorte. Les voitures y enfoncent

toujours jusqu'au moyeu, dans la poussière en hiver, dans la boue et les flaques d'eau en été ; à cette époque et à la suite de grandes averses, la circulation est souvent interrompue pendant plusieurs jours. Les routes pavées ne sont guère d'un usage plus agréable ; comme elles sont fort anciennes, de profondes ornières se creusent, des dalles manquent, laissant à leur place une profonde excavation, et les charettes y subissent de tels cahots que voyageurs ou marchandises en sont fort endommagés.

Les grandes rues de la ville ne sont pas beaucoup mieux entretenues ; aux environs des portes existe un dallage présentant les inconvénients que je viens de signaler; un peu plus loin les rues sont formées d'une chaussée faite d'une sorte de macadam primitif que l'on a l'air de relever quelquefois, et de bas côtés que l'on abandonne absolument à eux-mêmes.

Lorsque l'on est habitué à nos belles routes d'Europe, à nos splendides avenues du nouveau Paris, on ne saurait se figurer àquel point l'absence d'un service deponts-et-chaussées peut réduire les voies de communication, et Ton se prend à désirer qiie certains Parisiens pussent être transportés pour quelques heures à Pékin ; ils en reviendraiejit à tout jamais reconnaissants envers nos édiles.

En hiver, le sol subissant une sécheresse de plusieurs mois, se transforme en une couche de poussière de 50 centimètres à 1 mètre d'épaisseur, toujours soulevée par le vent; la température descend au-dessous de 0°, mais ne peut durcir un sol tellement anhydre, que des objets de métal y séjournent plusieurs mois sans s'oxyder. Cette poussière froide recouvre les vêtements, la figure, pénètre dans les maisons et constitue un véritable fléau. En été la scène change, tout le sol se transforme en boues ; plusieurs rues sont tellement défoncées que les portes des maisons s'élèvent à 1 mètre et demi au-dessus delà voie, etalors, à

la suite des grandes pluies, ce sont des lacs qui forcent voitures et piétons h faire un grand détour pour trouver un chemin praticable.

Mais ce n'est pas tout : ce sol sur lequel se sont déversés pendant huit mois tous les détritus, tous les excréta d'une population immense, subissant l'action combinée de la chaleur et de l'humidité, entre en fermentation et forme un véritable marais trop odorant, dont les miasmes sont certainement la cause des fièvres putrides que l'on observe à cette époque et sur lesquelles nous reviendrons plus loin.

Le 5ol de Pékin est tellement riche en matières organiques que les paysans des environs, lorsqu'ils n'ont pas Jo moyen d'acheter d'autres engrais, viennent enlever les boues afin d'en fumer leurs terres.

Dans la ville chinoise, le même inconvénient se reproduit, mais les rues étant en général plus étroites, la population marchande qui les habite, prend elle-même ses mesures et fait réparer à ses frais le chemin qui mène à ses boutiques. Nous verrons du reste, dans le cours de cette étude, qu'il existe de véritables institutions municipales dans la ville chinoise, tandis que la ville tartare ne dépend que du gouvernement; or celui-ci a eu, depuis bien des années, à s'occuper de choses infiniment plus graves que l'hygiène de ses sujets.

Quelques avenues aux abords du palais sont plantées d'arbres; ils ont vieilli comme le reste et ne prêtent aux piétons qu'un ombrage illusoire. Ils meurent, et quelque petit fonctionnaire les fait abattre pour son usage personnel; personne, bien entendu, ne songe à les remplacer.

11 existe cependant dans l'intérieur de la ville de belles cours, de grands jardins plantés d'ormeaux, de pins, de chênes, de thuïas : ce sont ceux des habitations princières et des pagodes. Parmi celles-ci, deux forment de véritables parcs, le temple du Ciel et le temple de VAgrimlture^

2tl ÉTUDE d'hygiène.

immenses espaces de U kilomètres et plus de circuit, situés au sud de la ville chinoise, coupés de bois et de prairies, que l'on n'entretient pas beaucoup, mais qui n'en sont pas moins de charmantes promenades. Elles sont absolument interdites au public ; une affiche placée à l'entrée principale avertit même qu'il y aurait peine de mort à qui pénétrerait dans cette enceinte sacrée. C'est là, en effet, que le Fils du Ciel va chaque année implorer l'Esprit créateur de toutes choses, le Dieu que ne renferme aucun temple, lui offrir en sacrifices tous les produits de la terre et exercer un culte dont il est le seul pontife. On le voit, c'est une doctrine idéale, beaucoup trop élevée pour la vile multitude; elle a à sa disposition de petits temples de bas étages où elle pourrait faire ses dévotions si l'envie lui en |)renait. Mais le Chinois n'est point religieux, et d'autre part, il ne ressent jamais l'envie de respirer un air plus pur que celui de son quartier; il n'est donc privé ni dans sa foi ni dans ses goûts de promenade.

A bien plus forte raison ne peut-on pénétrer dans les beaux parcs qui entourent la résidence impériale, non plus que sur les bords des grands lacs qui l'arrosent. Ces vastes pièces d'eau, parsemées d'îles couvertes de constructions gracieuses, s'étendent sur une surface considérable dans la ville rouge. Par une faveur toute spéciale et pour éviter de trop grands détours, on tolère le passage sur un pont qui les sépare et d'où l'on peut jouir d'un splendide coup d'œil; on regrette d'autant plus la mesure prohibitive en interdisant Tentrée à tout autre qu'aux serviteurs intimes et aux eunuques.

Dans ces jardins se trouve la fameuse montagne de charbon, gigantesque amas de houille qui mesure certainement plus d'un million de mètres cubes et qu'un empereur fît accumuler pour fournir le chauffage de la ville dans un cas de siège. Recouverte de terre végétale, plantée de grands

pî:kin et ses habitants. 25

pins, ornée de pavillons élégants et de pagodes, cette pyramide domine de 100 mètres et plus les palais et la ville entière.

Il n'existe donc à Pékin rien qui ressemble à une promenade publique et nul indigène n'en ressent le besoin; le Chinois ne comprend guère que l'on se mette en mouvement sans y être forcé par les affaires, et les Tartares, adoptant progressivement ces mœurs, ont à peu près renoncé aux exercices d'équitation, de chasse, qu'ils conservèrent longtemps en souvenir de leur ancienne existence nomade. Lorsqu'un indigène bien élevé a quelque course à faire, il loue une voiture, s'il n'en possède une ; tout au moins prend-il un mulet, mais il ne s'abaisse pas à marcher à pied comme le dernier mendiant.

m. — Irrigations urbaines, voiries^ inliumations»

L'attention du fondateur de Pékin et de tous les empereurs de Chine depuis Khoubilaï-Khan jusqu'à Kien-long, qui mourut en 1795, semble avoir été particulièrement éveillée sur la nécessité de fournir d'eau la grande ville; aussi y trouve-t-on un système très-complet d'irrigation urbaine. Mais depuis Kien-long, que l'on a du reste accusé d'avoir trop sacrifié à l'amour des constructions et des embellissements, et qui fit beaucoup pour Pékin, les prises d'eau, les bassins, les conduites, n'ont jamais été réparés et ont subi de successives dégradations dues au temps et à de fortuites inondations.

Ce n'est malheureusement pas dans ce seul détail que s'accusent la négligence et l'incurie du gouvernement central. A partir du fils de Kien-long, Kia-King, qui monta sur le trône en 1795, la mauvaise direction imprimée à la marche des affaires a amené du haut en bas de l'échelle administrative une tendance générale k la dilapidation des deniers de l'État; le résultat en a été une pauvreté toujours

croissante, situation pénible que sont venues augmenter les insurrections des trente dernières années. Tous les services publics sont donc en souffrance et l'on n'a rien pu ou voulu faire pour Pékin. Depuis cinq ans, le gouvernement ayant eu la pensée intelligente de confier l'inspectorat des douanes maritimes à des Européens, a vu ses revenus augmenter sensiblement ; il a pu commencer quelques réparations encore fort restreintes.

La situation des travaux hydrauliques de Pékin est mauvaise; les eaux autrefois retenues avec soin dans de vastes réservoirs et de là déversées dans la ville, se répandent et se perdent dans la campagne; il n'en est pas moins intéressant d'étudier ces travaux d'art qui, avec quelques réparations bien dirigées, pourraient rendre de nouveaux et utiles services; ils témoignent tout au moins d'un véritable talent chez les premiers constructeurs.

Le principal cours d'eau qui arrose Pékin vient d'un lac nommé \c Kouan-Min-ho, situé près du palais d'été de Ynen- 3ïm-Ynen, bien connu en Europe depuis Texpédition de 1860; il se trouve à 20 kilomètres au nord de la ville. Ce lao est alimenté lui-même par des sources locales et par celles qui descendent des montagnes. Le cours d'eau, dont le débit est par moment assez considérable, vient rejoindre la ville à son angle N. 0. et former un bassin retenu par des endiguements; le surplus coule dans le fossé du nord, puis dans celui de l'est et va se jeter dans le canal de Tong-Tchéou dont il a déjà été question et qui commence à l'angle S. E. de la ville tartare ; à son origine, ce canal est coupé de cinq écluses de 3 mètres environ chacune ; la chute entre Pékin et Tong-Tchéou devant être au plus d'une vingtaine de mètres.

Du grand réservoir du N. 0., les eaux entraient en ville et se déversaient dans trois lacs successifs {voy. le plan) pour la ville tartare, puis dans les deux du palais d'hiver. Autre-

PÉKIN ET SES nABITANTS. 27

fois ces lacs étaient constamment remplis, mais acliicUcment, tant pour celui de Yuen-Min-Yuen que pour -celui de la ville, le mauvais état des prises d'eaux et des écluses diminue leur recette; d'autre part, faute de nettoyages fréquents, les vases s'y accumulent, le fond s'en exhausse et pendant l'été ils se recouvrent d'une abondante végétation aquatique, gracieuse à rœil, pernicieuse au point de vue hygiénique. Les quartiers environnants sont alors envahis parles miasmes, les habitants contractent des fièvres d'accès, et présentent de nombreux cas de cachexie palustre.

Les eaux des lacs s'écoulent par deux canaux, l'un partant au-dessus du palais, l'autre au-dessous ; tous les deux vont, après avoir traversé la ville tartare, se jeter dans le fossé sud, et gagner le canal de Tong-Tchéou. Ces canaux intérieurs sont du reste crevassés, leurs quais sont en ruines, leurs portes ne ferment plus et ils restent presque toujours à sec.

Il en est de môme des fossés de la face 0. de la ville, ils reçoivent leurs eaux partie du réservoir du nord, partie d'une petite rivière sortant d'une plaine marécageuse à quelque dislance de là. Elles gagnent également la face S. et enfin le canal de Tong-Tchéou.

A la suite des grandes pluies d'été, on ouvre toutes les écluses, les fossés sont recouverts d'un mètre d'eau environ, et l'on attend ainsi l'hiver ; l'eau se congèle alors et l'on extrait la glace qui constitue un grand objet de commerce.

La ville chinoise est alimentée en partie par une petite rivière aux eaux bourbeuses qui sort du parc de chasse du Hai-tze, situé à 2 kilomètres au sud, et se jette dans les fossés.

On voit donc combien ce plan était chose intelligente: réunir les eaux des montagnes, les rassembler au nord de la ville» la leur faire traverser en se développant sur de

larges surfaces, alimenter les fossés et enfin former un canal d'une haute importance commerciale, retenir ou précipiter leurs cours par de nombreux barrages ou écluses ; c'était très-bien conçu et certainement il y avait là de quoi suffire à peu près à la consommation de la grande cité.

Actuellement il n'en est plus de même et les habitants doivent faire apporter leur eau de très-loin ou puiser dans la couche qui se trouve au-dessous du sol de Pékin,

Cette nappe d'eau se rencontre à une profondeur variable de 10 à 15 mètres suivant les points et surtout suivant les saisons ; en hiver, alors que les sources des montagnes sont taries, tous les puits superficiels sont à sec; en été, on a de l'eau en abondance, mais elle est souvent bourbeuse.

Les puits sont du reste bien disposés, garnis de ciment à l'intérieur, surmontés de potences à poulies pour faciliter l'ascension des seaux tressés de paille que l'on emploie. Un grand nombre de maisons, les pagodes, possèdent des puits, il en existe même de publics dans les rues, mais la plupart fournissent une eau tellement séléniteuse qu'elle ne peut être employée aux usages domestiques. Aussi est-ce une industrie lucrative que d'acquérir un bon puits, d'en vendre l'eau aux habitants de son quartier et de la faire charrier dans toute la ville à dos de mulets ou sur des charrettes. Quelques princes, quelques pagodes laissent librement puiser à condition que l'on n'emporte à la fois qu'une quantité déterminée de leur eau.

Si les Chinois voulaient essayer à Pékin des forages profonds, il est assez probable qu'après avoir dépassé les couches supérieures, on arriverait à trouver une bonne eau, mais ils s'arrêtent toujours à la première qu'ils rencontrent et n'ont pas l'idée ou plutôt les moyens mécaniques de descendre des tubes métalliques, comme nous le pratiquons journellement avec un grand succès.

Les eaux puisées à Pékin, et mon jugement se porle sur

des essais faits à divers points de la ville, ont toutes un caractère commun; elles sont franchement séléniteuses, mais à des degrés variables. Toutes sont incolores, transparentes, généralement pures de matières organiques appréciables par les sels d'or; les unes sont à peu près insipides, d'autres amères et complètement imputables ; — toutes cuisent mal les légumes et dissolvent mal le savon. — Elles déposent par l'ébullition un résidu abondant qui encrasse rapidement les ustensiles, fait bien connu des Chinois et décrit comme un phénomène bizarre dans leurs ouvrages. Ce précipité , essentiellement composé de sulfate de chaux, contient encore du chlorure de calcium, de sodium et de magnésium. La quantité de matières salines, calculée par une solution alcoolique de savon, varie de 60 centigrammes à 2 grammes et plus. On conçoit dès lors que beaucoup d'eaux ne peuvent être utilisées ; du reste, même les plus pures, déterminent des accidents gastro-intestinaux chez les nouveaux arrivés qui renoncent bientôt à en user, sinon avec addition de vin ou d'alcool ; je ne serais pas éloigné de croire qu'elles sont en partie cause d'une tendance aux catarrhes de l'intestin dont sont presque toujours atteints les indigènes, phénomène complexe sans doute, mais fort curieux comme influence sur la santé et peut-être sur le moral des habitants.

Lorsque les Chinois font usage des eaux bourbeuses des lacs ou des sources de la plaine, ils pratiquent la clarification par l'alun qui précipite les sels terreux; ce procédé est connu dans toute la Chine oii les eaux des rivières sont constamment troubles; je n'ai point vu de filtres bien entendus et assez vastes pour faire face à une grande consommation, et je ne sache pas qu'ils emploient jamais le charbon pour cet usage. Très-amateurs de bonne eau, surtout pour la préparation du thé, ils en font venir de grande dis-

30 * ÉTUDE d'hYGIÈN£.

tance ou se transportent eux-mêmes aux sources renommées par leur pureté^, mais ne cherchent pas beaucoup à purifier celle qu'ils ont sous la main, ou plutôt n'eii connaissent pas le moyen.

La question de l'irrigation urbaine nous amène naturellement à parler des égouts qui, recueillant tous les détritus de la ville et drainant son sol , devraient aller porter au loin leurs eaux malsaines pour la population. Il existe bien à Pékin, dans les grandes artères, des égouts rudimentaires ou plutôt de petits canaux enfoncés sous terre d'un mètre à peine, etqui, communiquant autrefoisavec les grands canaux d'irrigation, remplissaient en partie ce but; mais là encore se retrouve l'abandon et l'incurie. Ces conduites de forme carrée, construites en dalles, sont simplement séparées de la voie par une pierre presque toujours brisée ou totalement absente ; en sorte qu'elles sont à peu près obstruées et que, en temps ordinaire, tout écoulement est impossible. Au contraire, comme l'on y jette journellement toutes sortes de détritus végétaux et animaux, les égouts ne sont plus qu'un foyer de putréfaction ; qu'il vienne un peu de pluie et le tout déborde dans la rue avec grand préjudice pour la vue et l'odorat des passants. Dans quelques points plus heureux, la destruction est moins complète, mais d'une part leur pente d'écoulement est trop faible, leur volume trop petit, et de l'autre ils ne reçoivent presque jamais l'eau indispensable pour maintenir un courant. En un mot, tels qu'ils sont actuellement, ces égouts de Pékin rendent peu de services et sont essentiellement nuisibles à la santé publique.

j'ai déjà dit que les habitants ont l'habitude de jeter au miiieu de la rue les eaux ménagères et en général tous les produits dont ils veulent se débarrasser ; il en résulte .sur la voie pu-.dique des amas d'immondices en fermentation ,

des restes de boucherie, affreux mélanges sur lesquels on voit se ruer tous les chiens errants , lorsque ce ne sont point des hommes hâves et nus qui disputent à ces animaux une horrible nourriture. Pékin gagnerait beaucoup à posséder les troupes de chiens errants de Constantinople ou les gaUinaços de l'Amérique du Sud, mais la misère est trop grande et les chiens sont presque toujours mangés par les mendiants. Il n'y a en cela aucune exagération; maintes fois j'ai pu assister au tableau navrant d'une troupe de ces malheureux se repaissant d'un aifreux chien galeux qu'ils ont assommé dans quelque coin et dont ils rongent les os h peine cuits.' — Les animaux crevés ne restent pas longtemps sur la voie publique, d'une façon ou d'une autre ils disparaissent rapidement, h moins que, déjà arrivés à un état de putréfaction avancée, ils ne rebutent les plus affamés; dans ce cas, personne ne songe aies enlever et ils pourrissent en paix, mais le cas est rare.

Le seul point de voirie publique qui soit assez bien observé, est l'enlèvement des matières fécales ; on sait que les Chinois en font, de temps immémorial, usage pour le fumage des terres, aussi ne laisse-t-on rien perdre de ce produit précieux à la culture. Il n'existe point dans les maisons de fosse d'aisances; chaque matin, mi industriel vient enlever avec sa hotte les matières recueillies dans un grand vase, commun à toute la famille, sorte de chaise percée sans chaise; il exerce généralement son métier sans demander une rétribution, puis, après la tournée chez ses clients, parcourt la ville sa hotte sur le dos, une longue cuiller à hi main; il circule ainsi — sorte de chiffonnier diurne — jusqu'à ce que sa hotte soit remplie, la porte alors à quelque dépôt et a gagné sa journée; dans beaucoup de rues existent encore des espèces de latrines publiques, consistant simplement en une barre horizontale où se rendent, aux yeux de tous et sans scrupule, passants et gens du quartier; ce n'est

poinl du reste une attention de l'édilité publique, soucieuse de la propreté de ses rues, mais simplement une spéculation des propriétaires des dépôts voisins.

Toutes les matières fécales sont réunies à divers points de la ville en vastes dépôts, elles y séjournent un certain temps, puis sont chargées dans de grandes charrettes découvertes qui vont les transporter à des dépôts extérieurs où elles subissent la dessiccation; d'autres fois, lorsque le dépôt de la ville a assez d'espace, on ne se donne pas cette peine et Ton termine les opérations en ville môme. Que l'on juge après cela des horribles émanations s'élevant au milieu des habitations, et quelle doit en être l'influence sur la santé, surtout en cas d'épidémie ! — Pendant l'été 1863,1e choléra a cruellement sévi à Pékin et, avec les idées modernes sur l'un de ses modes de propagation, n'y a-t-il pas lieu de se demander l'influence qu'ont dû jouer ces dépôts, ces latrines publiques, cette promiscuité constante avec le contagium.

J'ai cru devoir résumer le chapitre de voiries publiques par cet exemple, — on me le pardonnera, — car il donne une juste idée de la honteuse négligence et de l'ignorance caractéristique de l'administration d'une grande capitale trop souvent citée comme une sorte de mystérieux et poétique séjour.

En hygiène, la question des inhumations confine à celle des voiries, mais chez tous les peuples elle en est séparée par le profond respect dont on accompagne jusque dans la tombe la dépouille de ceux qui ont vécu au milieu de nous, alors même que les afl'ections de la famille ne nous y engagent point d'une manière plus pressante. A vrai dire, ce sentiment de respect est un peu dévoyé dans notre société moderne et s'il faut honorer ses morts, il ne faut point les rendre dangereux aux vivants; mais en Chine, ce culte est poussé à l'extrême et ce n'est point aux Chinois qu'il fau-

drait proposer, ainsi que nous voudrions le voir faire en Europe, de substituer l'incinération au mode général d'ensevelissement sous terre.

Le culte des ancêtres constitue presque la seule religion des Chinois, si même c'est une religion. On se souvient que sur cette matière éclata au xviii* siècle la fameuse discussion entre les Jésuites, très-puissants à la cour de Pékin, et les Dominicains, jaloux de leurs succès; les Jésuites avaient bien compris que, pour faire accepter le christianisme en Chine, il ne fallait point heurter de front des habitudes dix fois séculaires, et qui, en somme, n'ont rien de pernicieux; ils avaient donc toléré le culte des ancêtres et le culte de Confucius, y voyant un hommage rendu à d'augustes mémoires plus qu'une invocation caractéristique du culte dans le sens religieux du mot. Ils perdirent leur cause en cour de Rome, et la Chine, qui entrait rapidement dans les idées nouvelles, leur fut dès lors fermée. L'empereur, voyant avec mécontentement un souverain étranger dicter des lois à ses sujets, jugea qu'une doctrine dont les sectateurs ne s'accordaient pas entre eux n'était probablement pas parfaite.

Ceci est un peu loin de la question, mais nous prouve combien est enracinée la doctrine de la vénération des ancêtres, et rend compte de l'importance capitale qu'attachent les Chinois aux funérailles de leurs parents.

Dès qu'un Chinois est mort, on s'empresse de laver le corps à grande eau, on le revêt fle ses meilleurs habits, et on le couche dans un immense cercueil , dont le volume et la richesse sont en proportion de sa fortune et surtout de la piété filiale de ses enfants; or, comme c'est là la vertu capitale, ceux-ci s'imposent tous les sacrifices imaginables pour faire les choses avec une pompe qui leur attire la considération générale. — Souvent il faut attendre des moi^' avant d'avoir réuni la somme nécessaire ; on contracte dci

MORÂCUE. o

ZU ÉTDBE d'hygiène.

emprunts, on s'obère, et pendant tout ce temps le cadavre attend dans son cercueil que l'on fasse les préparatifs de cette grande fête. Lorsque les circonstances prolongent ce délai et surtout dans les familles riches, on dépose le cercueil dans les pagodes, qui ont en général une chambre affectée à cet usage. Il en est de même quand la famille est originaire d'une province éloignée et que l'on n'a point, quelquefois durant des années, la possibilité de faire un long voyage.

Ce mode de conservation est sans doute défectueux, mais il est atténué par la grande épaisseur des parois du cercueil, par le calfeutrage parfait dont il est l'objet et aussi par un demi-embaumement . que l'on a fait subir au cadavre en l'enveloppant de toiles imprégnées de substances aromatiques.— Dans les classes pauvres, il n'en est plus de même; on doit conserver les corps à domicile, on ne peut les ensevelir avec soin, et ils ne tardent pas à infecter les habitations. Mais il n'importe , on subit tout plutôt que de paraître publiquement insoucieux en matière aussi sacrée.

Enfin, lorsque le grand jour est venu, on fait une fête h laquelle on convie parents et amis; elle comprend un grand repas et l'on organise un cortège avec l'aide d'entrepreneurs de pompes funèbres, industrie très-répandue et très-lucrative à Pékin. Je n'entre point dans le détail des cérémonies, des sacrifices, des deuils, le tout est régi par la loi et respecté par l'opinion publique, ce sont là des sujets fort intéressants, mais ils s'éloignent d'une étude médicale.

Le corps est porté hors de la ville dans un champ acheté pour cet usage ou dans une propriété du défunt, et enfoui à une grande profondeur. —En somme, sauf la conservation du corps à domicile, l'hygiène est respectée ; — mais à Pékin en particulier, la misère est grande ; les pauvres, les mendiants, les criminels, n'ont pas de parents en mesure de leur rendre les derniers devoirs, la police intervient alors

et fait enterrer les cadavres dans des champs destinés à cet usage; seulement, elle fait les choses un peu à la légère, et trop souvent le cadavre à peine recouvert de terre est-ii déterré el déchiré par les chiens errants. C'est un spectacle que l'on rencontre fréquemment dans la campagne de Pékin.

Aux condamnés à mort, la loi refuse toute sépulture ; leur corps est précipité dans des sortes de puits profonds, où plongent incessamment des nuées de corbeaux. Leur tête reste exposée dans un panier suspendu à une perche sur le lieu même de l'exécution. Sur le grand marché de Pékin, on en peut voir constamment une vingtaine à divers degrés de putréfaction, ce qui n'empêche pas les marchands de se livrer au-dessous à leur petit commerce ; le dégoût et la commisération semblent également étrangers à la race asiatique.

Aux femmes, aux enfants, on fait des funérailles moins splendides, mais décentes; cependant dans la classe pauvre on recule devant toute dépense, et s'il s'agit d'un jeune enfant, le corps est transporté à un asile spécial que nous décrirons plus tard, si môme il n'est abandonné sur le bord du chemin.

li n'est malheureusement pas rare, lorsque l'on sort de bonne heure à Pékin, surtout en hiver, de voir son cheval faire un brusque écart devant un cadavre, c'est celui de quelque mendiant affamé, que le froid a saisi et qui s'est rapidement congelé. Dans les moments d'épidémie , cela arrive souvent, et les maisons en ruines sont généralement le solitaire abri que recherche le misérable à ses derniers moments; — ce sont là de bien tristes tableaux qui suffiraient à eux seuls pour dégoûter de tout un peuple, si l'on s'obstinait à le juger avec nos idées d'Occident.

De toute façon les cadavres ne séjournent pas sur la voie publique. La police les fait enlever, ou à défaut les voisins,

qui ne sont pas flattés de voir un mort à leur porte; d'après la loi, tout individu sur la propriété duquel on découvre un cadavre, est à priori rendu responsable de la mort. Or toute action judiciaire est toujours ruineuse en Chine.

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