‹ Pékin et ses habitants; étude d'hygièneChapitre 7 sur 13 · IV. — Constructions privées, édifices publics · texte numérisé non relu

IV. — Constructions privées, édifices publics

Les constructions privées de Pékin offrent à certains points de vue un avantage réel. Elles ne sont pas trèsagglomérées. Gela tient en partie à la dépopulation de la ville, en partie au plan généralement adopté, surtout pour les maisons importantes, plan qui comprend des cours intérieures autour desquelles sont rangés différents corps de logis.

Toute maison digne de ce nom présente d'abord une première petite cour dont l'entrée donne sur la rue. — Elle communique par un portique, caché d'une sorte d'auvent, avec une seconde et une troisième cour placées en enfilade et bordées sur trois côtés de corps de bâtiments à un seul étage, exhaussés de 3 ou ^ pieds au-dessus du sol.

Telle est l'idée générale ; le nombre des cours, la hauteur des bâtiments varient avec la richesse de la maison; mais toujours le même principe subsiste : successions de cours carrées, un côté servant d'entrée, les trois autres formés par des constructions. Dans les maisons princières et les palais, ces cours sont vastes, plantées de grands arbres, ornées de vases de fleurs, de petits réservoirs d'eau, toujours dallées de larges briques plates. — Chez le pauvre, tout est plus petit, plus resserré, chaque pavillon appartient à une différente famille et le sol de la cour est encombré de débris de toute nature.

La brique et le bois forment la partie essentielle des constructions. La plaine du Tché-Ly ne contient pas de

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calcaires utilisables comme pierre de taille; on tire des montagnes un marbre assez grossier, et quelques granits dont on forme les assises des maisons, ainsi que les marches qui y donnent accès ; mais on ne peut s'en servir uniquement, le prix de revient en étant relativement élevé. Au contraire, on trouve en grande quantité une argile grisâtre avec laquelle on peut faire d'excellentes briques, qui, une fois cuites, se laissent tailler et sculpter avec facilité et présentent une cohésion bien supérieure à nos briques de France; on fait de ces briques suivant toutes dimensions; elles peuvent servir également de dalles très-résistantes, et véritablement sous ce rapport les Chinois sont loin d'être en retard; l'industrie des briqueteries de Pékin peut livrer des produits supérieurs, je crois, comme aspect, durée et solidité, à tout ce que nous avons en Europe.

La même terre sert à faire des tuiles que l'on cuit à un plus haut degré de chaleur, dont on vernit la surface en bleu, vert, jaune ou blanc avec tant de succès, que des tuiles datant de plusieurs siècles et constamment exposées aux intempéries des saisons, ont encore leur éclat primitif. Ce sont ces briques et ces tuiles vernissées qui ont fait croire aux pagodes de porcelaine dont l'existence n'a jamais été sérieusement constatée ; elles sont du reste aussi jolies et aussi éclatantes que la porcelaine, et ressemblent assez aux belles faïences anglaises dont on fait chez nous divers vases ou services de table.

L'emploi des briques vernissées appartient uniquement aux pagodes impériales et aux palais ; des lois somptuaires très-anciennes en défendent l'usage au vulgaire; de même la couleur des toits varie avec le rang ; jaunes pour tout ce qui tient aux domaines de l'Empereur, ils sont bleus dans quelques temples, verts chez les grandes familles, et uniformément gris chez tous les autres gens. Les toitures sont cependant de formes très-gracieuses, ornées de moulures ,

les arêtes décorées de figures d'animaux fantastiques; souvent on y suspend des clochettes ; leur inclinaison trèsaiguë est bien disposée pour l'écoulement des eaux.

La maison chinoise n'a pas de fondations profondes ; on enfonce de quelques pieds dans le sol un massif en pierres brutes, réunies par de la chaux; les coins sont en pierre de taille ou briques, et sur cette i late-forme l'on monte d'a^^ bord la charpente de la maison. Elle consiste en colonnes de bois plus ou moins larges, plus ou moins hautes, qui soutiennent la charpente du toit; ce n'est qu'alors que s'élèvent les murs de briques; comme on le Voit, ils ne soutiennent pas la toiture, ainsi que dans les constructions européennes. — H y a là un mode d'aménagement réellement vicieux tenant à l'ignorance des lois de la statique; il nécessite de grandes quantités de bois et multiplie ainsi singulièrement les chances d'incendie ; aussi sont-ils des plus fréquents à Pékin et prennent-ils en quelques instants des proportions fort étendues.

Il est conform.e à la vérité d'ajouter que les secours en pareil cas sont aussi bien organisés que possible ; les habitants ont institué entre eux des compagnies de pompiers qui ont leur dépôt de pompes et d'outils; au premier signal, se propageant de rue en rue, chacun se rend à son poste; les pompes sont un peu faibles, d'un maniement difficile, on fait plus de bruit que de besogne, Uiâis enfin c'est une des meilleures organisations que j'aie vues en Chine, et il n'est pas de petite ville qui n'ait la sienne.

Le mur de briques garnit entièrement trois 6ôtés de la maison ; sur le quatrième, faisant façade, il ne monte qu'à hauteur d'appui et le reste de l'espace est fermé d'une sorte de grillage en bois plus ou moins sculpté, toujours gracieux cependant et qu'oblitèrent de simples feuilles de papier. Dans quelques maisons riches, on intercale des carreaux de vitre; les Chinois connaissent la fabrication du verre, mais

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ils n'en peuvent faire que de grossier et préfèrent les vitres venues de Russie et maintenant d'Europe; o« conçoit que la consommation doit en être fort restreinte. — A priori, ces murs de papier semblent n'être qu'un abri illusoire, ils remplissent assez bien leur office cependant; on fait usage de papier, non de chiffon comme en Europe, mais de coton brut; le meilleur vient de Corée, il présente une résistance singulière, ne se coupe jamais comme le nôtre, se laisse coller très-facilement* La lumière se tamise au travers et arrive fort douce dans la chambre; la chaleur le traverse avec peine; il forme, en raison de la résistance du coton à l'action du calorique, une couche protectrice aussi bonne que le verre à vitre.

L'intérieur d'une maison ou plutôt d'un corps de logis est divisé d'ordinaire en trois compartiments, bien rarement en plus; en été, on déchire la partie supérieure de la façade de papier et la ventilation se fait par là; les portes, en outre, ne ferment jamais bien, les jointures sont à jour et laissent passer un peu d'air; mais en hiver le Chinois se calfeutre autant que possible et ne craint pas de s'enfermer dans une atmosphère saturée de miasme humain, milieu que le mode de chauffage contribue à rendre encore plus délétère.

Le Chinois, mal nourri, résiste peu au refroidissement, et il est curieux d'observer combien en hiver il est plus lent, plus enclin au sommeil, prenant les allures d'un animal hibernant. Par tous les moyens possibles, il cherche à se garantir du froid ; les maisons aux murs peu épais, aux cloisons de papier ne l'en défendent pas assez, aussi accumulc-t-il sur lui vêtements et fourrures; ce sont des objets de luxe pour les classes riches, qui les choisissent en martre, en astrakan, tandis que les classes ouvrières et les paysans adoptent d'épaisses peaux de mouton frisées, de chèvre, de chat, et ne quittent ces vêtements ni jour ni

nuit. Mais il faut encore récliauffer l'appartement; on a pour cela recours à deux systèmes.

Au milieu des chambres on place des braseros en cuivre, en terre, ou des espèces de poêles sans tuyau en fonte ou en cuivre que l'on allume d'abord en plein air. Le poêle présente à sa partie supérieure un petit orifice circulaire de 10 centimètres, par lequel on introduit le charbon, et par lequel aussi s'échappent les gaz de la combustion ; ils entretiennent dans la chambre une atmosphère d'oxyde de carbone que nous. Européens, ne pouvons supporter, dont les Chinois paraissent s'accommoder ; il y a certainement chez eux une sorte d'accoutumance ; elle n'est pas telle, cependant, que des accidents mortels ne se produisent quelquefois, mais sans que la leçon profite à personne.

Dans la pièce principale, qui est celle où l'on couche, se trouve un lit de camp en briques, exhaussé de 2 pieds audessus du sol et dont l'intérieur est formé d'une série de loges communiquant avec un foyer de forme cylindrique placé au-dessous et un peu en avant; l'air échauffé et les gaz circulent ainsi au milieu des briques et les portent à une haute température; mais au lieu de se dégager à l'extérieur, ils viennent sortir par deux ouvertures sur les parois du lit de camp, en sorte que l'atmosphère ambiante est aussi chargée de principes délétères qu'avec les poêles; c'est, on le voit, une espèce de poêle russe primitif; sur cette couche bien chaude, viennent s'entasser en hiver, grâce à la compressibilité spéciale des Chinois, tous les membres de la famille, enroulés encore dans des couvertures de coton piqué. Ils y passent de longues heures dans une promiscuité aussi dangereuse au point de vue moral qu'au point de vue physique, et qui favorise les contagions de toute nature. En temps d'épidémie de typhus et de diphthérie, il n'est pas rare de voir tous les membres d'une famille, au nombre de huit ou dix, succomber aux atteintes

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(lu même mal ; le camp joue un rôle certain dans la propagation du fléau.

L'espèce de combustible employé contribue encore à augmenter les dangers d'intoxication, le bois est assez cher dans le Nord, il est du reste peu utilisable dans les fourneaux ; quelques camps cependant se chauffent avec les tiges desséchées du sorgho; on obtient ainsi une chaleur rapide, mais peu durable, et ce moyen n'est guère usité que dans les auberges. Plus généralement, on se sert de la houille dont les montagnes des environs de Pékin contiennent de nombreux et riches gisements.

Il y aurait dans ces mines une source de fortune pour le gouvernement, mais elles sont mal exploitées; les Chinois n'ayant pas nos procédés d'épuisement, doivent s'arrêter dès qu'ils arrivent à la nappe d'eau; ils n'ont donc que la couche supérieure du charbon, la plus mauvaise partie, celle que Ton néglige dans^nos exploitations. En outre, les moyens de transport sont tellement difficiles que, sur le bord de la mer, à Tien-Tsiu, à /i5 lieues de la mine, la tonne de houille est aussi chère que la tonne de Gardiff venue d'Angleterre.

Le charbon des environs de Pékin est de deux espèces. La première est une houille grasse à longue flamme donnant beaucoup de gaz et de chaleur, mais se consumant rapidement; son prix très-élevé atteint à Pékin de 50 à 70 francs la tonne. L'autre espèce est une sorte de houille maigre , d'anthracite , demandant pour brûler un fort tirage ; elle coûte trois fois moins que la première. C'est de celle-ci que les Chinois font usage; ne pouvant en tirer parti directement, faute de foyers à grand tirage, ils réduisent le charbon en poudre, le mélangent dans la proportion de 2/3 environ avec de la terre glaise et en font des boulettes. Celles-ci, séchées au soleil, constituent le principal combustible employé ; on a un peu de difficulté

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à les mettre en train ; mais le feu une fois établi se soutient longtemps.

Cette union de poUdre de charbon à la terre glaise me paraît un fait assez curieux chez ce peuple ignorant même l'existence des lois de la chimie : mécaniquement, les boules ainsi faites sont moins compactes que l'anthracite, et l'un des inconvénients de ce combustible est ainsi combattu; d'un autre côté, j'ai constaté dans cette terre glaise de fortes proportions de nitrate de potasse, sel très^fortement oxygéné. L'anthracite, d'après les analyses de M. Regnault^ contient une proportion plus considérable dé Carbone que les autres houilles ; pour brûler, il lui faut donc une plus grande quantité d'oxygène ; cet oxygène, les Chinois ne peuvent le fournir au moyen du tirage et le remplacent pat celui que fournit le nitrate de potasse et qui va se fixer sur le carbone de î'anthracite. Celui-ci donne en brûlant une plus forte proportion d'acide carbonique et d'oxyde de carbone que la houille ordinaire ; de plus, il est chargé de cristaux de pyrite de fer qui, par décomposition, dégage des vapeurs d'acide sulfureux.

De tous les combustibles, l'anthracite des environs de Pékin me semble le plus défectueux au point de vue de l'hygiène, par suite des mauvais appareils de combustion que l'on emploie. Aussi les accidents ne sont-ils pas rares. La nuit, les Chinois font remplir le foyer du camp de boules de charbon qui se consument lentement, mais vicient peu à peu l'atmosphère, et quelquefois ils succombent à cette intoxication progressive. Chaque hiver, il m'est revenu des faits de ce genre, dont trois se sont passés sous mes yeux dans ces mômes conditions. Au reste, les Chinois ne veulent pas entendre parler de modifier leur système, et après bien des efforts, j'ai dû y renoncer, même chez ceux qui vivaient sous notre dépendance k la légation.

Ne voulant m'occuper ici que dé ce qui â trait h î'hy-

giène, je laisse de côté bien des particularités intéressantes relatives aux habitations privées; elles se résument en ceci : dans les maisons du riche, pièces grandes, aérées en été, peu ventilées et à atmosphère viciée en hiver; chez le pauvre, en tous temps encombrement extrême, humidité en été, en hiver atmosphère toujours fétide, et rendue bien plus dangereuse encore par les produits de la combustion.

Les meubles sont généralement fort incommodes, mais ne présentent rien de particulier à noter au point de vue qui nous intéresse.

Les grands édifices publics ressemblent singulièrement aux édifices privés ; toujours on y trouve le même système de cours avec corps de logis sur trois côtés. Dans les pagodes et les palais, le plafond est fort élevé, mais de telles pièces ne sont pas habitées et la population ne s'y encombre jamais. Il n'en est pas de même des théâtres, trèsfréquentés parles Pékinois, qui y passent de longues heures à boire et manger : ils servent de cafés, de restaurants, on y trouve tous les plaisirs» ceux de l'esprit et ceux des sens.

Les théâtres, immenses salles pouvant contenir tant au parterre que dans les tribunes jusqu'à deux mille personnes, s'ouvrent vers midi et ne ferment qu'à la nuit ; les pièces succèdent aux pièces sans fatigue pour le spectateur, qui, si le jeu de la scène ne l'intéresse pas, cause, plaisante et rit h haute voix avec ses voisins. Ces théâtres ne pourraient être comme élégance comparés à ceux d'Europe; ils présentent tous les dangers d'une atmosphère viciée par l'encombrement et les vapeurs de tous les aliments que l'on y consomme; quelques châssis mobiles servent à établir une sorte de ventilation, mais si Ton écarte ainsi quelques inconvénients physiques, on ne peut diminuer les dangers d'un autre ordre transformant le théâtre chinois en succursales des maisons de prostitution où le spectacle de la salle

nu ÉTUDE f'ilYGlÈNE.

aussi bien que celui de la scène est loin de châtier les mœurs... au contraire.

Les Chinois se rassemblent aussi beaucoup dans les restaurants et les maisons à thé; un grand nombre, même des moins riches, y prennentp^n tous temps leur repas. Ces établissements, dont on retrouve autant de catégories que dans nos villes , présentent lîjinconvénient banal, en Chine, de l'encombrement; qui dit population chinoise dit encombrement ; il faut l'admettre «ne fois pour toutes.

Mais il est une sorte d'établissement où l'on voudrait surtout ne pas le rencontrer, lesifjrisons. Elles sont, ainsi que presque tout ce qui touche à la justice, la honte du gouvernement actuel. C'est par centaines qu'on y entasse des malheureux dans de petites salles s'ouvrant sur un étroit préau, les uns libres dans l«urs mouvements, d'autres enchaînés par le milieu du coi-ps et portant des fers aux pieds et aux mains.

La nourriture accordée aux prisonniers est en rapport avec leur crime, toujours insuffisante ; tant qu'ils peuvent se procurer quelque argent de leurs familles ou de leurs amis, la complaisance achetée des gardiens permet quelques douceurs. Lorsqu'ils sont abandonnés, leur situation est affreuse, un grand nombre succombent, rapidement brisés par les mauvais traitements de toute nature. Ceci n'est encore que le régime de la prison, mais les tortures auxquelles ils sont soumis comme simples prévenus, s'ils ne veulent avouer leurs crimes, tortures qui ressemblent singulièrement à la question au moyen âge, puis les peines corporelles auxquelles ils sont condamnés, ne tardent pas à développer d'affreuses plaies qu'ils n'ont aucun moyen de panser ; sous l'influence de la misère et de la saleté, elles acquièrent les caractères les plus graves. La mort devient préférable à de telles souffrances, et bien souvent ils vont au devant d'elle en se suicidant. Le sort des prisonniers poli-

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tiques, des rebelles, est encore pire si c'est possible, car pour ceux-là il n'existe aucun pardon, et s'ils ne succombent pas à la misère, la mort judiciaire, avec tous les raflSnements de la plus barbare cruauté, est leur lot inévitable.

Le gouvernement ne saurait décliner la responsabilité du mauvais état des prisons ; sans doute, les agents inférieurs cherchent de toutes façons à faire leur profit en exploitant les malheureux confiés à leur garde, mais la cruauté est tellement à l'ordre du jour, les mandarins d'un grade supérieur en donnent si souvent l'exemple, les lois ellesmêmes y conduisent si naturellement, que tous doivent être regardés comme également coupables.

On dit que dans tout l'empire, aucun criminel ne peut être exécuté sans la révision de son procès et un ordre spécial émané de Pékin ; mais Pékin est très-loin et les mandarins sont les vrais maîtres dans les provinces. — A Pékin même, les exécutions sont fréquentes, et au mois de septembre on procède à une exécution générale des condamnés à mort. Dans l'intervalle, tout ce qui est regardé comme rebelle à l'empereur, les voleurs de grands chemins, les incendiaires agissant en bandes, n'attendent pas cette époque; bien souvent la place aux exécutions est le théâtre d'horribles spectacles auxquels se rue une population lâche et cruelle ; on y mène les enfants, et lorsqu'on a la chance d'avoir le spectacle de la mort lente, la joie publique est à son comble. — Les condamnés montrent un singulier courage, pour ne pas dire indifférence, à mourir ; s'ils sont plusieurs, ils attendent patiemment, assis à terre, que leur tour arrive, que le bourreau ait eu le temps d'aiguiser son couteau, et ils ne cherchent même pas à détourner les yeux. Il existe, à Pékin, une fondation pieuse qui fait exception au caractère asiatique. En passant devant une certaine maison chaque condamné reçoit une tasse d'eau-de-vie chaude fortement épicée qui le jette apparemment dans une sorte

hé ÉTUDE d'hygiène.

de demi-torpeur. Une dame, dit^on, habitait cette maison, et prise de pitié pour les gens qui passaient devant sa porte en allant au supplice, consacra par testament le revenu de sa maison à donner ce dernier breuvage.

Ce serait ici le lieu d'étudier les hôpitaux et leur hygiène ; malheureusement ces institutions charitables manquent absolument à Pékin, il ne s'y trouve point non plus d'hospices spéciaux pour les aliénés. Il existe un asile pour les mendiants les plus nécessiteux et une sorte d'hospice pour les enfants trouvés, établissements qui n'ont rien de médical à proprement parler et dont la description trouvera une place naturelle au paragraphe que nous consacrerons à l'étude du paupérisme, la plaie de toutes les grandes villes de Chine et en particulier de Pékin. Cette absence de tout lieu de refuge pour les malades^ alors même qu'il ne leur serait point donné de soins spéciaux, est une caractéristique du manque de charité chez les races de l'Asie. Si quelques personnes mues, les unes, par un réel sentiment de commisération, plus souvent, je le crois, par un désir d'ostentation, font des distributions d'aumônes ou quelrquefois de médicaments, si même elles associent leurs ressources dans ce but, il n'y a là qu'un fait individuel et qui n'engage pas la société ; je ne sache point, du reste, que ces actes soient communs à Pékin. Dans le sud, à Canton et à Sanghaï, depuis que les missionnaires protestants ont ouvert des dispensaires où même ils hospitalisent les malades, on a vu surgir quelques institutions analogues soutenues par des négociants chinois ; mais à Pékin, rien encore de pareil ne s'est développé ; le gouvernement n'a même Jamais eu la pensée d'avoir un hôpital pour ses Tartares, En un mot, les institutions hospitalières font absolument défaut.

11 serait fort curieux de pouvoir étudier la disposition intérieure du palais d'Hiver, mais les fonctionnaires et ser-

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viteurs de la Maison Impériale y pénètrent seuls; nous ne le connaissons que par renseignements. — II forme à lui seul une véritable ville, car on n'estime pas à moins de cinq à six mille le nombre des gens qui l'habitent. D'après les plans que nous en ont laissés les Jésuites et d'après ce que l'on peut voir de l'extérieur, les édifices sont vastes sans être grandioses ; ce doit être, sans contredit, ce que la ville de Pékin renferme de mieux construit; évidemment bien des parties de ce palais auraient besoin de grandes réparations; nous avons toujours supposé que si les légations européennes n'ont pu être admises à le visiter, il y avait dans cette mesure restrictive autant la crainte d'avouer sa misère que le respect pour d'anciens errements que la partie intelligente du gouvernement comprend la nécessité d'abandonner.

Pour terminer l'histoire hygiénique des habitations, il convient de signaler l'existence dans la ville tartare de grands bâtiments qu'on pourrait nommer des casernes, si elles étaient occupées par des soldats. Ils sont en effet destinés à réunir dans un cas de danger les Tartares, qui, répandus dans la campagne aux environs de Pékin, viendraient au premier signal se ranger sous leurs bannières. En temps ordinaire, ces casernes sont à peu près vides et ne renferment qu'une, toute petite garnison destinée à les garder. Les Tartares en résidence à Pékin sont tous enrôlés dans une des huit bannières, sortes de corps d'armée permanents qui renferment tous les Mantchous, mais ils vivent isolément et se réunissent pour les exercices seulement.

Cependant il existe autour de Pékin quatre camps retranchés fort intéressants à étudier à tous les points de vue. Chacun d'eux renferme un corps d'environ 5000 hommes, la plupart montés; ils constituent une véritable garde im* pénale toujours prête à marcher et à défendre le trône de

us ÉTUDE D'HLGIÈNE.

leur souverain; vivant tous réunis, dans des conditions relativement heureuses, fréquemment exercés, soumis en outre à un service régulier au palais où ils fournissent une forte garnison qui se relève tous les huit jours, ils ont conservé les vertus guerrières de la race mantchoue et ne se sont point amollis au contact des Chinois des villes. Ce sont ces hommes intrépides qui se firent massacrer au combat du 18 septembre 1860, en chargeant sur nos carrés d'infanterie et qui, peu à peu repoussés, se retranchèrent derrière le pontdePalikao, oîi pendant plusieurs heures la mitraille les broya sans les faire reculer d'un pas. C'est une justice à rendre à ces braves gens que de proclamer hautement leur courage : ils furent battus, c'était fatal, leur nombre ne pouvait lutter avec nos moyens de destruction, la barbarie contre la civilisation. Mais du moins, ils surent mourir et le firent noblement.

Les camps qu'ils occupent dans la plaine ont une forme rectangulaire, leur enceinte est marquée par une petite fortification et un fossé. De grandes avenues se coupent à angle droit et sont bordées de maisons dans lesquelles vivent des familles; ces maisons sont toutes du même modèle, tenues très-proprement ; de grands arbres, des ruisseaux d'eau courante, bordent les avenues, le tout a un air de décence que l'on est heureux de rencontrer — comme exception. — On se sent là dans une atmosphère plus saine, dans un milieu supérieur, on ne voit pas de misère; des hommes de haute taille, bien vêtus, s'exercent au tir de l'arc, de la lance, du fusil, y dressent leurs enfants, pansent les chevaux qui n'ont pour écuries que des barraques ouvertes sur une des faces, souvent sur trois et ne s'en portent pas plus mal. L'état hygiénique de ces camps est excellent, on n'y souffre point des épidémies qui affligent la ville ; les enfants, constamment au grand air, placés sur un cheval dès qu'ils peuvent marcher, y ont un air robuste que l'on

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n'est pas habitué à rencontrer à Pékin. En somme, ces camps sont parfaitement bien disposés, et pourraient servir de modèle à ceux des armées européennes ; tout au moins ils les égalent.

Lorsque des corps d'armée se mettent en marche ou stationnent en quelque endroit, on délivre aux soldats des tentes semblables à nos tentes bonnet de police et sous lesquelles les hommes s'entassent. Le nombre des tentes est toujours insuffisant; les Chinois ne craignent guère de coucher en plein air, ils s'enroulent dans la couverture que chaque fantassin porte sur son dos, comme les nôtres, leur sac. Le grand nombre de villages que l'on rencontre partout en Chine, permet, du reste, le cantonnement des troupes dans les maisons, cela s'organise de soi-même, sans contrôle de la part d'une autorité indifférente; le passage d'un corps de l'armée impériale est à peu près aussi nuisible aux gens du pays que le passage des bandes de rebelles que l'on va disperser; ils sont, dans les deux cas, pillés sans merci. Ajoutons que les mouvements de troupes sont assez rares; ils n'ont lieu qu'en temps de guerre , les bannières tartares conservant toujours les mêmes garnisons.

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