‹ PékingChapitre 101 sur 224 · DYN. DES TS'ING. EXPÉDITION DE · texte numérisé non relu

DYN. DES TS'ING. EXPÉDITION DE

pour se rendre au Ya-men des Rites, situé très loin dans la ville de Péking. — Après une heure et demie de marche dans l'intérieur de la ville tartare, nous arrivons devant un vaste édifice d'assez triste apparence, c'est le Ya-men des Rites, lieu désigné pour l'entrevue des grands dignitaires français et chinois, où le prince Koung attendait les repré-

sentants de la France, entouré d'un grand nombre de mandarins civils et militaires. Le prince Koung s'est montré d'une aménité fort gracieuse pour le baron Gros et le général de Montauban à qui, tour à tour, il s'est empressé de tendre la main. Après l'échange des salutations d'usage, le baron Gros, le général de Montauban, suivis du personnel d'ambassade et des officiers généraux et supérieurs du corps expéditionnaire, entrèrent dans une vaste cour tendue de riches tapisseries, puis dans un grand vestibule dans lequel étaient groupés deux ou trois cents mandarins à globules de toutes les couleurs, enfin dans la salle des cérémonies, où le

1 Vase K ten-loung

prince Koil lïg les conduisit fond blanc, dessin représentant une vue du palais d'été.

aux sièges qu'ils devaient occuper. En face de l'entrée se trouvaient deux tables ; celle de droite était occupée par le prince Koung, assisté de Hang-ki, gouverneur de Péking ; celle de gauche, le côté d'honneur en ce pays, était occupée par le baron Gros, assisté du général de Montauban.

Devant la table de notre ambassadeur étaient assis le général Jamin, le général

Vase applati Kien-loung, forme gourde à vin, fond blanc à fleurs roses, encadrement céladon vert d'eau. ( Palais d'été. )

DYN. DES TS'lNG. EXPÉDITION DE l86o.

Collineau, le colonel Schmitz, et tous les officiers supérieurs chefs de service ; derrière se tenaient tous les officiers du corps expéditionnaire.

L'abbé Delamarre, mis à la disposition de notre ambassadeur, remplissait les fonctions d'interprète. L'échange des pouvoirs, leur vérification, la lecture et la signature du traité ont duré une heure environ ; au moment de la signature, une salve de vingt et un coups de canon annonçait au peuple chinois que la paix était conclue.

Après l'échange des trai-

tés ( le nôtre, sur très beau parchemin, celui des Chinois sur des plaques d'or), le baron Gros a offert au prince Koung plusieurs pièces d'or à l'effigie de l'empereur Napoléon et une collection de très belles photographies représentant S. M. Napoléon et Wgan-ting-men (porte de Ufoaix). la famille impériale. Ces

petits présents ont paru très agréables au prince Koung, autour duquel sont venus immédiatement se grouper en curieux tous les mandarins présents à la cérémonie.

Après les saluts d'usage, on se sépara, et nous reprîmes la route de notre camp au milieu de la population compacte qui nous avait accueillis à notre arrivée. Seul, notre ambassadeur, M. le baron Gros, resta à Péking dans un Ya-men mis à sa disposition par le prince Koung, et sous la garde d'honneur d'un bataillon du 10 Ie régiment de ligne.

Le 27 au matin, le général en chef alla visiter lui-même l'ancienne cathédrale ; le génie sous la direction de ses officiers s'était surpassé ; toute l'église était décorée de tentures noires et de drapeaux français en soie, l'autel reconstruit, le pavé recouvert de feutre, un immense catafalque s'élevait au milieu de la nef; bref, rien ne manquait pour la cérémonie du lendemain. Le 28, le général avec tout son état-major en grand uniforme et plusieurs pelotons de troupes en grande tenue vinrent à la cathédrale déjà remplie par une foule innombrable de chrétiens chinois. Les deux évêques accompagnés de six prêtres indigènes, firent leur entrée solennelle et célébrèrent la Messe, pendant laquelle la musique joua des airs funèbres et religieux ; le vent soufflait et une petite pluie glacée tombait par la vaste ouverture du toit ; néanmoins chacun était heureux et content, car l'ancienne croix avait été retrouvée et replacée tant bien

que mal au faîte de l'édifice par les soldats du génie. Les ambassades françaises, anglaises et russes assistaient à l'office, après lequel le cortège se forma ; c'est ce jour-là même 28, que Mgr Mouly fut reçu par le prince Koung à l'heure fixée pour le convoi funèbre, si bien que l'évêque ne put y assister. Le prince, quoique le traité fût signé, tremblait de crainte et n'avait qu'une confiance limitée en voyant tant de soldats dans la ville de Péking : Mgr Mouly prit ses deux mains dans les siennes et pendant plus d'une demi-heure il le rassura et finit par calmer sa frayeur. Depuis ce temps-là le prince Koung garda à Mgr Mouly une profonde reconnaissance, et lorsque l'évêque mourut, il se fit représenter à ses funérailles. Au sortir de cette audience, Mgr Mouly se rendit en toute hâte au cimetière où il arriva assez à temps pour bénir les cercueils des

Page 1