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Vue du cimetière français. (Dessin chinois. )
Une autre cérémonie devait avoir lieu le lendemain 29 octobre ; pas plus que la veille, personne ne voulut manquer au rendez-vous. Le service solennel célébré, Mgr Mouly fit un discours de circonstance pendant lequel des larmes de joie coulaient des yeux de ce vieil évèque ; il remercia Dieu, l'empereur, la France et l'armée, et enfin, au milieu de l'émotion généra'e, il entonna le Te Deum qui fut suivi des prières pour l'empereur. La croix dominait de nouveau l'édifice, le culte public était rétabli dans la ville de Péking, tous les établissements religieux avaient été restitués ; une fois de plus, on pouvait dire à bon droit : Gesta Dei per Francos.
Le Traité franco-chinois contenait la disposition suivante:
Art. i3. « La Religion chrétienne ayant pour objet essentiel de porter les hommes à la vertu, les membres de toutes les communions chrétiennes jouiront d'une entière sécurité pour leurs personnes, leurs propriétés et le libre exercice de leurs pratiques religieuses, et une protection efficace sera donnée aux missionnaires qui se rendent pacifiquement dans l'intérieur du pays, munis des passe-ports réguliers dont il est parlé dans l'article 8. Aucune entrave ne sera apportée par les autorités de l'empire chinois au droit qui est reconnu à tout individu en Chine d'embrasser, s'il le veut, le christianisme, et d'en suivre les pratiques sans être passible d'aucune peine infligée pour ce fait. » Il avait été stipulé en outre, que les anciennes églises, établissements ou cimetières seraient rendus aux missions ; Mgr Mouly en prit possession sans difficulté. Dans l'article concernant la religion, rien n'autorisait les missionnaires à acheter des propriétés en dehors des ports ouverts, et par conséquent à s'établir dans l'intérieur de la Chine ; l'abbé Delamarre, travaillant à la rédaction du texte chinois du Traité, y introduisit une clause qui donnait ce droit aux missions. Malheureuse-
DYN. DES Ts'lNG. EXPÉDITION DE 1 860.
ment, elle ne se trouvait pas dans le texte français qui seul devait faire foi. Aussi, peu d'années après, les Chinois protestèrent-ils : ce qui donna lieu à une convention spéciale qui permettait d'acheter dans l'intérieur, mais seulement au nom et pour l'usage de la communauté chrétienne.
Le 5 novembre, l'empereur Sien-foutig approuvait définitivement les Traités et mourait peu après, laissant l'empire à son fils T'oung-tche ; mais on cacha sa mort qui ne fut annoncée que l'année suivante, si bien que l'année 1861 appartient encore au règne de cet empereur.
L'expédition anglo-française dut j^; fi*
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précipiter son embarquement, car les glaces ferment l'entrée du Pè-ho de décembre en mars. On laissa cependant quelques troupes pour occuper les forts de Ta-kou ; les Français gardèrent ceux du sud, et les Anglais ceux du nord, qui ne furent évacués définitivement qu'après l'entier paiement des indemnités de guerre ; celle de la France s'élevait à 5o millions y compris les paiements à faire aux familles des victimes du guet-apenS de Médaille de la campagne de Chine.
T'oung-tcheou. Aurait-on mieux fait de s'établir définitivement dans les forts ou du moins d'en prolonger l'occupation pendant plusieurs années, c'est possible : mais, on ne connaissait point alors les Chinois, comme on les connait aujourd'hui.
Chacun tira le meilleur profit possible de l'expédition :
La France eut la gloire des armes, vengea le meurtre d'un de ses enfants, M. Chapdelaine ; on vit quelques milliers de ses soldats pénétrer au cœur d'un empire de 400 millons d'hommes, en vaincre les armées, en prendre la capitale.
L'Angleterre obtint les plus sérieux avantages pour son commerce, et les négociants firent de rapides fortunes dans les ports ouverts.
La Russie rectifia ses frontières de Mantchourie qui suivirent désormais le fleuve Amour jusqu'au confluent de l'Ousouri ; la ville d'Ourga et même celle de Kachgar furent ouvertes à ses produits ; enfin le service des postes entre la Russie et la Chine fut définitivement organisé.
La religion retrouva sa liberté et en profita pour relever les ruines des ses temples
détruits pendant les persécutions. Mgr Mouly, laissant son coadjuteur et ses missionnaires réparer provisoirement les églises et les sépultures de Péking, partit pour l'Europe où il arriva en juin 1 86 1 .
La guerre de 18G0 fut une dure leçon pour la Chine; malheureusement la Chine oublie vite les leçons !
I. ToUNG-TCHE. REBELLES AUX LONGS CHEVEUX (tCh'aNG-MAO ). LES FILLES DE LA CHARITÉ. LE SECOND PÉ-TANG. — • II. M. ARMAND DAVID ; SES TRAVAUX, SES DECOU- VERTES.— III. Mort de mgr mouly. église de sainte-croix, église de n.-d. des
VICTOIRES. MM. CHEVRIER ET OU. — IV. MASSACRES DE TIEN-TSIN. MGR DELAPLACE. CONSTRUCTION DE l'ÉGLISE SAINT-LOUIS.
ENDANT que l'armée anglo-française battait les Chinois, les rebelles aux longs cheveux ( Tch'ang-mao), soi-disant descendants des Ming, se révoltèrent contre la dynastie et s'emparèrent de presque tout le sud de la Chine : Hang-lcheou, Ning-po, Chao-sing, Nan-king et enfin Chang-haè tombèrent en leur pouvoir. Les alliés se résolurent à défendre la dynastie et à reprendre au moins les ports qu'elle avait ouverts au commerce de l'Europe. En février 1862, on débarqua de l'infanterie de marine, et Chang-haè attaqué par terre et par mer, fut évacué par les rebelles. Le 10 mai, Ning-po était pris; la joie de ce succès fut bien amoindrie par la mort de l'amiral Proté, frappé d'une balle en pleine poitrine à la tête de ses troupes. Peu après, à une troupe assez nombreuse de Manillois et de Chinois fidèles, se joignirent des soldats français qui, ayant fini leur temps, voulurent prendre du service en Chine. Un corps se forma à Ning-po sous le commandement de MM. Lebreton et d'Aiguebelle. Le 19 juillet 1864, Nan-king, dernier rempart des rebelles, fut emporté, et Taè-ping-onan leur chef se suicida, ce
qui mit fin à la révolte. — C'est au corps franco-chinois que la dynastie est redevable
d'avoir reconquis ses provinces du sud.
Peu après la guerre, Mgr Mouly était parti pour l'Europe qu'il n'avait pas revue depuis 25 ans.
Son arrivée fut un événement ; ce bon évêque à longue barbe, à grosses lunettes chinoises, à l'air un peu dépaysé, était une curiosité ; on se le disputa.
Avec l'extrême bonté qui le caractérisait, il se laissa faire; on le fit prêcher, présider des conférences, des réunions (%%m>Cï\ de tout genre en France, en Italie, en Belgique, en Hollande, enfin un peu partout. Il alla voir l'empereur qui, sur l'indemnité de guerreluiavaitallouéune
forte somme pour
reconstruire les anciennes églises détruites. Napo-
LemptrtUT T'oung-tehe. \^on HI, très affable
et fort bien disposé pour ce vieil évêque qui était resté si français, lui dit : « Que pourrais-je faire encore pour vous être agréable? — Sire, répondit-il, ce serait de me
DYN. DES TS'ING. TOUNG-TCHE (1862). LE SECOND PÉ-T'ANG ( 1 86 5 ) . 2J C
faire reconduire jusqu'à Tien-tsin, avec la colonie de missionnaires et de sœurs que je dois emmener. » L'empereur accorda gracieusement la demande, et le 24 février 1862, sept missionnaires et quatorze filles de la Charité partirent sur une frégate de l'Etat. Après mille péripéties et mille dangers, la nouvelle colonie arriva à Chang-haè à la fin du mois de mai. Les navires du port avaient leurs pavillons en berne et leurs vergues en croix, à l'occasion des funérailles de l'amiral Proté.
Mgr Mouly mit 21 jours pour aller de Chang-haè à Ta-kou sur un voilier américain. On installa les sœurs destinées à Tien-tsin dans la maison qui leur
avait été préparée ; quant aux missionnaires, ils logèrent rapeau es au Ouang-haè-leou, belle résidence donnée par le gou-
rebelles °
vernement chinois ; elle se trouvait à la jonction du canal impérial avec le Pè-ho, et avait servi à l'état-major lors de l'occupation par les alliés. Le 10 juillet, Mgr Mouly faisait son entrée solennelle à Péking.
Pendant son séjour en Europe, les missionnaires avaient relevé les murs d'enceinte, refait la toiture de la cathédrale et construit quelques chambres d'habitation. Au Pé-t'ang, résidence française, on s'était contenté de réparer les anciens bâtiments ; l'évêque, les missionnaires et les séminaires y trouvèrent place ; au Toung-t'ang et au Si-t'ang rien n'était fait encore. Mgr Mouly se mit de suite à l'œuvre ; une maison disposée pour les sœurs de Charité non loin du Pé-t'ang fut bientôt remplie de malades et d'enfants abandonnés. On termina les réparations de l'ancienne cathédrale qui fut repeinte en entier, en conservant religieusement les mêmes dessins qui la décoraient jadis. Mgr Mouly ne voulut point tarder à réparer aussi le cimetière français de Tcheng-foa-sse, situé à 8 kilomètres de la porte Pin-tche-men. On dut refaire les tombes, relever les stèles, replanter les arbres et reconstruire tout le mur d'enceinte. Un accident vint encore augmenter les dépenses : la résidence du Pé-t'ang nouvellement restaurée, fut presque totalement détruite le 9 janvier 1864, par un incendie. On sauva, non sans difficulté, la grande bibliothèque qui commençait à flamber ; le soir chacun eut à peine de quoi coucher ; la perte fut estimée à 100.000 francs. Quelques mois après s'éleva sur les ruines une grande maison européenne, et Mgr Mouly pensa à reconstruire la cathédrale française du Pé-t'ang. Un architecte du Lot-et-Garonne, M. Bourrières, en avait fait le plan ; deux tours surmontées de deux flèches fort élégantes devaient s'élever sur la façade ; mais pour ne point créer d'affaires avec les Chinois, le plan fut envoyé au Tsoung-li ya-men qui pria l'évêque de retrancher les flèches. Ainsi diminuées, les tours avaient encore près de 90 pieds
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de haut. La première pierre fut posée le rr mai i865, en présence de M. de Berthemy, ministre de France, que tous ses collègues avaient accompagné, et des ministres du
Tsoung-li y amen : Tchoung, Toung et Hengtsi. Cette pierre fut bénite par Mgr Mouly. L'église, dédiée au Saint-Sauveur, ne se trouve pas sur l'emplacement de l'ancienne bâtie par les Jésuites et détruite en 1827; comme cet emplacement était beaucoup trop restreint pour la nouvelle cathédrale, on acheta à l'est de la résidence un vaste terrain pour l'y construire. Cette église est gothique (XIIIe siècle) ; elle mesure à l'intérieur 49 mètres de long sur 3o de large au transept et 2 1 à la nef, y compris les bas côtés ; la hauteur est de 1 7 mètres 66 sous clef de voûte. Le 1" janvier 1867, on en fit la bénédiction solennelle à laquelle assistait M. le comte de Bellonnet, chargé d'affaires de France. La même année, l'église de N.-D. des septdouleurs était bâtie au Si-t'ang, ancienne résidence de M. Pedrini; et une grande chapelle provisoire au Toung-t'ang, pour les chrétiens de cette paroisse, qui durent encore attendre longtemps leur église, car l'indemnité avait été totalement absorbée.
PARMI les missionnaires arrivés avec Mgr Mouly, il s'en trouvait un très remarquable par ses connaissances en histoire naturelle : c'était M. Armand David. La Chine était ouverte, les Européens astronomes, mathématiciens et autres, allaient se mettre au service des Chinois ; les missionnaires n'avaient donc plus raison d'être comme savants ou artistes de la cour. Cependant, on ne pouvait abandonner les sciences, qui sont un puissant auxiliaire pour la religion ; il était bien à désirer qu'un collège s'ouvrit à Péking, et pour ce collège il fallait un homme ; M. David fut choisi. Missionnaire avant tout, cette qualité lui eut fait préférer la vie apostolique.