I. ARMEE CHINOISE
chevaux, doit fournir à l'empereur plusieurs centaines de mille cavaliers; mais ils sont peu exercés, mal armés et mal commandés ; aussi, malgré leur fidélité à la dynastie, ne peuvent-ils apporter qu'un appoint peu sérieux en cas de guerre.
Depuis une quinzaine
Archer
Arbalètes
d'années, les mandarins intelligents, spécialement le vice-roi Li-houngtchcing, ont essayé de former des troupes sur le modèle européen et y ont en partie réussi ; bien armées, sévèrement disciplinées, proprement tenues, habitant des camps retranchés ou des forteresses, ces troupes ont fait plusieurs fois l'admiration des officiers européens qui les voyaient manœuvrer. Près de cent mille hommes ont été ainsi exercés, et auraient représenté une force réelle, car la bravoure ne leur manque pas, s'ils avaient été commandés par des officiers instruits et que l'intendance eût fonctionné régulièrement. Ici encore la vénalité et l'amour du lucre sont venus paralyser ces premiers efforts. Tel mandarin avecdeux barils de poudre européenne en faisait douze, et l'on s'étonnait que le boulet ne sortît pas de l'àme du canon ! tel autre exigeait pour lui-même le tiers de la valeur d'une commande, et acceptait des armes défectueuses. On passait l'inspection d'un fort, 2.000 hom-
mes bien tenus s'y trouvaient ; mais, pendant que l'inspecteur déjeunait, on les faisait passer dans un autre fort, puis dans un troisième, et ces 2.000 hommes comptaient pour 6.000. On allait examiner le magasin à obus ; le premier rang était réel, les autres
en carton recouvert de papier argenté! Ces détails suffisent pour faire comprendre comment l'armée et la flotte chinoises ne purent soutenir la lutte contre le Japon. Si la Chine moralisait ses fonctionnaires, faisait instruire ses officiers, payait ses troupes, si en un mot, elle voulait réellement prendre l'Europe pour modèle, la richesse de son sol et le nombre de ses habitants lui permettraient d'avoir, en peu d'années, une flotte redoutable, une infanterie excellente et la plus nombreuse cavalerie du monde.
Général tartare.
I. Les tribunaux, le pé-yamen. la police, les prisons. — II. Les rues, les places.
LES VOLEURS. LES POMPIERS. — III. Les BANQUES. LES MONTS-DE-PIÉTÉ. LES THÉÂTRES. LES MAISONS DE JEU. L'OPIUM. LES MAISONS DE TOLÉRANCE. LES BOUTIQUES. LES RESTAURANTS. LES CAFÉS. — IV. Les ENFANTS TROUVÉS.
EAUCOUP de personnes regardent Péking comme la capitale du Pé-tche-ly, il n'en est rien ; cette province a sa préfecture particulière. Péking, capitale de la Chine, est directement régi par un vice-roi spécial, nommé « le gouverneur des neuf portes», et Tétendue de sa juridiction ne dépasse pas quelques kilomètres au dehors de la ville. Il a sous ses ordres deux sous-gouverneurs chargés, l'un de cinq portes, l'autre de quatre, avec les quartiers qui en dépendent.
Le principal tribunal est celui du nord (Péyamen ), où le gouverneur traite les affaires de -^^XV\ n^S\\n police et les procès ; il y en a de plus deux au- ^ y^'J W *^\\>>'> « tres présidés par les sous-gouverneurs; enfin
dans la ville chinoise, chaque division a son tribunal particulier. Outre ces grands tribunaux, on rencontre dans chaque rue importante plusieurs postes de police, et à chaque carrefour des gardiens spéciaux. Pendant le jour, chacun doit veiller à ce qu'au-
Le vice-roi, gouverneur de Peking et son escorte.
cun désordre ne se produise dans la partie de la cité qui lui est confiée; pendant la nuit, chaque poste doit disposer des veilleurs qui, munis de lanternes, parcourent jusqu'aux moindres ruelles pour empêcher tout vol ou toute attaque nocturne. Ces veilleurs poussent des cris, se répondent de loin les uns aux autres, et frappent sur des instruments en bois pour annoncer leur présence. Il est difficile de comprendre comment ces moyens bruyants, qui indiquent exactement où se trouve la police, peuvent arrêter les voleurs dans leurs mauvais desseins ; quelques agents subalternes ne se font point du reste scrupule d'accepter une prime et de s'entendre avec eux !
Dans les tribunaux de Péking, comme dans ceux de toute la Chine, la vénalité de la justice a donné lieu au proverbe suivant : « Si votre cause est mauvaise et que vous soyiez riche, entrez hardiment ; si elle est bonne et que vous soyiez pauvre, n'entrez pas! » Tout est estimé, discuté, acheté et payé; un homme est-il condamné à recevoir cent coups de bambou, l'exécuteur a supputé la valeur de son sujet ; celui-ci offre-t-il 20 francs, on continue à frapper fort ; arrive-t-il à promettre 5o francs, qui représentent sa valeur, on frappe encore, le patient crie, les coups résonnent, mais sans faire aucun mal, sans laisser aucune trace. Les satellites ne recevant rien de leurs maîtres, trouvent ainsi moyen de se faire d'assez beaux bénéfices. Pour écrire une accusation, pour la faire présenter, accepter, patronner, il faut payer ; tout cela sert d'émoluments aux scribes, aux portiers, aux secrétaires des tribunaux ; le mandarin lui-même ne pourrait vivre avec la somme qui lui est allouée par l'empereur, il est obligé d'aviser, car il a de lourdes charges et ne doit pas se présenter les mains vides devant ses supérieurs ; aussi, a un simple préfet qui est payé i5.ooo francs, les affaires en rapportent de cinquante à soixante mille chaque année.
Le Chinois dit souvent : « Les gros poissons mangent les petits, les petits mangent