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LA MORT

entrailles sont attaquées et on meurt brûlé. En Europe on combat le feu de la fièvre par la glace ; les Chinois la croient mortelle en pareil cas. Somme toute, sur un nombre de malades soignés à l'européenne et sur le même nombre soigné à la chinoise, la mortalité a été à peu près égale.

Le choléra devrait être en permanence à Péking ; les égouts découverts, les flaques

Cercueil avec quatre porteurs.

d'eau croupie, les boues infectes, la mauvaise qualité de l'eau, rien ne manque pour le propager ; cependant l'épidémie cholérique est rare, et on ne voit habituellement que des cas isolés. Il y a peu de phtisiques, la fièvre ordinaire et la migraine sont presque inconnues des Chinois ; mais il y a bon nombre d'aveugles qui sont censés voir clair dans les choses de l'avenir ; ils parcourent les rues en pinçant de la guitare ou en soufflant dans une flûte, et on les appelle pour dire la bonne aventure, pour choisir un endroit propice, pour détourner des sorts, etc. ; on a un grand respect pour eux, et chacun les aide dans les rues pour leur faire éviter les voitures. Ils ont du reste des concurrents clairvoyants qui, installés devant une petite table tirent les cartes et les dés moyennant quelques sapèques, et prédisent aux gens crédules tout ce qu'ils peuvent désirer. Ce qui tue le plus les pauvres Chinois, c'est la misère et l'opium. Il y a des misères noires dont on n'a pas l'idée ; des bouges infects où de malheureuses femmes meurent de faim avec leurs enfants ; malgré tout, la mortalité n'est pas plus considérable qu'en Europe, et les naissances surpassent de beaucoup les décès. Le Chinois

est prolifique, on voit des enfants partout et la population croît rapidement.

Une veuve se remarie presque toujours, et garder la viduité passe pour une grande vertu ; on élève même quelquefois des arcs de triomphe pour perpétuer la mémoire d'une

personne qui a, jusqu'à la fin de sa vie, conservé le seul souvenir de son premier mari. Le Chinois est un peu fataliste ; la pensée de la mort ne le trouble pas ; souvent même on discute la vie pour savoir s'il y a bénéfice à la conserver. Un jour, un bon vieillard de 70 ans étant malade, ses fils réunis discutaient entre eux pour savoir s'il fallait appeler le médecin: «Le père est âgé, il ne peut plus rien faire; le médecin coûtera tant, les médecines tant ; c'est une grosse dépense, ne vaudrait-il pas mieux le laisser s'éteindre tout doucement ? » Le malade avait entendu et il leur dit : « Ne vous inquiétez pas, c'est inutile de faire une dépense pour moi, je vais mourir tranquillement ; au lieu de perdre notre argent en médecines, faites plutôt donner une nouvelle couche de vernis à mon cercueil ! » Comme chacun sait, le cercueil est préparé d'avance, c'est un meuble de luxe que l'on soigne, que l'on offre à ses parents, ce dont ils sont fort reconnaissants. Il y a des boutiques superbes de cercueils ; vous en achetez selon vos moyens, un de 20 francs ou un de 1 .000 francs. On ne saurait croire combien un chinois tient à posséder ce beau meuble! Lorsqu'en 1860, on prépara des

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