‹ PékingChapitre 199 sur 224 · ROUTES. TOURELLES KILOMÉTRIQUES. AUBERGES · texte numérisé non relu

ROUTES. TOURELLES KILOMÉTRIQUES. AUBERGES

aujourd'hui tout est démoli, ruiné, raviné. En temps de pluie, elles sont impraticables; en tout temps, mauvaises; flaques d'eau, bourbiers, ornières, rien n'y manque et personne ne les répare jamais ; aussi presque toujours on les évite en passant dans les champs voisins, que les propriétaires défendent comme ils peuvent, en les parsemant de trous profonds qui font verser les voitures. Les routes de montagne sont également affreuses ; plus ou moins taillées dans le roc, elles n'ont souvent qu'un mètre de large, c'est juste suffisant pour le passage d'une mule ; quand on craint une rencontre, on s'avertit de loin par des cris. Le rocher est poli par les sabots des animaux, à la moindre pluie on glisse et on tombe ; la pente est parfois presque verticale et la descente effrayante ; mais en laissant la mule suivre son instinct sans la toucher, sans la diriger, quoique sur un simple bât non sanglé, le voyageur ne court aucun risque.

LES AUBERGES. — En voyage, les étapes sont d'environ 25 kilomètres; on en

Wfe-

Auberge.

fait deux par jour. A chacune d'elles on s'arrête pour déjeuner ou pour coucher dans des auberges sales et dégradées. Elles sont composées d'une ou plusieurs cours réservées aux animaux et aux voitures qui restent en plein air; les chambres environnent ces cours. Rien à boire que du thé ou de Teau-de-vie chinoise, rien à manger que les petits plats du pays. Quant à dormir, il n'y faut pas penser ; outre le bruit de quarante ou cinquante mulets qui courent et se battent, outre les cris des cochers, des aubergistes et des petits marchands, il y a encore un bruit insolite qui étonne la première fois :

PKKING.

c'est la crécelle du veilleur de nuit, qui ne manque jamais de s'arrêter sous les fenêtres en papier du voyageur, pour lui faire admirer sa vigilance. Somme toute, on est très mal. mais on ne paie pas cher; que vous ayez ou non apporté vos provisions, le prix sera toujours à peu près le même ; en réalité, l'aubergiste qui n'a presque rien dépensé, trouvera cependant encore moyen de se plaindre de ce que vous lui donnerez ; il n'y a pas à s'en préoccuper, le Chinois se plaint toujours.

if CHAPITRE XXIII

I. Géographie, climatologie, eaux thermales. — II. Céréales, fleurs. — III. Ornithologie.— IV. Faune.

ÉKING, situé sur le 390 54 i3" de latitude nord et le 11 40 08' 3o"' de longitude Est de Paris, se trouve ainsi sur le même méridien que Naples et Madrid, et cependant les froids de l'hiver y sont rigoureux ; pour cette raison, la capitale de la Chine a été classée parmi les villes à climat extrême comme New- York. Les grands froids commencent presque sans transition en novembre, et les fleuves ainsi que la mer sont pris par les glaces en décembre, pour dégeler en mars. Pendant ces quatre mois, le froid oscille entre — 10 et — 18 degrés, tandis que pendant l'été le thermomètre atteint et dépasse + 400. Les ;»^y(/)(| Pékinois disent que le vent souffle du nord en hiver, du sud en été, de Test au printemps et de l'ouest en

automne, et cet adage populaire ne manque pas de vérité. Le climat de Péking est caractérisé par une très grande sécheresse qui, s'il rend le froid très pénible, fait supporter plus facilement les chaleurs du mois de juin, pendant lequel elles atteignent leur maximum. Il y a dans l'année de trente à quarante jours de pluie ou de neige ; les grandes pluies de juillet et d'août produisent une humidité surchauffée, qui rend ces deux mois fort pénibles. Pendant l'hiver, le ciel à Péking reste serein, et rien n'é-

o-ale la transparence de l'atmosphère ; mais les vents violents du nord soulèvent une poussière tellement épaisse que le soleil en est parfois obscurci, et des nuages jaunâtres s'étendent comme un voile sur toute la ville.

L'immense plaine de Péking est toute plate et formée d'une terre d'alluvion ancienne et jaunâtre, où le P. David n'a jamais aperçu de débris fossiles. D'autres géologues pensent que tout l'espace compris entre Péking et Nan-k'eou, est d'alluvium récent. Vers le nord de Péking, on rencontre des petites collines près du palais d'été ; plus loin, toujours dans la même direction, la chaîne s'élève et une montagne qui fait angle,

Niveau d'eau.

montre au loin son flanc nu et bleuâtre ; c'est de là qu'on extrait un beau granit compacte, dont on transporte quelquefois des blocs à Péking (A. David). A Nan-k'eou s'étend la chaîne de montagnes qui, venant du sud-ouest, se prolonge jusqu'à Chanhaè-kouan en se reliant à la grande chaîne qui sépare la Mongolie de la Chine, et qui est dominée par la Grande-muraille. Les roches sont calcaires, cristallines ou porphyritiques. Ces montagnes de médiocre hauteur sont toutes déboisées ; de celles de l'ouest, à 16 ou 18 kilomètres de Péking, on extrait de temps immémorial, un anthracite très dur et difficile à allumer. Il faut aller jusqu'à Tch'aè-tatig, à trois journées nord-ouest de la capitale, pour trouver la houille bitumineuse. Les mines sont nombreuses, mais misérablement exploitées : on creuse un chemin souterrain descendant en pente douce jusqu'aux filons, et des hommes, une lampe attachée au front, se glissent sans aucun vêtement dans ces tanières à peine soutenues par de misérables poutrelles, et reviennent portant à dos ou traînant après eux un bloc de charbon. On est apitoyé sur le sort de ces malheureux, qui sortent couverts de sueur, vont se rafraîchir au grand air

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