DYN. DES YUEN. INNOCENT IV. ( I24I
arrivés en très grand nombre et chargés de présents. — C'est à cette époque que Jean de Plan-Carpin, religieux de Saint-François, vint à la cour du grand Kan.
Les immenses conquêtes de Gengiskan, la terrible invasion de Batou son petitfils, envoyé à la conquête de l'Occident avec une armée de 600.000 hommes, la Russie envahie jusqu'à Kiew, la Pologne et la Hongrie dévastées, les armées chrétiennes repoussées par ce torrent dévastateur, avaient plongé l'Europe dans la consternation. En 1245, dans le Concile œcuménique de Lyon, le pape Innocent IV qui le présidait, dit ces paroles : « Certes, elles sont nombreuses et diverses les préoccupations qui Nous accablent : l'entreprise urgente pour la Terre- Sainte, la tribulation qui menace l'Eglise, et le misérable état de l'Empire Romain. Mais à dire vrai, Nous oublions tout ceci et Nous-même, en songeant à la persécution des Tartares. Car, en considérant que le nom chrétien (ce qu'à Dieu ne plaise) pourrait être anéanti de nos jours par ces Tartares, cette seule pensée brise tous nos os, en dessèche la moelle, amaigrit nos membres, exténue les forces de notre âme et Nous plonge dans de si douloureuses angoisses que, jeté pour ainsi dire hors de Nous-même, Nous ne savons plus de quel côté Nous tourner. » D'autre part, les histoires prodigieuses racontées par les voyageurs sur le Katai, le bruit que plusieurs chefs de ces hordes redoutables s'étaient convertis au christianisme, l'espérance de propager la foi et d'arrêter enfin la barbarie des peuples de la haute Asie, déterminèrent le Souverain-Pontife à envoyer aux Tartares des missionnaires avec des lettres pontificales pour les exhorter à embrasser la foi catholique et à ne plus verser le sang chrétien. Le pape, à cette fin, s'adressa aux deux grands ordres mendiants, les Dominicains et les Franciscains qui, bien que d'une origine récente, répandaient déjà au loin les lumières de l'Évangile. Innocent IV écrivit au prieur des Dominicains de Paris, lequel choisit quatre de ses religieux pour être envoyés aux princes mongols qui commandaient en Perse. En même temps, deux franciscains étaient désignés pour se rendre jusqu'en Tartarie auprès du grand Kan. Nous allons voir tout ce que les Papes et les rois de France firent alors pour sauver l'Europe et convertir les Tartares ; tout ce que souffrirent les missionnaires envoyés par eux en ambassade, et comment Dieu bénit leur indomptable énergie.
Innocent IV.
FAN DE PLAN-CARPIN, de Tordre des Frères-Mineurs, fut le légat choisi par le Saint-Siège auprès des Tartares. Il était né vers 1 182, dans la ville d'Assise, et avait été un des compagnons de saint François. On lui adjoignit Etienne de Bohême. «Comme par ordre du siège apostolique, dit Plan- Carpin au commencement de la relation de son voyage, nous devions nous rendre auprès des Tartares et des autres nations de l'Orient ; sachant la volonté du Souverain-Pontife et des vénérables cardinaux, nous nous sommes déterminés à prendre d'abord le chemin de la Tartarie ; tous, en effet, nous craignions qu'un danger imminent ne menaçât l'Église de ce côté. Bien que de la part des Tartares ou des autres peuples, nous avions à redouter la mort ou la captivité perpétuelle ; la faim, la soif, le froid, la chaleur, des affronts et des souffrances au-dessus de nos forces, et qui en réalité, sauf la mort et la captivité, nous ont accablés en plus grand nombre que nous n'avions pu le croire ; cependant nous avons voulu nous dévouer pour faire la volonté de Dieu, selon l'ordre de notre Saint-Père le Pape, et rendre service à la chrétienté en lui faisant connaître exactement la volonté et l'intention de ces peuples, de peur que dans une irruption subite, ils ne la trouvent encore une fois sans défense, comme il est arrivé précédemment, pour les péchés des hommes, et
fissent un grand carnage parmi le peuple chrétien. »
La lettre du pape Innocent IV, dont Plan-Carpin était porteur, commençait ainsi : « Au roi et au peuple des Tartares. Comme non seulement les hommes, mais encore les animaux privés de raison et les éléments de ce monde sont naturellement unis dans une même fin, à l'exemple des esprits supérieurs que le Créateur de toutes choses a distingués pour maintenir un ordre stable et pacifique ; Nous sommes forcé à bon droit de Nous étonner profondément que vous, comme Nous l'avons appris, après avoir envahi beaucoup de pays chrétiens et autres, vous les ayiez dévastés et horriblement désolés , et que maintenant encore ne mettant aucun frein à votre fureur, vous ne cessiez d'étendre plus loin les ravages de vos mains, et que sans respect pour le lien naturel qui unit les hommes, sans égard pour le sexe ni pour l'âge, vous les passiez tous indistinctement au fil de votre glaive. »
Jean de Plan-Carpin.