‹ PékingChapitre 34 sur 224 · DYN. DES YUEN. JEAN DE PLAN-CARPIN. ( I · texte numérisé non relu

DYN. DES YUEN. JEAN DE PLAN-CARPIN. ( I

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Carte de Karakoroum, d'après les Chinois.

C'est le 16 avril, jour de Pâques de la même année 1245, que Jean de Plan-Carpin et Etienne de Bohème partirent de Lyon. Ifs traversèrent l'Allemagne, la Bohême, la Pologne où un troisième franciscain, Benoit de Pologne, se joignit à eux pour leur servir d'interprète, et arrivèrent à Kiew, métropole de la Russie. Le chef tartare qui commandait en cette ville leur fournit des chevaux et des guides; mais après six journées de chemin, Etienne de Bohême tomba malade et dut s'arrêter. Les deux autres religieux continuèrent leur route à travers des pays dévastés et incultes.

Le chef tartare de Kaniew leur fit donner des montures et ils arrivèrent à une autre ville où commandait un général alain nommé Michéas, plein de malice et de fourberie. Il suscita aux deux religieux toutes sortes de difficultés, qu'ils aplanirent par des présents. Partis avec lui le lundi de la quinquagésime, ils arrivèrent le ven-

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Chevaux mongols.

dredi suivant au premier campement des Tartares. Le lendemain matin, comme ils étaient déjà en route, les principaux chefs accoururent au-devant d'eux pour s'enquérir du but de leur mission. « Nous venons, dirent-ils, de la part du Seigneur et du Père des chrétiens, pour vous exhorter tous à l'amitié et à la paix avec eux ; nous venons vous apporter la foi en Jésus-Christ pour le salut de vos âmes ; cessez d'offenser Dieu et faites pénitence du carnage que vous avez fait de tant de peuples. Nous ayant ainsi entendus, ils nous donnèrent des chevaux et des guides pour nous conduire vers Corenza, et aussitôt ils demandèrent des présents que nous leur fîmes, car il fallait bien accommoder notre volonté à la nécessité. » Corenza était le commandant en chef, au nom de Batoukan, de toutes les garnisons de la frontière échelonnées sur la rive droite du Dnieper; il avait, d'après ce qu'on dit au frère Jean, 60.000 hommes sous ses ordres. « Nous dûmes aussi lui donner des présents pour sauver notre vie et faire réussir l'entreprise de notre Saint-Père le Pape. » Le •26 février, ils reprirent leur route avec trois guides qui devaient les conduire le plus rapidement possible auprès de Batou. « Nous marchions du matin jusqu'au soir, et très souvent pendant la nuit en trottant avec toute la vitesse de nos chevaux, dont nous changions trois ou quatre fois par jour. »

Enfin, le Mercredi-Saint, 4 avril, ils arrivèrent auprès de Batoukan qui commandait sur le Volga; Batoukan était l'aîné des princes Gengiskanides et le plus puissant après le grand Kan. On conduisit les deux religieux à sa cour quasi impériale, et on les avertit de veiller avec le plus grand soin à ne pas heurter du pied le seuil de la tente, présage de si mauvais augure, qu'il entraînait la peine de mort. «Après

DYN. DES TDEN. L IMPERATRICE TOURAKINA.

être entrés, nous fléchîmes les genoux, et nous présentâmes la lettre de notre Saint- Père le Pape, en priant qu'on voulut bien la faire traduire par les interprètes.» Le Samedi-Saint, ils furent appelés près de Batou et on leur dit de sa part qu'ils devaient se rendre auprès du grand Kan. « Le jour de la Résurrection du Seigneur, après avoir

dit l'office et pris un peu de nourriture, nous repartîmes en pleurant beaucoup, car nous ne savions si nous allions à la vie ou à la mort.

Nous étions tellement malades que

nous avions grand peine à nous tenir à cheval. Pendant tout ce carême, et aussi les jours de jeune, notre nourriture avait été du millet cuit à l'eau et au sel. et notre boisson de la neige fondue. Nos membres étaient ligaturés avec des bandelettes afin de mieux endurer les fatigues dune pareille course. • On avait en effet ordonné aux Tartares qui les conduisaient de les faire arriver avec toute la vitesse possible, pour assister à l'élection de l'empereur. Après avoir quitté le pays des Comans. entrèrent dans celui des Gangites. déserts sans eau. où ils rencontraient parfois des crânes et des ossements humains qui recouvraient la terre « comme du fumier ».

Arrivés au pays des Naîmans. il tomba, le jour de la fête des saints Pierre et Paul, une abondante neige et ils eurent grand froid. Enfin, ils atteignirent la région des Mongols, et le 22 juillet, jour de la fête de sainte Madeleine, ils parvenaient au^ du grand Kan. Le futur empereur, informé déjà par Batou, fit héberger les deux franciscains et pourvoir à leurs dépenses. Après cinq ou six jours de repos, il les envoya au campement de sa mère, où se préparait une assemblée solennelle, pour laquelle on avait élevé une tente de pourpre blanche qui pouvait contenir plus de deux mille personnes. Ce lieu s'appelait Sira-Ordou. Tous les princes tartares et E s ..mbassaieurs au nombre d'environ quatre mille, s'y rendirent avec des présents de toutes sortes.

Les bons religieux, c ainsi que l'exigeait la nécess té ». durent se conformer au . . nionial. et revêtirent sur leur robe de bure un costume d'apparat qu'on '. . avait prêté, puis ils se rendirent dans la grande tente, où oa offrait à boire aux env: étrangers, et y acceptèrent un peu d'hydrome!. On alla ensuite à trois ou quatre lie de là. dans une belle vallée sur les bords d'un ruisseau qui coule entre les montagr

cet endroit, appelé la Hordc-d*or, avait été choisi pour l'intronisation de l'empereur. l'Ile eut lieu le jour de la Saint-Barthélémy, et fut suivie de grandes agapes et copieuses libations. Le trône du grand Kan, placé sur une estrade circulaire, était en ivoire magnifiquement sculpté et garni d'or et de pierreries. Cet ouvrage avait

été exécuté par un orfèvre russe très habile. C'est là que pour la première fois les deux religieux furent appelés auprès de Kouyoukkan, dans une grande réunion où les ambassadeurs offrirent des présents merveilleux soit par leur nombre, soit par leur richesse. Les deux franciscains avaient épuisé leurs provisions et durent se présenter les mains vides.

L'impératrice Tourakina se retira ensuite d'un côté et l'empereur d'un autre.

« Kouyoukkan , dit Plan- Car pin, ayant appris que nous l'avions suivi nous fit donner ordre de retourner au campement de sa mère. Le lendemain il voulait, en signe de guerre, lever son étendard du côté de l'ouest contre tous les peuples de l'Oc-

Limpèratrice Tourakina. cident, et il désirait nOUS le

laisser ignorer, mais nous l'apprîmes des témoins eux-mêmes de manière à n'en pouvoir douter. Nous revînmes après quelques jours et nous demeurâmes là un bon mois, ayant à souffrir de la faim et de la soif, car ce qu'on nous donnait pour quatre suffisait à peine pour un. Nous serions peut-être morts, sans la charité de l'orfèvre russe appelé Corne, qui nous montra le trône et le sceau qu'il avait faits pour l'empereur, et fut pour nous une véritable providence. Nous connûmes aussi les secrets desseins

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