DYN. DES YUEN. RUBRUQUIS
tre en route ; on lui permit de demeurer chez le bon orfèvre Guillaume, au milieu des chrétiens. Le 8 juillet, après un séjour de cinq mois, ils se séparèrent en versant d'abondantes larmes, et Rubruquis reprit seul le chemin de l'Europe avec son interprète, un guide et un domestique. En s'éloignant d'eux, il avait distribué aux chrétiens captifs, presque tous pauvres, l'argent qu'on lui avait donné pour son voyage. Pendant le retour, il rencontra Sartak qui se rendait à la cour de Mangoukan. Il alla le saluer et lui dire qu'il n'avait pu obtenir la permission qu'il était venu solliciter. « Il n'y a qu'à obéir, dit Sartak » ; et ensuite il lui envoya deux vêtements de soie, l'un pour lui, l'autre pour le roi de France. Rubruquis les donna tous les deux à saint Louis. — Après avoir séjourné un mois chez Batou, il traversa le Caucase, l'Arménie, la Syrie, et arriva le i5 août 1 255 à Tripoli près de Saint-Jean d'Acre, d'où il envoya au roi la relation de son voyage ; exposant les besoins de cette mission naissante chez les Mongols ; demandant qu'on fit partir des missionnaires pour développer le germe de foi qu'il y avait laissé.
Ainsi se termina l'ambassade de Rubruquis. On ne saurait trop admirer le zèle de ce vaillant homme si dévoué au roi de France et aux intérêts de la sainte Eglise romaine. Il ne convertit pas les Mongols, mais il ouvrit la voie ; et nous verrons dans le chapitre suivant que Ses SUCCeSSeurS furent plus heureux. Interprète de Rubruquis.
Disons quelques mots de trois illustres personnages qui secondèrent les premiers princes mongols, soit comme hommes de guerre, soit comme administrateurs.
T'A-T'A-TOUNG-HO. — Dans le 28e chapitre de l'histoire des Mongols, un article entier est consacré à ce personnage. Il était de la nation des Ouïgours, d'une science plus qu'ordinaire, et très versé dans la connaissance des lettres de son pays. Taèyang-kan, roi des Naïmans, l'avait pris pour ministre et lui avait confié son sceau d'or. Lorsque Gengiskan détrôna ce prince en 1204, T'a-ta'-toung-ho, emportant le sceau de l'empire, fut arrêté. Le grand conquérant, connaissant la fidélité de son illustre captif, le prit à son service et lui demanda quel était l'usage de ce sceau ; il répondit : « Toutes les fois que mon seigneur voulait lever de l'argent ou des grains, il faisait marquer ses ordres de ce sceau pour leur imprimer un caractère d'authenticité. »
A partir de cette époque, Gengiskan commença à se servir lui-même d'un sceau impérial, dont il confia la garde à son nouveau ministre. Il conserva cette charge sous Oktaikan, et c'est à lui qu'on confia l'instruction des princes mongols. Sa femme fut la nourrice du prince héritier fils d'Oktai, et montra le plus grand désintéressement, refusant tous les présents qu'on voulait lui faire. — T'a-t'atoung-ho mourut comblé de faveurs et de titres honorifiques. On peut regarder ce savant comme l'instituteur des Mongols, en ce sens qu'il leur enseigna l'usage d'une écriture qu'ils ne connaissaient point avant lui, ainsi que l'application de l'alphabet ouïgour à la langue mongole, vers l'année 1204 ou i2o5.