‹ PékingChapitre 40 sur 224 · RUBRL'QUIS. ARBRE EN ARGENT · texte numérisé non relu

RUBRL'QUIS. ARBRE EN ARGENT

bon métier. » Rubruquis dit des nestoriens de la Tartarie : « Ici. ils ne savent rien ; ils sont avant tout usuriers et ivrognes, et quelques-uns ont plusieurs femmes, comme les Tartares. A peine tous les cinquante ans, il vient un évèque, et ils font ordonner prêtres tous les enfants, même encore en bas âge. Ils n'ont de sollicitude que pour leurs familles, et n'ont en vue que le lucre, et nullement la propagation

de la foi. Il s'ensuit de là. que ceux d'entre eux qui élèvent les enfants des princes mongols, bien qu'ils leur apprennent les vérités de l'Evangile, les éloignent plutôt cependant du christianisme par leurs mauvaises mœurs et leur cupidité, car la vie des Tartares et aussi des autres idolâtres est plus innocente que la leur. » Les franciscains eurent à endurer de leur part plus d'une tracasserie. Les musulmans les accusèrent aussi auprès de Mangoukan, d'avoir dit qu'il était idolâtre. Sur ce, il leur envoya ses scribes, qui leur firent la communication suivante : « Notre maître nous envoie vers vous, qui vous appelez chrétiens, sarrasins et idolâtres. Chacun vous prétendez que votre loi est la meilleure, et que seuls vos livres sont vrais ; il serait donc désireux de vous voir vous réunir pour avoir une conférence dans laquelle vous écririez vos arguments, afin qu'il puisse connaître la vérité. » Elle eut lieu dans l'oratoire du moine catholique ; Mangoukan y envoya trois secrétaires de chaque Interprète de Mangoukan. culte pour servir d'arbitres, et l'assistance fut nom-

breuse. On parla de Dieu, de son unité, de sa toute-puissance, de l'origine du mal, etc. Rubruquis seul était instruit ; les autres furent sans grande peine réduits au silence « et cependant personne ne dit : je crois ; je veux me faire catholique. < Le lendemain, jour de la Pentecôte, Mangoukan le fit appeler et lui dit: «Est-ce vrai que vous avez dit que j'étais idolâtre?— Non, répondis-je, je n'ai pas précisément parlé de la sorte. — Je pensais bien que vous ne l'aviez pas fait, parce que c'eût été une parole déplacée, mais c'est votre interprète qui n'a pas bien compris ; ne craignez rien, ajouta-t-il. — Je dis tout bas en souriant : Si j'avais peur, je ne serais pas venu ici. » Après avoir demandé l'explication de ces mots à l'interprète, il commença à faire sa profession de foi à lui : « Nous, Mongols, nous croyons

IOO

qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et nous l'honorons avec un cœur droit. Comme il a donné à la main plusieurs doigts, de même il a tracé aux hommes plusieurs chemins. A vous, chrétiens, il a donné les Ecritures, mais vous ne les observez pas ; à nous il a donné les devins, nous suivons ce qu'ils nous disent et nous vivons en paix. » On voit par ces paroles combien Mangoukan était éloigné du christianisme.

Il interrogea longuement Rubruquis sur le Pape, sur le roi de France, et il voulut lui adjoindre un ambassadeur que le missionnaire refusa prudemment. Rubruquis expliqua encore le but de sa mission, et demanda l'autorisation de revenir en ces contrées pour y prendre soin des chrétiens catholiques abandonnés. « Mangoukan se tut, et resta longtemps pensif. Ce n'est pas sans émotion que

j'attendais sa réponse; enfin il me dit:

« Vous avez à faire une « longue route, mangez « bien pour vous récon- « forter et arriver en « bonne santé dans vo- « tre pays. » Alors il me fit donner à boire , puis je sortis de sa présence et ne le revis plus. Si j'avais eu la puissance de faire des prodiges aussi grands que ceux de Moïse, peut-être se serait-il humilié. » Au moment du départ, Mangoukan offrit aux missionnaires des habits simples, « puisqu'ils ne voulaient ni or ni argent et étaient restés longtemps à prier pour lui. » Il les chargeait aussi d'une lettre pour le roi de France, conçue en termes des plus orgueilleux et visant à inspirer la terreur : « Dieu seul éternel règne dans les cieux, et sur la terre il n'y a qu'un seul maître, Gengiskan fils de Dieu. Voici son ordre : Faites savoir partout où des oreilles peuvent entendre et des chevaux marcher, que ceux auxquels nos ordres parviendront et ne leur obéiront pas ou s'armeront pour y résister, auront des yeux et ne verront point, voudront saisir et n'auront plus

de mains, marcher et n'auront plus de pieds Ce commandement est adressé

par moi Mangoukan à Louis, roi de France, et à tous les seigneurs, prêtres et peuples de son royaume . Quand vous aurez appris nos ordres, vous nous enverrez vos ambassadeurs pour nous dire si c'est la paix ou la guerre que vous voulez . » Le compagnon de Rubruquis, extrêmement affaibli, ne pouvait songer à se remet-

Ar.ciennes armures.

Page 1