‹ PékingChapitre 58 sur 224 · DYN. DES MING. LY LÉON. SU PAUL · texte numérisé non relu

DYN. DES MING. LY LÉON. SU PAUL

une requête ainsi rédigée : « Mathieu Ricci, votre serviteur, venu du grand Occident, s'adresse à vous avec respect, pour vous offrir des objets de son pays.

« Votre serviteur est d'un pays fort éloigné, qui n'a jamais échangé de présents avec la Chine. Malgré la distance, la renommée m'a fait connaître les remarquables enseignements et les belles institutions dont la cour impériale a doté tous ses peuples. J'ai désiré avoir part à ces avantages, et demeurer toute ma vie au nombre de vos sujets ; espérant d'ailleurs n'être pas tout à fait inutile. Dans ce but, j'ai dit adieu à ma patrie, et traversé les mers. Au bout de trois ans, après un voyage de plus de quatre-vingt mille stades, j'ai abordé enfin au Kouang-toung.

« D'abord, ne comprenant pas la langue, j'étais comme un homme muet. Je louai une habitation, et m'appliquai à l'étude du langage et de l'écriture.... L'extrême bienveillance avec laquelle la glorieuse dynastie actuelle invite et traite tous les étrangers, m'a inspiré la confiance de venir droit au palais impérial. J'apporte des objets qui sont venus avec moi de mon pays. Ce sont une image du Maître du ciel, deux images de la Mère de Dieu, un livre de prières, une croix ornée de pierres précieuses, deux horloges sonnantes, une mappemonde et un clavecin européen. Tels sont les objets que j'apporte. Je vous les offre respectueusement.

« Sans doute ils ne sont pas de grande valeur; mais venant de l'Extrême-Occident, ils paraîtront rares et

curieux N'ayant jamais été marié, je suis exempt

de tout embarras, et n'attends aucune faveur. En vous u docteur Ly Léon.

offrant de saintes images, tout mon déoir est qu'elles servent à demander pour vous une vie longue, une prospérité sans mélange, la protection du Ciel sur le royaume et la tranquillité du peuple.

«Je supplie humblement l'Empereur d'avoir compassion de moi, qui suis venu me mettre sincèrement sous sa loi, et de daigner accepter les objets européens que je lui offre

« Autrefois, dans sa patrie, votre serviteur à été promu aux grades ; déjà il avait obtenu des appointements et des dignités. Il connaît parfaitement la sphère céleste, la géographie, la géométrie et le calcul. A l'aide d'instruments il observe les astres,

l'KKING.

et fait usage du gnomon ; ses méthodes sont entièrement conformes à celles des anciens Chinois. Si l'Empereur ne rejette pas un homme ignorant et incapable, s'il me permet d'exercer mon faible talent, mon plus vif désir est de remployer au

service d'un si grand prince. Toutefois je n'oserais rien promettre (vu mon peu de capacité ). Votre serviteur reconnaissant attend vos ordres.

« Lettre respectueuse. »

L'empereur bien disposé en faveur du P. Ricci, lui donna la permission de louer une maison à Péking et d'y rester. Le souverain ordonna de plus que les Pères recevraient du trésor les sommes nécessaires à leur entretien et à celui de leurs quatre serviteurs. Il désirait beaucoup les voir, mais les rites s'y opposaient ; on envoya donc les meilleurs peintres du palais pour faire leur portrait de grandeur naturelle ; ce qui permit au souverain de connaître, au moins en quelque façon, ces nouveaux étrangers.

Assuré de la protection du prince, le Père Ricci fit l'acquisition d'un terrain dans la ville tartare, non loin des grands tribunaux. Beaucoup de mandarins et de lettrés y étaient attirés par la curiosité ; d'autres y venaient pour s'instruire des sciences mathématiques et naturelles. Le P. Ricci en profitait pour leur expliquer les principaux mystères de la foi et les amener au christianisme. Il se servait à cette fin de tableaux apportés d'Europe, qu'il avait placés dans un petit oratoire, où Le docteur Paul Su Xouang-k'i. il introduisait les mieux disposés. En i6o5,

la mission comptait déjà plus de deux cents néophytes, parmi lesquels des personnages de marque. Parmi eux se trouvait le docteur Ly, natif de Hang-tcheou, dans la province du Tche-kiang. Homme de talent, et doué d'une perspicacité d'esprit peu commune parmi les Chinois, il avait un grand désir de s'instruire. Aussi dès qu'il eut fait

DYN\ DES MING. MICHEL YANG. MORT DU P. RICCI l6lO . I4I

la connaissance du P. Ricci, il s'adonna, sous sa direction, à l'étude des sciences. Il composa sept volumes sur les mathématiques, traduisit les ouvrages d'Aristote. les livres d'Euclide qu'il possédait parfaitement, et laissa plus de vingt volumes manusc: sur différents sujets de philosophie. Comme il était très versé dans la littérature de son pays, il prit une grande part à la composition ou à la traduction des livres que les

missionnaires publièrent pour les Chinois. Après être resté plusieurs années catéchumène, il reçut le baptême des mains du P. Ricci, qui lui donna le nom de Léon. C'est lui dont il est parlé si souvent dans les Lettres édifiantes, avec le docteur Michel Ya de Hang-tcheou, et le docteur Paul Su Kouangde Su-kia-ouée ; ce dernier venait d'être appelé à Péking pour être Ko-lao > ministre de l'empire Ces trois lettrés chrétiens, par leurs écrits apologétiques, rendirent de grands services aux missionnaires et à la religion.

Voici ce que le P. Sémédo nous dit du docteur Léon: « 11 était natif de Hang-tcheou, persoonag orné de belles qualités et doué d'un excellent esprit, et reconnu pour tel par tout le royaume : de plus, à l'examen des docteurs, il aurait été le cinquième entre trois cents licenciés, ou environ, quiprir. leur degré, ce qui lui acquit beaucoup de réputation. Il était naturellement curieux, ce qui rît qu'avec son bel esprit, et avec l'aide du P. Mathieu Ricci, il apprit force beaux secrets de la mathématique. Il traduisit en langue chinoise quantité de livres que le Père avait composés, et même étant encore païen, il mit un catéchisme en beau style. On raconte que comme il le composait, voyant et pesant la force des raisons qui prouvent la sainteté de notre religion, qu'il n'avait pas encore embrassée, il s'écriait: «Certes, il faut avouer que ces ouvrages sont merveilleux, et bien raisonne- Enfin. Dieu lui ayant ouvert les yeux pour pénétrer plus vivement les vérités de notre foi. et ne pouvant plus étouffer tant de lumières qui l'accablaient, il se résolut à être chrétien : il fut nommé Léon sur les fonds du baptême. C'est ce Léon si célèbre par son zèle, par sa vertu, et pour avoir été une des plus importantes colonnes de cette nouvelle Église de Péking. -

Le dccteur M.:

Le P. Mathieu Ricci, supérieur de la résidence et de la mission de Péking, avait de plus le gouvernement général de toutes les missions des Jésuites en Chine. Ses travaux apostoliques, joints aux difficultés de cette lourde charge, usèrent sa santé, et il tomba gravement malade. Tous les remèdes furent inutiles, et ses confrères après lui avoir demandé sa bénédiction, lui donnèrent les derniers sacrements qu'il reçut avec la plus grande piété. Etendu sur son lit, sans douleur et sans agonie, il rendit en paix son âme à Dieu, le 1 1 mai 1610, à l'âge de 59 ans.

Par la mort du P. Ricci, le P. Pantoja devenait le plus ancien des missionnaires ; il avait su s'attirer l'amitié d'un grand nombre de mandarins en leur faisant quelques présents, entre autres, certains cadrans d'ivoire qu'il fabriquait à la perfection. Soutenu par ses amis, il osa adresser à l'empereur une supplique pour demander un terrain devant servir de sépulture au P. Ricci. Il existait alors en dehors de la porte P'ingtse-men, une belle maison appartenant à un eunuque récemment condamné à mort. La requête du P. Pantoja fut prise en considération, et le gouverneur de la ville, sur l'ordre de l'empereur, livra cette propriété aux missionnaires, par une pièce ainsi rédigée : « Le temple de la science et de la bonté ne doit point être acheté, puisqu'il est à l'empereur, en conséquence de la sentence de mort portée contre l'eunuque qui le possédait; que le bonze qui est dedans soit congédié et que le P. Pantoja et ses compagnons en soient mis en possession. »

Page 1