M'-' PIRES
M. K'o et M. Yaiig, qui vinrent ensuite à Péking et rendirent d'excellents services.
En i83o, arriva de Portugal M. Jean de Castro, lazariste, destiné à la mission de Péking, et qui travailla 17 ans en Chine. Mgr Pires le nomma son vicaire général. — L'Eglise de Corée qui naissait alors, peut à bon droit passer pour la fille de l'Eglise de Péking ; en effet, Mgr de Gouvéa avait fait baptiser dans sa cathédrale du Nan-t'ang, par M. Raux, lazariste, le coréen Paul Sonng, dont le frère Paris fut le parrain. De plus, l'évêque de Péking avait envoyé en Corée un missionnaire chinois, le P. Jacques Tsiou, qui le premier eut la gloire d'y pénétrer et d'y souffrir le martyre à 1 âge de trente-deux ans.
Mgr Pires, toujours membre du tribunal des mathématiques, restait au Nan-t'ang, seul et sans pouvoir en sortir, tant il était surveillé de près. Mais bientôt, un auxiliaire puissant lui arriva de France, et la mission française, passée pendant quelques années aux Portugais, revint aux mains des missionnaires français. Joseph-Martial Mouly, né à Cahors en 1807, débarqua à Macao après 9 mois de voyage, le 14 juin 1834; il y apprit la langue chinoise, puis fut dirigé sur Péking. Il a raconté lui-môme tous les dangers de ce voyage qui dura huit mois et demi, en doublant le cap de Bonne- Espérance. Il mit autant de temps pour se rendre tWjj^r"/i<^Z de Macao à Péking. On l'avait déguisé en malade; coréen.
chaque jour il se lavait la figure avec du thé pour la rendre jaune et pâle ; dans les auberges, on le couchait face au mur, enveloppé de couvertures. Malgré toutes ces précautions, il manqua d'être reconnu plusieurs fois, ce qui aurait fait tomber sa tète ! Enfin il arriva près de Péking; il put entrer en ville et s'entretenir toute une nuit avec Mgr Pires. Quel courage dans ce jeune missionnaire ! mais aussi quelle joie pour le vénérable évoque abandonné depuis si longtemps! M. Mouly se rendit ensuite en Mongolie, où le P. Sué remit entre ses mains la direction de la mission françaiseexilée ; cette belle mission allait bientôt renaître de ses cendres ! Le 2 novembre 1 838, Mgr Pires, après 38 années de séjour en Chine, mourut âgé de 71 ans, et fut enterré par les soins de l'archimandrite russe dont il était l'ami ; on voit sa tombe au cimetière de Cha-la-eul. Lui-même avait préparé une simple stèle sur laquelle les dates seules restaient à graver. La Gazette officielle dit à ce propos : « Le mandarin de droite du tribunal des mathématiques, l'européen Pi-siao-yuen ( M*r Pires ) est mort de
PKKING.
maladie, le 2' jour de la 10e lune de la 18e année de Tao-kouang. En conséquence, l'église et la maison des Européens sont remises au président du tribunal "Sée-ou-fou, chargé des Européens: on délibérera et l'on verra ce qu'il faut en faire. » Mais le ~Sant'ang'fut sauvé par la prévoyance de Mgr Pires, qui se voyant seul et craignant que tout f'jt détruit après sa mort, avait confié ses titres de propriété à l'archimandrite, lequel réclama de suite et finit par obtenir un décret portant que « l'église et la maison seront remises a M. Ouéede la nation russe. » Il sauva ainsi l'ancienne cathédrale où les scellés furent apposés ; les cimetières des missionnaires et la bibliothèque du Xant'ang lui doivent aussi leur conservation. En 1860. son successeur rendit ce dépôt aux missionnaires français, qui n'oublieront jamais le service éminent et désintéressé rendu par les Russes en ces tristes circonstances. La bibliothèque de la mission française avait été transportée au cimetière français ; elle était fort riche, mais ne fut pas sauvée ! Ees chrétiens chargés de la conserver ayant été accusés, l'enfouirent dans la terre, espérant la retirer bientôt: mais ils furent envoyés en exil, et ces précieux ouvrages périrent complètement. Les 6.000 volumes anciens qui se trouvent actuellement au Pé-t'ang, proviennent de l'ancienne bibliothèque du yan-t'ang, conservée par l'archimandrite. — La résidence du yant'mg fut démolie par les mandarins, et les
maisons qui en dépendaient vendues ou détruites : l'église seule subsista et resta fermée jusqu'en 1860. — Avec Mgr Pires, disparut le dernier missionnaire-mandarin du tribunal des mathématiques.
Pendant les cruelles persécutions qui désolèrent la chrétienté chinoise. I E>liSe ènt un martyr admirable, qu'elle mit au nombre des bienheureux en 1889. nous voulons parler de Jean-Gabriel Perboyre. lazariste, qui fut arrêté, emprisonné, cruellement torturé, enfin étranglé dans la ville de Ou-tchang-fou, province du Hou-pé. le 11 septembre 1840. Comme cet illustre martyr n'est jamais venu
1 Pékmg. nous nous contentons de cette mention ; mais nous ne pouvions
Mgr Pires, lazariste.
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LES FORTS DE TA-KOU I p. î5i i.