‹ PékingChapitre 92 sur 224 · DIE XII AUG. ANN. DOMINI · texte numérisé non relu

DIE XII AUG. ANN. DOMINI

MDCCCXII

£TATIS LXII.

Dans les années qui suivirent, M. Lamiot, joignant la prudence au zèle, put, avec l'aide de ses confrères portugais, entretenir et augmenter la chrétienté confiée à ses soins ; mais la persécution allait bientôt l'atteindre lui-même.

M. Clet, lazariste, venait d'être arrêté à Kingliia-kang dans le Ho-nan ; c'était un vénérable vieillard de 72 ans, d'une vertu admirable. Malgré son grand âge qui, selon les mœurs chinoises, eût dû l'exempter des supplices, il fut martyrisé avec un raffinement de cruauté inouï. M. Lamiot dépensa les derniers biens de la mission de Péking, près de 200.000 francs, pour essayer de sauver son confrère, tout fut inutile ; ce missionnaire qui avait travaillé en Chine pendant 29 ans, fut étranglé pour la foi, le 18 février 1820. En plein tribunal, il avait prédît la mort prochaine de l'empereur, qui en effet devait suivre de près la sienne : l'Eglise l'a déclaré vénérable.

M. Lamiot, très versé dans les langues chinoise et tartare, avait été nommé interprète de la cour. C'était un homme remarquable, qui pendant sa vie entière n'eut que déboires et difficultés, dont sa rare énergie parvint à triompher. Il fut arrêté en juin 1819, comme impliqué dans les procès du vénérable Clet. Enfermé dans la prison du tribunal des crimes ( Sing-pou \, où il confessa la foi, il y resta quatre mois. Conduit en septembre à Oittchang-fou, il arriva dans cette ville à la fin de décembre et fut confronté avec M. Clet, puis déclaré innocent, mais forcé de partir pour Canton, en

mars 1820. Malgré ses efforts, on lui refusa tou- stèle de m. Ghisiain, lazariste.

jours de revenir à Péking. Il se rendit à Macao, où il mourut le 5 juin i83i, âgé de 64 ans. M. Serra prit sa place dans la capitale, et administra avec beaucoup de prudence les biens de la mission française ; quant à M. Sue, lazariste chinois, il fit l'office de supérieur du Pé-t'ang et dirigea les séminaires.

Kia-k'ing eut plusieurs révoltes à comprimer pendant son règne. De plus, une conspiration, à la tète de laquelle se trouvaient, dit-on, des personnes de haut rang et même des parents de l'empereur, fut découverte en i8o3; l'empereur qui avait échappé à l'assassin, continua quand même sa vie efféminée et licencieuse; les révoltes furent apaisées plutôt par l'argent que par la force des armes.

De nombreuses associations secrètes se formèrent en Chine sous le règne de Kiak'ing ; leur but était de détruire le gouvernement et la domination des Tartares. La société secrète, dite Pé-lien-kiao, ou secte du Nénuphar blanc, excita une sérieuse insurrection dans le Chan-toung et les provinces limitrophes. Leur chef s'arrogea le titre de San-hnang, c'est-à-dire, empereur du ciel, de la terre et des hommes.

Dans une de ces révoltes du palais, l'empereur dut la vie au dévouement personnel de son second fils qui le protégea au péril de ses jours. Plus tard, une formidable association de pirates, commandée par Tcheng-i et Tchang-pao, et disposant de 600 jonques bien armées, désola les côtes méridionales de l'empire. Les flottes et les soldats du gouvernement ne parvinrent pas à la détruire ; mais divisés par les habiles intrigues des autorités provinciales du Kouang-toung, ces deux chefs en vinrent aux mains et, affaiblis par leurs mutuelles attaques, firent successivement leur soumission.

C'est sous Kia-k'ing qu'arriva à Péking l'ambassade de lord Amherst (1816).

Au mois d'août 1820, l'empereur étant au palais de Jehol, en Mongolie, faisait la sieste dans l'après-midi avec un jeune favori qui le suivait partout, lorsqu'un orage éclata, un éclair foudroya les dormeurs, les brûla au point que l'on ne put chef de Pé-lien-kiao.

pas même reconnaître le cadavre impérial! Lorsque l'empereur sort de Péking, on doit, selon les rites, le faire suivre de son cercueil, cette fois on l'avait oublié. Que faire ? on entoura de glace le corps présumé du souverain, en attendant que la bière arrivât de la capitale, puis on l'enterra sans bruit, voulant cacher cette triste mort au peuple ! C'est dans ce palais, qu'en 1860, Sien-foung se retira, fuyant les troupes

DYN. DES Ts'lNG. TAO-KOUANG ( I 8 2 I } .

européennes, et c'est là aussi qu'il termina ses jours. Ce palais est situé près des montagnes, le parc est superbe, des sources d'eau minérale y abondent : le lieu est agréable, mais on le regarde comme néfaste et l'empereur n'y va plus passer la saison d'été, comme il avait coutume de le faire avant ces tristes événements.

TAO-KOUANG. deuxième fils de Kia-k'ing, appelé sur le trùne par le testament de son père dont il avait sauvé les jours, se montra moins acharné contre lc> chrétiens. C'était un prince pacifique, qui possédait un réel talent d'administrateur. 11 sortait souvent à cheval dans la capitale, pour se rendre compte de tout par lui-même. On pouvait raisonnablement espérer une trêve à la persécution, et cependant nous allons voir sous son règne la fin de l'église du Pe-l'ang.

Comme Européens, il n'y avait plus à Pékingque Mgr Pires, M. Ribeiro. supérieur et vicaire général au Nant'ang, M. Serra aidé par M. Sue au Pèt'ang , et M. Ferreira. Ce dernier mourut le icr février 1824.

M. Serra voulut alors tenter un dernier effort pour obtenir des missionnaires français ; il représenta dans un placet à l'empereur. « que sa mère étant vieille, il devait aller l'assister et se faire

remplacer par d'autres pour L'empereur Tao-kouaHg.

le service de Sa Majesté ». L'empereur approuva le départ, mais sans vouloir de remplaçant, et M. Serra dut quitter Péking en octobre 182G. M. Ko, missionnaire

PfcIKING.

chinois, mort il y a quelques années seulement, était alors étudiant au Pé-t'ang; il nous a raconté que le malheureux M. Serra pleurait et se désolait en quittant la résidence. Son confrère. M. Ribeiro, président du tribunal des mathématiques depuis vingt-deux ans, mourut de chagrin quelques jours après, le 14 octobre, à l'âge de 61 ans. Mgr Pires, sur les sollicitations de M. Sue, consentit à rester encore à Péking et

conserva le Xan-t'ang, mais ne put sauver le Pé-t'ang qui fut vendu par ordre de l'empereur, au mandarin Yu, pour la somme de 5oootaëls ; il en valait dix fois plus. L'église fut démolie en 1827, les caractères impériaux Tche-kien Tien-tchou t'ang du fronton enlevés furent enveloppés de soie jaune et portés au trésor X ëeoufou . Le mandarin Yu mourut sans postérité et le Pé t'ang passa à un prince qui laissa tout dépérir. Ses femmes étaient logées dans un bâtiment reconstruit sur l'emplacement même de l'église. Lorsqu'en 1860 l'établissement fut rendu, on installa dans ces bâtiments une chapelle provisoire.

M . Sue, lazariste chinois.

La grille en fer de Louis XV existait encore sur le devant avec deux boules de même métal montées sur un socle de marbre. Ainsi finit l'établissement du Pé-t'ang, qui était resté entre les mains des missionnaires pendant 1 35 ans. Le pauvre M. Sue, désolé, se retira au Nan-t'ang, près de Mgr Pires, qui aurait voulu le conserver toujours ; il ne consentait à demeurer lui-même à Péking qu'à la condition que ce bon prêtre ne le quitterait pas. Mais peu de temps après, M. Sue, dénoncé et menacé d'arrestation, dut se retirer en Mongolie et s'établir dans un grand village chrétien nommé Si-ouan-tse, d'où il dirigea avec sagesse la mission de Péking jusqu'en i835. Si-ouan-tse devint dès lors le centre de l'action apostolique et l'école du clergé indigène.

Il y avait encore à Macao un autre séminaire dirigé par les Lazaristes, dont M. Torrette était le supérieur. Il en sortit trente-trois bons prêtres, parmi lesquels

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