L'EMPEREUR SIEN-FOUNG
voulurent se mettre en rapport avec le gouvernement de Péking. Le 20 avril 1 858, se joignirent à eux le comte Pouiiatin pour la Russie et M. JReed pour l'Amérique. La flotte anglaise composée de i5 navires, partit pour le nord avec la flotte française qui en comptait onze; les Américains avaient deux vaisseaux et les Russes un seulement. L'empereur ne voulut point consentir à recevoir les ambassadeurs, qui avaient envoyé un message à Péking pour demander audience; et le 20 mai, les alliés sommèrent le commandant des forts de Ta-kou qui refusa de les livrer ; ils furent emportés de vive force le même jour. En juin, les Traités furent signés àTien-tsin et le 4 juillet, l'empereur les approuva. Le baron Gros et lord Elgin quittèrent la Chine en mars 1859, laissant M. de Bourboulon et sir Frédéric Bruce pour représenter la France et l'Angleterre à Péking, et y échanger les ratifications du traité. Dès le mois suivant, la Gazette de Péking annonçait la fuite des Barbares, et les troupes chinoises relevaient les forts de Ta-kou. En juin 1859, les flottes anglaises et françaises, composées de dix-huit navires, voulurent forcer l'embouchure de la rivière et furent repoussées par le fameux San-ko-lin-sin qui leur fit éprouver des pertes sensibles. Trois chaloupes-canonnières furent coulées à fond, et 474 hommes mis hors de combat, dont huit officiers parmi lesquels l'amiral Hope et le commandant Tricault.
PLAN DU LIEU DE DEBARQUEMENT DES ALLIÉS I i.rcv ).
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1 Village de Ta-kou. — 2 Rivière du Pè-ho. — 3 Fort du nord. — 4 Fort du sud. — 5 Camp tartare. — 6 Village de Pé-t'ang. — 7 Rivière de Pé-t'ang. — 8 Fort de Pe-t'ang. — 9 Barre de la rivière. — 10, 11, 12 Banc de sable. — i3 Lieu de débarquement.
ES Européens ne pouvaient rester sur cette défaite, une expédition anglo-française fut résolue. Le général Cousin de Montauban pour la France, et le général Hope-Grant pour l'Angleterre, prirent le commandement. Cette fois tout était préparé avec soin, et le 3i juillet 1860, les deux flottes comptant deux cents
navires étaient réunies près de Pé-t'ang, ville fortifiée au nord-est de Ta-kou. Le lendemain, Ier août, les troupes, leurs généraux en tête, souvent dans l'eau jusqu'à
Fort du sud. ( D'après un dessin chinois. )
la poitrine, débarquèrent et enlevèrent les forts sans coup férir. Après avoir pris successivement les fortifications de Tang-kou et de Sing-ho, livré bataille aux troupes tartares, préparé l'attaque des grands forts de Ta-kou, le 21 août, les deux forts restèrent aux mains des alliés ; ils contenaient 5oo bouches à feu de gros calibre, et d'innombrables munitions de guerre. Cinq jours après, les ambassadeurs, les généraux et les troupes étaient à Tien-tsin. Les négociations commencèrent, mais n'aboutirent pas et on dut marcher sur Péking. Le départ eut lieu le 9 septembre avec 2. 5co hommes. Le 12 septembre, l'armée était à Yang-tsoun, le 17 à Ma-teou, en suivant toujours la rivière ; il faisait très chaud et les étapes étaient forcément courtes. Voyant la marche sur Péking s'accentuer, les Chinois demandèrent une conférence à T'oungtchcou, afin de régler les dernières conditions de paix. Une commission anglo-française fut envoyée dans cette ville pour tout préparer; mais lorsqu'elle voulut revenir au camp, elle s'aperçut de la trahison des Chinois et fut inopinément attaquée. Chacun s'en tira comme il put; le capitaine Chanoine, grâce à un domestique chinois nommé Simon et à un excellent cheval, rejoignit l'armée ; mais le colonel Grandchamps, le sous-intendant Dubut, le Père Duluc, M. Ader, officier d'administration, ainsi que plusieurs anglais et soldats de l'escorte furent massacrés. M. d'Escayrac de Lauture, M. Parkes. interprète de lord Elgin et plusieurs autres furent retenus prisonniers.
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Fort du nord. (D'après un dessin chinois.)
Toute l'armée chinoise forte de 3o.ooo hommes se prépara à attaquer le corps expéditionnaire. A peine parut-elle que les anglo-français ouvrirent le feu ; les chinois, assaillis avec la plus grande vigueur, perdirent plus de 2.000 hommes, 80 pièces de canon, une immense quantité d'armes et de munitions, et s'enfuirent dans toutes les directions.
Dans cette bataille de Tchang-kia-onan, livrée le 18 septembre, deux mille anglofrançais mirent en fuite en quelques heures toute l'armée chinoise. On eut à déplorer la perte du lieutenant de Damas qui se fit tuer dès le commencement de l'action, en se jetant seul au milieu des escadrons ennemis.
Jusque-là, rien n'avait été plus facile que l'approvisionnement de l'armée ; le général de Montauban a dit lui-même qu'on n'avait pas été obligé de recourir aux biscuits et aux conserves emportés d'Europe, les Chinois fournissaient abondamment et à des prix très modérés tout ce dont l'armée avait besoin : dans ce pays, l'amour de l'argent laisse loin derrière lui l'amour de la patrie. Mais à partir de cette première bataille, le peuple effrayé par les menaces des mandarins, n'osa plus rien vendre à l'armée des alliés ; on fut obligé de piller la ville de T'oung-tcheoii qui était très bien approvisionnée.
San-ko-lin-sin s'était retranché, avec ses troupes et la cavalerie tartare qu'il avait pu réunir, derrière le petit canal qui va de T'oung-tcheou à Péking. A quatre kilomètres ouest de cette ville se trouve le pont de Pa-li-k'iao, qu'il avait mis en état de défense ; c'est là qu'il comptait arrêter les alliés dans leur marche sur Péking. Le
21 septembre, les troupes européennes attaquèrent à 7 heures du matin l'armée chinoise retranchée dans les villages ; le colonel de Bentzmann battit le pont avec ["artillerie française, et le général Collineau l'emporta; à midi, tout était fini. Plus de 5o.ooo cavaliers tartares cédaient la route de Péking à 1200 français, et s'enfuyaient par toutes les issues de la Grande muraille jusqu'en Mongolie. Les fusées, les pièces
d'artifice lancées au milieu de ces chevaux mongols à demi sauvages, les avaient rendus furieux, et quatre à cinq mille tartares périrent piétines par leurs montures. Quelques soldats français, blessés par les flèches mongoles, furent étonnés de ces blessures qu'ils ne connaissaient pas, mais aucun d'eux ne fut tué.
Le célèbre San-ko-lin-sin, criant victoire et annonçant la défaite complète des Barbares, s'enfuit sur la route dallée jusqu'à Péking dont on lui ouvrit les portes ; entré en ville avec son état-major, il les fit bien vite refermer, abandonnant ses troupes aux hasards de la défaite. Tel est ce fait d'armes, qui valut au général 5 de Montauban le titre de comte de Palikiao. Après avoir attendu quelques jours les convois de vivres et de munitions qui arrivaient par le Pe-ho, et fait plusieurs reconnaissances jusqu'aux portes de Péking, les alliés apprirent que les débris de l'armée
Tour de T'oung-tcheou.
tartare s'étaient reformés vers l'ouest. Les généraux résolurent de se porter sur ce point où se trouvait également le fameux palais d'été appelé Yuen-ming-yuen . Les deux armées devaient partir ensemble le 6 octobre, à 4 heures du matin ; mais, d'après ce
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qui a été raconté, les Anglais levèrent le camp les premiers, et se mirent en marche à minuit. Quelques heures après, le général de Montauban apprenant leur départ, fit venir deux chinois et leur dit: « Voilà 100 piastres pour vous, si vous nous conduisez directement au Yuen-ming-yuen, et voilà un revolver pour vous casser la tète si vous nous égarez». Le revolver était inutile, un chinois ne résiste pas à 100 piastres.
Pont de Pa-li-k'iao.
A 7 heures du soir, la division française atteignit le palais, tandis que la division anglaise égarée clans le pays, n'arriva que le lendemain. M. de Pina, officier d'ordonnance du général, escalada les murs avec M. Vivinon, enseigne de vaisseau. Ils soutinrent d'abord seuls l'attaque de quelques tartares qui les blessèrent grièvement, mais des soldats vinrent bientôt à leur secours, et les portes furent ouvertes. Cette nuit-là même du 6 au 7 octobre, l'empereur avec ses femmes et ses eunuques s'échappait par la route qui conduit à Je-hol en Mongolie. Un piquet de cavalerie contournant les murs du Yuen-ming-yuen aurait pris l'empereur sans difficulté; on n'y pensa pas. Le 7 au matin, les généraux et officiers français visitèrent le palais, mais le général de Montauban eut la délicatesse de faire placer des sentinelles afin qu'on ne touchât à rien jusqu'à l'arrivée du général Grant. II arriva enfin et une commission mixte entra dans le palais pour choisir les objets les plus rares destinés à Napoléon III et à la reine d'Angleterre. Rien ne peut donner une idée des merveilles entassées depuis plus de 200 ans dans les quatorze palais dont était composé le Yuen-ming-yuen ; or, argent, bronzes niellés, émaux cloisonnés, jade vert, jade antique, jade blanc, cornaline, améthyste, pierres dures de tout genre, bois précieux, ivoire, incrustations de nacre, soieries brochées, porcelaines admirables, tapis précieux, fourrures inestimables, laques anciennes, tout se trouvait entassé à profusion dans d'immenses salles, dans de splendides pagodes. Les objets européens y étaient aussi en abondance: pendules Louis XV, montres décorées d'émaux et de perles, tapisseries des Gobelins et jusqu'à de magnifiques voitures anglaises offertes jadis par lord Macartney. Un
soldat a raconté qu'en voulant saisir un petit chien caché sous un sopha, il avait rencontré un gros anneau de cuivre : détourner le sopha et ouvrir la trappe, fut l'affaire d'un instant ; la cachette contenait deux caisses remplies de montres garnies de perles et de diamants ; il vida son sac et y cacha vivement ces richesses avant l'arrivée des camarades : a On me donna, dit-il, deux jours de salle de police, mais je ne le regrette pas, car j'ai vendu mon sac 25.000 francs. » Chaque soldat avec plus ou moins d'intelligence fit son choix ; les connaisseurs achetaient simplement aux troupiers leurs meilleures trouvailles pour quelques piastres, et plusieurs remplissaient de pierres précieuses des bas de laine et des musettes de cavalerie. Les cantiniers surtout firent fortune, et l'un d'eux échangea, dit-on, contre un verre d'absinthe un Poussa en or massif. Souvent, dans le ventre des idoles, on place des pierreries et des lingots d'or ; aussi nos soldats rie se faisaient pas faute de donner quelques coups de baïonnette aux divinités pansues. La difficulté était d'emporter toutes ces richesses. Les premiers arrivés purent mettre la main sur une foule d'objets transportables ; les autres furent moins heureux, et s'en vengeaient en cassant beaucoup; les étoffes précieuses couvraient les cours de plusieurs pieds d'épaisseur, on s'en servait comme de matelas ou de toile d'emballage. Ceux qui firent les meilleures affaires
Le général San ko-lin-sin ( Seng-ouang).
Pl. x.
GRAND PALAIS ET ROTONDE EUROPEENNE AT VUEN-MING-YUEN I p. 3-- i
FAÇADE PRINCIPALE DU GRAND PALAIS EUROPÉEN AU VU LN-M1NG-YUEN i p. 37; i
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