DYN. DES TSING. EXPÉDITION DE
statues d'or, d'argent et de bronze ; une seule, en bronze, a soixante-dix pieds de hauteur. — Dans les palais, c'est une profusion d'objets d'art chinois et européens où les lambris d'ivoire, les candélabres étincelants aux mille facettes, les meubles de toute forme, les ornements d'or, de jaspe, de jade et de porphyre se mêlent, s'enlacent, se répercutent dans de grandes et belles glaces, qui semblent sortir de la manufacture de Saint-Gobain.
Dans des garde-meubles, sont entassées les dentelles les plus fines, les fourrures les plus riches, les soieries les plus variées.
Il faudrait des vo-
lumes pour décrire toutes les splendeurs amoncelées depuis des siècles dans le palais favori de l'empereur du Céleste-Empire.
Dans une des habitations voisines du palais de l'empereur, nous avons retrouvé plusieurs 2 effets appartenant aux malheureux pri-
Lion en bronze du palais d'été.
sonniers européens ; parmi ces effets, nous avons reconnu ceux du colonel Foulon- Grandchamps, de M. Ader, comptable des hôpitaux, de plusieurs officiers anglais, et enfin quinze selles complètes de sicks.
Nous avons quelques raisons de craindre que nos compagnons d'armes n'aient succombé. Il nous tarde d'avoir de leurs nouvelles. » ( de mutrécy. )
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PfclKING.
« On a partagé un trésor aux soldats, environ 90 francs par homme, mais qu'est-ce que cela pour eux au prix de ce qu'ils ont razzié en or, en argent, en objets précieux ! — Un soldat vend deux piastres pièce soixante montres, et quelles montres ! C'est avec des sacs à distribution qu'on rapporte des bijoux et colliers en corail, des perles fines et encore, et encore! Une perle est estimée seule 10.000 francs. Lorsque l'armée se mit en route pour Péking, elle présentait le plus singulier coup-d'œil ; plus de 3oo voitures étaient chargées uniquement de butin. Les soldats avaient remplacé le couvrenuque blanc par des turbans en soie rouge pour les grenadiers, jaune pour les voltigeurs, bleue, verte ou rose pour le centre. Puis, sur le sac, des ballots énormes.
Façade principale du palais européen au Yuen-ming-yuen .
« Le lendemain arrive en voiture le pauvre M. d'Escayrac, dans quel état, grand Dieu ! les mains paralysées, des plaies saignantes aux poignets, quelques haillons sur le dos. On avait jeté de l'eau sur les cordes qui le liaient, et mis des tourniquets ! D'autres prisonniers arrivèrent; un français nommé Petit, grièvement blessé et demi fou, était avec eux. M. Parkes et M. Lock, rendus à la liberté avec M. d'Escayrac, n'avaient par souffert.
« Enfin, on rendit six français sur treize ! les autres étaient morts. Six cadavres furent aussi rendus. On reconnut aux bandes du pantalon le colonel Grandchamps, le malheureux M. Dubut, un chasseur à pied, le brave Ozouf, un trainglot et un soldat d'administration. — Qu'était devenu M. Duluc, des Missions-Étrangères ? Des chrétiens chinois affirmèrent que, le 21 septembre, le général Chen-pao avait fait couper la tête à deux européens, près de Pa-li-k'iao. Leurs corps ne purent être renvoyés ; ils avaient été dévorés par les chiens ! Les Anglais eurent également leurs morts, moins un nommé Trahison. La moitié des individus qu'on leur avait pris avaient été massacrés. Il y eut des détails atroces. On les garda quatre jours, les quatre
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membres amarrés ensemble, sans leur donner même à boire. Un attaché d'ambassade anglais, M. de Norman a vécu 17 jours; tous ses doigts sont tombés l'un après l'autre rongés par la gangrène. Les vers de ses blessures étaient entrés dans son corps et le dévoraient vif! Le pauvre M. Ader avait des vers dans le nez et les oreilles quand il est mort. Quant aux autres, Dieu seul sait ce qu'ils ont souffert ! » (lucy.)
Pont à dix-sept arcades du palais d'été, près du Ouan-cheou-ckan.
« De toutes les splendeurs, il ne restera bientôt plus que des ruines, car lord Elgin et le général Grant viennent de faire incendier ce fameux palais impérial, pour tirer vengeance des cruautés infligées aux prisonniers européens. A cet égard, je crois pouvoir dire que le général en chef du corps anglais, sous l'influence de lord Elgin, pressa de tout son pouvoir le général de Montauban, pour le décider à envoyer des soldats français chargés d'aider les soldats anglais à incendier le palais. A cette communication par écrit, notre général en chef répondit qu'il ne retournerait pas au Yuenmiug-yuen, et qu'il considérait le fait d'incendier le palais comme une représaille inutile.
« Lord Elgin persista dans son projet. — L'ambassadeur d'Angleterre a donné à son gouvernement des explications pour justifier ce fait ; mais, il importe de dire ici que les troupes françaises n'ont coopéré en rien à cet immense incendie, et que si la grande bibliothèque du Yuen-ming-yuen, si riche en collections diverses, et dont on peut avoir une idée en consultant le catalogue déposé à la bibliothèque impériale de Paris, a été brûlée, l'armée française et son chef avaient protesté d'avance contre cet acte dont lord Elgin a assumé sur lui toute la responsabilité. » (de mutrecy. )
Du reste, au dire des Chinois, deux ou trois palais seulement furent incendiés par l'armée anglaise, et les onze ou douze autres par des bandes de pillards qui profitèrent de la bonne occasion pour tout ravager.
« Vous l'aurez appris par les journaux et, sans aucun doute, on aura fait suivre ce récit de commentaires plus ou moins flatteurs pour nous. Mais, c'était le seul moyen de frapper l'esprit des mandarins et surtout la cour. Piller et brûler Péking n'était rien en comparaison. Qu'importait en effet à celui qui est tellement au-dessus de tous, que nul ne peut lever les yeux sur lui ? Tandis qu'au Yuen-ming-yuen, c'était directe-
ment l'empereur que nous frappions. Nous ne faisions du mal qu'à un homme, et nous laissions derrière nous un souvenir éternel de notre vengeance et un sentiment de terreur chez les grands, qui pourra assurer notre tranquillité dans l'avenir. Si dans quelques jours (le 25 probablement) nous allons conclure la paix, nous la devrons en grande partie à cet acte d'énergie d'autant plus frappant que les petits ont été protégés par les plus sévères punitions. » (lucy.)
Le g octobre, les alliés abandonnèrent le Yuen-ming-yuen et vinrent camper sous les murs de Péking en dehors de la porte Ngan-ting. Le colonel de Bentzmann reçut
l'ordre d'établir une batterie à 75 mètres de la place ; le chef d'escadron d'artillerie, M. Schenegaens, mesura la distance à grandes enjambées, et alla reconnaître les murailles sur lesquelles on avait préparé des amas de chaux pour jeter aux yeux des assaillants. Evidemment Péking ne pouvait ni ne voulait se défendre.
L'empereur Sien-foung, retiré, comme nous l'avons dit, à Je-hol, avait laissé le soin de traiter avec les Barbares, à son frère le prince Koung, nommé aussi sixième prince, parce qu'il était le 6e fils de Tao-kouang. Agé de 25 ans seulement, il était plein d'intelligence et d'amabilité, mais saisi d'une crainte bien naturelle en pensant à la lourde charge qui lui incombait. Les alliés brûleraient- Yzse Kien-ioung blanc et or ( palais d'été ). \\s Péking et le palais impérial.
comme ils avaient fait du Yuen-ming-yuen ? N'imposeraient-ils pas des conditions inacceptables ? Et lui, quoique prince du sang, ne se verrait-il pas plus tard désapprouvé, condamné et exécuté peut-être pour avoir livré la capitale ? Aussi, lorsque le i3 octobre, il reçut l'ultimatum qui exigeait l'ouverture des portes à midi sous peine de bombardement, hésita-t-il encore jusqu'à la dernière minute. Il fallait
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