YANG-TS'IANG-TOUI
DYNASTIE DES TS'ING
cérémonie, on revint aux concessions, et le 4 août, M. de Rochechouart fit appeler un missionnaire sur la Flamme où il se trouvait et lui dit : « La guerre est déclarée entre la France et la Prusse. » Le télégramme adressé à M. Leviston, parti de Londres le 19 juillet, était arrivé à Tien-tsin en 16 jours, le 4 août au matin. Comme on le voit, tout était absolument terminé avant qu'on eût connaissance de la déclaration de guerre. Le Chargé d'affaires de France repartit alors pour Péking.
Les nouvelles d'Europe étaient de plus en plus mauvaises, les missionnaires passèrent de tristes jours avec les excellents commandants, désolés de se voir si loin quand l'ennemi foulait le sol de la France !
Mgr Delaplace, nommé vicaire apostolique de Péking, arriva le 30 octobre ; par une lettre très digne du 3 janvier 1871, il refusa toute indemnité pour les victimes, et accepta seulement la somme offerte pour reconstruire l'église et les établissements.
Peut-être désirerait-on connaître les causes de ces horribles massacres. On a invoqué l'imprudence des Sœurs ; or, depuis huit ans elles étaient vénérées et respectées par tout le peuple, allaient dans les rues de la ville, souvent assez loin, avec leurs voitures, sans que jamais une insulte leur eût été faite. On a dit : Pourquoi achetait-on des enfants ? On n'achète pas les enfants, et quand ils sont apportés aux orphelinats, on exige un billet de la personne qui les a trouvés. On arrachait les yeux des enfants ! Ce conte que des gens mal intentionnés font courir parmi le peuple, on a tenté de l'appuyer en apportant à Tcliouitghcou deux rlacons remplis d'yeux d'enfants, trouvés chez les Sœurs. C'étaient... deux bouteilles de petits oignons en conserve!! Le coup avait été préparé, calculé ; les exécuteurs, grisés et payés ; les mandarins le savaient et auraient pu l'empêcher. Les seuls Français étaient condamnés ; le drapeau de la France a été jeté à la rivière, le consul de France massacré ; la nouvelle de ces méfaits n'est arrivée à Paris, a-ton dit, que le 20 juillet, la dépêche ayant été retardée pour une cause inconnue ! et ce jour-là, éclataient en Europe les événements qui devaient mettre notre pays à deux doigts de sa perte. On oublia la Chine et les Chinois !
Mgr Delaplace donna l'ordre de reconstruire l'église et les établissements sur la concession française. L'ancienne chapelle des Sœurs fut provisoirement réparée, et à l'endroit où chacune d'elles est tombée, s'élève une colonne de marbre qui porte le nom de la victime.
Les nouvelles constructions s'élevèrent rapidement, et l'église \
Saint-Louis fut terminée en un an ; sa façade est décorée de huit colonnedemarbke. colonnes monolithes en granit mesurant 7 mètres ; le travail en est fini et soigné. L'ancienne cloche, tombée de la tour en flammes et réparée, sert encore à appeler les fidèles aux offices.
Vers cette époque, sur une réclamation venue du palais, le Tsoung-li ya-meu adressa à la Légation de France une dépêche pour demander la démolition des tours du Pé t'ang ; l'évêque de Péking partit pour la France le 1er novembre 1874, afin de traiter cette affaire. Un mois plus tard, le 7 décembre, avait lieu le passage de Vénus, que MM. Fleuriais et Lapied, officiers de marine, observèrent à Péking. Cet événement fut interprété d'une manière défavorable par le peuple de la capitale, et on s'attendit à la mort de l'empereur, qui était déjà malade et qui mourut en effet en janvier 1875. Les impératrices firent parvenir à la Légation de France une
PEKING
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note où il était dit : « L'empereur étant mort, il ne sera pas donné suite pour le moment à l'affaire des tours du Pé-t'ang. » La jeune impératrice suivit de près l'empereur dans la tombe ; elle s'étouffa, dit-on, en avalant des feuilles d'or. L'impératrice-mère (Si-t'ac-heou) resta ainsi seule régente et maîtresse absolue du pouvoir. Le règne de l'empereur T'oung-tche, mort à 20 ans, n'eut rien de remarquable, et cependant il fait époque, car pour la première fois l'audience impériale fut accordée
aux représentants des puissances étrangères. On ne put obtenir l'entrée du palais proprement dit, et la cérémonie eut lieu au Tse-kouang-ko, grande salle de réception du jardin de l'ouest, voisin du lac attenant à la demeure impériale. Après bien des pourparlers au sujet du cérémonial, il fut enfin réglé que les ministres se présenteraient en grand uniforme, l'épéede parade au côté, et ne seraient point astreintsaux prostrations nommées K'o-{eou.
Une partie du succès revient à l'ambassadeur du Japon, M.
Soyesima, qui, prince-ministre des affaires étrangères de son pays, était arrivé sur un grand cuirassé et exigeaitune réception immédiate. Enfin, le décret suivant parut dans la Gazette de Péking. « Édit impérial : Le Tsoung-li ya-men m'avertit que les Ministres des différents royaumes demandent instamment à venir me saluer, pour me présenter les lettres de leurs souverains ; telle est la requête. Je permets à tous les Ministres qui ont des lettres de leurs souverains de me les remettre. Qu'on respecte ceci ! »
L'audience, fixée d'abord au 22 juin, fut renvoyée au 29 ; pour éviter la chaleur, les ministres acceptèrent l'invitation de l'évêque, qui leur avait offert le Pé-t'ang pour revêtir leur uniforme. Ce jour-là, dès cinq heures du matin, arrivèrent à la résidence des missionnaires Leurs Excellences MM. de Geoffroy, ministre de France ; Vlangaly, ministre de Russie ; Wade, ministre d'Angleterre ; Low, ministre des États- Unis, et Fergusson, ministre des Pays-Bas. Quant à S. E. M. Soyesima, qui était ambassadeur, le gouvernement chinois lui avait fait préparer un petit local d'attente et il devait entrer le premier en audience privée.
Vers 6 heures S. E. TcE oung-heou, ancien ambassadeur chinois à Paris, vint au
TCH OUNG-HEOU.
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nom de l'empereur prier les ministres de se rendre au palais. Leurs cinq chaises vertes partirent de la grande cour du Pé-t'ang avec nombre de chaises bleues affectées aux interprètes. Les différentes escortes française, anglaise et russe accompagnaient. Les rues avaient été interceptées de tous côtés, comme c'est la coutume en Chine pour les sor-
ties de l'empereur ; ce qui n'avait pas empêché une foule immense de se porter sur le parcours ; plus de deux cents voitures, plus de trois mille spectateurs, dont l'attitude était du reste fort convenable, assistèrent au défilé. Dix minutes après, l'ambassadeur japonais, les cinq ministres et les interprètes entraient au jardin-palais du Tsekouang-ko, lieu fixé pour l'audience et séparé du Pé-t'ang par un simple mur. — L'empereur devait arriver vers six heures, mais des dépêches importantes reçues le matin l'empêchèrent d'être exact, ce dont le prince Koung fit à plusieurs reprises des excuses au corps diplomatique. Enfin, Sa Majesté entra dans la salle du trône avant neufheures.et monta sur une estrade élevée de trois mar-
TSENG-KOUO-FAN.
ches, où se trouvait un siège splendide devant une grande inscription en marbre me ; elle s'y plaça, ayant à sa droite et à sa gauche les princes du sang, devant
elle une grande table jaune, au bas de l'estrade les principaux ministres chinois, et autour de la salle sa garde noble.
S. E. l'ambassadeur japonais entra le premier, et son audience spéciale dura cinq minutes à peine, le temps de remettre ses lettres de créance ; puis les ministres européens s'avancèrent en faisant trois grands saluts, comme il avait été convenu.
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M. Vlangaly, doyen du corps diplomatique, lut d'abord en français une adresse commune à l'empereur, adresse que l'interprète traduisit de suite en chinois ; alors le prince Koung, montant les gradins du trône, se mit à genoux et en fit une traduction tartare à l'empereur, puis chacun remit ses lettres dans leur sachet ou enveloppe de velours brodé d'or.
L'empereur, toujours par l'entremise du prince Koung, dit alors « qu'il recevait avec plaisir ces lettres de créance ; qu'il espérait que la paix entre la Chine et les différents royaumes d'Europe ne serait pas troublée ; qu'il priait les ministres de présenter ses remerciements à leurs souverains ou présidents.» Tout fut terminé en un quart d'heure environ, puis chacun se retira après les trois saluts fixés dans le cérémonial.
Une audience spéciale était bien due au représentant de la France : Tck'oung heou avait présenté, il est vrai, au Président de la République les excuses du gouvernement chinois, mais dans un moment si pénible, que la France, occupée à panser ses blessures, ne pouvait songer à exiger davantage. A l'occasion de cette première et solennelle audience, M. de Geoffroy lut à l'empereur une adresse sur les tristes événements de Tien-tsin pour bien faire comprendre à la Chine que le pays qu'il représentait n'avait rien oublié.
Les audiences générales et particulières étaient donc accordées ; les ministres furent encore reçus dans la suite au Tse-kouang-ko, et même dans un autre local, mais l'entrée du palais resta interdite. Il fallut attendre plus de dix ans, profiter de circonstances exceptionnelles, et montrer une énergie peu commune pour obtenir enfin l'accès du vrai palais impérial.
MiÀ
I. L'EMPEREUR KOUANG-SU. LES FILLES DE LA CHARITÉ. EGLISE SAINT-JOSEPH (tOUNG-
T'ANG). MORT DE MGR DELAPLACE. CONGRÉGATION DE SAINT-JOSEPH. TRAPPISTES.
II. GUERRE DU TONKIN. MGR TAGLIABUE. LE TRANSFERT DU PÉ-t'aNG. CONVENTION. DÉCRET IMPÉRIAL. INAUGURATION.
rand fut l'émoi à la mort de Toiaig-Uhe, qui ne laissait pas d'héritier direct. La compétition des princes permit à l'impératrice-mère de choisir elle-même le nouveau souverain ; son choix se porta sur l'enfant de sa sœur qui avait épousé le 7e prince, frère cadet du prince Koung. On accepta le nouvel empereur, et la régence fut établie jusqu'à sa majorité.
Dans les années qui suivirent, les établissements religieux furent reconstruits et augmentés dans de grandes proportions. Les Sœurs de Charité, ramenées à Tien-tsin, ouvrirent un grand hôpital pour les Européens et les Chinois. Cet hôpital a déjà rendu d'immenses services, car le port de Tien-tsin est très fréquenté, et jusque là officiers ou matelots n'avaient eu personne pour les soigner. Une chapelle fort grarkie fut construite pour cet hôpital ; elle a 100 pieds de long et une façade élégante. Chaque année le dispensaire seul fait plus de 30.000 pansements et reçoit plusieurs centaines de malades. A Péking également, un hôpital du même genre fut ouvert, ainsi qu'un troisième dispensaire chez les Sœurs, près du Pé-t'ang. Bon an mal an, il passe par les mains des Sœurs de Charité plus de 100.000 malades ou blessés. Les orphelinats se multiplièrent aussi, et les enfants assistés, nourris, logés
PEKING
l'impératrice-mère (si-t'ae-heou).
dans ces divers établissements, dépassent le nombre de 2.000!
Quant aux écoles gratuites fondées par la mission, plus de 7000 enfants les fréquentent, païens et chrétiens y sont reçus indistinctement.
Une église manquait encore dans la ville de Péking, et dès son arrivée Mgr Delaplace n'eut rien tant à cœur que de la construire. Au Toungt'ang , ancienne église Saint-Joseph, le terrain seulavaitété rendu, terrain bien situé du reste, près de la porte
Toîing- hoa - men, sur une grande rue. Il fallait que cette église fût assez vaste pour contenirles 2.000 chrétiensquitous les dimanches et fêtes fréquentent assidûmentla paroisse. Faute des fonds nécessaires,
es travaux n'avancèrent que lentement ; commencée en 1880, elle ne fut terminée qu'en 1884.
Cette église mesure 70 mètres
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de long sur 20 mètres de large et autant de hauteur sous voûte. Seize colonnes d'ordre ionique fleuri supportent les poutres de la charpente : les chapiteaux sont en vieil or. Ces colonnes n'ont pas moins de 50 centimètres de diamètre, sur une hauteur de 17 mètres; elles sont en pin rouge de l'Amour. La voûte est cintrée et divisée en caissons ornementés. Le maître-autel, tout en marbre de Naples, est décoré de colonnettes et de divers motifs en émail cloisonné, dus à la générosité de M. de Sémallé, Chargé d'affaires de France. La façade rappelle de loin l'église de la (( Trinité » à Paris, mais elle a trois coupoles, dont la plus élevée mesure 30 mètres. Les cintres, la rosace et les frises sont en marbre, ainsi que les chapiteaux des pilastres ioniques qui la décorent. Toute l'église est bâtie en briques impériales de 25 kilos chacune. Une cour ne mesurant pas moins de 35 mètres de. côté précède le monument, et une grande porte donne accès sur la grand'rue.
Mgr Delaplace eut la consolation de bénir solennellement cette église ; quelques jours après, cet évêque tomba malade et ne se releva plus ; le 24 mai 1884 il mourut au Pé-fajio-, entouré de ses confrères. Mgr Delaplace n'était pas un homme ordinaire ; né à Âuxerre (Yonne) le 21 janvier 1820, il avait été sacré évêque en 1852. Pendant les 3S années qu'il passa en Chine, il se fit ^w5 remarquer par de précieu-
ses qualités d'administra teur, et rendit bien des services non seulement aux M issionset aux Européens, mais encore aux Chinois.
Attaché comme aumônier aucorps franco-chinois formé dans le sud contre les
rebelles, il obtint pour ce ^ re-
fait plusieurs récompenses porte du monastère de trappistes.
du gouvernement ; entre
autres, deux décorations, l'une d'argent l'autre d'or, en forme de gourdes et ornées de dragons avec caractère chinois. Un jour au Tsoung-li ya-men, un mandarin demandait à Mgr Delaplace ce que c'était. Le prince Koung irrité lui dit : « Vous devriez savoir que l'évêque a été récompensé pour ses mérites et qu'il est mandarin de l'empire. » Les funérailles de Mgr Delaplace furent magnifiques ; tous les ministres des puissances étrangères y assistèrent. Sa tombe est au cimetière français.
Durant son administration, deux œuvres nouvelles prirent naissance dans le vicariat de Péking. Les Sœurs de Charité avaient été tuées à Tien-tsin, menacées ailleurs ; leur nationalité, leur costume les faisaient remarquer ; il leur était bien difficile d'aller dans l'intérieur, prendre soin des écoles et des orphelinats, comme elles le font dans les grandes villes ou ports ouverts. Mgr Delaplace voulut assurer pour l'avenir toutes ces œuvres et fonda la Congrégation chinoise dite de Saint- Joseph. Les personnes qui en font partie donnent leurs soins aux enfants, surtout dans la province. Leur maison-mère qui est à Péking pourvoit au personnel de sept autres établissements, et compte 60 membres ; l'existence de cette Congrégation est assurée par une fondation.
La seconde œuvre est l'établissement des Trappistes en Chine. On acheta une propriété dans les montagnes de l'ouest, propriété qui, en suivant la crête des collines, mesure environ 30 kilomètres de pourtour, mais renferme peu de terres culti-
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vables ; on y construisit quelques bâtiments, laissant aux futurs Trappistes le soin de faire le reste, selon leur goût et leurs règles.
Le 2 i février 1 8S3, la Trappe de Sept-fonds acceptait la fondation, et un mois plus tard, quelques Trappistes arrivaient en Chine. Le nouveau monastère reçut le nom de Notre-Dame de la Consolation. Les débuts furent pénibles, mais bientôt de nombreux novices se présentèrent. Le R. P. Bernard fut nommé prieur, puis abbé mitre ; actuellement plus de 50 Trappistes prient et travaillent selon leurs constitutions ; les trois quarts sont chinois.
Au milieu de cette Chine remplie de couvents de bonzes peu respectables et peu respectés, il était bon, comme l'écrivait Son Éminence le cardinal Siméoni en approuvant l'œuvre, «d'opposer la véritable règle austère des Trappistes à l'austérité fardée des Lamas et des Bonzes ». Ces religieux travaillent ; on les voit partir la pioche sur l'épaule, leur abbé en tête, pour les champs et la montagne ; ils ont exécuté déjà des travaux considérables, détourné un torrent, tracé des routes et construit un vaste monastère entouré de murs. Une fois seulement, des rumeurs se répandirent contre eux ; elles avaient pour cause quelques coups de mine qu'ils avaient dû faire éclater ; le mandarin de Suen-hoa-fou se rendit sur les lieux, examina tout par lui-même. Il fut reçu avec affabilité, mangea et coucha chez les religieux ; depuis ce temps, jamais le moindre trouble n'a interrompu la paix de ce monastère.
Peu après la mort de Mgr Delaplace, la guerre de l'Annam éclata. Les droits de protectorat sur l'Annam et le Tonkin ne pouvaient être contestés à la France, mais la Chine voyait avec peine un voisin européen venir s'implanter au sud de son empire, quand un autre voisin, le Russe, touchait déjà au nord ses frontières. Après bien des pourparlers qui n'aboutirent pas, on dut recourir à la force, et la Légation de Péking fut abandonnée ; le pavillon amené, l'écusson enlevé, les diplomates prirent le chemin du sud.
Peu de jours après, des nouvelles de Fcm-tcheou arrivèrent ; en quelques minutes, l'amiral Courbet avait anéanti la flotte chinoise. Péking eut peur! Dans une seule journée, plusieurs télégrammes et courriers venus des bords de la mer depuis Ta kou jusqu'à Ckang-haè-kouan, répétaient : « L'amiral Courbet arrive !» La panique dura peu et, la flotte- française ne remontant pas au nord, on reprit courage. En effet, la Chine est grande, et les coups portés dans le sud ne font pas beaucoup d'impression sur la cour, que le voisinage seul du danger est capable d'émouvoir. L'empereur ne regarda point la guerre comme sérieuse, et Péking fut plus tranquille que jamais. Le 7e prince, père de l'empereur, qui prêtait son concours à l'impératrice-mère dans la régence, avait, au début des hostilités, lancé un décret portant que, « les missionnaires ne s'occupant pas de politique, il fallait les laisser en paix, ainsi que leurs chrétiens ». La nouvelle du prétendu désastre des Français à Langson arriva ; les Chinois voulurent faire accroire qu'ils étaient vainqueurs, mais personne, pas même eux, ne se fit illusion.
Enfin, un traité fut signé à Tien-tsin le 9 juin 1885, par S. E. M. Patenôtre. La France gardait le Tonkin et s'établissait aux confins du Yun-nan. Ce qui peina le plus la Chine, ce fut le bris du sceau impérial donné au roi d'Annam par l'empereur, et la prohibition faite aux Annamites d'aller chercher le calendrier à Péking ; c'est-àdire, la suzeraineté nominale de la Chine perdue pour jamais.
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En 1885, Mgr Delaplace eut pour successeur Mgr Tagliabue, qui travaillait en Chine depuis $3 ans- H continua avec zèle les œuvres commencées. Vers cette époque, la fameuse question des tours de l'église du Pé-tang se présenta de nouveau, cette fois considérablement grossie ; en voici la cause : L'empereur allait atteindre
sa majorité, se ma-
rier et prendre en mains les rênes de l'État. L'impératrice-mère, la célèbre Si-taè-keou, devait alors, selon la coutume, sortir du palais et céder la place à la nouvelle impératrice. Les princes et les hauts mandarins étaient fort embarrassés ; on ne pouvait éloigner une impératrice de cette valeur, qui était certainement appelée à rendre encore d'immenses services. Après bien des pourparlers, l'impératrice- mère, comprenant la situation mieux que personne, déclara qu'elle sortirait du palais pour se loger au Nan-haè qui y est attenant.
Les trois lacs, le pont et le Tsekouang-ko passeraient à son usage personnel; déplus,
le Pé-t'ang devait léon xm (dessiné par un chinois.)
être réuni aux jardins impériaux. On enclorait en outre dans les murs de l'enceinte réservée, toutes les maisons avoisinant le Pé-t'ang, et où logeaient plus de 2.000 familles chinoises. C'était un ultimatum, il fallut en passer par là, sous peine de voir les plus graves difficultés surgir lors de la majorité et du mariage de l'empereur. On commença par fermer le fameux pont de marbre ; ce qui gêna la circulation de toute la ville, mais peu importait ; on expropria toutes les familles chinoises en donnant à chacune 150 francs par chambre quelle qu'elle fût. On répara le Tse-kouangko, on construisit une superbe habitation ; bref, on dépensa sans compter.
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Tout cela n'était encore rien, la vraie, la seule difficulté sérieuse était le Pé-t'ang; c'était un bien de l'Église, et les Chinois le savaient parfaitement; K'an-si l'avait donné aux missionnaires, et la France en avait par ses armes obtenu la restitution. Le 7e prince prit l'affaire en mains et chargea le vice-roi Li-houng tchang de la traiter, lui promettant son appui et lui donnant plein» pouvoirs. On s'adressa d'abord au Pape, qui est le maître de tout bien de missions. Par télégramme, le Pape manda à Rome le plus ancien missionnaire de Péking, lequel lui présenta un projet de convention. Le gouvernement chinois promettait de donner aux missionnaires le Si-chek'ou, nouvel emplacement plus vaste que l'ancien et situé de même dans la ville impériale. Il promettait de plus de donner toutes les sommes nécessaires à la reconstruction des bâtiments. Un édit imprimé dans la Gazette de Péking ferait connaître à toute la Chine que l'empereur ne chassait point les missionnaires, mais qu'au contraire, forcé par la nécessité, il leur demandait leur établissement, faisant en échange le don impérial d'une autre propriété. La nouvelle église serait décorée sur son fronton des caractères Tche-kien, qui signifient «bâtie par ordre de l'empereur». D'autres articles de moindre importance étaient indiqués ; par exemple : le don du musée et des orgues à l'empereur, l'érection de pavillons de couleur jaune-impérial, et de stèles en marbre blanc pour perpétuer la mémoire de l'échange accompli.
Le projet de convention ne fut pas rédigé sans peine ; ce n'est qu'après de longues discussions que le vice-roi consentit à laisser la mission dans l'enceinte de la ville impériale. On lui fit comprendre que K'ang si y ayant placé lui-même les missionnaires, son descendant, Konang-sn, ne pouvait moins faire que de les y conserver ; agir autrement, eût été blâmer son aïeul! Il n'accorda que difficilement un décret impérial, et cependant ce décret était absolument nécessaire; s'il n'avait pas paru dans la Gazette officielle, les provinces n'auraient pas manqué de dire que les missionnaires étaient chassés, le Pé-t'ang confisqué, et les conséquences d'une telle rumeur eussent été désastreuses. Il faut reconnaître que le 7e prince père de l'empereur, ainsi que le vice-roi, ont été sincères en cette circonstance, l'intérêt de l'Etat leur en faisant du reste un devoir ; le projet de convention une fois rédigé, ils le firent approuver par l'empereur Koitangsu.
Le Souverain Pontife Léon XIII trouva le projet acceptable et donna son assentiment, puis il députa le même missionnaire qui le lui avait apporté pour le présenter aux deux autres parties intéressées : le supérieur général des Lazaristes, auquel le Pé-fang avait été légalement remis depuis plus de 100 ans, et le gouvernement français, dont le droit de protectorat sur les établissements religieux était incontestable et incontesté.
Le supérieur général des Lazaristes acquiesça sans difficulté, et le gouvernement français laissa à M. Constans, ambassadeur à Péking, le soin de terminer l'affaire. A son retour, le missionnaire avertit Li-houng-tchang du succès de sa mission; en lui remettant l'acceptation du Pape et du supérieur général, il déclara formellement que rien ne serait conclu sans l'assentiment du ministre de France, et qu'il eût à s'entendre avec lui. Avec une habileté consommée, M. Constans obtint du vice-roi de sérieux avantages et rendit à la mission des services signalés. Par son énergie et la connaissance des Chinois qu'il avait compris en quelques mois, il veilla à ce que tous les articles du projet fussent ponctuellement exécutés ; ce projet accepté par les parties intéressées devint alors seulement acte officiel. Bien plus, le ministre de France obtint du Tsoung-li ya-men plusieurs autres concessions importantes en faveur de la mission française ; le délai de deux ans pour la rétrocession du Pdt'ang fut abrégé, mais, ce que les missionnaires n'auraient jamais cru possible, les Chinois enlevèrent
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une grande pagode qui eût masqué la nouvelle cathédrale. Grâce à la bonne entente des autorités, à la bonne volonté de tous, à la bonne foi tout exceptionnelle des Chinois, spécialement du vice-roi, à l'action intelligente de l'ambassadeur, cette grande question fut terminée à la gloire de la France comme de la religion et au grand contentement de l'empereur.
Voici le texte de la Convention et du Décret impérial :
Art. I. — A partir du ier de la irL' lune de la 13e année de l'empereur Kouang-su, commence le délai de deux ans accordé aux missionnaires pour évacuer 1^ Pé-tang et le Jen-tse-t'ang qu'ils devront livrer en entier, maisons, arbres, etc., sans en rien enlever, excepté le mobilier.
Art. II. — Le Ier de la 11e lune de la présente année, après avoir mesuré les quatre côtés du Si-che-k'ou, on livrera à l'évêque du Pé-t'ang les deux tiers du sud de ce terrain avec les arbres et tout ce qui s'y trouve, sans rien enlever, déraciner ou démolir.
Art. III. — Le Pé-t'ang a été donné par l'empereurA'tfw^-si aux missionnaires pour y demeurer ; il a envoyé des officiers du palais pour veiller à la construction de la grande église ; il a donné à la dite église la précieuse inscription Pieu ; à cause de ces bienfaits, tout le monde vénère sa mémoire. La cour actuelle a besoin d'enclore maintenant le dit terrain dans le palais ; les missionnaires, se conformant à la volonté impériale, recevront en échange un terrain dans le Si-che-k'ou pour construire une église. L'empereur, dans sa grande bienveillance, comme K'ang-si son aïeul, donnera un Décret public pour que tout le monde sache l'histoire de ce bienfait envers les missionnaires, et que la mémoire de cette munificence soit conservée à jamais.
Art. IV. Les missionnaires, pour honorer les dons impériaux, feront, comme ils l'ont fait jadis pour l'église du Nan-t'ang, graver sur marbre et surmonter de pavillons jaunes ledit de l'empereur ; ils feront aussi graver sur marbre le Pieu impérial, pour être placé à l'endroit le plus honorable. Ils bâtiront une grande église au Si-che-k'ou, mais elle ne pourra avoir plus de cinquante pieds de haut sous poutres, et les tours des cloches ne pourront dépasser la crête du toit.
Art. V. — Pour la reconstruction des établissements du Pt'-t'ang sur le nouvel emplacement du Si-che-k'ou, les missionnaires désirent ardemment que le gouverne-