IT.O PEKING
qu'il fut massacré ; sa femme, qui s'était échappée, fut trouvée vers le soir sous le petit pont d'un égout à jour où on la tua. Enfin deux Russes, MM. Protopopoff et Bazoff furent massacrés dans leurs chaises à porteurs avec Mme Protopopoff qui n'avait que 16 ans. Les Chinois firent des excuses pour ces trois victimes, en disant « qu'on les avait pris pour des Français ! S>
Dès le lendemain des massacres, le 22 juin, la nouvelle en était donnée à Péking, où elle plongea tout le monde dans un profond étonnement et dans une grande douleur. On ne voulait pas y croire d'abord, mais les détails arrivèrent bientôt, il n'y eut plus moyen de douter. Des attroupements se formèrent quelques jours après, le 25 juin, devant la cathédrale du Pé-t'ang; le provicaire, M. Thierry, écrivit alors au Chargé d'affaires de France, M. le comte de Rochechouart, qui interrogea le prince Koung, Celui-ci, par dépêche officielle, affirma qu'il répondait de tout et que les Sœurs pouvaient continuer à vivre en paix. Il ne faut pas oublier qu'alors le télégraphe n'était construit que jusqu'à Kiachta, et une dépêche n'arrivait de Paris à Péking qu'après 16 jours! C'est la malle anglaise, partie le 1 er juillet, qui apporta en Europe les premières nouvelles écrites ; mais un télégramme expédié de Péking le 22 juin aurait dû être reçu en France vers le 10 juillet. Le jour des massacres, un seul navire se trouvait en rivière ; il précipita son retour à Chang-/iac, et bientôt quelques canonnières arrivèrent. Le 12 juillet, le Chargé d'affaires de France se décida à descendre sur les lieux des massacres avec deux missionnaires, sur une barque escortée par un piquet de soldats qui suivaient la berge du Pc-ko. On arriva le 15 vers midi, et le comte de Rochechouart se rendit tout d'abord chez le gouverneur de la ville avant d'aller sur les concessions; ce gouverneur était toujours Tclioung-heou, qui ne fut remplacé que plus tard par le fameux Tseng-kotio-fan. Le 18 au matin, le représentant de la France pria les missionnaires d'aller visiter les ruines et casse-tête. de lui faire un rapport. Ils partirent avec le nouveau préfet nommé Jl/a et les autorités de Tien-tsin. Sur la route, ils furent plusieurs fois arrêtés par des groupes de notables et de mandarins de Ier, 2e et 3e rang, qui les supplièrent de ne pas laisser brûler la ville par les canonnières.
Dans l'établissement des Sœurs, le plus rapproché de la concession, tout avait été saccagé et brûlé ; on voyait des pans de murs noircis par le feu, des lambeaux de vêtements, des souliers d'enfants, des débris de statues pieuses et aussi quelques plaques roussâtres semblables à de la rouille, qui paraissaient être du sang ; c'était navrant ! Les missionnaires montèrent ensuite sur une barque pour aller visiter le consulat et la mission, car une foule immense remplissait les rues et rendait le passage impossible. Au Ouang-liac-leou les ruines étaient sinistres, mais l'effet moins saisissant ; il y avait eu, ce semble, moins d'acharnement sur cet établissement que sur celui des Sœurs. L'église restait encore debout, la toiture et les colonnes manquaient seules ; le feu avait fait de longues lézardes dans les murs, mais la façade était intacte. Plusieurs menus objets, entre autres le sceau du consulat, furent plus tard retrouvés.
Revenus en barque jusque sur les concessions, les missionnaires écrivirent un rapport détaillé que M. de Rochechouart expédia en Europe. Le lendemain, ils durent s'occuper au plus vite des orphelins, toujours en prison chez le sous-préfet. Les Chinois offrirent un bâtiment qui jadis avait servi de douane : on l'accepta à titre de prêt, et le surlendemain, 20 juillet, les enfants revinrent dans deux bateaux.
DYNASTIE DES TS'ING
Les sœurs donnaient leurs soins à 1 20 enfants, 80 seulement furent rendus; mais peu à peu on retrouva les autres, à part une douzaine des plus petits, étouffés dans l'incendie. On avait volé garçons et filles, autant qu'on avait pu, plusieurs ne furent rendus que 4 ou 5 mois après. Tout ce petit monde fut installé tant bien que mal, sous la surveillance de quelques bonnes femmes chrétiennes, dans le logement concédé. Les autorités donnèrent des sol- rt
dats pour garder les enfants et ne laisser entrer personne ; les missionnaires y ajoutèrent deux chiens mongols pour garder les soldats. Les uns habitaient en dehors de la porte, les autres en dedans ; c'était prudent.
Les autorités chinoises, voyant arriver les canonnières, craignaient un bombardement. En effet, il y avait à quai deux canonnières anglaises :
le Dwarf et YAvon ; cinq canonnières françaises :
la Flamme, la Couleuvre, X Aspic, le Scorpion, le Frelon ; enfin une canonnière américaine, XAshulot, MM. Vivielle, de la Jaille, de Sallandrouze étaient là ; ils sont tous amiraux aujourd'hui. Le Linois, grand aviso, ne pouvant remonter la rivière, avait jeté l'ancre sur la barre de Takoit, et son vaillant capitaine, M. Levoile, amena à Tien-tsin ses meilleurs hommes et une pièce de débarquement. Tous désiraient l'action, mais la diplomatie travaillait à tout
terminer pacifiquement. M. le comte de Rochechouart demandait une réparation pécuniaire considérable; sur ce point peu de difficultés, mais il voulait de plus les têtes du préfet et du sous-préfet, qu'on refusa énergiquement. Un ultimatum fut envoyé et resta sans effet ; on dut se contenter de voir condamner les deux mandarins à l'exil, exil du reste assez bénin et d'où, plus tard, ils revinrent pour être réintégrés dans leur grade. Plusieurs des coupables furent simplement mis à la cangue, et une vingtaine de gens sans aveu, déjà, dit-on, condamnés à être décapités en octobre,
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consentirent, moyennant un beau cercueil, un bon dîner et 500 taëls pour leurs familles, à être exécutés tout de suite. Tout cela réglé, M. le comte de Rochechouart avisa les missionnaires qu'on allait procéder à l'enterrement des victimes. En effet,
le 2 août au matin, les cercueils, déposés au cimetière anglais le lendemain du massacre, furent déterrés. Pour repêcher les corps jetés à la rivière, on avait, dès le 22 juin, tendu un grand filet au sud des concessions européennes, près d'un navire de Hambourg, XAltona; quelques jours après les corps y avaient été retrouvés ; M. Fontanier, reconnu seulement à ses chaussettes marquées H. F., M. Simon un peu moins défiguré, M. et Mme Thomassin et les missionnaires, presque coupés en deux. De nouveaux cercueils avaient été préparés ; on y déposa les premiers sans les ouvrir, puis, recouverts de draperies noires et blanches, ils furent chargés sur des chalands remorqués par deux canonnières. On arriva au Ouang hae-kou. Les autorités chinoises, Tciï oung-heou en tête, s'y trouvaient déjà ; le Chargé d'affaires de France fit un discours, l'amiral français un autre ; le provicaire dit ensuite quelques mots et bénit les fosses, où chaque cercueil fut descendu. A droite, côté du sud plus proche de la rivière, M. Fontanier seul, M. et Mme Thomassin, M. et Mme de Chalmaison, enfin M.
Simon seul. A gauche, côté du nord, M. Chevrier et M. Ou, deux Sœurs, puis encore deux Sœurs et enfin une tombe de Sœurs! On avait pu reconstituer les corps de quatre Sœurs en prenant une tête et des membres épars, le dernier cercueil ne contient que des débris humains ; c'est tout ce qui restait des dix Filles de la Charité massacrées ! Voici leurs noms: i° Marie-Thérèse Marquet, belge, supérieure ; 20 Marie- Pauline Viollet, française ; 30 Marie-Clorinde Andkéoni, italienne; 40 Marie-Josèphe Adam, belge, 50 Marie-Anne Pavillon, française ; 6° Amélie-Caroline Legras, française ; 7° Marie-Séraphine Clavelin, française ; 8° Marie-Anne-Noémi Tillet, française;- 90 Marie-Angélique Lenu, française ; io° Alice O'Sullivan, irlandaise. Après cette
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