L'AMIRAL TING, D'APRES UNE PHOTOGRAPHIE JAPONAISE
plusieurs jours, ils en achevèrent la destruction. Des deux grands cuirasses, 1 un fut coulé par une torpille, l'autre dut amener son pavillon. Sur douze torpilleurs chinois,
dix furent pris et les deux autres coulés. Les croiseurs subirent le sort des cuirassés ou se firent sauter ; bref, il ne resta pas même aux Chinois un bateau pour porter la nouvelle du désastre. L'amiral Ting et plusieurs de ses officiers se donnèrent la mort.
Les Japonais triomphants, quoique bien éprouvés eux-mêmes, ramenèrent leurs prises dans les ports du Japon, et, à partir de ce moment, ils restèrent maîtres incontestés de la mer.
Pendant ce temps, l'armée de terre, forte de plusieurs divisions, n'était pas demeurée inactive. Poussant sa marche en avant, elle refoulait devant elle les troupes chinoises, que l'infériorité de l'armement, le manque de cadres et l'ignorance de leurs chefs rendaient peu redoutables aux Japonais munis d'armes perfectionnées et bien commandés par le maréchal Oyama, le général Yamasi, le major Sainto et nombre d'officiers instruits. La ville de Kin-tcheou tomba facilement en leur pouvoir, et sa garnison s'enfuit à Port-Arthur, poursuivie par les soldats du mikado. Ce fait d'armes avait lieu le 6 novembre, et dès le 7 les magnifiques forts de Ta-lien-ouan étaient occupés sans résistance. Les Japonais y recueillaient d'immenses approvisionnements, des armes, des munitions et de nombreux canons Krupp encore tout chargés ; les Chinois n'avaient pas tiré un seul coup. La baie de Ta-lien-ouan fut occupée sans difficulté le 9 par dix-sept navires de guerre japonais, qui n'eurent que la peine d'y entrer. Dans tous ces combats, pas un seul Japonais n'avait été tué; 621 fusils à répétition, 129 canons, 33.000.000 de cartouches, 2.000.000 décharges d'artillerie, tombèrent entre les mains des Japonais, sans compter le trésor de guerre et les approvisionnements de bouche.
Le 16 novembre, l'armée japonaise divisée en trois colonnes marche sur Port- Arthur. L'attaque générale a lieu le lendemain ; dès huit heures du matin, les plus importantes défenses
du front de terre sont enlevées et, avant le coucher du soleil, on voyait flotter le drapeau japonais sur cette redoutable forteresse qui passait pour imprenable. Les Japonais perdirent 7 capitaines, 1 lieutenant et 270 hommes. Malgré l'infériorité
l'amiral koui, chef d'état-major, d'après une photographie japonaise.
DYNASTIE DES TS'ING
notoire des Chinois en fait de tactique militaire, la prise de Ta-lien-ouan et surtout celle de Port-Arthur a été si facile et a coûté si peu, qu'on est en droit de supposer que les Japonais, connaissant la vénalité des habitants du Céleste empire, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, n'ont pas négligé ce moyen d'épargner le sang de leurs soldats, bien certains que les avances faites seraient largement compensées. Quoi qu'il en soit, personne ne peut mettre en doute et la science des officiers japonais, et la vaillance de leurs troupes.
Le Ier décembre, après avoir laissé une forte garnison pour garder leur conquête, les généraux ramenèrent l'armée japonaise à Kin-tcheou, qui devint le centre de leurs opérations dans le nord ; Ta-lien-ouan resta leur base d'opérations pour la flotte et les transports. Les succès de l'armée de terre furent, ce semble, moins éclatants que ceux de la marine. Les Japonais eurent l'intention de marcher contre Moukden, berceau de la dynastie, mais ne le firent pas ;C/iauhaè-kouan, l'entrée de la Chine proprement dite, n'était pas éloigné :
ils ne risquèrent pas à l'attaquer.
Leurs troupes commençaient à souffrir cruellement du froid, et leurs mouvements furent ralentis par / les difficultés de ' la circulation, de' sorte que presque tout l'hiver s'écoula sans attaque sérieuse de part et d'autre. Cependant, si en décembre l'armée japonaise se fût acheminée vers Péking, il est bien probable qu'elle y serait entrée sans combat. La seule place défendue était Chan-haè- kouan, qui n'eût pas arrêté six heures les vainqueurs de Port-Arthur. On s'attendait si bien à l'arrivée de l'ennemi, que la cour de Péking garda, pendant plus de deux mois, cinq cents voitures attelées pour prendre la fuite vers Si-ngan-fou. Sauf les forts de Ta-kou, loin d'être imprenables, et les vingt ou trente mille hommes de troupes passables que conservait le vice-roi Li-houng-tchang comme suprême ressource, il n'y avait plus rien. Des masses de pauvres gens n'ayant de soldat que le nom, armés de lances, de fusils à mèches, d'espingoles et souvent d'un simple bâton ferré, arrivaient bien de toutes les provinces, mais ne faisaient qu'augmenter la misère devenue horrible par la pénurie des grains qui ne pouvaient plus arriver d'aucun côté.
Ce rude hiver de 1S94-95 arrêta les vainqueurs et donna le temps à la diplomatie