LE VICE-ROI LI-HOUNGTCHANG, D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE CHINOISE
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de considérer le péril qu'il y aurait pour l'Europe à voir la Chine presque disparaître et le Japon grandir trop vite. Bien conseillés, les Chinois se résolurent enfin à demander la paix.
Après avoir refusé les premiers négociateurs, comme trop petits pour lui, le Japon accepta enfin l'illustre Li-houng-tchang qui, bien à contre-cœur, mais voulant se dévouer encore une fois pour son pays, partit, malgré son grand âge, pour Simonosaki. Il avait vu l'empereur, il avait vu surtout et écouté de sages conseillers occupant les plus hauts rangs parmi les diplomates européens ; de plus, il avait encore toute sa sagacité et la profonde habileté que personne n'a jamais songé à lui contester. Aussi les Japonais, si heureux les armes à la main, le furent peut-être moins lorsqu'on prit le pinceau ; enfin, un événement imprévu vint faciliter la tâche du vice-roi. Un fanatique tira à bout portant sur Li-houngtçhang un coup de revolver, dont la balle pénétra sous l'œil gauche du haut fonctionnaire chinois. Pour accorder un armistice, les Japonais demandaient qu'on leur livrât Chanliac-kouan et Ta-kou; les Chinois allaient céder, mais ce petit morceau de plomb, si peu honorable pour la nation victorieuse, obligea le mikado à une réparation ; il accorda l'armistice sans condition.
Restait la paix à faire ; le Japon, enorgueilli par ses succès, était exigeant, mais la Chine, aux abois, dut accepter les dures conditions du vainqueur. Le Japon demandait Formose, la presqu'île du Léao-toung et une indemnité de i milliard 200 millions de francs. Ces conditions draconiennes firent réfléchir l'Europe, dont les intérêts étaient enjeu; la France et la Russie, aidées bientôt par l'Allemagne, prêtèrent leur appui au gouvernement chinois. L'indemnité fut réduite à 800 millions, et la presqu'île avec Port- Arthur fut restituée contre une nouvelle indemnité de 120 millions de francs. Le Japon du reste n'avait pas à se plaindre : il touchait 920 millions et ajoutait à la couronne impériale la perle de l'Extrême-Orient, l'admirable et fertile I' ormose.
La Chine enfin eut le bonheur de faire des emprunts plus avantageux encore qu'avant la guerre, assurés sur le revenu de ses douanes, en vue de se libérer vis-àvis du Japon.
Le sol des dix-huit provinces n'a pas été foulé par l'ennemi, Péking n'a pas vu le drapeau japonais, la cour et la ville ont repris leur apathique tranquillité ; on commence déjà à oublier !
Jusqu'à un certain point reconnaissante aux nations européennes qui l'avaient sauvée, la Chine leur fit quelques avantages. Grâce à l'habileté consommée du ministre de France, Monsieur A. Gérard, la frontière de Mékong fut définitivement concédée ; on donna même au ministre de France et au ministre de Russie la plus haute décoration que l'empereur delà Chine ait jamais accordée, la plaque d'or carrée à double dragon, avec perle rose du premier rang.
A cette occasion, la France et la Russie obtinrent enfin l'ouverture du palais impérial, et dans une audience solennelle, dont profitèrent les autres ambassadeurs, ils saluèrent le Fils du Ciel chez lui et non dans les pavillons plus ou moins destinés à recevoir des tributaires. Pour apprécier la haute portée de ce succès, il faut se souvenir que, même après la guerre de 1860, il n'avait pas été obtenu et qu'on travaillait vainement depuis 1874 a être reçu au palais.
Dévoué corps et âme à son pays, le ministre de France termina de plus toutes les affaires pendantes concernant le protectorat religieux, revisa les règlements défectueux, assura l'avenir des missions, et, par un travail opiniâtre, une activité ne connaissant pas le repos, remit au premier rang l'influence française dans l'Extrême-
DYNASTIE DES TS'ING
Orient. Non seulement il mérita et obtint les éloges et les remerciements de tous les évêques de Chine, mais encore l'appui, l'approbation et les louanges de son gouvernement, qui sut apprécier les qualités hors ligne de son représentant en Chine.
Une des affaires les plus sérieuses que AI. Gérard eut à traiter, fut sans contredit celle du Sse-tck 'ouan. Cette grande province, comprenant plusieurs vicariats et près de 100.000 chrétiens, toujours fort agitée et turbulente, vit en 1895 des bandes de fanatiques ravager ses chrétientés, piller ses résidences, brûler ses églises; ce fut
PREMIÈRE RÉCEPTION DU CORPS DIPLOMATIQUE DANS LE PALAIS IMPÉRIAL (14 JANVIER 1895).
un désastre complet. Grâce à la fermeté du ministre de France, à la sagesse de Mgr Dunand, vicaire apostolique de Tch'eng-tou, qui avait reçu de lui, sous la forme d'un titre chinois, une autorité exceptionnelle, tout fut réglé en quelques mois. Aujourd'hui, les indemnités justement exigées se paient, et les églises sont en construction. Par une faveur toute spéciale, pour assurer l'avenir, les fameux caractères impériaux Tclie-kicu T ' ien tchotc-t 'ang (bâti par ordre impérial) seront placés sur le fronton de la nouvelle cathédrale. On a vu une fois de plus par ce fait la nécessité du protectorat de la France sur les missions catholiques, protectorat qu'elle n'a jamais abandonné et que l'Eglise n'a jamais songé à lui enlever. On verra toujours un consulat à côté d'une église, et le pavillon aux trois couleurs abriter la croix catholique !
Pour assurer la sécurité des établissements religieux et soutenir ce protectorat qui donne à la France un relief et une prépondérance incontestables, elle entretient dans l'Extrême-Orientune puissante escadre, qui vient apporter à la diplomatie un secours
PEKING
souvent nécessaire. Les amiraux et les officiers rivalisent entre eux de dévouement pour la gloire de la religion et de la patrie. Pendant l'hiver de 1894-95, chacun a pu voir le ministre de France à Péking partager, entre la légation de France et la mission, un corps respectable de marins commandés par deux intelligents officiers, qui venaient protéger la croix et le pavillon français. En souvenir de cette triste année, la mission française a élevé dans le parc du Pc-fang un monument commémoratif en l'honneur de la Vierge protectrice, monument sur lequel on peut lire en chinois cette inscription: « Une guerre terrible étant venue mettre en péril l'empire, la dynastie et la religion, on a élevé ce monument votif à la Vierge qui les a protégés contre tout danger. » Enfin l'empereur vient d'envoyer pour le représenter au couronnement du Czar, et de là en France, avec une mission spéciale, le célèbre Li-houng-tchang, dont le nom est si connu dans toute l'Europe.
En parcourant cette partie historique consacrée à la ville de Péking, on sera frappé de la vitalité de ce peuple chinois qui a traversé tant de siècles en conservant ses coutumes, ses usages, ses lois, son gouvernement. L'horreur du changement, le respect du passé, la soumission à l'autorité, est ce qui caractérise la Chine, mais aussi ce qui l'immobilise. Quel est l'avenir que la Providence lui réserve ? Personne ne saurait même le conjecturer ; cependant, si elle entre résolument dans la voie du progrès, si ses yeux s'ouvrent aux vérités religieuses qui seules peuvent la moraliser, cette' o-randé nation peut encore retrouver sa gloire, la cour son éclat, la ville son ancienne splendeur.
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