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LES ENFANTS TROUVES

Les nombreux décrets impériaux rédigés contre l'infanticide et l'abandon des enfants, sont une preuve que le mal existe. Les nombreux établissements entretenus par le gouvernement pour loger les enfants trouvés, en sont une seconde preuve. Enfin, pour en avoir une troisième, on n'a qua visiter les orphelinats que l'œuvre admirable de la Sainte-Enfance entretient dans Féking.

La coutume ne permet pas d'enterrer les enfants au cimetière de la famille ; la plupart du temps, lorsqu'un de ces petits êtres vient à mourir, les riches le font ensevelir près des murs de leur sépulture, les pauvres l'enveloppent dans une natte et le déposent contre les murailles de la ville, ou sur les terrains vagues qui les avoisinent ; on en rencontre sur les routes, dans les fossés, sous les ponts, enfin un peu partout. Un Européen traversant la ville de bon matin, aperçut près du Mée-chan des chiens qui se disputaient les lambeaux de chair d'une petite fille de trois ou quatre ans, déjà à moitié mangée lorsqu'il arriva. Un autre jour, il vit des milans et des corbeaux dépecer sur un talus un garçonnet de quatre ou cinq ans. Ces exemples ne sont pas rares, et on aurait souvent sous les yeux ce triste spectacle, si un tombereau traîné par un bœuf ne parcourait plusieurs fois le jour les différents quartiers de la ville pour recueillir les enfants morts. Parmi eux, il s'en rencontre quelquefois des vivants ; un enfant est malade, rachitique, boiteux, bossu : le Chinois, moins sensible à l'affection paternelle que l'Européen, ne se fait pas scrupule de le compter déjà comme mort et de l'abondonner. Une trop nombreuse famille, une pauvreté extrême sont autant de prétextes pour se débarrasser des enfants ; les neuf dixièmes sont des filles, il est rare qu'on abandonne un garçon, lequel pourra plus tard aider ses parents et perpétuer leur nom. Ces enfants trouvés ont tous beaucoup souffert de la faim, du froid, des mauvais traitements ; aussi la mortalité est-elle d'environ 50 pour 100, dans le premier mois ; le gouvernement chinois ouvre à ces enfants des crèches

et des orphelinats ; ces établissements produisent peu de bien, malgré la somme allouée, qui reste en majeure partie dans les mains des administrateurs ; de plus, ces habitations sont malsaines, privées d'air et sans aucune propreté. Il n'en est pas ainsi des établissements de la Sainte-Enfance tenus par des Frères ou par des Sœurs de Charité, suivant le sexe des enfants qui y sont élevés. Ce sont de vastes constructions bien aérées, où rien ne manque au point de vue de l'hygiène. On peut dire que, chaque jour, de pauvres gens païens ou chrétiens y apportent des enfants, car la moyenne à Péking seulement est de 600 par année ; l'âge varie entre huit jours et six ans ; on n'accepte pas un enfant sans un billet de donation formelle et on n'en-

PEKING

courage par aucune rétribution celui qui l'apporte. L'enfant est aussitôt mis en nourrice, où il reste jusque vers l'âge de cinq ans ; ces nourrices reçoivent de deux à trois francs par mois et sont surveillées avec soin. Si l'enfant meurt, on lui achète un petit cercueil et il est enterré dans un cimetière spécial préparé par l'établissement; s'il vit, au sortir de nourrice on le place dans un orphelinat, où des Sœurs européennes et chinoises lui apprennent tout ce qu'une jeune fille doit savoir. Si c'est un garçon, les Frères européens chargés des ateliers et des fermes lui enseignent un état qui lui permettra de gagner sa vie. Plus tard, ces enfants se marient, on les accepte volontiers ; la maison donne un trousseau, aide un peu ces jeunes ménages qui forment de nouvelles familles chrétiennes, dont on n'a ordinairement qu'à se louer. Parmi tout ce qu'on peut voir à Péking, ces établissements ne sont pas les moins curieux à visiter.

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