LA MALADIE
gène qui s'y trouvait espérait bien l'avoir, mais un autre mourut avant lui ; quel malheur ! Ce bon vieillard, qui trépassa à l'âge de 84 ans, ne s'est jamais consolé d'avoir manqué une si bonne aubaine !
Les funérailles sont toujours coûteuses ; à cette occasion, les gens peu aisés font des dettes, et celui là même qui aura épargné une médecine pour l'auteur de ses jours ne reculera pas devant une dépense cent fois plus forte pour l'enterrer ; c'est une affaire de face, selon l'expression chinoise, c'est-à-dire qu'on serait déshonoré si on agissait autrement. Les catafalques sont recouverts de broderies superbes, valant souvent de 4 à 5.000 francs ; de plus, on doit porter d'innombrables insignes : parasols, oriflammes, lanternes ; on brûle devant le catafalque des bonshommes, des voitures, des mules et mille autres objets en papier, pour servir au mort dans l'autre
vie ; on brûle aussi des lingots d'argent, des pièces de soie, des pagodes, des maisons dans le même but ; et bien que tout cela soit en papier, on arrive à de fortes sommes; pour porter l'immense catafalque, 12, 24, 40 et même 96 porteurs sont convoqués et payés cher. Enfin on régale tout le monde, les pleureurs, les amis, les parents , c'est une fête qui se passe, à peu de chose près, comme celle du mariage, chacun y apporte son écot. Écoutons un témoin oculaire : « J'étais un jour chez des chrétiens, un peu avant l'enterrement de la mère de famille récemment défunte ; de ma chambre j'entendais et je voyais tous les préparatifs : plus de cinquante personnes s'amusaient, riaient en fumant la pipe et en buvant le thé, lorsque le fils aîné arrive et dit : <? Messieurs, c'est le moment de pleurer. — Ah ! très bien ! » et voilà tout le monde qui se dirige vers la chambre mortuaire, pleure, sanglote, répand de vraies larmes ; un instant après le fils dit : « Cela suffit, cela suffit. — Ah ! très
PEKING
bien ! » et voilà les larmes séchées comme par enchantement ; on va reprendre les pipes, le thé et les joyeuses causeries. » Que dire à cela ? c'est la mode, c'est la règle depuis des siècles !
Enfin, tous les assistants se rendent à la sépulture ; chaque famille tant soit peu fortunée a la sienne propre, qui en général est fort passablement entretenue ; on y voit souvent une maison d'habitation, disons plutôt de plaisance, car en été on va volontiers prendre le frais dans les sépultures ; ce sont les seuls endroits ombragés des environs de Péking.