S. BON
peau, brunie par le soleil, les fait ressembler à de petites terres cuites ; quant aux personnes tant soit peu fortunées, elles tiennent à présenter leurs enfants vêtus de soie, peignés, propres, et beaucoup ont un petit minois fort agréable, mais seulement
jusque à l'âge de raison, qui ne leur
arrive que trop vite !
Comment parler des vêtements des mendiants ! ils en ont si peu !
une loque sans nom, un morceau de vieille natte, et c'est tout. Ces gens sont sordides et ordinairement peu à plaindre, la paresse les a réduits pour la plupart à ce triste état ; quelques femmes et quelques enfants réellement pauvres poursuivent les passants de leurs importunités, rien ne les lasse ; une fois la sapèque reçue, vous n'en trouverez pas un sur mille qui dise :
Merci.
Aux alentours du palais impérial, on reconnaîtra facilement les eunuques à leurs bottes de toile, à leurs chapeaux de cérémonie et à leurs pardessus fripés.
Les bonzes et les toa-che portent une robe noirâtre croisée sur le devant, laissant le cou à découvert; les premiers ont la tête complètement rasée, les seconds gardent une touffe de cheveux, renfermée dans une espèce de petit bonnet cubique ; d'autres s'affublent de vêtements quadrillés à couleurs multiples, et récoltent les papiers couverts de caractères chinois qu'on brûle ensuite, par respect, diton, pour la pensée humaineexprimée par l'écriture.
On rencontre encore dans les rues de Péking des Lamas vêtus d'une robe rougeâtre ou d'un long habit jaune soufre, avec un chapeau plat à larges bords de même couleur. Les Mongols y sont nombreux ; été comme hiver, ils gardent leur longue touloupe crasseuse ; pour eux, cette crasse est un signe de richesse et indique que le propriétaire se nourrit bien. On voitaussi quelques Coréens vêtus de robes blanches croisées sur
la poitrine, les nobles seuls pouvant employer la couleur bleue de ciel ; ei vont à cheval et toujours au pas, conduits par de pauvres esclaves qui tremblent devant ces oppresseurs du peuple. Jadis on pouvait admirer une fois 1 an les Annamites qui venaient chercher le calendrier et saluer l'empereur. Ils ne viennent plus maintenant que l'Annam appartient à la France.