D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE ENVOYÉE DE SI-NGAN-FOU
En 1625, des ouvriers, creusant les fondements d'un édifice près de Si-ngan-fou, rencontrèrent une dalle de pierre sur laquelle on avait gravéune inscription composée de 1780 caractères chinois ; cette inscription, surmontée d'une croix, portait qu'en 635, sous le règne de T'aè-tsouttg, 2e empereurdeladynastie des T'ang, des prêtres, ayant pour chef un nommé O/ofleu, étaient venus du Tatsin pour prêcher la religion chrétienne, dont ils apportaient les Ecritures et les images.
Voici quelques passages de cette célèbre inscription : « Il y a un premier principe intelligent et spirituel qui a créé toutes choses de rien ; il est une substance en trois personnes. L'homme fut créé avec la justice originelle... le démon le fit succomber...
de là viennent tous les maux qui accablent legenre humain. Une des personnes divines s'est cachée sous
DYNASTIE DES T'ANG
la forme de l'homme, on l'appelle le Messie ; il naquit d'une vierge ;sa naissance fut annoncée par un ange et marquée par une étoile ; des rois lui offrirent des présents... il monta au ciel; il institua le baptême pour laver les péchés, et se servit de la croix pour sauver tous les hommes. — Ses ministres n'amassent pas de richesses ; ils se mortifient et respectent leurs supérieurs ; ils prient chaque jour sept fois pour les morts et pour les vivants ; ils offrent le sacrifice chaque semaine.
» Sous le règne de Taè-tsoung, Olopen venant du Ta-tsin arriva en Chine l'an 635. L'empereur envoya à sa rencontre et le fit conduire au palais ; il apportait les Ecritures et les images ; on examina la doctrine, on la trouva vraie et l'empereur fit un décret en sa faveur : « Un homme » du Ta-ts' in, d'une grande vertu, est » venu à notre Cour ; nous avons » examiné sa doctrine avec soin, nous » l'avons trouvée admirable... elle > enseigne la voie du salut et sera » utile au peuple ; il faut la lui faire » connaître. Qu'on bâtisse une église » qui aura vingt et un prêtres pour » la desservir. »
» En 651, Kao-tsoung succéda à son père, fit de grands honneurs à Olopen et bâtit des églises au vrai Dieu dans toutes les provinces. Les bonzes excitèrent une grande persécution contre les fidèles, mais deux personnes très zélées défendirent la foi, qui reprit son premier éclat et fut affermie par l'empereur lui-même. Il fit mettre dans l'église les tableaux de ses prédécesseurs ; il honora le missionnaire Ki-ko nouvellement arrivé du Ta-ts1 in. L'empereur Sou-tsoung, en 757, bâtit cinq églises, et les empereurs suivants affirmèrent dans leurs édits la beauté du christianisme.
Le même souverain fit des offrandes aux autels et bâtit des églises...
» C'est pour conserver la mémoire de ces grandes actions et pour les faire passer à la postérité, que nous élevons ce monument en l'année 7S2. »
A la nouvelle de la découverte de cette précieuse inscription, le P. Sémédo se rendit
Péking.
T AE-TSOUNG.
PEKING
à Si-ngan-fou pour l'examiner, et il en donna la première traduction. Les ennemis de la religion contestèrent d'abord l'authenticité du monument, puis, lorsqu'on l'eut prouvée, ils nièrent qu'il fût catholique ; dans la suite, une opinion se forma, regardant
cette pierre comme nestorienne. Cependant le P. Sémédo, et bien d'autres, la tiennent pour catholique.
Des auteurs laïques, et parmi eux M. Dabry de Thiersant, partagent cette opinion.
Voici quelques raisons qui militent en sa faveur :
1" Dans le texte de l'inscription, aucun mot, aucun indicen'indiquelenestorianisme.
20 Le Ta-ts'in d'où était envoyé Olopen ne pouvait être que Rome. Les textes des Annales des Ouée et des Hait le démontrent, et les distances indiquées prouvent bien que le Ta-ts'in n'était pas seulement la Perse.
3° Nous savons par les relations de Plan- Carpin, Rubruquis et autres, que le culte établi en Chine par les nestoriens consistait surtoutdans l'adoration de la croix.
Rubruquis ajoute qu'ayant fait faire un crucifix, les nestoriens furent très irrités contre lui. Ils regardaient le Christ sur la croix et les images comme autant de signes idolâtriques. C'est sans doute pour bien distinguer la religion catholique de toute autre religion, que le Souverain-Pontile, dans ses Pulles, recommandait uu.y missionnaires allant en Chine d'emporter les images. Saint Louis, d'après Joinville, en avait fait broder à l'intérieur de la tente devant servir de chapelle qu'il envoyait au Grand Kan. Jean de Montcorvin en