I. EMPEREUR CHOUN-TI
1336, une ambassade dont le
chef était Frère André, Franciscain de la maison de Péking. Voici la teneur de la lettre impériale qu'il emportait : <( Nous envoyons notre ambassadeur André, Français, avec quinze compagnons, vers le Pape, seigneur des chrétiens en France et au-delà des sept mers du côté de l'Occident... Nous le prions de nous envoyer sa bénédiction, de faire mémoire de nous dans ses prières et de s'intéresser aux Alains, ses enfants chrétiens et ses serviteurs. Nous Le prions également de nous envoyer des chevaux et autres raretés du lieu où le soleil se couche... Écrit à Kambalick, en l'année du rat (1336), le 3e jour de la 6e lune. » Une lettre des princes alains
DYNASTIE DES YUEN. 119
dont il est spécialement fait mention dans la lettre de Choun-ti, et une autre des chrétiens de Péking avaient été remises aux ambassadeurs. Ils n'arrivèrent en Europe qu'en 1338. Benoît XII, le 13 juin de la même année, écrivit une réponse à l'empereur: Il le remerciait de la protection accordée aux chrétiens, le priait de permettre aux missionnaires de construire des églises et de prêcher la vraie foi dans toute l'étendue de l'empire. Il lui recommandait spécialement les cinq princes alains et les autres chrétiens qui lui avaient écrit. En novembre 1338, le Pape fit partir pour la haute Asie quatre Eranciscains qu'il nomma nonces apostoliques pour dix ans : Nicolas Bonnet, Nicolas de Molano, fcan de Florence et Grégoire de Hongrie. Ils arrivèrent en 1342 à la cour de Choun-ti, qui leur fit le meilleur accueil. Le nombre des catholiques s'était grandement accru, et les Franciscains avaient multiplié leurs résidences. Ceux qui habitaient le couvent de Kambalick, construit par Jean de Montcorvin près du palais impérial, étaient l'objet de tels égards, que l'empereur les admettait fréquemment à sa table, et qu'il n'allait prendre le repos de la nuit qu'après avoir reçu leur bénédiction. Outre ces résidences fixes, les Franciscains avaient encore, à la mode tartare, des maisons roulantes qui leur permettaient de donner les soins spirituels aux populations nomades de la Tartarie.
L'empereur fit un décret conforme aux désirs du Souverain Pontife, et la liberté religieuse fut complète ; par le zèle de Jean de Florence, les conversions ne se comptèrent plus, et de nouvelles églises s'élevèrent de toutes parts. En 1353, Jean de Florence vint trouver le pape Innocent VI de la part du grand Kan, et lui demanda de nouveaux missionnaires. Le Souverain Pontife le nomma évêque de Bicignano en 1354, et la même année il ordonna aux Frères- Mineurs de préparer une nouvelle expédition.
L'annonce de la révolution qui commençait alors en Chine, dans laquelle allait sombrer la dynastie des Yuen, et les désastres qui en furent la suite, arrêtèrent pendant un certain temps l'envoi de nouveaux missionnaires. Urbain V, en 1370, ayant appris la mort de l'archevêque Nicolas, nomma au siège de Kambalick Guillaume de Praio, Français et professeur à l'Université de Paris. Il lui donna pour compagnons douze Franciscains, qui furent bientôt suivis par soixante autres. Les Annales franciscaines nous donnent encore le nom de huit Frères-Mineurs envoyés à cette époque. En 1371, François de Podio, surnommé Catalan, fut nommé légat apostolique de Grégoire XI et vicaire des Frères-Mineurs dans la Tartarie du nord : il partit avec douze compagnons, mais on n'entendit jamais plus parler d'eux. En 1 391, les Franciscains de Péking envovèrent Roger d 'Angleterre et Ambroise de Sienne pour supplier le pape Boniface IX de venir à leur secours. Ils repartirent pour la Chine avec vingt-quatre de leurs Frères, mais on n'eut plus jamais de leurs nouvelles. Nous savons enfin par le témoignage du F. Léon qu'en 1456, sous Calixte III, « le siège de Péking était occupé par un religieux franciscain, septième successeur de Jean de Montcorvin ; ces missions, à peine interrompues par les bouleversements politiques, furent reprises en 1579 par le P. Pierre Alfaro, Observant-déchaussé de la province de Saint-Gabriel. » (auréole séraphique.)
Nous venons de voir que sous cette belle dynastie des Yuen, trois archevêques avaient occupé le siège de Kambalick ; en outre, des nonces apostoliques, des légats, des ambassadeurs et un total de 164 Franciscains avaient été envoyés dans la même ville. Le premier archevêque seul convertit 30.000 personnes ; Odoric seul, 20.000 ; en y ajoutant les fruits spirituels des évêques suffi-amants et des missionnaires, il ne semble pas exagéré de fixer à 100.000 la population chrétienne, à la mort de Jean de Montcorvin. Les familles se multiplièrent d'année en année, et
PEKING
Jean de Florence augmenta considérablement et le nombre des églises et celui des chrétientés. Les deux autres archevêques de Péking avec leurs nombreux compagnons ne restèrent pas inactifs, et bien que les révolutions aient entravé la liberté religieuse, il est impossible d'admettre que des œuvres si nombreuses et tant de chrétiens aient disparu sans laisser de traces. Si nous prenons la date de 1391 jusqu'en 1579, époque où les missions de Chine furent reprises, l'intervalle est de 188 ans; si nous acceptons celle de 1456, où d'après un témoignage sérieux, le siège de Péking était encore occupé par un évêque franciscain, l'intervalle n'est plus que de 123 ans ; or, n'a-t-on pas dernièrement retrouvé au Japon des milliers de chrétiens qui avaient conservé leur foi après 240 ans d'abandon absolu ? Il n'est donc pas téméraire de croire que les nombreux Chinois et Mongols convertis par les Franciscains, soient demeurés chrétiens longtemps encore après eux. Accusés de trop d'affections pour les empereurs mongols qui les avaient toujours protégés, plusieurs renièrent peut-être leur foi, mais les autres se cachèrent et conservèrent leurs