‹ Péking, histoire et descriptionChapitre 67 sur 239 · LE P. TRIGAULT · texte numérisé non relu

LE P. TRIGAULT

En 1627 mourut le P. Trigault. Né à Douai, il était venu en Chine avec le P. Rho, peu après le P. Ricci, et s'était dévoué aux travaux de 1 evangélisation jusqu'à l'année 1620. C'est alors que, le premier, il retourna de la Chine à Rome prendre soin des intérêts de la mission en qualité de procureur. Il y publia un abrégé de l'Histoire chinoise, et plusieurs autres ouvrages. Déjà en 1616, son « Expediho Christiana », contenant toute la vie du P. Ricci, avait été imprimée à Lyon. Dans la question des Rites, son opinion était celle du P. Longobardi, qui ne les autorisait

pas ; il regardait Confucius comme une des divinités adorées par les Chinois.

Vers cette époque, le fidèle général Ma-ouen-loiing fut empoisonné par le général l 'iicn, vendu aux Tartares. Tclîoungtchen manda ce traître à la cour : il y arriva sans défiance et fut mis à mort. Cette condamnation intimida lesTartares, qui retournèrent pour quelque temps dans leur pays.

Depuis plusieurs siècles, la rédaction du calendrier chinois et la direction de l'observatoire étaient confiées à des astronomes mahométans. On s'était aperçu que de nombreuses erreurs s'étaient glissées dans ce calendrier : mais, jusqu'à l'arrivée des missionnaires, on n'avait aucun moyen de les corriger. Immédiatement après la mort du P. Ricci, le docteur Paul présenta une requête à l'empereur Oitan-Ii, lui disant que les Pères du grand Occident avaient une science profonde et étaient très instruits dans l'astronomie. L'empereur, agréant la requête, les chargea officiellement de la correction du calendrier. Les premiers à qui l'on donna cet emploi furent le P. Sabatin de Ursis et le P. Jean Térentius (Allemand). Le P. Jacques Rho, Italien, savant astronome, fut, en 1634, chargé de l'observatoire de Péking. Il appela pour l'aider dans ses travaux le P. Adam Schall, qui fut présenté à la cour par le docteur Paul. Ce savant Jésuite était né à Cologne en 1 59 1 ; entré en Chine en 1622, il s'occupa d'abord à Si-ngan-fou dans le C/ieu-si, soit aux travaux des missions, soit à des observations scientifiques. Par ses soins, une église y fut même construite.

En 1634, Tcfi oung-tchen, qui devait être le dernier empereur des Ming, eut a combattre une insurrection formidable de ses propres sujets. Il se trouvait pour ainsi dire entre deux feux : les révoltés arrivant par le sud, et les Tartares prêts à envahir son empire par le nord.

C'est alors, en 1636, que le P. Adam Schall accepta la direction des fonderies de canons et autres pièces d'artillerie destinées à la défense de Péking contre les rebelles.

Ll-KOUNG, CHEF DES REBFXLES.

DYNASTIE DES MING

Il eut un plein succès : vingt canons de gros calibre pouvant lancer des boulets de 40 livres, et beaucoup d'autres moins importants, furent mis en batterie sur les murs de la capitale.

Cependant, un nommé Li-koung ou Li-tse-tckang, voleur de grand chemin, avait résolu de faire la conquête de la Chine septentrionale, abandonnant le sud à un autre prétendant. A la tête de bandes nombreuses et aguerries, en 164 1, il s'empara du C lien- si et du Ho-nan, et vint assiéger l'année suivante ( 1642), la ville de K'aè-foùng-fou. Le 9 octobre, cette malheureuse cité,précédemment ravagée par le débordement du fleuve Hoangho, fut brûlée et servit de bûcher à 300000 personnes. Il s'empara ensuite de

Si-ngan-fou et se déclara empereur. Likoung revint alors vers l'est et ravagea le Chen-si ; son armée fut renforcée par les troupes envoyées de Péking pour le combattre et qui passèrent à l'ennemi.

L'empereur parlait de retourner à Nanking, mais on l'en dissuada. Li-koung, après avoir acheté les principaux mandarins de la capitale, marcha sur Péking et y entra par trahison, en avril 1644. Réduit au désespoir, trahi et abandonné de tous, le malheureux empereur voulut, avant de se donner la mort, tuer sa fille ; il la frappa d'un coup de sabre qui lui coupa seulement la main droite ; ensuite il se rendit au jardin du nord (le Mée-ckaii), où il se pendit à un arbre. Cet arbre, instrument de régicide, est encore enchaîné. La reine, le grand Kolao et quelques mandarins fidèles imitèrent son exemple. Pendant cette lugubre tragédie, Li-koung monta sur le trône impérial ; le lendemain, il fit mettre en pièces le cadavre de Tclioungtchen et tuer deux de ses fils ; l'aîné seul fut sauvé.

PEKING

)n vit errer longtemps dans les montagnes du Chan-toung un vénérable vieillard, appé au carnage et toujours dévoué aux Ming vaincus ; il servait de mentor à un

Or

échappé au carnage et toujc

jeune homme dont les manières distinguées trahissaient l'illustre origine ; près de lui

était une jeune fille, sa sœur bien-aimée... ; elle n'avait plus qu'une main !

La cruauté de Li-koung s'exerça sur tous les personnages de haut rang faits prisonniers. Parmi eux se trouvait le père du général Ou-san-koui, qui commandait encore une armée dans le Léao-toung. Li-koung lui envoya un courrier pour lui signifier que s'il ne se rendait pas de suite avec ses troupes, son père serait égorgé, et il força ce vieillard à écrire la lettre suivante :

« La terre, le ciel et les destins ont fait le changement que nous voyons. Sachez, mon fils, que l'empereur Tciï oung-tchen est mort, et que ceux de la famille royale des Mingne doivent plus rien prétendre à l'empire, puisque le ciel l'a donné à Likoung. C'est sagesse de céder au temps et d'obéir à la nécessité, pour éviter la rigueur de celui qui est maître de l'empire, et qui a entre ses mains notre bonne et notre mauvaise fortune. Il vous fera roi, si vous voulez le reconnaître empereur et engager vos troupes à son service ; sinon, je suis mort. Voyez, mon fils, ce que vous devez faire pour sauver la vie à celui qui vous l'a donnée. » Ousan-koui répondit à son père de cette façon : « Celui dont vous me parlez ne nous sera pas plus fidèle qu'il ne l'a été à son roi ; et vous, mon père, si vous avez oublié ce que vous devez à votre prince, ne trouvez pas mauvais que je vous désobéisse, puisque mon obéissance serait criminelle. J'aime mieux mourir que d'être esclave d'un voleur. »

Ayant fermé sa lettre, il envoya aussitôt un ambassadeur au roi des Tartares pour lui demander du secours contre Li-koung. Le Tartare, ne voulant pas laisser passer une si belle occasion d'entrer dans la Chine, se présenta dès le même jour à Ou-san-koui, avec So.ooo hommes tirés des places qu'il avait dans la province de Léao-totmg, et lui tint ce langage : « Pour rendre notre victoire plus assurée, je vous conseille de faire raser vos soldats et de les habiller comme nous, afin que Ltkoung les prenne tous pour des Tartares, et qu'ainsi notre nombre paraisse plus grand. Si je n'avais eu peur de trop tarder, je vous aurais amené une armée plus puissante, mais la brièveté du temps ne m'a pas permis d'en ramasser une plus forte. » Ou-san-koui avait un si grand désir de se venger, qu'il accorda tout, (le

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