NAN-T'ANG. MORT DE CHOUN-TCHE
HOUN-TCHE, premier empereur de la dynastie des Ts'ino- actuellement régnante, monta sur le trône en 1643. Apres son avènement, les Chinois vaincus reçurent l'ordre de sortir de l'enceinte des murailles et d'abandonner la ville impériale aux Tartares. Adam Schall, pendant l'effroyable révolution dont Péking venait d'être le théâtre, avait pu sauver et sa petite résidence et ses instruments d'astronomie. Il fit valoir auprès du nouveau gouvernement le titre de Président du tribunal des mathématiques que les Ming lui avaient conféré, et obtint la permission de rester dans la ville. Un décret impérial du mois de février de l'année 1645 le confirma dans ses attributions, et la résidence de la ville et celle du cimetière où était enterré le P. Ricci, furent conservées.
Les Tartares imposèrent aux Chinois l'obligation de se raser le contour de la tête et de s'habiller comme eux ; il fut ainsi facile de distinguer ceux qui acceptaient la nouvelle dynastie et ceux qui refusaient de la reconnaître. Aujourd'hui encore, garder les cheveux longs et non tressés est un signe de rébellion ouverte contre l'empereur. Cette condition, peu dure en apparence, coûta beaucoup aux Chinois, toujours si tenaces dans leurs coutumes, et plusieurs, plutôt que de se soumettre, préférèrent la mort.
Le premier ministre, A-ma-oïiang, voulut avant tout assurer la tranquillité de l'empire. Les descendants des Ming étaient encore puissants dans le sud de la
PEKING
Chine, et plusieurs d'entre eux se firent proclamer empereurs dans diverses provinces.
Leur division fit leur faiblesse, et après quinze années de lutte, les troupes tartares
finirent par être victorieuses dans tout le midi de l'empire.
Les villes qui se rendaient sans combat, étaient traitées avec la plus grande humanité ; mais celles qui opposaient de la résistance, voyaient tous leurs habitants passés au fil de l'épée sans distinction d'âge ni de sexe. Les armées tartares, chargées de butin, revenaient vers Péking après chaque grande expédition, et étaient remplacées par de nouvelles troupes ardentes au pillage.
Aux prétendants qui luttaient contre les Tsiiig, se joignit un fameux chef de pirates nommé Tchcnche-loung, qui tenait la mer depuis longtemps avec une flotte de plus de trois mille jonques. Les Tartares, pour le gagner, favorisèrent son ambition en lenommant lieutenant - général , avec le titre àepacificatcur du midi.
Sans défiance, il se rendit à Fou-tcJieou ; là, il fut saisi, chargé de chaînes et conduit prisonnier à Péking.
Mais le plus re-
L'EMPEREUR CHOUN-TCHE
doutable ennemi de la nouvelle dynastie fut un petit-fils de Ouan-li, que ses partisans proclamèrent empereur sous le nom Aejoun-lù. Il établit sa cour dans les provinces de Koîiaug-toung&t. Kouang-si, et choisit pour capitale la ville de Kouie-lin-
DYNASTIE DES TS1NG
fou. Le vice- roi du Kouang-si, nommé Thomas Su, était chrétien, ainsi que le général en chef, Luc Sin ; enfin, le grand chancelier de l'empire avait aussi embrassé le christianisme. La mère de l'empereur avait été baptisée en 1648 par le P. André Koffler, ainsi que l'impératrice, à laquelle on donna le nom d' Hélène, et son jeune fils, que l'on appela Constantin.
Deux ans après, la princesse Hélène et Pan Achillée écrivirent au pape Alexandre VIII ; le P. Michel Boyme porta les lettres qui contenaient des promesses de fidélité au Souverain Pontife. Elles sont datées des Ier et 4 novembre 1650. Le Pape répondit par un bref du 18 décembre 1655 ; mais dans l'intervalle, les Tartares avaient vaincu, comme on va le voir, Joun- lie, leur dernier et plus terrible adversaire.
Les armées tartares, presque toujours victorieuses, avaient cependant essuyé plusieurs échecs inquiétants. Ama-ouang fit alors partir de Péking trois grands corps d'armée, donnant aux généraux les titres de princes, avec ordre d'anéantir le dernier des Mine et tous ses partisans. Ils marchèrent contre Canton, défendu par une redoutablearmée etpar une Motte considérable commandée par le fils ~7 du fameux pirate dont nous avons parlé. Les troupes de Macao prêtèrentaussi leur secours à Joun-lic. Le siège dura un an ; les Tartares éprouvèrent d'immenses pertes et furent repoussés dans trois assauts ; enfin, le 24 novembre 1650, ils dressèrent une batterie de gros canons qui fit brèche à la muraille. Maîtres de la place, ils commencèrent le pillage, qu'ils continuèrent jusqu'au 5 décembre. Le massacre fut horrible, on n'épargna ni femmes ni enfants ; plus de 100.000 personnes périrent par le fer ; le 6 décembre seulement, les généraux tartares publièrent un édit qui mettait fin à la dévastation. Ils marchèrent ensuite contre la ville de Chao-kin, oh. Joun-lic s'était retiré. Ce malheureux empereur s'enfuit avec ses partisans, et peu après fut tué ainsi que son jeune fils par les Tartares; l'impératrice Hélène, condamnée à une prison perpétuelle, fut conduite à Péking. Les généraux et les mandarins chrétiens, fidèles jusqu'à la fin à la dynastie des Ming, trouvèrent la mort en combattant.
^ Un autre danger avait également menacé la dynastie tartare. Les provinces du Chan-si, du Chen-si et de tout l'ouest de l'empire n'étaient encore qu'imparfaitement