CHOUN-TCHE ET LES EONZES SE RENDANT AUX PAGODES
de son père, Henri Schall, l'autre en l'honneur de sa mère, Marie Schaiffart de Mérode. Il donnait au premier le titre d' « homme d'une piété remarquable » ; à la seconde, celui de « femme d'une grande sainteté ». Ces trois décrets sont datés de la 8e année de Clwun-tche (1651). Enfin, un peu plus tard, l'empereur conféra des honneurs à tous les ancêtres de Jean-Adam Schall, jusqu'à son trisaïeul.
La position de grand mandarin, occupée par le P. Adam Schall, donnait beaucoup d'ombrage et excitait la ialousie de ceux qui auraient pu l'occuper à sa place. Il nommait lui-même les soixante-dix membres du tribunal dont il était président; il ne sortait jamais qu'avec une nombreuse escorte de satellites et de serviteurs ; il était astreint à de continuelles visites officielles qui contrastaient si fort avec sa condition de religieux, que lui-même s'en plaignit un jour à l'empereur.
PEKING
Choun-tche conçut beaucoup d'affection pour Tang-Jo-ouang (nom chinois de Jean- Adam Schall), et écouta souvent ses conseils. Ce missionnaire avait à lutter contre
l'influence prépondérante desbonzes protégés par la reine-mère.
Malgré tous ses efforts, il ne parvint pas à détourner l'empereur des plus folles superstitions ; cependant Choun-tche lui donnait souvent le nom familier de Afajffa, et lui permettait l'entrée journalière du palais ; il alla même plusieurs fois lui rendre visite dans sa résidence. Le P. Adam Schall eut un instant l'espoir de convertir le souverain, mais tout fut inutile ; et un jour, pressé plus que de coutume, Choun-tche répondit :
^ « Maffa, je ne te comprends pas !
>ëM comment, toi qui es religieux, peux-tu me reprocher ce que ma religion me fait faire ? Ne trouverais-tu pas mauvais, si je voulais m'opposer à l'exercice de ta reli-
gion ? Pourquoi donc veux-tu m'empêcher de pratiquer la mienne ? Je te pardonne, JMaffa, parce que tu agis ainsi par affection pour ma personne ; je supporte volontiers les invectives d'un ami. »
Malgré toutes ses peines, le P.
Adam Schall n'arriva à aucun résultat, et, plus tard, il paya cher les faveurs dont il avait été comblé par Choun-tche.
Dès l'année 1623, les Hollandais avaient montré leur pavillon sur les côtes de Chine. Vers 1644, ils occupaient T'ac-ouan dans l'île de Formose, et envoyèrent, le 20 janvier 1653, une riche frégate à Canton pour exiger la libertécommerciale. Le vice-roi déclara que l'empereur seul pouvait l'accorder; alors, en 1655, une ambassade fut envoyée à Péking. Elle eut peu de succès, et les Hollandais attribuèrent cette défaite aux intrigues du P. Adam Schall. (mém., t. y, p. 21.)
En 1656, une ambassade envoyée à Péking par le Czar de Moscovie n'eut également aucun succès.l'ambassadeur refusant de se conformer aux exigences desChinois.
LE l'KINCK PAO OUANG.
DYNASTIE DES TS'ING
Peu après, l'empereur étant tombé malade, le P. Adam Schall tenta de nouveau de le convertir, mais ce fut en vain. Choun-tche était livré aux bonzes; à la mort d'une de ses femmes de second rang, il lui fit faire des funérailles d'une pompe inouïe, renouvelant en sa faveur la barbare coutume des Tartares, qu'ils avaient abolie depuis leur entrée en Chine, et qui consiste à sacrifier des officiers et des esclaves sur le tombeau des princes, comme pour leur rendre dans l'autre vie les mêmes services qu'ils leur ont rendus dans celle-ci. D'après l'ordre de Choun-tche, plus de trente personnes se donnèrent la mort. Les funérailles furent surtout remarquables par un immense concours de bonzes ; il en vint de tous les côtés, et dans l'intérieur du palais on en compta bientôt plus de deux mille. Le malheureux empereur, à qui la douleur avait bouleversé l'esprit, leur rendait les honneurs les plus extravagants. La chose alla si loin qu'il se fit raser la tête à leur manière, adopta leur costume et se déclara publiquement disciple des bonzes. Il s'abandonna avec eux à tant de superstitions ridicules. qu'il finit par exciter le mépris et l'indignation, non seulement des Chinois, mais encore des Tartares. On le voyait, en dépit de sa maladie, courir les rues de Péking comme un insensé, allant tantôt dans une pagode et tantôt dans une autre, se prosternant devant toutes les idoles qu'il rencontrait et psalmodiant des prières bouddhiques. Choun-tclie ne put résister longtemps à ces intempérances de tout genre. Une violente fièvre se déclara et le conduisit bientôt aux portes du tombeau. Le P. Adam Schall voulut le vcir, mais il ne fut pas reçu ; le monarque moribond fit aux quatre régents de l'empire, en signe de respect, une inclination de tête, et demanda ensuite son vêtement impérial. Il revêtit une robe ornée de dragons brodés en or, et après avoir croisé les jambes et les bras : « Voilà, dit-il, que je m'en vais » ; et peu de temps après il expira. Le lendemain, les quatre régents firent monter sur le trône impérial le jeune prince, âgé de huit ans, qui donna à son long et glorieux règne le nom de K'ang-si. Le quatorzième jour de la première lune on prêta solennellement serment de fidélité au nouvel empereur. Lorsque les grands de l'empire eurent prêté serment au jeune K'ang-si, on s'occupa des funérailles de Choun-tche. On déploya une magnificence qui dépassa tout ce qu'on avait vu jusque-là dans la capitale. Il y eut des scènes tragiques, où de nombreux serviteurs de l'empereur défunt se donnèrent la mort, afin d'aller dans l'autre monde reprendre leur service accoutumé auprès de leur maître. Son cercueil fut transporté à la sépulture impériale de la nouvelle dynastie, située à 24 lieues à l'est de Péking ( Toung-ling).
Donnons ici un extrait d'une composition très élogieuse pour le P. Adam Schall, et qui paraît fort importante. Elle est datée de la 18e année du règne de Choun-tche. Quoique cette année 1661 soit celle de l'intronisation de K'ang-si, elle est notée cependant comme dix-huitième et dernière de Chouii tche. La suivante seulement est comptée pour la première année de K'ang-si.
PEKING
EXTRAIT D'UNE COMPOSITION ÉCRITE PAR LE MANDARIN HANCHE-NGAN A L'EFFET DE FÉLICITER ADAM SCHALL.
« Le respectable Tao-ouée (surnom de Schall), par son art dans l'astronomie, aide le gouvernement de l'empire, qui s'étend aux huit parties (points cardinaux) jusqu'aux extrémités de la terre.
« Le nouvel empereur (K'angsi), montant sur le trône, accorde une grâce extraordinaire à tous les mandarins petits et grands, et permet que tous ceux qui sont mandarins de 3e rang ou plus haut, puissent envoyer un de leurs fils à l'école impériale (Kouo-tse-kien) avec le titre de Kiencheng (bachelier).
« Le révérend Tang Jo-ouang, qui est mandarin de 3e rang et a divers titres honorifiques, ne peut, à cause de sa religion, profiter de cette faveur, ce qui semble ne pas s'accorder avec la joie commune. A cause de cela, dans les premiers jours du 9e mois, on a reçu de l'empereur un commandement ainsi rédigé : « 7 'avg jo-ottang » est Européen, il a travaillé depuis de longues années pour le gouvernement, et il » n'a jamais eu de femme ; il ne faut pas que cela empêche de recevoir à l'école » impériale le jeune homme qu'il a adopté pour petit-fils ; recevez-le donc. — Qu'on