CHEVAUX DE MARBRE DANS LES CIMETIERES
et assigna les sommes nécessaires afin que tous les ans on pût faire des sacrifices solennels au dernier représentant de la monarchie chinoise.
Le second régent, Soukama, accusé et convaincu de crime, fut condamné à mort ; ses biens confisqués et ses sept fils décapités. Un jour à la chasse un vieillard ayant supplié A ang-si de le protéger contre l'injustice du gouverneur, l'empereur fit, après examen, trancher la tête à ce haut dignitaire. Ces exemples, et bien d'autres, firent voir qu'il faudrait compter désormais avec le jeune souverain.
DYNASTIE DES TS'ING
C étendant la persécution continuait dans tout l'empire; les missionnaires avaient été chassés, à l'exception de quatre résidant encore à Péking. Jésuites, Franciscains, Dominicains, se trouvaient à Canton dans l'impossibilité de rentrer en Chine. Les missions furent alors secourues par un prêtre chinois nommé Grégoire Loïc, élevé par les Franciscains, et entré dans la famille de Saint-Dominique; il avait reçu des Portugais le nom de Lopez. Le Pape le nomma évêque de Basilée, et lui donna la liberté de se choisir un successeur.
Peu après avoir nomméen sa place son grand-vicaire, le P. de Leonissa, Italien et religieux de Saint- François, il tomba malade à /Van- king et mourut. Mgr de Basilée fut regretté desmissionnaires dont il était aimé, et des chrétiens qui perdaient en sa personne le premier prêtre, le premier religieux et le premier évêque que la Chine eût encore donnéau christianisme.
A Péking le P. Ferdinand Verbiest, Belge de nationalité, doué d'une remarquable intelligence, succéda au P. Adam Schall. Leur accusateur, Yang - kouang - sien, chargé de nouveau de la rédaction du calendrier, y commit de telles erreurs que tout un mois intercalaire devait être supprimé. C'est alors que l'empereur eut recours aux missionnaires. Le P. Verbiest, fort versé en astronomie, démontra d'une façon péremptoire, en présence de l'empereur lui-même, l'inexactitude ducalendrier. J "ang-
kouang-sien fut condamné à l'exil en Tartarie, et le P. Verbiest nommé à sa place président du tribunal des mathématiques.
Les éclaircissements du P. Verbiest sur l'astronomie avaient excité la curiosité de l'empereur. Malgré l'opposition des mandarins chinois, qui appelaient le missionnaire un bonze d'Occident, Kang-si, admirant la sûreté des méthodes européennes et leur exactitude, se mit sous la direction du Père, pour apprendre la géométrie et même la musique.
Voulant profiter de sa position pour le bien de la religion, le P. Verbiest présenta une requête qui fut agréée, et l'empereur, par un édit du mois de mars 1671, annula le décret de persécution lancé par les régents ; les missionnaires purent, en partie du moins, rentrer dans leurs chrétientés. Remarquons toutefois que l'édit impérial
MGR GRÉGOIRE LOPEZ, ÉVLQUE DE BASILÉE.
PEKING
LE P. KKRDIMAND VERBIEST.
était bien loin d'accorder la liberté religieuse, car « il défendait absolument à tout Chinois d'embrasser, à l'avenir, la religion chrétienne. »
Le P. Verbiest reçut de l'empereur l'ordre de fondre de nouveaux instruments pour l'observatoire. Voici les principaux :
i° Une sphère armillaire zodiacale de six pieds de diamètre ;
2° Une sphère équinoxiale de la même dimension ;
3° lin horizon azimutal de six pieds également ;
4° Un grand quart de cercle de six pieds de rayon ;
5° Un sextant dont le rayon avait huit pieds ;
6° Un globe céleste de six pieds de diamètre- Tous ces instruments sont montés sur de magnifiques dragons en bronze, du travail le plus soigné ; des piédestaux en marbre les supportent, et comme beauté d'exécution, ils ne laissent rien à désirer : ils sont en plein air, sans le moindre abri depuis 200 ans, et n'ont nullement souffert des intempéries. Le P. Verbiest écrivit trente-trois volumes sur l'astronomie et les offrit à K ang-si, qui le récompensa par un diplôme d'honneur ; ensuite, il composa un Abrégé de la Doctrine chrétienne, le Kiao-iao-su-loun, qui fut placé dans la bibliothèque impéri de.
L'empereur.craignantC^ stfw-^tw/, toujours dévoué à l'ancienne dynastie, avait retenu son fils en otage à Péking ; il le fit sommer de venir en personne à la cour pour lui rendre hommage. Ou-san-koiii, se défiant, non sans raison, répondit : « Si l'on continue de me presser, j'irai à Péking, mais ce sera à la tête de 80.000 hommes. » Il quitta l'habit tartare pour .•éprendre celui des Chinois, proscrivit le calendrier des Ts'ing, et avec ses alliés, se prépara à marcher contre les troupes impériales. Pendant ce temps, son fils
DYNASTIE DES TS1NG
fomentait une révolte à Péking. Une conspiration se forma ; on devait, le Ier jour de l'an, s'emparer de la personne de l'empereur, et faire main-basse sur tous les officiers chinois ou tartares que la solennité rassemblait au palais. Un traître fit découvrir le complot ; le fils de Ou-san-koui et les principaux chefs moururent dans les supplices...
Ou-san-koui avait si bien pris ses mesures, qu'il s'était rendu maître des trois grandes provinces : Yunnan, Sse-tcK ouan, Kouei-tcheou, et d'une grande partie du Hou-kouang : de sorte qu'avec le Clien-si, où il commandait depuis longtemps, il était maître du tiers de l'empire.
A l'occasion de cette guerre, le P. Verbiest rendit à l'empereur un service signalé.
L'empereur, après avoir tenté divers moyens, vit bien qu'il était impossible de vaincre Ou-san-koui sans l'usage du canon ; mais les pièces qu'il avait étaient en fer.etsi pesantesqu'on ne pouvait les transporter au travers des montagnes escarpées.
Il crut que le P. Verbiest pourrait suppléer à ce défaut, et lui ordonna de fondre des pièces légères à la manière européenne.
Ce Père s'en excusa d'abord ; mais ses ennemis persuadèrent à l'empereur « qu'il n'y avait pas plus de difficultés à faire des canons qu'à fondre des instruments de mathématiques; qu'assurément le P. Verbiest s'entendait secrètement avec les révoltés ; » de sorte que Kang-si lui fit comprendre que s'il n'obéissait pas, sa vie et sa religion étaient en danger. C'était prendre le P. Verbiest par l'endroit le plus sensible, il ne pouvait plus hésiter, et voici ce qu'il répondit à l'empereur : (( J'ai déjà assuré Votre Majesté que je suis très peu instruit en ce qui regarde la fonte du canon ; mais puisqu'elle me commande d'y travailler, je tâcherai d'expliquer à ses ouvriers ce que nos livres nous en apprennent. » Il conduisit en effet tout l'ouvrage, et les canons se trouvèrent excellents dans les épreuves qu'on en fit en présence même de l'empereur, qui, ravi de ce succès, se dépouilla devant toute sa cour de son manteau de zibeline et le donna au Père, comme marque de satisfaction.
Sur ces entrefaites, Ou-san-koui mourut ; un de ses fils, après avoir continué la guerre quelque temps, s'étrangla lui-même de désespoir, ce qui termina la campagne. En 1681, le pape Innocent XI écrivit au P. Verbiest un bref de félicitations pour approuver sa conduite.
Péking. 1 1
PEKING
Vers ce temps-là le P. Verbiest, déjà mûr pour le ciel par la pratique de toutes les vertus chrétiennes, fut attaqué de la maladie qui devait l'emporter. Elle commença par une langueur et un épuisement universel, qui dégénérèrent en une espèce de
phtisie. Les médecins de l'empereur le soutinrent durant quelque temps à force de remèdes ; mais la fièvre augmentant tous les jours, il reçut les sacrements avec une ferveur qui édifia tout le monde, et rendit son âme à Dieu le 29 janvier 168S.
L'empereur donna 700 taéls pour les frais de ses funérailles et de sa tombe. Elle se compose d'une stèle en marbre blanc montée sur une tortue ; on y a gravé l'éloge du P. Verdis biest fait par Kang-si. Le Père ne fut enterré que le 1 1 mars. Dès le matin, l'empereur envoya son beau-père, un des premiers mandarins de la cour, et cinq officiers du palais, pour le représenter aux obsèques. Le convoi passa par deux grandes rues de la ville, dans l'ordre suivant : « On voyait d'abord une machine élevée de trente pieds, sur laquelle on avait écrit en gros caractères d'or, sur un fond de vernis rouge, le nom et les qualités du P. Verbiest. Ensuite, une grande croix ornée de banderoles et portée entre deux rangs l| de chrétiens en habits de deuil. A quelque distance de la croix suivaient l'image de Notre-Dame et le tableau de saint Michel. Immédiatement après, paraissait l'éloge du Père, composé par l'empereur et écrit sur une grande pièce de satin jaune ; enfin le cercueil porté par soixante hommes. Dès qu'on fut arrivé au lieu de la sépulture, les missionnaires, en surplis, firent les prières et les cérémonies, et le corps fut descendu dans le tombeau... »
Le 2 septembre 1679, il y avait eu à Péking un tremblement de terre d'une violence extrême : une partie des murailles, des pagodes, des palais, furent renversés, et quatre cent mille personnes périrent. Vers l'est, dans la ville de T'oung-tcheou, trente mille habitants trouvèrent la mort sous les décombres. L'empereur et la cour quittèrent le palais ébranlé, pour aller loger sous des tentes. Une seconde calamité survint l'année suivante : le palais impérial prit feu, et les dégâts produits par l'incendie, furent estimés à deux millions huit cent mille onces d'or ! Le peuple de Péking était réduit à la plus profonde misère ; mais l'empereur lui fit d'abondantes aumônes, comme cela se pratique encore aujourd'hui en temps de disette.
La même année, le vice-roi de Canton devint suspect et fut accusé de pactiser avec les descendants des Ming. L'empereur, craignant une nouvelle révolte, lui envoya deux mandarins avec le lacet de soie pour se pendre. Cette cérémonie se passe ainsi : On présente au mandarin une belle corde tressée en soie jaune, et il se prosterne devant cet envoi impérial ; on attache la corde à une poutre, le condamné monte sur une table, se passe le nœud coulant, puis les mandarins retirent solennellement la table. Cette mort est regardée comme honorable. Le vice. roi de