‹ Péking, histoire et descriptionChapitre 92 sur 239 · BURETTES EN ARGENT DONNÉES PAR LOUIS XVI. (PÉ-T'ANG · texte numérisé non relu

BURETTES EN ARGENT DONNÉES PAR LOUIS XVI. (PÉ-T'ANG

dimanche de l'octave de l'Ascension, huitième jour du mois de l'année 1785, devant nous et en présence des missionnaires de l'église du Pé-t'ang, convoqués par notre ordre dans notre église cathédrale, ont été lus et publiés : le décret de la Sacrée Congrégation de la Propagande, en date du 7 décembre 1783, par lequel les prêtres de la Congrégation de la Mission sont subrogés et substitués à la place des Pères français de la Société éteinte des Jésuites, pour les missions de la Chine que les dits Pères français administraient ; le brevet du roi très chrétien des Français sur cette matière, donné à Versailles le 25 janvier 1784; le décret de la susdite Congrégation de la Propagande du 17 décembre 1783, par lequel M. Nicolas-Joseph Raux, prêtre de la Congrégation de la Mission, est approuvé comme supérieur des susdites

Péking.

PEKING

missions de la Chine. Ces divers décrets ont été acceptés par tous selon leur forme et teneur.

» En foi de quoi nous avons donné ces lettres testimoniales, signées de notre main, ainsi que de celle de notre secrétaire et de tous ces missionnaires susdits, et munies de notre sceau.

» A Péking, au palais épiscopal, les jour et an par-dessus. Signé : F. Alexandre, évêque de Péking ; J. Marie Amyot ; J. Mathieu Venta von ; François Bourgeois ; Louis de Poirot, missionnaire apostolique j Joseph Panzi ; Rodrioue de la Mère de Dieu, secrétaire. »

Les Pères Jésuites étaient restés dans cette maison du Pé fang 93 ans, de 1692

Dès les commencements, une entente cordiale s'établit entre les anciens missionnaires et leurs successeurs. Voici le témoignage touchant que le P. Bourgeois se plut à rendre aux Lazaristes qui venaient prendre leur place au nom du Pape et du roi de France : « On a donné notre mission à ces MM.de Saint- Lazare. . . Ce sont de braves gens : ils peuvent être assurés que je ferai tout mon possible pour les aider et les mettre en bon train. » Après l'arrivée des Lazaristes, il ajoute : « MM. les missionnaires, nos successeurs, sont des gens de mérite, pleins de vertu et de talents, de zèle et de bonne société. Nous vivons en frères ; on ne sait pas si ce sont ceux qui vivent en Jésuites, ou nous en Lazaristes. »

Il y avait alors à Péking quatre églises : i° le Pé-t'ang,

dont nous avons donné la description, et qui était situé

dans la ville impériale, près de la porte Si-hoa-men ; 2°le

Nan-fang, jadis résidence du P. Ricci, puis des Jésuites

non français, située dans la ville tartare, près de la porte

C/wun-tche-men (cette église venait d'être reconstruite) ;

^rWtTT^iVrVrT^fïSNM ^o ]e Touug-t'aug, occupé par les Jésuites portugais ; belle

calice donné par louis xvi. église de style ionique, mais, comme le Pé-t'ang, fort

(pé-t'ang.) petite : elle n'avait que 70 pieds de long ; 40 enfin, le

Si-t'ang, donné avec la résidence par M. Pedrini, Lazariste,

pour l'usage des missionnaires envoyés par la Propagande.

M. Raux, aussitôt installé, s'appliqua avec ardeur à l'étude des langues chinoise et mantehoue, dans lesquelles il ne tarda pas à faire de si rapides progrès, qu'il composa une Grammaire et un Dictionnaire en tartare, et remplaça M. Amyot comme interprète. Il fut présenté à la cour par le P. Bourgeois, qui écrivit peu après à ses confrères: « Ses talents ne tardèrent pas à lui donner la réputation d'un homme du premier mérite. » Son tact et sa prudence, son caractère facile et bienveillant, ses qualités extérieures, sa haute taille, ses manières nobles, en imposaient aux gens du peuple et ne plaisaient pas moins aux princes et aux dignitaires de l'empire. Il fut d'abord nommé assesseur, puis, quatre ans plus tard, président du tribunal d'astronomie, après le P. Espinha, mort en 1788. C'était le premier Français élevé à cette dignité, M. Raux se servit de son influence à la cour, et de ses bonnes relations avec les mandarins, pour venir en aide aux missionnaires des provinces détenus dans les prisons de Péking. Il écrivit sur ce sujet à M. Jacquier la lettre suivante : La prise des quatre missionnaires dans le Hou-kouaug, arrivée l'an 1784, a entraîné la prise de tous les missionnaires du Chcn-si, Chan-toung et des quatre du

DYNASTIE DES TSTNG.

Sse-tch' ouan. Les prêtres chinois ont été condamnés à un exil perpétuel dans la Tartarie. Les missionnaires européens ont été conduits dans les prisons de cette capitale, au nombre de dix-huit, y compris M. de Torre et deux Franciscains du Kiang-si. De ce nombre, il en est mort six dans les chaînes : deux évêques, le nouveau et l'ancien vicaire apostolique du Chen-si, M. de Torre, procureur de la Propagande à Canton, le P. Atho, Franciscain italien, et deux Français, MM. Devaut et Delpont, des Missions-Étrangères. Nous avons pourvu à leur subsistance le plus tôt qu'il nous a été possible, et l'on n'a épargné aucune dépense pour cela.

» Lorsque l'empereur revint de Tartarie, nous allâmes à sa rencontre ; il nous reçut avec un air de bonté qui nous donna des espérances. Elles ne furent pas vaines, car le 10 de ce mois (novembre 1 785), les douze missionnaires qui restaient au Sing-pcu furent délivrés par un édit de l'empereur, qui leur permet de demeurer dans les églises de Péking, ou de s'en retourner.

» L'édit étant publié, M. de Ventavon, trois prêtres portugais et italiens avec moi, nous courûmes aux prisons pour recevoir nos douze illustres confesseurs. Des prisons nous allâmes tous ensemble à la cathédrale, pour rendre au Roi du ciel mille actions de grâces de la preuve si touchante de sa protection, qu'il venait de donner en faveur des églises de l'empire de Chine. Ensuite, nous avons conduit dans notre maison française Mgr de Saint- Martin et M. du Fresse, des Missions- Etrangères ; de plus, un Franciscain espagnol qui a le plus souffert durant la persécution. Nous n'épargnons rien pour bien traiter des hôtes si illustres, si respectables et si saints, qui nous édifient beaucoup par leurs vertus vraiment apostoliques. Ils se proposent de retourner à Macao dans quelque temps. Nous aurons soin de pourvoir à tout, rien ne leur manquera. »

Les Lazaristes dépensèrent à cette occasion plus de 2500 taëls. (lettres des missions-étrangères, p. 209.)

Les rapports que M. Raux était obligé d'avoir avec la cour ne lui firent oublier ni les missions, ni les chrétiens. Plus de 3.000 baptêmes d'adultes furent donnés sous son administration. Les offices solennels et les processions se faisaient avec grande pompe au Pé-t'ang, et étaient très suivis. Non seulement il prêchait les dimanches et les fêtes, mais il donnait encore des retraites qui faisaient grand bien aux âmes. Il fit construire des chapelles spéciales pour les chrétiennes, qui purent ainsi assister aux cérémonies de l'Église. Il fonda des écoles et un séminaire qu'il confia à son confrère M. Ghislain, et d'où sortirent de bons prêtres indigènes, entre autres MM. Sue et H an qui rendirent les plus grands services.

M. Raux mourut le 16 novembre 1801, muni des sacrements de l'Eglise. Il avait 48 ans d'âge, dont dix-huit années passées en Chine. L'empereur contribua aux frais de ses funérailles, selon l'usage établi pour les hauts mandarins du tribunal d'astronomie. Les chrétiens, venus en grand nombre, purent profiter de la liberté qui leur était accordée à Péking, pour accompagner publiquement le cercueil jusqu'au cimetière français, où il repose sous un modeste monument.

Après la mort de M. Raux, le supérieur de la mission française fut M. Ghislain, qui avait d'abord été chargé de former à l'état ecclésiastique les élèves chinois du séminaire établi dans la capitale. Il s'occupait en même temps des fonctions ordinaires du saint ministère, faisant des missions dans la province. Sa vertu aimable,

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