FLEURS FANÉES
Hélas I que j’en ai vu mourir do jeunes filles
Victor Hugo.
Je passais. . .Dans les charmilles, L’œil au guet,
Un duo de jeunes filles Gazouillait.
Blonde et rêveuse était l’une ;
Je crus voir
De l’autre la tresse brune Et l’œil noir.
Deux anges !... quelle voix douce Ils avaient !
Les pervenches dans la mousse En rêvaient.
On causait bals et 'toilettes,
Et troublé
S’ouvrait l’œil des violettes Dans le blé !
On jasait, c’était merveille ;
Et je vis
Des oiseaux prêter l’oreille,
Tout ravis.
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Moi, caché sous le feuillage, Dans le thym,
J’écoutais leur babillage Argentin.
Et du vent l’aile mutine, Souffle pur,
Egrenait leur voix lutine Dans l’azur.
J’y revins. . . C’était l’automne ;
Dans l’air froid Vibrait le glas monotone Du beffroi.
Des nuages aux flancs sombres Et marbrés,
Projetaient leurs grises ombres Sur les prés.
Des sanglots montaient des vagues En courroux,
Se mêlant aux plaintes vagues Des bois roux.
Plus de fleurs, plus de charmilles, Verts réseaux ;
Plus de fraîches jeunes filles ;
Plus d’oiseaux.
La grille était entr’ ouverte . . .
Du jardin
L’avenue était déserte . . .
Plus d’éden !
Où donc étaient les doux anges Dont la voix
Ici charmaient les mésanges Autrefois ?
Hélas ! sur ces frêles roses,
Tout glacé,
Le vent des douleurs moroses A passé . . .
Telle on voit la fleur fauchée Se flétrir,
L’une un beau soir s’est penchée Pour mourir.
L’autre a, sous la froide étreinte Du malheur,
Perdu l’illusion sainte
De son cœur.
L’une dort au cimetière Pour toujours ;
L’autre a mis dans la prière Ses amours.
— -❖SUi&o -