‹ Pêle-mêleChapitre 16 sur 54 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

Enfant naïf, j’ai mis ma lèvre avide Aux coupes d’or d’enivrantes amours.

Hélas ! ma soif n’a trouvé que du vide,

Et la tristesse a plané sur mes jours.

Quand les mondains promènent à la ronde Le tourbillon de leur folle gaité,

Rêveur, je songe à l’avenir du monde :

Je n’ai plus qu’un amour, c’est pour la Liberté !

J’ai tout chanté : la jeunesse frivole,

L’amitié sainte et mes rêves aimés,

La fleur des champs et la brise qui vole, L’étoile blonde et les bois parfumés.

Mais le cœur change, et notre âme s’émousse Au froid contact de la réalité ;

Et maintenant, comme les nids de mousse,

Je n’ai plus qu’un refrain, c’est pour la Liberté !

De saints espoirs ma pauvre âme s’inonde,

Et mon regard monte vers le ciel bleu,

Quand j’aperçois dans les fastes du monde, Comme un éclair, briller le doigt de Dieu. Mais quelquefois, incliné sur le gouffre Où l’homme rampe à l’immortalité,

En contemplant l’humanité qui souffre,

Si je prie en pleurant, c’est pour la Liberté !

Novembre 1870.

-oSaseo-

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