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LA NUIT

La pâle nuit d’automne De ténèbres couronne Le front du vieux manoir Morne et silencieuse, L’ombre s’assied rêveuse Au pied du sapin noir.

Au firmament ses voiles Sont parsemés d’étoiles Dont le rayon changeant, Sur la nappe des ondes, Répand en gerbes blondes Des paillettes d’argent.

Dans le ciel en silence La lune se balance Ainsi qu’un ballon d’or ; Et sa lumière pâle D’une teinte d’opale Baigne le flot qui dort.

Au bois rien ne roucoule Que le ruisseau qui coule En vagues de saphir ;

Et nul cygne sauvage N’ouvre sur le rivage Sa blanche aile au zéphir.

Une fraîche rafale Passe par intervalle Sur la nappe des eaux, Et la chouette grise De son vol pesant frise La pointe des roseaux.

La bécassine noire,

Au col zébré de moire,

Dort parmi les ajoncs Qui fourmillent sans nombre, Sur le rivage sombre,

Au pied des vieux donjons.

Sous la roche pendante, La grenouille stridente Dit sa rauque chanson, Et, dans la mare inerte, Toute la troupe verte Coasse à l’unisson.

L’ondine toute moite Sort du flot qui miroite,

Et s’en va, — son manteau D’algue humide à l’épaule, — Dormir sous le vieux saule Qui pleure au bord de l’eau.

La péri langoureuse,

La sylphide amoureuse, Agaçant les lutins,

S’en vont, ronde légère, Prendre sur la fougère, Leurs ébats clandestins.

Les farfadets, les gnomes, Les nocturnes fantômes, Traînant leurs linceuls gris, Rôdent, spectres informes, Autour des troncs énormes Des chênes rabougris.

Le serpent rampe et glisse, Et son écaille lisse D’un rayon fauve luit ;

Les bêtes carnassières Sortent de leurs tanières. . .

Dormons : il est minuit !

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