A MLLE CAROLINE D
Qui n'aime à visiter ta montagne rustique,
O lac qui, suspendu sur vingt sommets hardis, Dans ton lit d'algue verte, au soleil resplendis, Comme un joyau tombé d'un écrin fantastique ?
Quel mystère se cache en tes flots engourdis ?
Ta vague a-t-elle éteint quelque cratère antique ?
Où bien Dieu mit-il là ton urne poétique Pour servir de miroir aux saints du paradis ?
Caché, comme un ermite, en ces monts solitaires. Tu ressembles, 6 lac ! à ces âmes austères Qui vers tout idéal se tournent avec foi.
Comme elles, aux regards des hommes tu te voiles ; Calme, le jour, — le soir, tu souris aux étoiles ;
Et puis il faut monter pour aller jusqu' à toi !
A Mme E. L. de BELLEFEUILLE
Oui , je suis revenu sous la fenêtre aimée ,
Dérobée à moitié sous les grands arbres verts.
Où, pour ouïr du soir les murmures divers,
Vous penchiez si souvent votre tête charmée.
Les oiseaux gazouillaient dans les sentiers couverts ; Les fleurs ouvraient au vent leur corolle enbaumée ; Et, saluant de loin la fenêtre fermée,
Je m’arrêtai pensij pour crayonner ces vers.
La brise au vol serein jouait dans les ramilles ; D'âcres senteurs montaient des épaisses charmilles ; Le couchant teignait d’or le front de la villa ;
Et cependant, malgré ces splendeurs réunies,
Ces rayons, ces parfums, ces fleurs, ces harmonies, Le deuil planait partout, car vous n'étiez plus là !