MON BOUQUET
Je possède un bouquet de pauvr es pleurs fanées,
Que je garde, jaloux, comme on garde un trésor ; Car dans ce cher débris je crois trouver encor Le parfum de la main qui me les a données.
Et quand mon souvenir remonte en son essor De mes jours de bonheur les rives fortunées,
Sur ces roses, que seul le temps a profanées,
Un doux rayon d’amour sème des reflets dor.
Pauvres fleurs ! . . . bien souvent, inutiles rosées,
Les larmes de mes yeux vous auront arrosées,
Sans rien vous rendre, hélas ! de votre éclat vermeil.
N’importe , je vous aime, ô reliques bénies !
Restez là sur mon cœur ; et mes lèvres ternies Vous presseront encor dans mon de7'nier sommeil !
A Mlle CHAUVEAU
A quoi donc rêvent-ils, vos beaux yeux andalous, Quand, voilant à demi sa lueur incertaine,
Votre regard s’en va se perdre loin de nous.
Comme s’il contemplait quelque image lointaine ?
Quand vous semblés, chasser toute pensée humaine Et que, sur le clavier au son plaintif et doux.
Sans but, las et distrait, votre doigt se promène,
Jeune fille rêveuse, à quoi donc songez-vous ?
Oh ! sans doute qu’ alors votre âme ouvre ses ailes,
Et s’en va retrouver, dans des sphères nouvelles.
Ceux que le ciel emporte, hclas ! et ne rend pas !
Nous vivons dans un monde où presque tout s’oublie ; Mais il reste toujours quelque chaînon qui lie.
Les anges de là-haut aux anges d’ici -bas !
A Mme JEHIN-PRUME
Aux frais bourdonnements des abeilles dorées,
Aux chants du rossignol se prolongeant sur Peau, Aux confuses rumeurs des limpides soirées ,
Aux duos amoureux de Vonde et du roseau,
A l’orchestre enivrant des brises éplorées Qui bercent des forêts P harmonieux réseau,
N’as-tu pas dérobé ces notes inspirées
Qui vibrent, Rosita, dans ton gosier d’oiseau 1
Mais non, ô douce artiste ! S belle charmeresse !
Des sons les plus divins la troupe enchanteresse Devant tes fiers accents a pâli mille fois ;
Car, vois-tu, quand la foule à ton chant suspendue, Frémit d’enthousiasme et t'acclame, éperdue,
C’est un ange du ciel qui cjicwte par ta voix !