A MA BELLE-SŒUR
Mme J. Léman
Madame , quand le ciel vous fit dépositaire De ces deux chers enfants qui sont votre fierté, Avez-vous réfléchi que Dieu, — charmant mystère Triplait ainsi chez vous la grâce et la beauté ?
Vous le savez sans doute, il n'est rien sur la terre, Non, rien de comparable à cette majesté Que, dans son doux éclat et sa splendeur austère, Sur un front calme et pur met la maternité !
Madame, j'aime à voir cette auréole sainte Resplendir où déjà brillait la double empreinte De la pensée unie à tous les dons du cœur ;
Et d est parce qu'en vous j'admirais tant la mère, Que je vous ai voué la tendresse d’un frère Avant d’avoir le droit de vous nommer ma sœur !
A Miss WINNIE HOWELLS
Bravant dans ses rigueurs notre zone neigeuse , Tourterelle échappée à F Orient vermeil ,
Qui donc a dirigé ton aile voyageuse Vers nos pays du Nord oubliés du soleil ?
Toi dont Venise, au chant de sa lagune heureuse, Berça le premier rêve et le premier sommeil ! Quel caprice a conduit ta course aventureuse Vers ces bords où l'été n'a qu'un tardif réveil ?
Oh ! je le sais, enfantl A la plus pure flamme Ton père, doux poëte, alluma ta belle âme ;
Et, fier de nous montrer un cœur co?nme le tien,
Après avoir, — ô barde à la voix sympathique ! — Chanté notre pays sur sa lyre exotique,
Il t'envoya vers nous pour faire aimer le sien !
Mars 1877
A Mme VICTOR BEAUDRY
Au beau pays de l'or quel attrait vous enchaîne.
Vous, la plus fraîche fleur de nos cercles aimés,
Vous qu'on ravit un soir à nos regards charmés,
Mais qu'on devait nous rendre à la saison prochaine ?
Qui sait ? Peut-être, hélas ! qu'en ces lieux embaumés Où le jour est si pur et la nuit si sereine, —
Et puis où vous régnez sans doute en suzeraine, —
Vous oubliez un peu nos deux moins parfumés !
Oh ! revenez ! — Là-bas, sur ces rives fleuries,
Plus doux sont les parfums, plus vertes les prairies,
Les bosquets plus touffus, les échos plus charmants ;
Les oiseaux plus dorés ont la voix plus étrange . . .
Mais ici P on soupire à votre cher nom d'ange :
Nos climats sont plus froids, mais nos cœurs plus aimants
Ier avril 1877
A Mme CÀÜCHON
Madame , vous aimez P artiste de génie.
Ce sculpteur inspiré dont le ciseau savant Sut si bien reproduire, en ce marbre vivant,
De vos traits fins et doux la suave harmonie.
Vous Pavez dit : plus tard, quelqu’un viendra souvent, Pour consoler un peu son âme endolorie,
Relire, ému, devant cette image chérie.
De votre souvenir le poëme émouvant. —
Oui, c'est vrai ; mais lors même où, fruit tombé de l'arbre, Votre fils n'aurait pas ce beau buste de marbre Pour lui parler de vous et de ses premiers jours.
Il saurait retrouver dans les cœurs, chose rare.
Mieux que vos traits charmants dans ce bloc de carrare. Votre douce mémoire emprtmie pour toujours !